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22/03/2018

L'association LA FRANCE NOIRE

Faites connaissance avec l'association LA FRANCE NOIRE en visitant son blog. : lafrancenoire.com

Les traites négrières, La traite atlantique


18/03/2018

Un projet d'empoisonnement de la Côte d'Ivoire ?

Je viens de lire dans le journal LE TEMPS du vendredi 16 mars 2018 l'annonce de "la cérémonie de pose de la première pierre du premier centre de valorisation et d'enfouissement technique de la Côte d'ivoire" dans la commune de Yopougon. Je ne peux m'empêcher de réagir et poser cette question : que va-t-on enfouir en ce lieu ?

Enfouissement de déchets, pollution en Côte d'Ivoire


De toute évidence, les Ivoiriens ont oublié le déversement de déchets toxiques dans une décharge publique d'Abidjan en 2006. Maintenant, c'est légalement que la Côte d'Ivoire de Dramane Ouattara va autoriser les sociétés européennes à venir polluer le sous-sol de la Côte d'Ivoire, alors que partout en France on ne veut entendre parler d'enfouissement de déchets. Aujourd'hui, en Europe, on trie les déchets et on incinère ou on recycle ce qui peut l'être. Quant au reste, c'est-à-dire ce que l'Europe ne peut garder pour ne pas salir son sous-sol, on cherche des solutions dans les pays pauvres. Des pays pauvres avec des dirigeants facilement corruptibles de préférence.

Comment se fait-il que les Ivoiriens ne se posent jamais de question quant aux propositions dites de développement que leur font les Européens ? Pourquoi un Ivoirien en cravate avec un diplôme est-il considéré comme un être intelligent capable de faire le bonheur des Ivoiriens alors qu'il n'est rien qu'un parfait répétiteur des règles apprises, ou pire un exécuteur de basses besognes.

Qu'est-ce que la Côte d'Ivoire a à enfouir ? Qu'a-t-elle à cacher ? quel déchet produit en Côte d'Ivoire ne peut être absorbé par la nature ? Qui a intérêt à ne pas pas transporter plus loin que Yopougon ses déchets pour faire des économies ? Dans les traditions du sud de la Côte d'Ivoire, on va plus loin que la porte de son habitation pour se soulager. Pour les Européens, Yopougon c'est déjà trop loin. De toutes les façons, les nègres, ça puent. On ne fera donc pas la différence entre les déchets et la puanteur des populations.

Demain, vos descendants construiront et vivront sur des terres polluées et mourront comme des mouches sans savoir pourquoi. Les Européens iront même jusqu'à vendre au pouvoir actuel des déchets toxiques sans qu'il ne dise mot. Quand tu as signé un pacte avec le diable, tu manges là où il te dit de manger. Tout ce qui te reste à faire c'est de sourire pour donner l'impression à tes connaissances que tu nages dans le bonheur alors que tu es dans la merde.

Raphaël ADJOBI

19/02/2018

L'Afrique répond au discours sur les bienfaits de la colonisation française (Une réflexion de Raphaël ADJOBI)

Je vous propose ici un texte dont toute la beauté réside dans le dernier paragraphe. Une figure de style particulière que je vous laisse apprécier depuis mon blog littéraire.

histoire de l'afrique,la france et l'afrique



18/11/2017

De la traite et de l'esclavage des Noirs en Libye au XXIe siècle

Esclavage des Noirs en Afrique du Nord, esclavage des noirs en Libye, Mutisme des Africains sur l'esclavage en Afrique.


Le lundi 13 novembre 2017, j’ai eu l’honneur d’être l’invité de la section départementale d’un célèbre club service international pour donner une conférence sur « Les résistances africaines à la traite et les luttes des esclaves pour leur liberté dans les Amériques ».

J’avais commencé mon exposé par une définition de l’histoire qui passe parmi nous pour une science alors qu’elle est un récit dont le contenu s’éloigne de la vérité dès lors que le narrateur néglige ou travestit certains faits devant le structurer. Puis j'ai insisté sur l'immensité de l'Afrique qui est comparable aux Etats-Unis, l'Europe et la Chine mis ensemble. Par conséquent, avais-je dit, il convient de ne jamais la considérer comme homogène, physiquement et humainement. Ensuite, j’avais pris soin de délimiter les zones du continent africain qui connaissaient la pratique de l’esclavage comme l’Europe – le servage n’étant rien d’autre qu’un mot issu du latin désignant l’esclavage – avant de souligner que la zone forestière l'ignorait totalement. Pour preuve, j’avais fait remarquer à l’assistance que la fin de la traite négrière atlantique au milieu du XIXe siècle a coïncidé avec la fin de la traite et de l’esclavage dans cette partie de l’Afrique. Cela est un fait historique indéniable. A la fin du XIXe siècle, les déportations et les assassinats des chefs africains opposés à la colonisation européenne - avec son lot de travaux forcés - constituent des preuves supplémentaires de la non-pratique de cette forme d’asservissement de l'homme par l'homme dans la zone forestière africaine.

Les foyers de l'esclavagisme africain

Dès le lendemain de ma prestation, mon attention a été attirée par la vente aux enchères de migrants d’Afrique noire par des populations libyennes, blanches et arabes. C’est alors que m’est revenue avec violence ma réponse au doyen du public de la veille. Répondant à sa question sur l’esclavagisme que l’on dit exister aujourd’hui encore en Afrique, j’avais, à nouveau, clairement délimité les zones géographiques africaines où cette pratique était très ancienne et persiste encore : une zone qui part du Sahel jusqu'au nord du continent. J’avais alors avancé le cas de la Mauritanie où l'esclavagisme est courant en ce XXIe siècle et celui du Soudan où la traite a été constatée jusqu'au milieu du XXe siècle. J’avais alors parlé de l’expérience de Joseph Kessel et de son reportage pour le journal Le Matin en 1930. Le journaliste avait participé, au sud du Soudan, à la capture d'une bergère noire et témoignait des techniques mises en œuvre par les trafiquants pour se procurer la marchandise humaine qu'ils destinaient aux pays arabes d'Afrique du nord et du Moyen-Orient. Oui, l'esclavagisme est une pratique ancienne depuis le Sahel jusqu'au nord de l'Afrique où persiste encore en ce XXIe siècle ce que Malek Chebel appelle "l'esclavage de traîne" (1).

Esclavage des Noirs en Afrique du Nord, esclavage des noirs en Libye, Mutisme des Africains sur l'esclavage en Afrique.


Ce qui se passe aujourd’hui en Libye n’est donc en vérité qu’une logique de l’histoire de l’Afrique : la persistance, dans sa zone islamisée, de la pratique de l’esclavage depuis le Moyen Âge ! N'oublions pas que Soundjata kéïta l'avait aboli dans son empire au XIIIe siècle. Mais rien ne nous dit qu'il était parvenu à contrôler et maîtriser cette abolition. Tous ceux qui se vantent d’acheter et de vendre des Noirs sont issus de cette zone qui part du Sahel jusqu'au nord de l'Afrique. C'est dans cette zone sahélienne et nordique que l'on retrouve les confréries appelées "chasseurs traditionnels" qui ne sont rien d'autre que des chasseurs du gibier humain, des intermédiaires entre l'Afrique des forêts et le monde arabe.

Des chefs d'Etat africains sans réel pouvoir !

Mais, après ce constat, la vraie question qui mérite d’être posée est celle-ci : que font les dirigeants africains dont les populations sont victimes de cette nouvelle traite et de ce nouvel esclavage ? C’est bien de montrer d'un doigt accusateur les Européens et les Arabes des siècles passés. C'est bien d'accuser les ancêtres de l'Afrique des forêts de ne pas avoir su lutter efficacement, pendant des siècles, contre les prédateurs européens et arabes. Maintenant qu’ils sont spectateurs de la répétition du même crime, que font-ils ?

Retenons tous ceci : le mutisme des gouvernants africains devant le drame de leurs citoyens en exode massif vers des contrées lointaines - exode qui les expose à l’esclavagisme arabe connu depuis plusieurs siècles - témoigne de la vacuité de leur pouvoir. Certes, poussé par un journaliste, le président de l'union africaine a parlé. Mais que vaut la parole d'un président nègre ? Quel pouvoir a la parole d'un nègre ? « Tous les Noirs du monde actuel sont privés de pouvoir. Le pouvoir c'est tout simplement le contrôle de sa propre vie », le contrôle de la vie des siens pour un gouvernant ! « Si vous n'avez pas le contrôle (de votre vie et celle des vôtres), vous ne pouvez prendre vos responsabilités » (2). Oui, un président noir n’a aucun pouvoir devant ses pairs européens ou arabes. Un président noir est vide de toute substance valorisante pour les siens et pour la diaspora africaine.

Esclavage des Noirs en Afrique du Nord, esclavage des noirs en Libye, Mutisme des Africains sur l'esclavage en Afrique.


Inutile de regarder du côté de la prétendue Communauté internationale à la solde de l’Occident ; une Communauté internationale qui n’est rien d’autre qu’un miroir aux alouettes pour les Africains. Elle est très douée pour les discours et pour détrôner un chef d’Etat nègre. Pour apporter une solution à une souffrance humaine, ses actions se limitent à des rassemblements chiffrés à des millions d’euros pour rédiger un discours final. En effet, on ne s’imagine jamais ce que cela coûte de réunir ces messieurs, de les loger durant des jours et des jours, les nourrir matin, midi et soir, leur assurer les voyages en avion pour les rassembler, les frais de carburant et les indemnités diverses pour produire un texte d’une page et un compte rendu de quelques dizaines de pages pour la postérité ! Assurément, les pauvres sont ingrats : ils ne savent pas apprécier le coût de tout ce que les puissants de ce monde font pour eux ! Assurément, les nègres sont des ingrats ! Il n’y a tout de même pas perte de gisements de pétrole dans cette affaire de vente de migrants noirs en Libye !

Inutile de regarder du côté des médias français non plus. C'est la Corée que nous ne sommes pas capables de situer sur une carte qui les intéresse. Eux non plus d'ailleurs, mais en parler leur donne l'air d'être plus intelligents que nous. C'est pourtant la France qui a bombardé la Libye ! Mais une fois que les gouvernants français regardent ailleurs, nos journalistes déménagent pour ne pas rater l'actualité du président. C'est donc une journaliste américaine qui est venue leur montrer que la maison démocratique que la France dit construire en Libye grâce à ses amis au pouvoir brûle ! Pauvre France ! Pauvre Afrique ! Pauvre Afrique, l'obligée d'une pauvre France ! Les deux font la paire !

Aux Français et aux Africains qui ne cessent de répéter qu'il faut tourner la page chaque fois que l'on évoque l'esclavagisme, je redis encore ceci : les peuples qui tournent les pages sombres de leur passé sans les lire, sans les enseigner, condamnent les générations futures à revivre les mêmes affreux événements.

(1) Malek Chebel : L'esclavage en Terre d'Islam, Fayard 2007.
(2) Nikki Giovanni, cité par Léonora Miano in "Marianne et le garçon noir", note p. 30).

Raphaël ADJOBI

25/07/2017

La ligne idéologique financière et colonialiste d'Emmanuel Macron enfin tracée !

Macron et la fertilité des Africaines, combien d'enfants ont les femmes africaines ?


Compte tenu de sa soudaine irruption sur la scène politique nationale puis internationale, nombreux sont les Français et les étrangers qui n’avaient aucune opinion sur M. Emmanuel Macron. Alors tous évitaient sagement de le juger avant de le voir à l’œuvre ou tout au moins de connaître ses pensées.

Pendant la campagne présidentielle, la manière dont il avait fermement fait taire la polémique née à droite et à l’extrême-droite autour de sa déclaration selon laquelle la colonisation est un crime contre l’humanité avait séduit. En effet, après avoir ouvertement clamé que sa génération ne pouvait vivre à l’ombre d’un traumatisme qu’elle n’a pas connu, il avait ajouté avec une rare franchise que « la colonisation a entraîné la négation du peuple algérien ; que cela a produit une guerre qui n’était pas digne de la France ».

Avec ces mots, Emmanuel Macron avait clairement semblé se situer aux antipodes des fiers héritiers du colonialisme français qui se croient obligés d’entretenir dans l’opinion publique une imaginaire supériorité sur les autres peuples. Dès lors, nous étions nombreux à penser que sa jeunesse serait pour notre pays un gage de probité intellectuelle et morale devant les drames humains, loin des discours coloniaux et paternalistes habituels.

Mais voilà que très vite il aligne deux propos méprisants : « le kwassa-kwassa pêche peu ! il amène du comorien » et « dans une gare, on croise les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien ».

Si l’évocation du « kwassa-kwassa (qui) amène du comorien » nous a renvoyés au drame de Mayotte depuis qu'elle est séparée des Comores et rattachée à la France, tout le monde a semblé tomber d’accord pour qualifier son propos de plaisanterie de mauvais goût. Mais quand Monsieur Macron a opposé ceux qui réussissent et ceux qui ne sont rien, il nous a clairement placés en face d’une idéologie financière selon laquelle celui qui génère de l’argent est intéressant, et celui qui ne rapporte rien, n’est rien !

Comment peut-on en France se taire quand un président dit qu’il y a parmi nous deux catégories de personnes, celles qui réussissent et celles qui ne sont rien ? Comment peut-on ne pas être convaincu que quiconque est capable de mépriser l’autre avec une telle violence est prêt à tous les maux, à toutes les entreprises funestes ? Nous n’avons pas attendu longtemps pour être éclairés sur sa vision de l’humanité. C’est lors du G20 qu’il va montrer à la terre entière qu’à l’ENA, de génération en génération, tout le monde trempe ses lèvres dans la même coupe et en ressort avec la même ivresse colonialiste.

Evoquant les problèmes de l’Afrique – à ses yeux insurmontables – M. Macron dit, dépité : « quand des pays ont encore aujourd’hui sept à huit enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien ! »

L’omniprésence militaire française dans les pays francophones et les multiples coups d’Etat orchestrés dans de nombreuses contrées d’Afrique pour piller sans résistance leurs matières premières ne seront-ils donc jamais dans la bouche d’un président français comme les freins au développement de ce continent ? A dire vrai, d’un gouvernant à l’autre, d’une génération à l’autre, on évite d’évoquer les nécessaires mesures décolonisatrices pouvant générer un essor économique de l'Afrique francophone hors du giron de la France, parce que les ressources de ces anciennes colonies, on y tient !

Voici d’ailleurs clairement énoncés par Just-Jean Etienne Roy, en 1860, les principes essentiels de la colonisation sur les terres lointaines et auxquelles nos dirigeants jurent fidélité à tout jamais. Aucun de nous ne doit se permettre de les ignorer, car le sous-développement de l'Afrique n'est pas "civilisationnel" comme l'affirme M. Macron ; il n'est pas une condition ou une situation propre à l'Afrique.

Selon Just-Jean Etienne Roy, depuis la fin de l’esclavage en 1848, la gestion de ses colonies des Amériques et de l’océan indien puis celles conquises en Afrique ont inspiré à la France des mesures suprêmes : outre le fait qu’elles doivent être pour les « produits du sol et de l’industrie de la mère patrie des débouchés […] constamment ouverts », il faut « favoriser l’agriculture coloniale, c’est-à-dire les denrées destinées à la consommation de la métropole ; exiger de ces établissements (colonies) qu’ils ne vendissent leur récolte qu’à la métropole ; et enfin leur interdire d’élever les denrées récoltées à l’état de produit manufacturé ». En d’autres termes, éviter l’industrialisation et donc le développement de ces colonies.

Voilà donc clairement ce que sont les pays africains pour la France et les règles immuables auxquelles elle les soumet et qui les empêchent d’être véritablement indépendants et développés. Voilà pourquoi le rapport Vedrine affirme sans vergogne que « l’Afrique est l’avenir de la France ». On oublie d’ajouter que dans ce cas, l’Afrique n’a pas d’avenir pour elle-même par la seule responsabilité de la France. Car on ne peut être à la fois esclave et libre.

Occultant cette réalité de fait, aujourd’hui comme hier, on ressort l’argument compréhensible par le commun des Français - qu'on prend pour un imbécile prêt à tout croire - on clame haut et fort que le problème de l’Afrique, c’est sa surpopulation ; une surpopulation qui serait incompatible avec le développement économique ! Pour M. Macron, la liberté des peuples africains à disposer d’eux-mêmes coûterait trop cher à la France. Rectifions ici sa grosse erreur concernant le taux de fécondité des Africaines : la moyenne n’est pas de 7 à 8 enfants, mais de 5 enfants en Afrique subsaharienne et de 4,7 sur tout le continent. Les Africains ont bien compris que ce qui coûterait trop cher à la France si elle établissait des relations normales avec leur continent, ce n’est pas nourrir le trop grand nombre d’enfants noirs mais perdre les gisements de pétrole, de minerais en tout genre ainsi que les immenses plantations d’hévéa bien utiles pour ses industries automobiles. Les Africains savent aussi que leur continent deviendra bientôt l'un des plus grands marchés au monde grâce justement à la croissance de sa population et à l'augmentation de son niveau de vie. Et alors, comme la Chine et l'Inde, elle échappera à la petite France dont la population aura beaucoup vieilli. Elle aura alors oublié les siècles où l'esclavage la vidait régulièrement de ses forces vives. Est-il nécessaire de rappeler à M. Macron que la natalité en France n'est sur une courbe favorable que grâce aux Dom-Tom et notamment à l'immigration de l'Afrique Subsaharienne ? Ne voit-il pas que la population des pays d'Europe occidentale qui n'ont pas de régions ultramarines vieillit plus vite que celle de la France ? N'entend-t-il pas que partout on assure que l'immigration est une chance pour l’Europe devenue la Vieille parce qu'elle n'a pas su se renouveler ? Pour paraphraser Françoise Vergès (Le ventre des femmes), disons simplement que ce qui pourrait être analysé comme un apport d'énergie, une espérance, est transformé en une menace et un péril parce que l'Occident a peur que l'Afrique lui échappe. Oui, le discours de M. Macron traduit bien cette idée que pour les intérêts des capitalistes occidentaux « la fertilité des femmes du tiers-monde équivaut quasiment à une menace terroriste ».

Les outre-mer savent que ce discours cache un crime en marche

Si les propos de M. Macron visaient directement l’Afrique, nos compatriotes des outre-mer ont dû sentir leur cœur saigner. En effet, ils ont sûrement été replongés dans les décennies qui ont suivi 1946, année où le classement des colonies en départements suscitait des débats sur le coût de l’égalité entre ces territoires qui venaient de sortir de l'esclavage et l’hexagone. A cette époque, les hommes politiques avaient passé leur temps à réfléchir aux moyens de préserver les intérêts de la France dans ses anciennes colonies sans les développer ; c’est-à-dire en les laissant jouer leur rôle de colonies comme défini plus haut.

Bientôt, l’origine de tous les problèmes ou difficultés économiques de ces colonies fut trouvée ; et l’île de la Réunion fut montrée du doigt avant les Antilles : « le problème n°1, c’est la démographie, le grand mal de ce pays », assura Michel Debré en 1969 avant de souligner plus tard (1974) « la fainéantise alimentée par la naissance d’enfants nombreux sur cette île de l’océan indien ». C’était, comme le montre excellemment Françoise Vergès dans Le ventre des femmes, le bel argument sans cesse répété « pour justifier le non-développement économique, (le) contrôle des naissances et (l’)organisation de la migration ».

Afin de guérir la Réunion et les Antilles du fléau de la surpopulation – ce mal imaginaire français – des solutions définitives furent préconisées : l’avortement forcé de milliers de femmes suivi de la ligature de leurs trompes, et l’émigration des populations de ces îles vers la métropole. L’histoire des enfants de la Creuse et du BUMIDOM est aujourd’hui entrée dans la mémoire collective comme un crime de l’Etat français. Mais ce que l’on n’a jamais dit, c’est que le vide créé dans ces îles a été comblé par une population blanche métropolitaine.

Les propos de M. Macron rappellent donc étrangement ceux de M. Debré. Préparerait-il aussi l'immigration des populations africaines vers la France pour montrer qu'elle est généreuse ? De même que la question de la forte natalité dans les outre-mer aurait empêché la France de développer la Réunion et les Antilles, de même aujourd’hui cet argument sert de motif pour ne pas développer Mayotte et la laisser entre les mains des ONG qui en font peu à peu un paradis sexuel. Dans la même logique, la transformation de la démographie en « problème » central du sous-développement de l’Afrique voudrait permettre aux gouvernants français d’éviter d’affronter les questions politiques et sociales de ce continent. Et pourtant, ils savent comme nous qu’on ne peut à la fois entretenir une armée dans un pays étranger, battre la monnaie de ce pays pour mieux le confisquer, se mêler de la manière dont il doit être gouverné, et accuser la fécondité des femmes de le rendre inapte à toute forme de développement.

Elle est absolument odieuse cette France de M. Macron qui fait du contrôle du ventre des femmes – pour reprendre l’expression de Françoise Vergès – l’argument essentiel de sa mainmise sur ces anciennes colonies. Elle n'est pas belle cette France qui pense que l'Afrique est juste bonne à traire, qu'il est impossible de la développer. N'oublions jamais que quand les gouvernants d'un pays commencent à pointer du doigt un mal imaginaire dans un corps étranger, le crime n'est pas loin.

Raphaël ADJOBI
avec la collaboration de Luis-Nourredine PITA