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01/02/2012

Qu'est-ce que "la droite", en politique ?


Assemblée nat. 0001.jpg La distinction « gauche – droite » est si ancrée dans nos habitudes que nous ne pouvons nous passer de juger les positions politiques des nations étrangères qu'à l'aune de notre réalité. Mais sait-on avec précision ce que renferment ces termes, du moins les éléments qui en sont leurs fondements ? Chacun saurait-il clairement définir ce qu'est fondamentalement la droite ? Voilà la tâche à laquelle j'ai décidé de me consacrer aujourd'hui. Et, sans doute, vous conviendrez avec moi des quelques traits caractéristiques de ce que nous appelons communément, en politique, « la droite », que je souligne ici.

En France, la notion de « droite » est avant tout intimement liée à la défense du socle des moeurs lointaines enracinées dans l'aristocratie, voire la féodalité. Aussi, chaque appel à la défense de la patrie suppose obligatoirement la menace d'un danger, d'un ennemi. Cette tendance à voir le danger ou l'ennemi dans les yeux de tous ceux qui ne nous ressemblent pas ou que nous n'avons pas adoubés tient quelque chose de la vieille tradition qui faisait du châtelain - donc le riche - le protecteur des pauvres qui en échange lui devaient soumission. Et n'oublions pas que dans sa maligne domination, le riche avait pris l'habitude d'ériger des lois pour se garantir des vilénies des pauvres tout en faisant croitre à ces derniers, qui ne possédaient rien, que c'était également pour leur bien ; dans le cas, bien sûr, où ils viendraient à posséder quelque chose. Aussi, cette confiance aveugle dans le riche érigé en bienfaiteur sans lequel la société courrait à sa perte demeure aujourd'hui encore le fond de commerce de ce que nous appelons « la droite ».

On comprend donc que « la droite » s'érige en apôtre du patriotisme qui n'est que l'affirmation de l'orgueil public face à la menace extérieure. Le patriotisme a pour dessein de montrer du doigt l'existence, ou mieux la présence de l'autre qui est « l'indésirable ».

Je me souviens m'être très vite rangé à l'avis de mon ancien professeur de philosophie au Lycée classique d'Abidjan qui, un jour, nous expliqua avec beaucoup d'enthousiasme pourquoi « La Marseillaise », l'hymne national français, était certainement le plus beau chant patriotique jamais écrit. En effet, quand on lit ou écoute les paroles de ce chant, on comprend que son enthousiasme n'était pas vain. De toute évidence, « La Marseillaise » était écrite pour galvaniser tout un peuple et le dresser contre l'ennemi ; un chant qui flatte l'orgueil, gonfle la poitrine et vous pousse à toiser l'ennemi de la façon la plus fière pour lui signifier qu'il ne peut ébranler votre ardeur à le combattre. Le Haka néo-zélandais qui impressionne tant le monde entier, suscitant à la fois admiration et critiques parfois, s'inscrit dans le même registre de volonté inébranlable devant l'adversité. Et en 2004, quand, encerclant l'Hôtel Ivoire tenu par une armée étrangère, la jeunesse ivoirienne s'était dressée par une marche grandiose jamais vue sous le soleil d'Afrique, elle faisait preuve de patriotisme ; un patriotisme extraordinaire que les journalistes Antoine Glaser et Stephen Smith avaient comparé à juste titre à la prise de la Bastille. Oui, le patriotisme est un orgueil exacerbé devant l'adversité. Il brave le danger, refuse de reculer. Seule la mort peut le vaincre.

Qui est l'ennemi en temps de paix ?
Mais à quoi nous sert l'orgueil patriotique en tant de paix ? Qui est alors « l'autre », l'ennemi devant lequel il ne faut rien céder ? Aujourd'hui, alors que les dirigeants de « gauche » prônent le "vivre ensemble" - et certains vont même jusqu'à proposer la révision de notre hymne national - la droite se montre l'ardente défenseur de ses paroles ainsi que des signes extérieurs anciens qui flattent l'orgueil, pour ne pas dire qui flattent notre clocher que l'on voudrait imprenable. Dans la réalité actuelle de la France, à entendre les hommes politiques de droite, « l'autre », « l'indésirable » devant lequel il faut lever les boucliers vient des quartiers pauvres qu'ils assimilent aux immigrés (ou des immigrés qu'ils assimilent aux quartiers pauvres). Assurément, le ton martial des discours qui clament le redressement de la France ne vise qu'à pousser une partie de la France qui se reconnaît blanche et riche contre l'autre partie qui ne peut que se voir pauvre et taxée d'étrangère. La "droite" est donc cette volonté politique qui consiste à perpétuer en tant de paix la persistante idée d'un éternel ennemi toujours aux aguets.

Un autre trait caractéristique de la droite est son attachement à la famille traditionnelle "père-mère", sécurisante et immuable. La métamorphose que connaît la famille depuis une ou deux décennies lui semble étrangère. La droite refuse d'ouvrir les yeux ; elle refuse de voir que « de nouveaux personnages familiaux ont fait leur apparition : les beaux-parents des familles recomposées, les donneurs et les donneuses, les mères porteuses, les parents de naissance (ou biologiques) en cas d'adoption ». Devant cette réalité, elle s'accroche aux institutions, aux règles parfois plusieurs fois centenaires. La manière extrêmement lente dont la société tente d'organiser la mutation de la famille face aux freins des institutions traduit bien le refus de la droite d'en assumer totalement la responsabilité. Elle persiste à négliger juridiquement les nouveaux liens familiaux de peur qu'ils supplantent le modèle « un seul père, une seule mère, pas un de plus, pas un de moins » (Irène Théry, directrice d'études à l'EHESS).

En défendant le caractère immuable des institutions, c'est non seulement sa peur de la nouveauté ou du changement qu'elle exprime, c'est aussi sa peur de l'autre qu'elle montre. Parfois, cette peur de l'autre la pousse à des propositions absurdes comme cette recherche des gènes de la délinquance chez les enfants de la maternelle afin de prévenir les déviances futures et protéger ainsi la société. Et ces déviances futures, la droite les situent bien souvent aux frontières de la famille traditionnelle. On pourrait même croire qu'elle est nostalgique de la subordination sociale de la femme dans la famille hiérarchisée d'antan : le mari chef de famille, la femme lui devant obéissance ; le père pourvoyeur, la mère au foyer. Il est même certain qu'un grand nombre des partisans de la droite fonctionnent selon ce schéma ou n'en sont pas très loin.

Nous n’irons pas plus loin dans cette définition de la droite. Au regard de cet exposé, chacun peut se situer. Des circonstances particulières font parfois naître des valeurs qui sont justes et belles. Mais il faut savoir évoluer. Ainsi, « les patriotes » (le tiers état) - qui étaient tous ceux qui s'opposaient à l'aristocratie et au clergé pendant la Révolution - ont su changer d'idéal à l'avènement de l'industrie avec ses cohortes d'ouvriers. Les mutations actuelles exigent des mentalités nouvelles, des considérations sans cesse renouvelées de notre manière d’être, de notre manière de faire aussi, mais surtout de notre manière de vivre avec les autres. Face aux mutations de ces dernières décennies, la droite - qui s'est emparé de la bannière patriotique - doit se montrer capable de proposer des valeurs nouvelles à atteindre pour ne pas être taxée de rétrograde. Sans un regard neuf sur cette société constamment changeante, nous serons tentés d’affirmer que la gauche a des valeurs et la droite des préjugés.

Raphaël ADJOBI

Commentaires

NOTE DE L'AUTEUR : Lire dans le deuxième paragraphe "tout en faisant CROIRE à ces derniers"' au lieu de "faisant croiTRe".

Écrit par : St-Ralph | 01/02/2012

Mon cher St-Ralph,

Sujet éminemment passionnant que j'aurais aimé aborder des heures durant. Faute de temps, je me contenterai de quelques lignes en espérant revenir un peu plus en détails une autre fois.

Plus le temps passe, moins je vois des lignes de clivages nettes entre la Gauche et la Droite. Je m'amuse à beaucoup écouter les oppositions et à réécouter ces gens quand ils sont aux affaires et là, souvent je me gausse et j'ai pitié d'eux. Pitié car des Hommes de conviction comme Georges Marchais, Simone Veil, Raymond Barre, Jacques Delors etc., sans forcément partager leurs avis, la France n'en produit que très peu sinon pas du tout. Lorsque la Gauche a mis en place les 35 heures, la Droite a hurlé comme jamais. Je me souviens d'un Philippe Seguin ironisant avec "Pourquoi pas 32h? Pourquoi pas moins?" 10 ans après, cette même Droite... Enfin, à suivre.

O.G.

Écrit par : Obambé GAKOSSO | 07/02/2012

C'est tout à fait vrai que les lignes de clivage sont plus difficiles à distinguer aujourd'hui qu'hier. La gauche embrasse des politiques de droite et la droite des politiques de gauche. Heureusement, il reste l'esprit qui ne trompe pas : placer l'homme et sa vie sociale au centre des préoccupations reste tant bien que mal l'idéal de la gauche. Malheureusement peu d'hommes osent le crier fort et en faire leur ligne de combat. Il me semble que tout le monde préfère rester dans le flou.

Écrit par : St-Ralph | 09/02/2012

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