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14/02/2012

La Côte d'Ivoire et la CAN 2012 : A QUELQUE CHOSE MALHEUR EST BON !


CAN 2012 0006.jpg On ne devrait jamais souhaiter son propre malheur. On ne devrait pas non plus se réjouir du malheur qui nous arrive. Cependant, j'avoue que j'avais, dans le secret de mon coeur, souhaité la défaite des éléphants en finale de cette coupe d'Afrique des nations 2012. Ne m'en voulez pas d'être aussi franc. Il me semble que la victoire des nôtres m'aurait laissé indifférent alors que leur défaite me laisse dans le coeur comme une petite satisfaction.

Des semaines durant, si je ne me réjouissais pas vraiment des victoires des éléphants, je les souhaitais, les désirais. Mais quand arriva l'étape finale, je fus pris d'un sentiment étrange. Quel serait le sens de la victoire pour les Ivoiriens ? Comment se comporteraient les joueurs par rapport aux dirigeants actuels du pays ? Quelles pensées auraient-ils pour les autorités déchus qui les ont pourtant portés durant des années entières après avoir pansé leurs plaies suite à la précédente édition ? Il m'apparaissait quelque chose de malsain dans une issue victorieuse des éléphants. Mais ces sentiments, il ne faut jamais oser les dire tout haut pour ne point s'attirer l'animosité des siens.

Le lendemain du match, quand la radio annonça la défaite de la Côte d'Ivoire, je me suis senti coupable du malheur des Ivoiriens. Il y avait quelque chose de criminel dans mon espoir secret d'une défaite des nôtres. Mais j'étais persuadé d'une chose : à quelque chose malheur est bon ! Oui, cette défaite évite aux joueurs la pire des choses : témoigner de la gratitude à ceux qui n'ont pas encore fait leur preuve et garder le silence sur les bienfaits de ceux qui sont aujourd'hui écartés de la scène publique du pays. Je parie qu'en cas de victoire, certains joueurs auraient voulu, dans leur for intérieur, envoyer un message à l'ancien président pour partager avec lui leur joie. Mais ils n'auraient jamais osé pour ne point s'attirer la colère des maîtres du pays.

Finalement, Les éléphants viennent par leur défaite d'entrer dans le coeur de tous les Ivoiriens : les déchus et les vainqueurs qui occupent la place. Ils épargnent aux premiers l'humiliation de l'absence d'un regard affectueux à leur adresse. Ils apportent aux derniers, la satisfaction d'avoir des dignes fils du pays capables de se battre jusqu'à leurs dernières forces. Ouf, l'honneur est sauf ! Les éléphants peuvent dormir en toute quiétude pour n'avoir blessé personne.

Raphaël ADJOBI

09/02/2012

Sénégal : Wade ou les illusions perdues


numérisation0003.jpg Il semble déjà loin le temps où Abdoulaye Wade, le président sénégalais, jouant le parrain d'une pseudo réconciliation ivoirienne, se promenait fièrement sur la scène politique africaine en qualité de confident du président français Nicolas Sarkozy. Voici désormais venu le temps de la réalité politique où il lui faut prouver qu'il est plus démocrate que Laurent Gbagbo.

Sûr d'être devenu l'ami des grands de ce monde parce que désigné (ou autoproclamé) émissaire des fossoyeurs français de la Côte d'Ivoire, Abdoulaye Wade s'est mis à rêver d’une grandeur immémoriale. Celui que certains bloggeurs surnomment méchamment "la Momie" s'est cru devenu un sphinx promis à prendre la place de l'immense statue qu'il a fait édifier en souvenir des captifs convoyés de l'autre côté de l'Atlantique pour servir d'esclaves aux Européens. Wade le Zorro pour qui Léopold Sédar Senghor et Abdou Diouf n'étaient pas loin d'être des dictateurs ou des antidémocrates a su, en moins de deux mandats présidentiels, nourrir contre lui l'animosité d'une partie du peuple sénégalais. Il n'est plus un honorable adversaire à combattre ; c'est un ennemi, un antidémocrate à chasser.

Cela faisait déjà quelques années que de nombreux Sénégalais écrivaient ça et là qu'il préparait son fils Karim à sa succession. Tout le monde attendait de voir comment il s'y prendrait pour faire aboutir ce projet. Surtout après la révision de la Constitution qui prévoyait désormais que le président ne peut accomplir plus de deux mandats consécutifs, les plus démocrates gardaient l'oeil sur le fils pensant voir le danger venir de ce côté-là. C'est donc contre toute attente que l'on vit Abdoulaye Wade annoncer qu'il est candidat à sa propre succession pour un troisième mandat. Sans doute que l’échec de Karim, en 2009, dans la course pour la conquête de la mairie de Dakar est pour quelque chose dans cette volte-face. Et la Constitution alors, qu'en faites-vous ? lui rappelle-t-on. Impassible, il répond que sa première élection était antérieure à la nouvelle règle constitutionnelle et que par conséquent sa candidature est légalement la deuxième et non la troisième. Le filou !

Grand Dieu ! ... Pardon ! Grand Allah ! Comment à 85 ans peut-on être fourbe à ce point ! Le Sénégal est-il vraiment devenu la chose de Wade au point de toucher à la Constitution dans le seul but de se maintenir au pouvoir ? Maintenant, tous les observateurs peuvent affirmer que la révision de la Constitution avait été demandée et réalisée dans le seul but de fournir à Wade l'argument qu'il avance. Il est certain que dès l'annonce de sa candidature, chacun des membres de cette institution s'est dit : « Je m'y attendais » ; ou encore « Zut alors, il nous a bien eus ! ». Dès lors, les uns et les autres se sont trouvés dans l'obligation de ne pas déplaire au président de la République. On peut donc croire qu’ils n’ont guère balancé avant de valider sa candidature. Tous sont désormais convaincus d’une chose : celui qui est capable d'un tel forfait est prêt à bourrer les urnes pour assurer sa réélection. Le crime électoral parfait !

Le halo d'impopularité dans lequel il évolue depuis l'acceptation de sa candidature par le Conseil Constitutionnel le prive aujourd'hui de tout regard attendrissant et de toute compassion. Bien au contraire, c'est un sentiment de honte qu'éprouvent les Africains en voyant ce vieil homme. Diable ! Qu'a fait l'Afrique noire pour mériter des dirigeants qui ignorent les sens de l'orgueil et de l'honneur ? Qu’a-t-elle fait, ou que ne fait-elle pas pour ne mériter que des dictateurs qui s’habillent en démocrates ? Wade a-t-il vraiment le sentiment d'être devenu un sage incontournable pour son pays et pour l'Afrique ? Tout donne à croire qu'il est victime de sa suffisance et de sa sénilité. Souvent, les deux vont de pair d'ailleurs. Par sa faute, il est devenu la honte des Africains et le politique infréquentable pour ses amis européens d'hier. Ces derniers prennent d'ailleurs soin de ne pas avoir de contact avec lui. Ils n'osent même pas prononcer son nom de peur qu'on leur parle longuement de ce vieil homme qu'ils ne désirent plus compter au nombre de leurs relations politiques. Wade est un pestiféré qu'on évite de peur d'être contaminé par son impopularité et l'animosité de son peuple qui le rongent et le minent. Quand on tombe aussi bas dans l'estime publique, on ne doit souhaiter qu'une chose : disparaître ! Mais sans doute la sénilité lui évite-t-elle le sentiment de honte.

Pauvre Wade ! Le 2 février 2010, quand le président du Niger, Mamadou Tandja faisait l’objet de vives critiques pour avoir modifié la Constitution afin de prolonger son mandat, c’était lui qui s’était proposé pour aider à trouver une issue au problème politique nigérien. Tandja sera renversé deux semaines plus tard. Le 9 juin 2011, il s'est rendu à Benghazi, en Libye, où il a demandé à « son frère » Mouammar Kadhafi de quitter le pouvoir. Résultat : avec l'appui de l'armée française, Kadhafi est mort assassiné par les rebelles libyens. De toute évidence, en voulant apparaître le sage de l'Afrique, Abdoulaye Wade n'a été qu'un empoisonneur public. Le voilà désormais réduit à jouer l’apprenti dictateur. Et dire que c'est l'un des juges qui ont prononcé la perte de Laurent Gbagbo au nom de la démocratie qu'ils prétendent connaître mieux que quiconque. Pauvre Afrique ! Il y a cependant, dans mon coeur une jubilation sécrète que j'avoue ici : Laurent Gbagbo est admiré par de nombreux Africains et Européens qui ne cessent d'écrire pour saluer son combat et souligner l'injustice dont il a été victime ; Wade par contre n'aura jamais cet honneur-là. Jamais ! Jamais il n'arrivera à la cheville de Laurent Gbagbo. Alors que celui-ci est entré dans l'histoire avant sa mort, Wade est devenu, tel le fou du village, la risée de l'Afrique.

Raphaël ADJOBI

01/02/2012

Qu'est-ce que "la droite", en politique ?


Assemblée nat. 0001.jpg La distinction « gauche – droite » est si ancrée dans nos habitudes que nous ne pouvons nous passer de juger les positions politiques des nations étrangères qu'à l'aune de notre réalité. Mais sait-on avec précision ce que renferment ces termes, du moins les éléments qui en sont leurs fondements ? Chacun saurait-il clairement définir ce qu'est fondamentalement la droite ? Voilà la tâche à laquelle j'ai décidé de me consacrer aujourd'hui. Et, sans doute, vous conviendrez avec moi des quelques traits caractéristiques de ce que nous appelons communément, en politique, « la droite », que je souligne ici.

En France, la notion de « droite » est avant tout intimement liée à la défense du socle des moeurs lointaines enracinées dans l'aristocratie, voire la féodalité. Aussi, chaque appel à la défense de la patrie suppose obligatoirement la menace d'un danger, d'un ennemi. Cette tendance à voir le danger ou l'ennemi dans les yeux de tous ceux qui ne nous ressemblent pas ou que nous n'avons pas adoubés tient quelque chose de la vieille tradition qui faisait du châtelain - donc le riche - le protecteur des pauvres qui en échange lui devaient soumission. Et n'oublions pas que dans sa maligne domination, le riche avait pris l'habitude d'ériger des lois pour se garantir des vilénies des pauvres tout en faisant croitre à ces derniers, qui ne possédaient rien, que c'était également pour leur bien ; dans le cas, bien sûr, où ils viendraient à posséder quelque chose. Aussi, cette confiance aveugle dans le riche érigé en bienfaiteur sans lequel la société courrait à sa perte demeure aujourd'hui encore le fond de commerce de ce que nous appelons « la droite ».

On comprend donc que « la droite » s'érige en apôtre du patriotisme qui n'est que l'affirmation de l'orgueil public face à la menace extérieure. Le patriotisme a pour dessein de montrer du doigt l'existence, ou mieux la présence de l'autre qui est « l'indésirable ».

Je me souviens m'être très vite rangé à l'avis de mon ancien professeur de philosophie au Lycée classique d'Abidjan qui, un jour, nous expliqua avec beaucoup d'enthousiasme pourquoi « La Marseillaise », l'hymne national français, était certainement le plus beau chant patriotique jamais écrit. En effet, quand on lit ou écoute les paroles de ce chant, on comprend que son enthousiasme n'était pas vain. De toute évidence, « La Marseillaise » était écrite pour galvaniser tout un peuple et le dresser contre l'ennemi ; un chant qui flatte l'orgueil, gonfle la poitrine et vous pousse à toiser l'ennemi de la façon la plus fière pour lui signifier qu'il ne peut ébranler votre ardeur à le combattre. Le Haka néo-zélandais qui impressionne tant le monde entier, suscitant à la fois admiration et critiques parfois, s'inscrit dans le même registre de volonté inébranlable devant l'adversité. Et en 2004, quand, encerclant l'Hôtel Ivoire tenu par une armée étrangère, la jeunesse ivoirienne s'était dressée par une marche grandiose jamais vue sous le soleil d'Afrique, elle faisait preuve de patriotisme ; un patriotisme extraordinaire que les journalistes Antoine Glaser et Stephen Smith avaient comparé à juste titre à la prise de la Bastille. Oui, le patriotisme est un orgueil exacerbé devant l'adversité. Il brave le danger, refuse de reculer. Seule la mort peut le vaincre.

Qui est l'ennemi en temps de paix ?
Mais à quoi nous sert l'orgueil patriotique en tant de paix ? Qui est alors « l'autre », l'ennemi devant lequel il ne faut rien céder ? Aujourd'hui, alors que les dirigeants de « gauche » prônent le "vivre ensemble" - et certains vont même jusqu'à proposer la révision de notre hymne national - la droite se montre l'ardente défenseur de ses paroles ainsi que des signes extérieurs anciens qui flattent l'orgueil, pour ne pas dire qui flattent notre clocher que l'on voudrait imprenable. Dans la réalité actuelle de la France, à entendre les hommes politiques de droite, « l'autre », « l'indésirable » devant lequel il faut lever les boucliers vient des quartiers pauvres qu'ils assimilent aux immigrés (ou des immigrés qu'ils assimilent aux quartiers pauvres). Assurément, le ton martial des discours qui clament le redressement de la France ne vise qu'à pousser une partie de la France qui se reconnaît blanche et riche contre l'autre partie qui ne peut que se voir pauvre et taxée d'étrangère. La "droite" est donc cette volonté politique qui consiste à perpétuer en tant de paix la persistante idée d'un éternel ennemi toujours aux aguets.

Un autre trait caractéristique de la droite est son attachement à la famille traditionnelle "père-mère", sécurisante et immuable. La métamorphose que connaît la famille depuis une ou deux décennies lui semble étrangère. La droite refuse d'ouvrir les yeux ; elle refuse de voir que « de nouveaux personnages familiaux ont fait leur apparition : les beaux-parents des familles recomposées, les donneurs et les donneuses, les mères porteuses, les parents de naissance (ou biologiques) en cas d'adoption ». Devant cette réalité, elle s'accroche aux institutions, aux règles parfois plusieurs fois centenaires. La manière extrêmement lente dont la société tente d'organiser la mutation de la famille face aux freins des institutions traduit bien le refus de la droite d'en assumer totalement la responsabilité. Elle persiste à négliger juridiquement les nouveaux liens familiaux de peur qu'ils supplantent le modèle « un seul père, une seule mère, pas un de plus, pas un de moins » (Irène Théry, directrice d'études à l'EHESS).

En défendant le caractère immuable des institutions, c'est non seulement sa peur de la nouveauté ou du changement qu'elle exprime, c'est aussi sa peur de l'autre qu'elle montre. Parfois, cette peur de l'autre la pousse à des propositions absurdes comme cette recherche des gènes de la délinquance chez les enfants de la maternelle afin de prévenir les déviances futures et protéger ainsi la société. Et ces déviances futures, la droite les situent bien souvent aux frontières de la famille traditionnelle. On pourrait même croire qu'elle est nostalgique de la subordination sociale de la femme dans la famille hiérarchisée d'antan : le mari chef de famille, la femme lui devant obéissance ; le père pourvoyeur, la mère au foyer. Il est même certain qu'un grand nombre des partisans de la droite fonctionnent selon ce schéma ou n'en sont pas très loin.

Nous n’irons pas plus loin dans cette définition de la droite. Au regard de cet exposé, chacun peut se situer. Des circonstances particulières font parfois naître des valeurs qui sont justes et belles. Mais il faut savoir évoluer. Ainsi, « les patriotes » (le tiers état) - qui étaient tous ceux qui s'opposaient à l'aristocratie et au clergé pendant la Révolution - ont su changer d'idéal à l'avènement de l'industrie avec ses cohortes d'ouvriers. Les mutations actuelles exigent des mentalités nouvelles, des considérations sans cesse renouvelées de notre manière d’être, de notre manière de faire aussi, mais surtout de notre manière de vivre avec les autres. Face aux mutations de ces dernières décennies, la droite - qui s'est emparé de la bannière patriotique - doit se montrer capable de proposer des valeurs nouvelles à atteindre pour ne pas être taxée de rétrograde. Sans un regard neuf sur cette société constamment changeante, nous serons tentés d’affirmer que la gauche a des valeurs et la droite des préjugés.

Raphaël ADJOBI