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04/04/2012

Le chagrin des bourreaux (Shlomit Abel)

Dans cette contribution d'Abel Shlomit se lit le grand espoir, voire le rêve de nombreux ivoiriens. Je vous laisse découvrir par vous-même les différents points de son article.

Le chagrin des bourreaux

La justice de la « république démocratique avec son président imposé », étant une justice “impartiale” depuis le commencement et qui prend en compte la réconciliation nationale, nous ne devons pas nous étonner de n’avoir que des inculpations unilatérales, lorsque nous lisons le communiqué rendu public du substitut du procureur de la république, et qui nous annonce 194 inculpations, toutes proches du camp Gbagbo. Nous retrouvons les six informations judiciaires ouvertes en février, évoquée par le procureur Ocampo, avant même le début de l’enquête sur le terrain ! C’est vraiment une justice divine à l’oeuvre, puisque d’emblée, à la louche, le représentant de la justice impartiale, labellisée communauté internationale, donne en pâture ce chiffre de 6 informations judiciaires, et après plus de 6000 auditions, il reconfirme ce chiffre !

Où se situent les charges contre Michel Gbagbo? Dans quelle rubrique va-t-on classer ce délit de patronyme ? Et si le fils est redevable de la justice préfectorale, je ne saurais trop conseiller au Préfet de lancer un mandat d’arrêt contre la mère du président Gbagbo, car si l’on arrête le fils du père, ce dernier est aussi le fils d’une mère! Aussi j’encourage vivement le capitaine au gouvernail détraqué de la Côte d’Ivoire de rajouter cette dame au motif de “délit de patronyme” à sa liste de Délinquants de la République!

La recherche des assassins du professeur Philippe Raymond, représentant des ressortissants étrangers, n’est pas non plus évoquée dans cette liste ; pourtant ce dernier était dans le pays depuis 12 ans, et je crois savoir qu’il désirait la nationalité ivoirienne ! Ne devrait-on pas rechercher ses assassins, les vrais ?

Mais voilà, il faudrait commencer dans le cadre de cette réconciliation tellement médiatisée, à enfin créer une catégorie « les assassins sont parmi nous, aidez-nous à les traduire devant la justice! » Oh, que le président “désigné” Ouattara se rassure, il sera aidé dans sa recherche de la vérité et des coupables, les vrais : des témoins à charge il y en a, des films à charge il y en a, et s’ils ne circulent pas en ce moment sur internet, c’est pour protéger les témoins, ces pauvres ivoiriens dont la souffrance ne peut être gommée par ce simulacre de justice, et même si cela doit prendre des années, la junte préfectorale et ses mentors étrangers peuvent continuer de se faire du souci, et s’agiter pour couvrir leur crimes et désigner des bouc émissaires ! Le sang versé, jamais ne s’évaporera, et les bulldozeurs de la reconstruction jamais n’effaceront les crimes, pas plus qu’un régime pharaonique encore plus terrifiant ! S’il est vrai que le troisième Reich devait durer 1000 ans, avec des structures et des infrastructures, des règles, une justice des vainqueurs, certes, mais aussi des hôpitaux, des administrations, des écoles, des universités - ce n’était pas le chaos - et qu’il est tombé, à plus forte raison celui-ci qui n’est qu’une baudruche gonflée depuis l’étranger pour faire croire à un semblant de vie !

Les temps que nous vivons ressemblent à ces temps avant l’accouchement d’une réalité nouvelle : celle priée, ardemment attendue par tous les ivoiriens, qu’ils soient chrétiens, musulmans, simplement sincères et de bonne volonté et qui ne peuvent se contenter de ce retour abyssal dans les entraves de la colonisation esclavagiste ! En temps que femme, j’ai ce privilège par rapport à Ouattara et ses soutiens français d’avoir été mère, et je sais, de mémoire de femme, que jamais, l’enfant à naître n’a reporté son échéance à plus tard. Au contraire, quand c’est l’heure, au moment le bon, les contractions s’enclenchent, s’amplifient, et rien ni personne ne peuvent les arrêter !

Cette réalité là, celle d’une Côte d’ivoire consolée, réconfortée, ressoudée, unie autour de ceux qui peuvent la débarrasser de celui qui n’avait pour eux que des promesses sans lendemain, pour mieux la livrer à ses violeurs, cette réalité là, même s’il faut attendre encore un peu de temps, oui ce temps viendra ! Le Messie Ouattara, nous dit-on, va bientôt venir dans l’Ouest ; par son simple déplacement il va, dit-on, panser les plaies, quand il viendra, - mais viendra-t-il ? Rien n’est moins sûr !

Nous voyons à grands pas arriver Pâques, la Pâque biblique, où les esclaves, après une dernière plaie, la mort des premiers nés des bourreaux, voient s’ouvrir très grand les portes de la liberté, car le bourreau en chef saigne, le bourreau pleure et ses caporaux avec lui, non pas de compassion pour les victimes, - lui et les siens en sont bien incapables -, mais parce que le Dieu de ses enfants intervient lui-même, et frappe, là où ça fait mal ! A chacun son tendon d'Achille !

Quand on rebrousse chemin au dessus d’un aéroport, parce que des opposants vous y attendent, quand on n’ose même pas affronter la contestation sur le tarmac de Bamako, alors qu’on se prend pour le messie de la Côte d’Ivoire et de l'Afrique, digne de diriger les destinées de la BCEAO, ça fait mal, et je pense que ce genre d’épreuve va se multiplier. La maladie est déjà là, et qui fait son œuvre, malgré les meilleurs soins, les meilleurs médecins… S’y rajoute les atteintes à l’honneur : être la risée, avoir honte, c’est une situation qui jusqu’à présent avait été épargné à Ouattara ; mais de plus en plus, nous voyons les limites du grand homme, qui ne l’est que de taille !

Même les enfants des écoles savent que c’est Martin Luther King qui a prononcé « I have a dream » Si Ouattara a associé cette phrase, non pas à son auteur qui est un plus des grands noms de l’Histoire de l’émancipation des Noirs et de l’Histoire universelle, mais à celle de JF Kennedy, c’est parce que le destin tragique - inimaginable jusqu’au bout - du président américain le frappe d’avantage que celui du prédicateur noir qui, à ses yeux n’a récolté que ce qu’il méritait, à vouloir sortir des sentiers battus en proclamant que le destin des noirs vaut bien celui des blancs, et qu’un jour ce sera une réalité ! Comme le lapsus de la Chancelière qui l’a nommé bien malgré elle, « Monsieur le préfet », et décrit la réalité de ce qui se murmure dans le monde entier, ce lapsus n’est pas le signe d’un manque de culture du chef de l’état, mais de la tension qui l’habite face à une interview où il lui faut surtout rester maitre du jeu. C’est du plus profond des ses angoisses que jaillit le président Kennedy, un homme qui a été mis hors jeu, non par un quidam - Oswald ou Ruby, l’affaire est bien trop embrouillée et les coupables bien trop évidents -, mais parce que, en haut lieu, on a jugé qu’il “fallait” un changement. Alors ce n’est un secret pour personne : face à un président-candidat Sarkozy qui n’est pas content, mais vraiment pas du tout du comportement de son protégé, et qui peut avoir envie de trouver un remplaçant, face à un Soro Guillaume qui s’installe dans le siège de second personnage de l’état, pouvant à tout moment remplacer un président défaillant, face à l’hostilité de plus en plus manifeste des Ivoiriens à l’égard d’un tyran sans aucune légitimité, il ne faut pas chercher plus loin : Ouattara est sur un siège éjectable, et l’approche de la semaine sainte lui fait redouter pour lui-même l’imminence d’un avenir dans lequel toute la Côte d’Ivoire espère : celui de sa chute, et de la délivrance qui en découlera.

Shlomit Abel
1er avril 2012

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