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27/04/2012

Les dozos de Côte d'Ivoire, dernier vestige de la contribution des noirs aux traites négrières

Qui sont réellement les dozos de Côte d'Ivoire, communément appelés "chasseurs traditionnels". Une analyse historique de ce groupuscule vous est proposée sur http://raphael.afrikblog.com/archives/2012/04/24/24095393.html#comments

25/04/2012

Sauver l'honneur

Une contribution de Eliahou Abel

Le 5 avril 2011, au lendemain du début des frappes aériennes menées contre la Résidence des chefs d'État ivoiriens à Abidjan, le député communiste Jean-Paul Lecoq tentait de sauver l'honneur de la classe politique française et de l'assemblée nationale en dénonçant, dans une question courageuse à l'administration Sarkozy – question dont le triste sire Alain Juppé, abusant de son pouvoir discrétionnaire, n'eut alors pas l'élémentaire décence de le laisser achever la formulation – les dessous abjects de l'agression de la force Licorne en Côte d'Ivoire. Son intervention ne rencontra, sur les bancs de la majorité – Front National excepté –, que haussements d'épaules, grimaces éloquentes, huées et sarcasmes, et sur ceux de l'opposition - groupe communiste mis à part - le silence indigne d'une indifférence complice. La caméra eut même le temps de saisir, sur les bancs du PS, un ricanement devenu le symbole de la disqualification d'une certaine gauche : celui de Jack Lang, le vertueux humaniste, filmé trois ans auparavant alors qu'il se pavanait dans la "rue Princesse" d'Abidjan en compagnie de son "ami" le Président Laurent Gbagbo, mué en propagandiste de la thèse officielle assimilant ce dernier à un criminel endurci tout juste bon à abandonner sans états d'âme à la voracité mercantile des chiens au pouvoir.

En ce jour d'élections présidentielles en France, alors que des dizaines de millions de Français et d'Africains guettent l'aube d'une ère nouvelle, nous n'avons qu'une seule question à poser au successeur espéré de notre petit caporal ultralibéral, pourvoyeur et consolidateur exclusif des bénéfices exponentiels garantis à ses tout-puissants copains de la finance, de la pharmacie, de l'assurance, du bâtiment, de la presse, de l'industrie des armements, de l'agro-alimentaire et du nucléaire : que compte-t-il faire, non seulement pour nettoyer les écuries d'Augias du Quai d'Orsay et autres ministères, voués corps et âme au triomphe du profit sur fond de combines meurtrières et de mensonges éhontés, mais aussi pour laver l'honneur d'une gauche socialiste qui, en offrant le couvert de son silence aux crimes commis notamment en Côte d'Ivoire et en Libye, a délibérément placé son approche des dossiers françafricains sous le signe de la honte ? Une honte qui, si par malheur le nouvel élu venait à manquer d'audace pour affronter les risques de la grande lessive qui s'impose, ne tarderait pas à devenir ineffaçable.

Le futur président pourra-t-il faire l'économie d'une condamnation solennelle de la mascarade qui a suivi le second tour des élections ivoiriennes du 2 décembre 2010, avec la proclamation illicite, depuis le Quartier Général de la Rébellion, de résultats purement et simplement inversés ? Proclamation adossée au refus de prendre en compte l'existence avérée de fraudes massives – elles-mêmes supervisées par les autorités françaises –. Pourra-t-il éviter d'appeler par son nom l'intronisation aux forceps du chef rebelle Alassane Dramane Ouattara : un coup d'État fomenté par la "France" de son prédécesseur à l'Élysée ? Pourra-t-il continuer à tolérer la surréaliste conspiration du silence dont les médias ont enveloppé les circonstances aussi troubles que tragiques de l'assassinat de notre compatriote Philippe Rémond, à tous égards le plus digne d'éloges et le plus représentatif de ce que la France, au creuset des valeurs qui l'ont forgée, porte de plus grand, de plus noble et de plus beau : le vrai courage et l'exaltation de la Vérité ? Pourra-t-il, tirant prétexte du devoir de réserve imposé par l'exercice de sa charge, se dérober aux exigences d'une enquête impartiale, n'éludant pas la délicate question d'une éventuelle complicité directe ou indirecte des autorités françaises dans la planification et l'exécution de ce crime perpétré par les tueurs de Ouattara ? Aura-t-il le cœur de laisser se perpétuer le scandale de la discrimination négative dont est victime le franco-Ivoirien Michel Gbagbo, coupable du seul crime d'être le fils d'un père innocent, séquestré au péril d'une santé que l'on sait fragile par le preneur d'otage burkinabé fabriqué par la "France" ?

Le vainqueur alternatif du 6 mai prochain pourra-t-il jouer la carte de la bienséance feutrée, quand il s'agira d'affronter le déferlement de révélations dont l'écho assourdissant viendra bientôt répercuter le vacarme –étouffé jusque-là manu militari – de la cascade de forfaits économiques, diplomatiques et militaires ayant culminé dans le bombardement intensif, une semaine durant, de la Résidence présidentielle d'Abidjan ? Bombardement accompagné du massacre de centaines de jeunes ivoiriens aux mains nues venus soutenir la légalité démocratique incarnée par SEM Laurent Gbagbo – autant de corps dont on a perdu la trace…–, et suivi de la capture – par la Licorne associée au GIGN ! – d'un Président légitimement élu et officiellement investi par le conseil constitutionnel de son pays. Osera-t-il alors, par fidélité à la ligne d'un parti qui dans ce domaine, ne s'est illustré que par sa lâcheté, refuser de prendre position ? Aura-t-il le front de balayer d'un revers de mains les dizaines de milliers de témoignages accablant les autorités françaises et le rôle abominable qu'elles ont joué, en coulisses et sur la scène, dans la préparation, l'éclatement et le dénouement de cette crise d'une violence inouïe ? Pourra-t-il nier la manière dont la "France" de Sarkozy couve jalousement depuis un an l'éclosion progressive, sur tout le territoire ivoirien, d'une dictature de moins en moins rampante, synonyme d'insécurité endémique, de régression économique, sanitaire et éducative, de séquestrations arbitraires et de disparitions inexpliquées ? Tout cela sous l'œil complaisant d'une armée de fonctionnaires verrouillant minutieusement pour le compte de la "Métropole" – puisque nous voilà revenus, sous la pression des démons de la nostalgie impériale, aux fondamentaux de l’occupation coloniale la plus grossière - chacun des rouages de l'État, police et armée comprises ?

Pourra-t-il, en somme, se soustraire à son devoir historique de "lâcher" le criminel de guerre Alassane Ouattara, et de le contraindre, aussi fermement que la macabre Licorne aux ordres des menteurs l'a fait quand il s'est agi de bafouer le droit, la justice et la légitimité en chassant du pouvoir celui qui en était le garant, à céder sa place de sanglant usurpateur au profit de ceux-là même qu'avec la complicité de la "communauté internationale", il a envoyé croupir dans les geôles de son "régime de Vichy" franco-ivoirien, et de son extension européenne de la Haye ?

Pourra-t-il, plus largement, faire abstraction de toutes les régressions liberticides qui ont accompagné chacune des interventions de la France en Afrique tout au long de ces dernières années de Sarkozysme frénétique, où l’on a vu le futur ancien maître des lieux enfoncer, avec une rage démente, les clous du cercueil françafricain, troquant pour ce faire le costume de modération ambiguë – ou de sauvagerie mesurée- de ses prédécesseurs dans leur politique à l’égard des anciennes colonies françaises, contre un tablier de bourreau ? Bourreau sujet à des accès de brutalité sans limite, ne disposant, pour dissimuler l’abîme sans fond de son cynisme absolu, que du masque d’un sourire carnassier, aussi peu crédible – et a contrario aussi négativement révélateur – que les propos pseudo-humanistes qui lui sont assortis. Pourra-t-il enfin s'abstenir de dénoncer un à un tous les contrats et accords scélérats – aussi bien sur les plans politique et militaire qu'économique, la dernière manœuvre se dissimulant sous la signature d'un nouvel accord de coopération militaire avec le Sénégal – destinés à aggraver et pérenniser l'asservissement des pays d'Afrique ?

Le maître mot de ce que tous les Africains liés de près ou de loin à la France, et tous les Français soucieux de rester dignes du nom qu'ils portent, attendent du successeur de Nicolas Sarkozy dans la mise en œuvre d'une nouvelle politique africaine, c'est, on l'aura compris, celui de "courage" : le courage même dont fit preuve Philippe Rémond, et qui lui coûta la vie; courage de rompre sans arrière-pensée avec des méthodes séculaires héritées du lointain passé esclavagiste d'une nation arrogante et superbe ; courage de préférer pour la France, à l'éphémère illusion des vestiges d'une prospérité usurpée, le renoncement à ce qui n'est pas elle : le pillage et l'exploitation mortifères de pays auxquels ne devra plus désormais la lier que des accords de partenariat scrupuleusement égalitaire ; courage aussi de préférer le défi de l'appauvrissement transitoire d'une nation française appelée en contrepartie à renouer avec les valeurs qui la fondent – ces valeurs oh combien fécondes d'accueil, de solidarité et de généreuse créativité –, au funeste entêtement de ceux qui, pour le compte de la Cupidité Multinationale, ne flattent l'ego de notre "chétive pécore"(1) hexagonale que pour mieux l'entraîner par étapes, au rythme des marches forcées d'une paupérisation scientifiquement programmée, et sous le signe de la peur engendrée par le grondement d'aventures militaires et policières de plus en plus tonitruantes, vers l'enfer de sa destruction.

Peut-être la réponse espérée à toutes les questions énumérées plus haut relève-t-elle de l'utopie. Il n'en aurait pas moins été impardonnable de ne pas les poser, ne fût-ce qu'en rêve, d'autant que, nous le croyons, quiconque les éludera désormais sera bien vite balayé par le vent de l'histoire – comme fauteur de malheur par omission –, jusqu'à ce que paraisse enfin, en Afrique aussi bien qu'en Europe et dans le monde entier, ce Règne de Justice auxquels aspirent tous ceux qui savent encore ce que c'est qu'une Promesse …

Eliahou Abel

(1) Jean de la Fontaine :"La grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf"

16/04/2012

Richard coeur d'or au secours de l'Afrique

Une contribution de Eliahou Abel

Dans un récent article que l'on croirait tout droit sorti de la plume du puissant ex-mari de sa femme actuelle, Cécilia, l'homme d'affaires Richard Attias – publiciste et organisateur, entre autres, du “forum économique de Davos” depuis 1994 : c'est tout dire…–, nous brosse le portrait idyllique d'une Afrique à l'en croire bien près d'atteindre son PMP – Point de Maturité Politique – à l'aune des critères de la jet set des maîtres du monde. A l'origine de ce satisfecit : le succès de l'arbitrage mené par la CDEAO, ayant abouti au désistement du capitaine Sanogo en faveur du président de l'assemblée nationale Dioncounda Traoré, dont le retour providentiel avait été curieusement “prophétisé” par le ministre français de la coopération Henri de Raincourt, lors d'une interview dans le cadre de l'émission “internationales” de TV5monde-Rfi-Le Monde, le dimanche 25 mars 2012.

Commençant par une allusion émue au pauvre “Amadou Toumani Touré (ATT), qui était pourtant un exemple démocratique dans la région” – alors que, ce n'est un secret pour personne, les gouvernants français n'avaient pardonné à ce dernier ni ses sympathies pour le Président Gbagbo et sa modération lors de la crise ivoirienne, ni son refus d'installer une base militaire française à Sévaré –, Monsieur Richard Attias feint de s'émerveiller devant la “médiation ferme et efficace qui a permis, pour la première fois en Afrique, de faire plier (par le dialogue et des menaces de mesures de rétorsion), la junte qui avait pris le pouvoir à Bamako”, avant d'évoquer en termes judicieusement réprobateurs – sur l'air de “vous voyez, je n'ai rien à voir avec ces gens-là”– “le silence assourdissant du ministère des affaires étrangères français” à l'occasion de cette crise.

Il fait ainsi mine de croire à la fois que la France n'a rien à voir avec les bouleversements subis par le Mali, et que les initiatives de la CDEAO échappent au contrôle de la France. Une France, pourtant, – la “leur”, celle des copains fortunés de son actuel Président, celle de BHL et de Monsieur Attias – dont nul n'ignore qu'au travers de son ignoble guerre du pétrole en Lybie, elle a sciemment et puissamment contribué à armer la rébellion touareg, et, par delà, les extrémistes musulmans d'Aqmi; une CDEAO plus que jamais soumise aux “diktats” de l'Élysée, depuis qu'elle s'est vu imposer pour président un sous-préfet “ivoirien” qui est aujourd'hui à Nicolas Sarkozy ce que Philippe Pétain était au chancelier du Reich...

Monsieur Attias fait également mine de croire que le premier enjeu de la crise malienne résidait dans le coup d'État d'une “junte” dont il s'avère aujourd'hui qu'elle n'était qu'un leurre destiné à servir les intérêts stratégiques de la rébellion nordiste, en éliminant tout risque d'un éventuel échec dans sa prise de contrôle de la moitié du pays (régions pétrolifères incluses). En effet, tout le monde l'a compris, les pressions exercées par la France – par CDEAO interposée – n'ont fait que porter le coup de grâce à toute velléité de résistance nationale à l'irruption d'une catastrophe annoncée, non seulement prévisible, mais ardemment souhaitée par les vautours que l'on sait.

Fidèle à la rhétorique du vœu pieu, – sédatif de prédilection d'une opinion internationale sous influence –, Monsieur Attias ne manque pas de nous servir l'impeccable couplet soulignant la nécessité de “restaurer la souveraineté nationale dans le nord du pays”, préoccupation soi-disant partagée par l'Europe et les États-Unis, deux entités prédatrices
qui, de fait, unissent et multiplient actuellement leurs efforts pour accélérer le démantèlement par étapes de tous les états africains.

Tout cela ne serait évidemment rien si Monsieur Attias avait oublié de prononcer le mot magique : la “menace” liée à l'émergence d'Aqmi. Comme si les quelques otages occidentaux – évoqués à point nommé par ce chantre de la Cause confraternelle – pesaient plus lourd que les 100 000 morts de la récente tuerie occidentale en Lybie, les 20 000 morts de la rébellion dirigée depuis plus de dix ans par le burkinabé Ouattara contre l'intégrité et la souveraineté de la Côte d'Ivoire, et les d'ores et déjà innombrables viols et assassinats objectivement commandités par les autorités Françaises – ces grandes pourvoyeuses de violence guerrière – au nord-Mali, sans parler des millions de morts d'Irak et d'Afghanistan.

Mais Monsieur Richard Attias ne s'en tient pas là. En comparant la “crise politique” malienne, née du renversement d'ATT par le capitaine Sanogo, et celle selon lui “imposée” à la Côte d'Ivoire par SEM le Président Gbagbo, Monsieur Attias réussit un double tour de force :
-mettre sur le même plan l'incontestable légitimité d'un président élu et officiellement reconnu par la plus haute juridiction d'un État souverain – confronté aux menées d'un putschiste soutenu par une “communauté internationale” prise en otage par la France et les États-Unis –, et l'anti-constitutionnalité foncière du coup d'État de Bamako;
- noyer au passage l'énorme poisson des criantes similitudes entre la rébellion Ouattaro-sorienne et la rébellion touarego-aqmienne, la seconde inscrivant son programme de déstabilisation, de purification ethnique et de destruction “sur commande” dans le sillage de la première.

Et que dire du vibrant plaidoyer auquel se livre Monsieur Attias en faveur d'une plus grande implication de l'Europe et des États-Unis dans la lutte des Africains contre le “terrorisme” – un terrorisme dont chacun sait que toutes les ficelles de démagogie manipulatrice sont depuis longtemps déjà tirées depuis Paris, Londres ou Washington, trois capitales d'un Empire qui fonde sa stratégie de prise de contrôle planétaire sur l'utilisation parfaitement cynique de ce commode épouvantail – ? Nul doute que des millions d'Africains sauront retrouver, dans ce “morceau de bravoure” d'hypocrite ironie, l'écho de leur pire cauchemar : celui de l'assassin protecteur, paternaliste en diable et humanitaire à souhait, dégoulinant de compassion feinte pour les quelques rescapés d'entre la masse anonyme de ses victimes.

En formulant le souhait que les États-Unis et l'Europe – entendez la France, exécutrice des basses besognes de l'Empire dans cette région du monde – “s'associent à la démarche” d'une Afrique “officielle”– désormais capable d'après lui “de se réunir pour faire face à des enjeux globaux”, Monsieur Attias demande en somme aux colonisateurs esclavagistes d'avant-hier, mués entre hier et aujourd'hui en tueurs et montreurs de sanglantes marionnettes – ces chefs d'état à la solde des maîtres, grassement rétribués en pourcentage sur les richesses volées à leurs propres peuples –, d'accroître la pression sur les Africains jusqu'à leur voler leur âme, celle au fond de laquelle résonne cette vérité fort simple : la première des menaces – bien réelle celle-là – à laquelle doivent faire face les peuples d'Afrique – une Afrique méthodiquement mise à sac par les mêmes prédateurs, et cela sans interruption depuis trois siècles et demi –, c'est précisément celle que font peser sur son avenir et sa simple survie ces “parrains” occidentaux prêts à tout pour entraîner dans la spirale infernale de leurs conquêtes mortifères des populations entières scientifiquement condamnées à disparaître.

Heureusement, et nous ne pouvons que l'en remercier, Monsieur Attias contribue à trahir les projets inavouables de ses frères de pouvoir. Au moment où il évoque “l’émergence d’Aqmi" et "ses liens avec les indépendantistes Touaregs”, Monsieur Attias lève un pan du voile sur ce qui aurait dû rester secret : contrairement à la version relayée par les médias des marchands d'armes – celle d'une rébellion Touareg malencontreusement débordée par les extrémistes d'Al-Qaïda –, nous apprenons par sa plume que les deux ne forment qu'un seul et même “ennemi” : celui précisément dont la France a tout fait, depuis un an, pour favoriser la victoire, avant que ne vienne le moment de le brandir dans sa version “croque-mitaine-prêt-à-dévorer-nos-démocraties”.

Sous les dehors irréprochables d'un discours lénifiant, Monsieur Attias cache mal son jeu de représentant de commerce des terroristes en col blanc d'un Occident pillard assoiffé d'or noir ou jaune, de café et de cacao, de bois précieux et de métaux rares, comme du sang de tous ceux qui s'opposent à la réalisation de ses projets de domination sans partage de l'Afrique, cet immense coffre-fort de ressources naturelles. Souffrez, Monsieur Attias, que de cet “accompagnement” évoqué dans le titre de votre article, une immense majorité d'Africains, dès longtemps abreuvés des crimes de vos pairs, ne veuillent surtout pas. Car si l'effroyable cortège d'exactions, de mensonges, et les fleuves de sang qui ont précédé le début de cette ère nouvelle appelée de vos vœux caractérisent pour vous le temps de l'“absence” des occidentaux de la scène africaine, que pourrait représenter pour l'Afrique l'avènement d'un tel accompagnement, sinon la garantie à terme de son anéantissement pur et simple ?

Mais rassurez-vous : L'Afrique ne pourra plus longtemps faire l'économie d'une confrontation ouverte avec ses maîtres d'hier, grands sorciers d'aujourd'hui. L'Afrique ne se relèvera qu'au prix d'une union sans retour, passant par l'expulsion des chasseurs de sa chair; l'Afrique debout, c'est celle qui sera parvenue à interdire jusqu'au dernier d'entre ces arrogants l'accès à ses terres sacrées, terres depuis trop longtemps profanées, violées et piétinées. Alors, les cœurs de ses milliers de peuples et de langues battront à l'unisson de ses inépuisables ressources, sous le signe désormais inaltérable des promesses de D.ieu pour elle.

“Il faut accompagner l’émergence de l’Afrique politique”

Eliahou Abel
Jérusalem, le 15 avril 2012, 23 Nissan 5772

04/04/2012

Le chagrin des bourreaux (Shlomit Abel)

Dans cette contribution d'Abel Shlomit se lit le grand espoir, voire le rêve de nombreux ivoiriens. Je vous laisse découvrir par vous-même les différents points de son article.

Le chagrin des bourreaux

La justice de la « république démocratique avec son président imposé », étant une justice “impartiale” depuis le commencement et qui prend en compte la réconciliation nationale, nous ne devons pas nous étonner de n’avoir que des inculpations unilatérales, lorsque nous lisons le communiqué rendu public du substitut du procureur de la république, et qui nous annonce 194 inculpations, toutes proches du camp Gbagbo. Nous retrouvons les six informations judiciaires ouvertes en février, évoquée par le procureur Ocampo, avant même le début de l’enquête sur le terrain ! C’est vraiment une justice divine à l’oeuvre, puisque d’emblée, à la louche, le représentant de la justice impartiale, labellisée communauté internationale, donne en pâture ce chiffre de 6 informations judiciaires, et après plus de 6000 auditions, il reconfirme ce chiffre !

Où se situent les charges contre Michel Gbagbo? Dans quelle rubrique va-t-on classer ce délit de patronyme ? Et si le fils est redevable de la justice préfectorale, je ne saurais trop conseiller au Préfet de lancer un mandat d’arrêt contre la mère du président Gbagbo, car si l’on arrête le fils du père, ce dernier est aussi le fils d’une mère! Aussi j’encourage vivement le capitaine au gouvernail détraqué de la Côte d’Ivoire de rajouter cette dame au motif de “délit de patronyme” à sa liste de Délinquants de la République!

La recherche des assassins du professeur Philippe Raymond, représentant des ressortissants étrangers, n’est pas non plus évoquée dans cette liste ; pourtant ce dernier était dans le pays depuis 12 ans, et je crois savoir qu’il désirait la nationalité ivoirienne ! Ne devrait-on pas rechercher ses assassins, les vrais ?

Mais voilà, il faudrait commencer dans le cadre de cette réconciliation tellement médiatisée, à enfin créer une catégorie « les assassins sont parmi nous, aidez-nous à les traduire devant la justice! » Oh, que le président “désigné” Ouattara se rassure, il sera aidé dans sa recherche de la vérité et des coupables, les vrais : des témoins à charge il y en a, des films à charge il y en a, et s’ils ne circulent pas en ce moment sur internet, c’est pour protéger les témoins, ces pauvres ivoiriens dont la souffrance ne peut être gommée par ce simulacre de justice, et même si cela doit prendre des années, la junte préfectorale et ses mentors étrangers peuvent continuer de se faire du souci, et s’agiter pour couvrir leur crimes et désigner des bouc émissaires ! Le sang versé, jamais ne s’évaporera, et les bulldozeurs de la reconstruction jamais n’effaceront les crimes, pas plus qu’un régime pharaonique encore plus terrifiant ! S’il est vrai que le troisième Reich devait durer 1000 ans, avec des structures et des infrastructures, des règles, une justice des vainqueurs, certes, mais aussi des hôpitaux, des administrations, des écoles, des universités - ce n’était pas le chaos - et qu’il est tombé, à plus forte raison celui-ci qui n’est qu’une baudruche gonflée depuis l’étranger pour faire croire à un semblant de vie !

Les temps que nous vivons ressemblent à ces temps avant l’accouchement d’une réalité nouvelle : celle priée, ardemment attendue par tous les ivoiriens, qu’ils soient chrétiens, musulmans, simplement sincères et de bonne volonté et qui ne peuvent se contenter de ce retour abyssal dans les entraves de la colonisation esclavagiste ! En temps que femme, j’ai ce privilège par rapport à Ouattara et ses soutiens français d’avoir été mère, et je sais, de mémoire de femme, que jamais, l’enfant à naître n’a reporté son échéance à plus tard. Au contraire, quand c’est l’heure, au moment le bon, les contractions s’enclenchent, s’amplifient, et rien ni personne ne peuvent les arrêter !

Cette réalité là, celle d’une Côte d’ivoire consolée, réconfortée, ressoudée, unie autour de ceux qui peuvent la débarrasser de celui qui n’avait pour eux que des promesses sans lendemain, pour mieux la livrer à ses violeurs, cette réalité là, même s’il faut attendre encore un peu de temps, oui ce temps viendra ! Le Messie Ouattara, nous dit-on, va bientôt venir dans l’Ouest ; par son simple déplacement il va, dit-on, panser les plaies, quand il viendra, - mais viendra-t-il ? Rien n’est moins sûr !

Nous voyons à grands pas arriver Pâques, la Pâque biblique, où les esclaves, après une dernière plaie, la mort des premiers nés des bourreaux, voient s’ouvrir très grand les portes de la liberté, car le bourreau en chef saigne, le bourreau pleure et ses caporaux avec lui, non pas de compassion pour les victimes, - lui et les siens en sont bien incapables -, mais parce que le Dieu de ses enfants intervient lui-même, et frappe, là où ça fait mal ! A chacun son tendon d'Achille !

Quand on rebrousse chemin au dessus d’un aéroport, parce que des opposants vous y attendent, quand on n’ose même pas affronter la contestation sur le tarmac de Bamako, alors qu’on se prend pour le messie de la Côte d’Ivoire et de l'Afrique, digne de diriger les destinées de la BCEAO, ça fait mal, et je pense que ce genre d’épreuve va se multiplier. La maladie est déjà là, et qui fait son œuvre, malgré les meilleurs soins, les meilleurs médecins… S’y rajoute les atteintes à l’honneur : être la risée, avoir honte, c’est une situation qui jusqu’à présent avait été épargné à Ouattara ; mais de plus en plus, nous voyons les limites du grand homme, qui ne l’est que de taille !

Même les enfants des écoles savent que c’est Martin Luther King qui a prononcé « I have a dream » Si Ouattara a associé cette phrase, non pas à son auteur qui est un plus des grands noms de l’Histoire de l’émancipation des Noirs et de l’Histoire universelle, mais à celle de JF Kennedy, c’est parce que le destin tragique - inimaginable jusqu’au bout - du président américain le frappe d’avantage que celui du prédicateur noir qui, à ses yeux n’a récolté que ce qu’il méritait, à vouloir sortir des sentiers battus en proclamant que le destin des noirs vaut bien celui des blancs, et qu’un jour ce sera une réalité ! Comme le lapsus de la Chancelière qui l’a nommé bien malgré elle, « Monsieur le préfet », et décrit la réalité de ce qui se murmure dans le monde entier, ce lapsus n’est pas le signe d’un manque de culture du chef de l’état, mais de la tension qui l’habite face à une interview où il lui faut surtout rester maitre du jeu. C’est du plus profond des ses angoisses que jaillit le président Kennedy, un homme qui a été mis hors jeu, non par un quidam - Oswald ou Ruby, l’affaire est bien trop embrouillée et les coupables bien trop évidents -, mais parce que, en haut lieu, on a jugé qu’il “fallait” un changement. Alors ce n’est un secret pour personne : face à un président-candidat Sarkozy qui n’est pas content, mais vraiment pas du tout du comportement de son protégé, et qui peut avoir envie de trouver un remplaçant, face à un Soro Guillaume qui s’installe dans le siège de second personnage de l’état, pouvant à tout moment remplacer un président défaillant, face à l’hostilité de plus en plus manifeste des Ivoiriens à l’égard d’un tyran sans aucune légitimité, il ne faut pas chercher plus loin : Ouattara est sur un siège éjectable, et l’approche de la semaine sainte lui fait redouter pour lui-même l’imminence d’un avenir dans lequel toute la Côte d’Ivoire espère : celui de sa chute, et de la délivrance qui en découlera.

Shlomit Abel
1er avril 2012

01/04/2012

Quand le Sénégal et le Mali donnent raison à Laurent Gbagbo


Au moment où se referme l'épisode des élections sénégalaises, en Europe comme en Afrique, chacun tire des conclusions en ayant presque toujours à l'esprit la guerre postélectorale ivoirienne. On se plaît à comparer des situations qui n'ont nullement les mêmes caractéristiques ; pire, on se laisse griser par la perception immédiate de deux faits susceptibles de combler le plus ignorant des enfants : une issue heureuse d'un côté qui fait de Abdoulaye Wade un démocrate et un échec de l'autre qui fait de Laurent Gbagbo un antidémocrate.

Ce billet s'adresse donc à tous ceux qui sont parvenus à cette conclusion aussi évidente qu'un nez au milieu du visage. Concernant les élections sénégalaises, il convient avant tout d'attirer leur attention sur la grande erreur de départ commise par Abdoulaye Wade : sa décision de briguer un troisième mandat quand lui-même a oeuvré pour que la Constitution de son pays ne le permette pas ! C'est comme s'il taillait une veste destinée à tout autre président que lui. Visiblement, pour Abdoulaye Wade, cette loi était faite pour les autres ; quant à lui, il était au-dessus d'elle. Voilà donc ce qu'il faut retenir définitivement de l'homme !

Dans ces conditions, il ne restait plus aux Sénégalais qu'une seule et unique solution : traduire dans leur vote le rejet catégorique de ce qui est - pour tous les amoureux de la légalité constitutionnelle - une marque de non respect de la loi démocratique. Ce qui fait écrire à certains Européens que Macky Sall a bénéficié du "tout sauf Wade". Mais quelle honte y a-t-il à cela ? Cet état de chose rend-t-elle la victoire moins belle ? Quand en France, en 2002, Jacques Chirac a été élu pour un deuxième mandat, il avait bien bénéficié du "tout sauf Le Pen". Quelle était la conclusion généralement admise par les médias de France et d'ailleurs ? Les Français, disait-on, avaient fait preuve d'un sursaut national ! Et que croyez-vous que firent les Sénégalais ? Il s'agissait bel et bien d'un sursaut national contre le péril antidémocratique que représentait celui qui s'estimait être au-dessus de la loi constitutionnelle ! On ne peut donc que se réjouir de savoir les Sénégalais capables d'un élan égal à celui des Français.

Qu'on se le dise : la prompte reconnaissance de la victoire de son adversaire n'efface pas la faute monstrueuse d'Abdoulaye Wade qui fait de lui l'un des antidémocrates africains pour la postérité. De toute évidence, le mode même de publication des résultats - qui étaient rendus publics au fur et à mesure des dépouillements - obligeait le vaincu à jeter les armes en cas de plébiscite. Et ce fut le cas.

De tout ce qui précède, deux leçons sont à retenir : tout d'abord, il est important que les Africains sachent la nécessité de s'unir pour sanctionner dans les urnes la politique ou même le type d'homme qu'ils ne veulent pas voir les diriger. Si malgré l'union de tous les opposants pour aboutir à un plébiscite intervenait une inversion des résultats comme ce fut le cas au Gabon grâce à la main invisible de la France, on ne pourra pas les accuser de ne pas avoir fait le nécessaire. Ils n'auront alors été vaincus que par des voleurs. Ensuite, il serait bon d'adopter la publication des résultats au fur et à mesure de leur dépouillement. Seuls les procès verbaux entachés d'irrégularités pourraient être acheminés devant le conseil constitutionnel ou l'institution compétente pour trancher. Cette méthode, appliquée avec succès au Sénégal, permettra aux élections africaines de gagner en crédibilité. D'ailleurs, elle a permis de déjouer l'inversion des résultats par le général Guéi en Côte d'Ivoire en 2000. Si, à l'époque, cette méthode de dépouillement n'a pas permis d'éviter les troubles dans ce pays, c'est tout simplement parce que le vaincu s'est proclamé vainqueur malgré l'évidence des résultats. Et c'était tout ce que redoutait l'opposition sénégalaise en 2012. Ibrahima Sène, membre du bureau politique du Parti de l'Indépendance et du Travail (P.I.T) et du directoire de campagne de Niasse affirmait même que Wade se déclarerait vainqueur au premier tour. Quant au Cercle des Intellectuels Républicains (C.I.R), également certain de la défaite du président sortant, il a menacé d'une sanction du peuple dans la rue s'il se permettait cette audace malgré le mode de dépouillement qui rend immédiatement publics les résultats. Heureusement, Wade n'a pas osé.

Pour comprendre pourquoi Wade n'a pas osé s'autoproclamer vainqueur, venons-en enfin à la véritable clef du succès de cette élection présidentielle sénégalaise. Il est indéniable que les Sénégalais étant les seuls juges de la manière de conduire leurs élections ont évité à leur pays des tensions excessives. Aucune puissance étrangère n'avait pris tel ou tel candidat sous son aile contre tel ou tel autre. Aucun candidat n'a lancé d'appel aux démocraties étrangères durant les élections ! Les Sénégalais - y compris M. Wade qui n'était plus certain de compter sur Sarkozy et son armée - avaient montré par là leur volonté de laver leur linge sale en famille. Le Sénégal s'inscrit donc désormais au nombre des pays africains qui veulent compter sur eux-mêmes. Souvenons-nous que suite aux élections contestées au Zimbabwe, le président Wade s'était empressé de proposer sa médiation mais qu'elle fut poliment repoussée à la fois par le président Mugabé et l'opposition. Ce refus de voir des éléments étrangers s'immiscer dans les affaires intérieures du pays a permis la paix nationale. Les lois de ce pays étaient-elles imparfaites ? Les élections se sont-elles déroulées dans des conditions pas tout à fait démocratiques ? Qu'importe. Les Zimbabwéens avaient préféré faire leur propre expérience de la démocratie plutôt que d'écouter les leçons étrangères. Ils savaient que c'était ce parcours hésitant qu'ont connu tous les pays européens.

Rappelons enfin la récente réaction des Maliens à "la proposition" de médiation de la CEDEAO dirigée par Alassane Ouattara, le bien-élu de la France et des institutions internationales. Alors que les gouvernements et médias européens ainsi que les chefs d'Etat africains nous laissaient croire que les Maliens avaient besoin du secours de l'étranger pour restaurer la démocratie, voilà que ceux-ci empêchent la venue sur leur terre de délégations étrangères en envahissant le tarmac de l'aéroport de Bamako ! Pour quoi donc ce refus de la main tendue des démocraties étrangères ? Il ne faut pas chercher trop loin ! Les Maliens ont tout simplement compris qu'il vaut mieux qu'ils comptent sur leurs propres moyens pour résoudre les problèmes intérieurs de leur pays. Madame Aminata Traoré, l'ancienne ministre de la Culture l'a clairement fait savoir à l'organisation africaine dirigée par Alassane Ouattara en affirmant que "le Mali n'a pas de leçon de démocratie à recevoir de la CEDEAO".

Les Africains seraient-ils de plus en plus nombreux à comprendre la nécessité d'empêcher les Européens et leurs satellites de se mêler de leurs soucis de démocratie, de leur soif d'élections plus claires et plus justes ou de leur attente de bonnes gouvernances ? Ils semblent tous avoir retenu la leçon de Laurent Gbagbo qui privilégiait la recherche des solutions aux problèmes nationaux par les intelligences nationales. Ils semblent tous accepter de se prendre en charge plutôt que de compter sur l'étranger. Ils semblent tous avoir compris que l'on peut aider un pays à défendre ses frontières, mais en aucun cas se permettre d'aider un mouvement politique ou militaire à soumettre un adversaire national. On peut croire que les Africains sont nombreux à penser que les organisations africaines (UA et CEDEAO) se sont complètement discréditées en apparaissant comme de simples satellites des puissances européennes et des Etats-Unis.

Raphaël ADJOBI