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09/06/2012

Alassane Ouattara cherche désespérément une opposition pour redorer son image


Sur Afrik.com, l'internaute Macaire Dagry clame que « la Côte d'Ivoire cherche désespérément une opposition à Alassane Ouattara ». Selon lui, le président Laurent Gbagbo « a fermé les yeux sur les nombreux abus et détournements de fonds publics (...) autour de lui pour mieux renforcer la dépendance (de ses collaborateurs et alliés politiques) à sa personne, de manière à être toujours incontournable politiquement ». C'est pourquoi, ajoute-t-il, « un an après la chute du président Laurent Gbagbo, l’ex majorité présidentielle (LMP) est toujours inexistante de la scène politique ivoirienne, en dépit des nombreuses sollicitations du nouveau pouvoir ».

Que le sieur Macaire Dagry se rassure : la Côte d'Ivoire ne cherche pas à avoir sur l'échiquier politique une opposition à Alassane Ouattara. Fourbir ses armes politiques sans entrer dans l'arène est pour l'heure la stratégie que doit poursuivre le FPI. C'est d'ailleurs ce que le peuple semble recommander aux leaders de ce parti au regard de l'échec cuisant de Mamadou Koulibaly qui s'est précipité, tête baissée, dans les dernières élections pour un poste à l'assemblée nationale. Le FPI et une très grande partie du peuple ivoirien ont compris que leur participation à la vie politique du pays serait la claire légitimation du pouvoir d'Alassane Ouattara. C'est d'ailleurs le but que celui-ci veut atteindre par ses « nombreuses sollicitations ». Alassane Ouattara cherche désespérément par tous les moyens à donner l'impression aux investisseurs étrangers et à l'opinion internationale qu'il y a une vie démocratique en Côte d'Ivoire en mettant en selle une opposition boiteuse privée de l'essentiel de ses hommes. Or, son pouvoir ne mérite en aucune façon l'onction du FPI parce que sa légitimité n'a pas été prouvée et aussi parce qu'il est dans son expression une dictature.

En effet, après son installation officielle au pouvoir grâce à la France, Alassane Ouattara n'a pas donné au peuple ivoirien la preuve qu'il a gagné les élections. Nous n'avons pas la preuve qu'il a accédé au pouvoir par le verdict des urnes, par la voie démocratique. Jusqu'à la démonstration de sa légitimité, il reste un usurpateur ! Par ailleurs, dans la réalité des faits, son pouvoir n'a aucune assise nationale réelle puisqu'il ne tient que grâce au soutien de l'armée française et à l'engagement à ses côtés d'administrateurs français. Même son armée, les FRCI, ne constitue pas pour lui une force sûre pouvant devenir une armée nationale capable de gagner la confiance des Ivoiriens. Il se retrouve subitement bien seul avec "ses Français" dans une Côte d'Ivoire bien trop grande ; surtout depuis le départ de l’Elysée de son ami Sarkozy. Dans ces conditions, il risque de devenir bientôt trop encombrant pour la France.

Avez-vous réellement, M. Macaire Dagry et vos amis, le désir de voir une opposition à Alassane Ouattara ? Alors commencez par libérer du goulag nordiste les partisans de Laurent Gbagbo ainsi que les militaires qui lui étaient restés fidèles. Cessez de les traquer jusque dans les pays voisins d’où vous les ramenez dans vos geôles mains et pieds liés. C’est aussi simple que cela !

Vous voulez voir une opposition à Alassane Ouattara ? Cessez donc de battre jusqu'au sang, sinon à la mort, ceux qui osent exprimer publiquement leur joie quand celui-ci pleure pour un match de football perdu.

Vous voulez voir une opposition au pouvoir en place ? Cessez donc d'assassiner ceux qui osent sortir de l'ombre pour tenir des réunions publiques.

Vous voulez voir une opposition en Côte d'Ivoire ? Il suffit de créer les conditions d'un retour d'exil pour tous ceux dont les maisons et les plantations sont occupées par des nordistes ivoiriens, des Burkinabé et des Maliens dans l'ouest du pays. Faites en sorte que chaque Ivoirien retrouve son toit !

En clair, si vous voulez une opposition démocratique en Côte d'Ivoire, il vous faut créer les conditions d'une vie démocratique : pas de prisonniers politiques, pas de chasse à l'homme obligeant à un exil forcé, liberté d'opinion et de presse, liberté de manifester et de tenir des meetings publics, institution d'une armée nationale et non point tribale ; enfin pas d'armée étrangère garante de la légitimité du pouvoir en place.

Si après avoir rempli ces conditions, Alassane Ouattara est capable de soutenir assez longtemps le regard et la volonté des Ivoiriens, alors son pouvoir aura l'apparence d'une certaine légitimité. En effet, le vrai gouvernant démocrate est celui qui n'a pas peur d'offrir au peuple l'occasion de lui dire ce qu'il pense.

Enfin, que Macaire Dagry se dise que le combat que mènent les Ivoiriens, les Africains et leurs amis Européens pour la libération de Laurent Gbagbo n'est nullement motivé par une quelconque reconnaissance des avantages ou bienfaits reçus. Il s'agit tout simplement d'une question de justice. Si lui estime que Laurent Gbagbo mérite le goulag européen pour avoir exigé que les bulletins électoraux soient recomptés, qu'il se dise que nous sommes nombreux à refuser de vivre sous des règles aussi iniques.

Finissons par ceci : tant que le pouvoir actuel ne libèrera pas les prisonniers politiques, tant qu'il n'assurera pas aux citoyens une plus grande sécurité au point de placer leur confiance en une armée nationale, tant que les milices dozos continueront à faire la loi sur l'ensemble du territoire et particulièrement dans l'ouest, Alassane Ouattara se condamne à un statut de dictateur. Dans ces conditions, il passera ses jours à se demander comment il finira et donc quels moyens encore plus iniques mettre en place pour survivre.

Raphaël ADJOBI

Commentaires

Bonsoir mon cher St-Ralph,

J'aime bien cette conclusion: " (...) tant que le pouvoir actuel ne libèrera pas les prisonniers politiques, tant qu'il n'assurera pas aux citoyens une plus grande sécurité au point de placer leur confiance en une armée nationale (...) il passera ses jours à se demander comment il finira et donc quels moyens encore plus iniques mettre en place pour survivre". C'est cette réalité que les "conseillers" de Ouattara ont intérêt à lui décrire plutôt que de continuer à croire qu'en continuant à agir ainsi, la vie démocratique reviendra en Côte d'Ivoire: illusions.

@+, O.G.

Écrit par : Obambé GAKOSSO | 12/06/2012

Ceux qui croient que l'absence d'une opposition politique officielle et concurente du pouvoir actuel est une marque de faiblesse du FPI et des ennemis de Ouattara se trompent ! Ce n'est là que l'expression du rejet de sa dictature. Ouattara et ses amis sont condamnés à diriger la Côte d'Ivoire dans la peur et l'adversité (multiforme) tant qu'il qu'il ne renouera pas avec l'atmosphère paisible d'avant où le dialogue était possible. Qu'ils n'oublient pas qu'ils ont pris toutes les concessions qui leur ont été faites comme une faiblesse de Laurent Gbagbo alors que ce dernier ne cherchait qu'à créer les conditions d'une paix durable. Maintenant, c'est à eux de faire les concessions ou à demeurer au pouvoir par la dictature, c'est-à-dire dans la peur ! Oui, car toute dictature vit dans la peur ; raison pour laquelle son pouvoir repose sur la violence.

Écrit par : St-Ralph | 13/06/2012

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