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25/11/2012

L'U.M.P, la Côte d'Ivoire et l'expérience de la démocratie

L'occasion est belle pour les Ivoiriens et même pour certaines personnalités politiques françaises de parler du bien-fondé du bombardement du palais présidentiel ivoirien puis du transfèrement de Laurent Gbagbo à La Haye. Ce qui était arrivé en Côte d'Ivoire s'était déjà produit ailleurs. Même une vieille démocratie comme celle des Etats-Unis a connu ce couac en 2000 quand George Bush et Al Gore concouraient à la présidence de ce pays. La France se rend compte brutalement que ça n'arrive pas qu'aux autres.

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A vrai dire, la droite française - et plus singulièrement l'U.M.P. - ignore tout de l'expérience démocratique en son sein. Elle n'a jamais connu les débats houleux qui ont toujours eu lieu à gauche où socialistes, communistes, écologistes et militants d'extrême-gauche ne cessent de se déchirer puis de se réconcilier. Nous avons toujours eu d'un côté la gauche plurielle et de l'autre la droite monolithique. A gauche, au sein même du parti socialiste, on ne se gêne pas d'installer des débats houleux. Ainsi, récemment, ce parti avait décidé d'instaurer des primaires pour le choix de son candidat aux élections présidentielles. Sarkozy, Fillon, Copé et tout l'U.M.P avaient alors beaucoup ri. Quoi ? Prêter le flanc à la critique populaire ? Quelle honte ! Puis, devant le succès de cette expérience largement approuvée par l'opinion publique française, voilà que la droite s'est mise à rêver de démocratie. Mais on ne devient pas démocrate du jour au lendemain.

L'U.M.P. se déchire, L'expérience démocratique, La droite française et Laurent Gbagbo, La droite Française et la démocratie, la droite est-elle démocratique ? Si la droite au pouvoir s'est permise d'aller bombarder le palais présidentiel en Côte d'Ivoire pour en déloger Laurent Gbagbo malgré sa proposition de recompter les voix afin de juger le vrai du faux, c'est justement parce qu'elle n'a jamais connu que la pratique du copinage et des liens incestueux avec les pouvoirs de l'argent. Dans ce milieu politique, on ne marche qu'avec ceux dont la bourse est bien pleine ou qui peuvent contribuer à remplir celle du clan. Gbagbo pensait aux intérêts de la Côte d'Ivoire et Ouattara à ceux de la France. Le choix de la droite française était vite fait. L'expérience de la démocratie que la Côte d'Ivoire vivait alors était le dernier des soucis de Sarkozy et de l'U.M.P. Laurent Gbagbo avait proposé les mêmes voies de recherche de la vérité avancées aujourd'hui en France : recompter les voix, s'en remettre à une commission indépendante. On se souvient qu'il s'était remis en toute confiance entre les mains de ses pairs africains qui se sont finalement montrés indignes de cette tâche parce que pressés par Sarkozy de lui obéir. Laurent Gbagbo s'était montré un homme sage et avisé ; mais il avait le tort d'être un nègre et de surcroît un Africain. Quand Fillon clame que l'UM.P. ne peut pas vivre sur un mensonge, il faut entendre que la Côte d'Ivoire peut se contenter d'un pouvoir né du mensonge. Et quand il affirme qu'il y a une rupture morale et politique au sein de son parti, c'est-à-dire qu'une partie de l'U.M.P s'est fait siennes les thèses de l'extrême-droite s'écartant ainsi de l'idéal commun, il faut entendre qu'une partie de la Côte d'ivoire peut se vendre sans honte à la France sans que cela constitue une rupture politique et morale pour les Ivoiriens. L'U.M.P. et ses leaders découvrent tout à coup des pans nouveaux de la démocratie et leurs propos sont comme un écho à ceux de Laurent Gbagbo et du F.P.I. qu'ils ont traités avec beaucoup de mépris. Tout le monde découvre donc que l'ancien président ivoirien était démocrate avant tous les leaders politiques de la droite française ! Aujourd'hui, ces derniers marchent dans ses traces pour trouver une solution digne et démocratique à la crise de leur parti.

Assurément, la droite balbutie parce qu'elle n'a jamais aimé la démocratie et ne l'a jamais pratiquée. Celle-ci lui a été imposée progressivement à partir du XIXe siècle alors qu'elle était fermement accrochée à l'aristocratie et à la grande bourgeoisie. En France, la démocratie a été une conquête progressive, une expérience parfois douloureuse, parfois injuste quand elle ne reconnaissait que le vote masculin. Aujourd'hui, vu le souci de clarté au niveau du dépouillement des bulletins, aucune élection se voulant démocratique n'est à l'abri des contestations et des demandes d'une vérification supplémentaire ; surtout quand les scores apparaissent serrés. C'est une règle qui devient fondamentale dans tout processus démocratique. Il n'y a donc aucune honte à la mettre en pratique comme on a bien voulu nous le faire croire quand cela est arrivé en Côte d'Ivoire.

Si l'éveil à la démocratie est douloureux pour la droite française, les dirigeants africains et leurs peuples doivent être totalement perdus en voyant leurs maîtres ès démocratie empêtrés dans leurs cours. Quand ils lisent que dans un pays comme la France, une élection à échelle réduite produit 30 % de fautes ou fraudes (25% de fautes mineures et 5% de fautes graves), ils s'imaginent aisément l'ampleur des fraudes dans les élections présidentielles européennes. Oui, ils découvrent que les Blancs aussi sont des tricheurs, des voleurs. Et pourtant, ce sont ceux-là qui leur enseignent outre la démocratie, la bonne foi, l'impartialité et la bonne gouvernance.

Question : quand Fillon demandait la constitution d'une commission indépendante pour superviser les vérifications, avait-il un moment pensé à des personnalités qui ne seraient pas membres de l'U.M.P. ? Pourquoi n'avait-il pas faire appel à Alassane Ouattara, Abdoulaye Wade, Blaise Compaoré et Ali Bongo ? Ce sont bien des facilitateurs agréés par la France et qui ont acquis leur expérience sous sa houlette.

Raphaël ADJOBI

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