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22/05/2013

La chute de Ouérémi marque-t-elle le début de l'autorité de l'état sur les zones qui lui échappent ?


Ouérémi, Ouattara et les Burkinabés, Les Burkinabésd dans l'ouest ivoirien Personne en Côte d'Ivoire, en Afrique et en France ne peut croire qu'un jeune illettré avec quelques fusils ait pu durant plus de deux ans s'approprier tout un pan du territoire ivoirien en résistant à l'armée de ouattara que l'on dit avoir miraculeusement vaincu les FDS et fait exploser le palais présidentiel pour en extraire Laurent Gbagbo. Non, personne ne peut croire qu'il y avait depuis deux ans une volonté manifeste de Ouattara de punir les Burkinabés récemment et illégalement installés à l'ouest afin de restituer aux Ivoiriens exilés leurs terres.

Tout le monde savait - jusque chez le parrain français - qu'à défaut d'encouragement, Ouattara fermait les yeux sur l'installation massive de ses désormais demi-compatriotes burkinabés dans l'ouest de la Côte d'Ivoire. C'était de toute évidence la récompense de leur effort de guerre contre la Côte d'Ivoire. Ouérémi combattait dans les forces rebelles puis dans les forces FRCI. Il en portait l'uniforme. Il recevait l'aide et les conseils de l'armée française, comme en témoignent quelques images. Il n'est donc pas un élément étranger aux forces qui ont conquis le pouvoir ivoirien au profit de Ouattara.

La seule question que l'on peut se poser, suite à l'arrestation de l'homme à qui l'on enlève son butin de guerre, est la suivante : le pouvoir va-t-il le déférer devant un tribunal ? Et pour répondre de quel crime ? Celui d'avoir fait son travail de mercenaire et de s'être récompensé comme tous les autres burkinabés installés dans l'ouest ? Est-ce pour avoir vu trop grand dans l'expropriation des Ivoiriens ? S'il est renvoyé chez lui, au Burkina Faso, sans jugement, Ouattara devra être poursuivi pour être un protecteur de criminels burkinabés. S'il est envoyé à La Haye, alors Ouattara ne sera pas seulement ridicule ; il sera risible, parce qu'il aura élevé Ouérémi au même rang que Laurent Gbagbo.

Le mercenaire Ouérémi tombe. En toute justice, il doit emporter son maître dans sa chute. Mais, en Côte d'Ivoire, nous ne sommes pas dans un monde de justice. Il ne faut pas s'attendre à ce que le parrain français voie en cet homme un lien criminel avec Ouattara. Car selon l'Onu, la France, et les ONG à leur solde, ni les dozos, ni Ouérémi, ni "IB" n'ont aucun lien clair avec le pouvoir de Ouattatara. Pour l'ONU et la France, ce dernier est un saint, un démocrate.

Nous voulons tout simplement espérer que si le parrain français a poussé son filleul à se défaire d'un de ses meilleurs mercenaires, il le poussera à poursuivre sur cette voie en arrachant l'ouest et le nord du pays aux hordes de pilleurs qui empêchent par leur violence et leur justice expéditive l'établissement de l'autorité de l'état limitée à la seule zone sud. La réunification du pays sera déclarée complète quand tous les citoyens pourront évoluer librement dans l'ouest et le nord, y tenir sans risque des réunions politiques et y voter. Elle sera complète quand les exilés retrouveront leur toit et leurs terres. Tout pan du pays qui échappe à l'autorité de l'état est une marque de sa fragilité et de son impuissance. Personne ne peut comprendre comment, en l'absence de toute opposition armée, l'ouest et le nord restent coupés du pays deux ans après la prise de pouvoir de Ouattara. Personne ne comprend son impuissance à asseoir son autorité sur ses propres hommes ou partisans. Ouattara est-il si nul que cela ?

Raphaël ADJOBI

20/05/2013

Mamadou Koulibaly, l'opposant toléré


Que veut Mamadou Koulibaly, La dictature en Côte d'Ivoire, Mamadou Koulibaly est-il encore un espoir ? L'union de l'opposition ivoirienne  Depuis l'installation d'Alassane Ouattara à la tête de la Côte d'Ivoire, le seul homme politique ne faisant pas partie de son équipe qui n'a jamais souffert de représailles est indiscutablement Mamadou Koulibaly. Ses voyages, ses prises de parole, ses projets politiques ne suscitent ni inquiétude ni indignation. Est-il victime du dédain de Ouattara ou l'opposant que celui-ci tolère pour faire croire aux Européens que la démocratie existe sous son règne ?

Plus que tous les autres hommes politiques ivoiriens se réclamant de l'opposition, Mamadou Koulibaly est celui qui a largement profité de son patronyme nordiste comme un passeport d'intouchable. D'autre part, en regardant son action sous le régime actuel, on constate qu'il a toujours pris soin de ne l'attaquer que dans ses projets économiques de grande envergure, rarement dans ses actions politiques écoeurantes qui indignent une grande majorité des Ivoiriens. Comme récompense de sa molle opposition qui néglige les crimes, les exactions contre les populations et les emprisonnements arbitraires, Ouattara lui pardonne tout. Nous sommes tentés de lui demander : « Koul, es-tu encore des nôtres ? » Avec Ouattara, celui qui ne prend pas la défense de Laurent Gbagbo n'est pas un ennemi. Et Mamadou Koulibaly prend soin de ne jamais défendre Laurent Gbagbo et les Ivoiriens qui lui sont restés fidèles s'exposant ainsi aux représailles de toutes sortes. Mais que représente-t-il vraiment dans le paysage politique ivoirien ?

Depuis l'échec cuisant de son parti créé pour tracer un chemin loin du FPI, de Laurent Gbagbo et des souffrances qu'endurent les Ivoiriens, Mamadou Koulibaly ne disserte que via les médias et les conférences à l'étranger. Si sa liberté de parole le fait apparaître comme l'unique opposant à Alassane Ouattara, l'homme demeure étonnamment seul : son parti (Lider) est une coquille vide de représentants du peuple et ses déplacements à l'intérieur du pays n'intéressent plus personne. Il n'y a, répétons-le, que les médias ivoiriens qui s'appliquent à lui fabriquer un peu de notoriété. A l'allure où vont les choses, notre homme ne sera plus qu'une photo de magazine à défaut d'être un homme du peuple.

La crise au sein de la coalition PDCI-RDR, née des querelles qui ont accompagné les fraudes lors des dernières élections, laisse espérer une nouvelle distribution des forces sur l'échiquier politique du pays. Si toutefois la France n'intervient pas pour demander à Henri Konan Bédié - l'éternel dupé - de calmer ses amis afin que son œuvre se poursuive en Côte d'Ivoire sous la houlette de Ouattara, la jeunesse du PDCI pourrait demain devenir l'arbitre des élections présidentielles. S'il n'y a plus de coalition PDCI-RDR, non seulement le gouvernement devient bancal, mais encore Ouattara ne peut espérer garder le pouvoir que par les tueries de ses FRCI. Ce qui pourrait un jour finir par exaspérer ses amis français.

L'avenir pourrait donc être plus clair pour tous les partis politiques et aussi pour tous les Ivoiriens qui ne savent plus où ils en sont et où va le pays. Quelles sont véritablement, aujourd’hui, les forces en présence sur le champ politique ivoirien ? D'un côté, nous avons la coalition PDCI-RDR au pouvoir et leurs élus à l'assemblée et dans les localités du pays. De l'autre – en face de cette coalition – c’est le vide absolu : le Lider de Mamadou Koulibali n'a pas d'assise nationale puisqu'il n'a aucun élu à l'Assemblée ; en l'absence de règles démocratiques claires, face à la violence dans les régions qui échappent à l'autorité de l'état, et devant le manque de volonté de résoudre le problème des emprisonnements arbitraires des politiques ainsi que la restitution des terres aux exilés, le FPI s'est abstenu de toute élection. En d'autres termes, il n'y a pas d'opposition politique réelle en Côte d'Ivoire. Tous ceux qui se disent dans l'opposition ne bénéficient pas d'un cadre où ils peuvent débattre avec la coalition PDCI-RDR et faire entendre leur voix ou rejeter tel ou tel projet du pouvoir en place. En l'absence d'élus n'appartenant pas aux partis au pouvoir – ce qui rend le débat contradictoire impossible dans le cadre de l’Assemblée – on peut affirmer qu'il n'y a ni opposition ni démocratie en Côte d'Ivoire.

Que reste-t-il à faire à Koulibaly, au FPI et aux jeunes du PDCI qui estiment le divorce avec leur allié RDR - reconnu comme le diable - sérieusement engagé ? Il leur faudra, avant toute chose, se mettre d'accord sur les préalables à exiger d'Alassane Ouattara et de la France pour qu’une vie politique vraie s’installe dans le pays. En effet, il ne faut pas oublier le rôle de la France, parce que c'est d'elle que Ouattara tient son pouvoir ; et c'est elle qui lui donne le sentiment que rien ne peut lui arriver s'il fait ce qu'elle veut. Que Mamadou Koulibaly, le FPI et les jeunes du PDCI soumettent donc à Ouattara et à la France des exigences communes sans la satisfaction desquelles ils pourraient déclarer la faillite de la vie politique en Côte d'Ivoire et l'isolement définitif de Ouattara. Peut-on croire dans ce pays qu'il est possible - tout en gardant sa chapelle - d'aboutir à des revendications essentielles pouvant sauver la Côte d'Ivoire ?

Pour que le destin du pays entre enfin dans une période d’éclaircie, Mamadou Koulibaly doit cesser de jouer le solitaire au-dessus des problèmes des Ivoiriens et des autres partis, surtout le FPI. Ne voit-il pas qu’en restant fidèles à leurs convictions, les leaders de ce parti, qui apparaissaient hier comme des entêtés incapables d’évoluer, sortent grandis de deux ans de refus de la dictature ouattariste ? Aujourd’hui où tout le monde reconnaît que l’on ne peut rien espérer du RDR, que le diable n’est pas à La Haye mais sur le siège présidentiel, Mamadou Koulibaly doit avoir le courage et la sagesse de leur donner raison et se rapprocher d’eux. Ses dernières déclarations qui semblent aller dans le bon sens - même si elles arrivent un peu tard - doivent l'encourager à franchir le pas du contact franc et permanent avec ceux qui se sont désolidarisés du pouvoir et ceux qui envisagent de le faire. Il doit cesser de nous laisser penser qu'il est plus proche de Ouattara que de Laurent Gbagbo ou encore qu'il a la certitude de conquérir la présidence de la république en méprisant la main tendue de la veuve et de l'orphelin, parce que lui suffit la notoriété que lui confèrent les médias ivoiriens.

Raphaël ADJOBI

09/05/2013

Après l'incendie du camp de refugiés d'Avepozo : l'Afrique aurait-elle perdu son humanité au Togo ?


Avepozo, Refugiés ivoiriens au Togo, les Africains sont-ils encore humains ? Incendie d'Avepozo Maintenant que les cris d'horreur et d'étonnement ont fait place à une profonde indignation, penchons-nous sérieusement sur l'attaque et l'incendie du camp de refugiés ivoiriens d'Avepozo par l'armée togolaise. Pour bien comprendre à quelle Afrique nous sommes parvenus, il importe - en se fiant aux faits - que chacun se pose des questions sur les sentiments que les Noirs d'Afrique nourrissent les uns à l'égard des autres au-delà des frontières nationales.

Aucun Africain n'ignore l'intensité du drame qui a frappé la Côte d'Ivoire suite aux élections de 2010. Aucun Africain n'ignore comment un président déclaré élu par la constitution de son pays a été remplacé par celui que la France et l'ONU avaient choisi. Aucun Africain n'ignore la chasse à l'homme déclarée par Alassane Ouattara - puisque c'est de lui qu'il s'agit - contre tous ceux qu'il juge partisan de celui qu'il a destiné aux geôles de l'Europe. Enfin, personne n'ignore les massacres de Douékoué , ceux du camp de refugiés de Nahibly et l'occupation des terres de l'ouest par les Burkinabés en récompense de leur contribution à la guerre contre Laurent Gbagbo ; trois faits qui sont à l'origine de l'exil de milliers d'Ivoiriens au Ghana, au Libéria et au Togo.

En partant de cette idée que nous n'ignorons pas cette actualité et plus particulièrement l'état d'exilé d'un grand nombre de personnes, nous pouvons nous demander ce qui explique ou justifie l'incendie du camp d'Avepozo et la violence exercée par les forces militaires togolaises à l'encontre des refugiés ivoiriens. Représentaient-ils une menace pour les populations togolaises ? Menaçaient-ils l'emploi ou la sécurité des togolais ? Ce camp de refugiés était-il devenu un lieu de trafic de quelque produit illicite à une échelle telle que seuls le feu et la violence physique sont capables d'éradiquer le mal ? Il serait bon que les gouvernants togolais s'expriment sur l'événement en prenant en compte le sentiment d'étonnement des Africains. Je dis bien le sentiment d'étonnement des Africains et non pas seulement celui des Ivoiriens.

Pour l'heure, tous les observateurs attentifs s'en tiennent à une seule réalité des faits : les refugiés ivoiriens dans le camp officiel du UNHCR - et donc pas un camp clandestin - n'ont commis d'autre crime que de dénoncer la privation de nourriture et de soin dont ils étaient frappés. Tout être intelligent sait très bien que dénoncer un état de privation signifie simplement réclamer de la nourriture et des soins. Ce cri de détresse méritait-il une telle violence comme réponse ? Il serait bon, il serait digne de la part des autorités togolaises de ne pas rester muettes sur un tel acte frappant une population étrangère reconnue officiellement sur son sol par une institution des Nations Unies. Oui, messieurs les gouvernants togolais, vous avez le devoir de parler pour la dignité de l'Afrique que nous réclamons de tous nos voeux. Ne demeurez pas dans le silence qui ferait croire à une éternelle faiblesse de l'homme noir devant les faits politiques majeurs. Personne ne peut se contenter de l'idée que les refugiés ont revêtu l'uniforme de l'armée togolaise pour ensuite mettre le feu aux tentes et aux cabanes avant de se flageller. Rompez avec l'habitude de vous murer dans le silence inhumain qui n'est rien qu'une fuite des responsabilités pour un état.

On peut par ailleurs constater que malgré la gravité de l'événement, aucune organisation africaine émanant de la société civile n'a daigné interpeller le gouvernement togolais. Certes, nous savons tous que la plus grande et la plus illustre organisation africaine qu'est l'U.A. est devenue un organe politique fantôme dont aucun peuple africain ne peut tirer quelque bénéfice dans une situation moralement dramatique ou matériellement catastrophique. Mais force est de constater qu'au sein des nations africaines, l'absence d'organisations civiles capables d'interpeller les autorités nationales ou internationales sur des faits touchant une catégorie sociale est une carence inadmissible. Cela aboutit forcément à une indifférence générale à l'égard des malheurs d'autrui. On est tenté de crier : Afrique, où est ta légendaire humanité ?

De toute évidence, l'incendie du camp d'Avepozo et la violence subie par des refugiés Ivoiriens posent la question de l'hospitalité et de l'humanité africaines en cas de drame nécessitant un asile sûr. Dans presque toutes les sociétés africaines, il est de coutume que celui qui fuit un lynchage, quel que soit la gravité de son forfait, s'il réussit à se refugier aux pieds d'un vieil homme - donc dans le sein d'une autorité - bénéficie automatiquement de la protection officielle des sages de la localité jusqu'à l'heure de son jugement. Jamais, au grand jamais, celui dont le fugitif a embrassé les pieds en signe de demande de refuge ne le livre à la vindicte populaire. L'incendie d'Avepozo est donc une désacralisation de l'hospitalité et surtout de l'humanité africaine. Ce qui constitue une raison supplémentaire pour exiger des autorités togolaises des explications officielles. C'est également une raison supplémentaire pour les organisations de la société civile togolaise - si elles existent - de demander des comptes à leurs autorités. On devrait même en pareille circonstance entendre les voix des élus du peuple togolais.

Cette relation pacifique entre les organisations de la société civile et les gouvernants d'une part, et celle entre les élus et le pouvoir exécutif d'autre part devrait permettre aux sociétés africaines d'aller vers plus de justice et plus d'humanité en cas de drame humain. Il n'est pas bon, disons-le sincèrement, il n'est pas bon que dans les pays africains, quiconque prend la parole et interroge les gouvernants apparaisse à leurs yeux comme un adversaire ou un ennemi qui ne cherche qu'à prendre leur place. Non seulement une attitude aussi puérile n'honore pas l'Afrique mais elle est le frein essentiel à l'émergence des idées, de la réflexion et de l'évolution des mentalités.

Raphaël ADJOBI