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24/10/2013

Qui a peur de Laurent Gbagbo ?


Laurent Gbagbo fait-il peur à Ouattara ? Laurent Gbagbo, le vieux lion, Ouattara et la libération de Gbagbo Quand les dirigeants et les partisans du RDR entendent parler de liberté provisoire pour le président Laurent Gbagbo, leur sang se fige dans les veines. Et aussitôt ils pensent à leurs vieilles méthodes pour le discréditer : semer le désordre, brandir des cadavres, montrer des images de femmes en pleurs parce que victimes des agressions de ses défenseurs. C'est le moyen qu'ils ont toujours utilisé pour être sûrs de voir leurs parrains français et onusiens brandir la menace contre Laurent Gbagbo et protéger Alassane Ouattara.

Depuis que des bruits courent annonçant l'imminente libération du célèbre prisonnier du goulag européen, les amis du pouvoir ivoirien ne dorment plus. Ils s'activent pour trouver le meilleur moyen de faire apparaître Laurent Gbagbo comme un lion dangereux aux yeux de l'opinion publique internationale ! Un lion qui, selon eux, doit absolument être tenu en cage pour la sécurité du citoyen ivoirien. Incapables de diriger un pays qui leur a été offert sur un plateau d'argent, ils veulent faire croire au monde entier que sa liberté est une entrave au bonheur qu'ils ont promis aux Ivoiriens.

Soyez tous certains que pour inventer des crimes dans le seul but de salir Laurent Gbagbo, le RDR et ses amis ne manqueront pas d'imagination. Si toutefois leurs inventions s'avèrent insuffisantes pour maintenir le prisonnier à la CPI, elles auront au moins le mérite de pousser l'Europe et l'Onu à protéger le régime en place. C'est du moins ce qu'ils espèrent. Aussi, dans les prochains jours, vous verrez des villages attaqués et brûlés, des violences faites aux personnes se multiplier à Abidjan et dans les villes de l'intérieur, des morts - tous partisans de Ouattara, bien entendu - joncher les rues. Et les seuls responsables de ces crimes, vous devinez bien, ce seront les Ivoiriens sanguinaires, xénophobes, antimusulmans, anti-nordistes, anti-Ouattara qui votent tous Laurent Gbagbo.

Soyons sûrs qu'on ne cessera pas de nous répéter que depuis La Haye Laurent Gbagbo empêchait le rétablissement de la paix entre les Ivoiriens. Une extraordinaire capacité à agir à distance qui en fait un dictateur dont il faut éviter le retour dans le pays. On nous dira aussi que, depuis sa prison, Laurent Gbagbo a manœuvré pour faire échouer les politiques économiques et sociales de Ouattara ; et laisser revenir un tel homme ne pourra que pousser les Ivoiriens, déjà exaspérés par la pauvreté, à s'entretuer.

Alors, bientôt peut-être, nous reverrons les chars et les hélicoptères français et onusiens dans les rues et le ciel d'Abidjan, prêts à protéger l'ami de l'Occident contre « le dictateur » Laurent Gbagbo. Sans doute reverrons-nous les journalistes français sur les bords de la lagune Ebrié pêchant des cadavres pour les exhiber au monde entier afin de condamner le célèbre prisonnier de La Haye. Les grands titres sont sans doute déjà prêts à Paris.

En Côte d'Ivoire, l'alerte maximale sera donc déclarée. A tous les coins de rue d'Abidjan, nous verrons les dozos et les FRCI plus solidaires que jamais pour traquer le moindre sourire, la moindre manifestation de joie. Non, il ne faut pas que la sortie de prison et le retour de Laurent Gbagbo troublent le paisible enfer qu'ils ont installé dans le pays. Pour cela, il ne faudra pas que les Ivoiriens se promènent pour faire la fête. Il faudra qu'ils se tiennent tranquilles chez eux, qu'ils fassent comme l'argent du pays qui ne circule pas mais dort parce qu'il travaille. Une théorie économique de Dramane Ouattara dont l'efficacité n'est prouvée nulle part ! Les seules personnes qui devront circuler, ce sont les dozos et les FRCI dans leurs 4x4 neufs, armes au point pour nous protéger de Laurent Gbagbo, le lion sauvage et sanguinaire.

Dans les prochains jours, chers Ivoiriens, il faudra donc vous montrer très attentifs aux mots d'ordre du gouvernement qui, pour votre bien, a tout fait - mais en vain - pour vous éviter la sortie de prison du « dangereux » Laurent Gbagbo. Une conduite spéciale à tenir vous sera communiquée le moment venu. Déjà, sachez qu'il ne faut ni chanter, ni danser à l'annonce de sa libération. Au contraire, mettez-vous à pleurer, à vous rouler par terre et à crier au secours. Des cameras du monde entier seront là pour filmer votre détresse. Dominique Ouattara a fait le nécessaire.

Si vous trouvez les alarmes, les recommandations et les mesures policières surprenantes et étouffantes parce que vous ne vous sentez pas concernés par cette peur panique que l'on redoute, alors dites-vous que c'est celui qui ne pense qu'à vous protéger qui a peur. Dites-vous que quand un vigile crie trop fort et invente des alarmes, c'est qu'il est un froussard, un trouillard indigne de s'occuper de votre sécurité.

Raphaël ADJOBI

22/10/2013

Déclaration de l'AIRD du 20 octobre 2013 relative à la situation sociopolitique en Côte d'Ivoire

Depuis le début de ce qu'il est convenu d'appeler la crise postélectorale, l'ouest de la Côte d'Ivoire, profondément meurtri, est devenu le baromètre de la violence et de l'insécurité qui se sont installés dans le pays. Devant la multiplication des accrochages entre les différentes communautés qui occupent cet espace en l'absence des exilés, l'AIRD tire la sonnette d'alarme. Que les pouvoirs publics l'entendent pendant qu'il est encore temps.

Déclar. de L'AIRD 0001.jpgLa situation sociopolitique en Côte d'Ivoire est marquée, depuis le 11 avril 2011, par des conflits sanglants et meurtriers entre communautés. Dans la plupart de ces conflits, sont mis en cause des milices armées de «chasseurs traditionnels Dozos» qui opèrent, en conquérants, très loin de leur sphère culturelle et géographique. Ces «Dozos» vont jusqu’à s’attaquer aux FRCI qui en avaient fait, pendant la crise postélectorale, leurs supplétifs.
Les accrochages violents enregistrés ces jours, çà et là, peuvent être regardés comme les prémices de la grande déflagration redoutée par une ONG dans son dernier rapport et ce à l’échelle d’une bonne partie du pays si rien n'est urgemment fait. Les tout derniers affrontements sanglants et meurtriers entre autochtones et assaillants allogènes dans les villages de Bohinou (région de Vavoua) et de Gribouo (région de la Nawa) sont donc à prendre très au sérieux et devraient pousser le gouvernement à l'action.
La destruction sauvage du camp de réfugiés de Nahibly après les massacres du quartier «Carrefour» de mars 2011 et les nombreux crimes qui sont restés impunis - l'état ivoirien ne s'occupant plus de la veuve et de l'orphelin - ont convaincu ceux qui portent effrontément des armes en toutes circonstances, qu'ils sont désormais tout puissants. Un conflit villageois ne se règle plus devant le chef du village, mais par les armes d’allogènes ayant bénéficié de la légendaire hospitalité ivoirienne, source de richesse nationale. Et quand, dans de rares cas, le chef de village est saisi de l’affaire, tout avis défavorable aux milices «Dozos» se trouve sanctionné par des représailles violentes, meurtrières, allant jusqu’à l’incendie de villages entiers.
• L’Alliance Ivoirienne pour la République et la Démocratie (AIRD) s’indigne que dans un état où le port d’arme est soumis à règlementation et à autorisation, un groupe de personnes puisse, pour de prétendues raisons culturelles complètement sorties de leur contexte et de leurs objectifs, s’en prendre nuitamment et sans discernement, à d’honnêtes et paisibles paysans sans défense, dont des femmes est des enfants.
• L’Alliance Ivoirienne pour la République et la Démocratie (AIRD) s’indigne aussi bien du silence révoltant - indigne de ses responsabilités- du pouvoir, que de sa complicité par laquelle en lieu et place du désarmement des miliciens et anciens rebelles, il leur demande de «garder leurs armes à la maison ». Pour quel usage, s’interroge l’AIRD ?
• L’Alliance Ivoirienne pour la République et la Démocratie (AIRD) s’indigne des meurtres à répétition d’innocents citoyens, qui, ajoutés à l’impunité des crimes des seigneurs de guerre donnent de la Côte d'Ivoire une image abjecte et déshonorante pour son peuple.
• L’AIRD lance un appel solennel aux autorités ivoiriennes, au Gouvernement et au Chef de l’Etat, afin que soit mis, sans délai, un terme à cette politique de règlement de tout différend dans le sang, politique encouragée par la reconnaissance officielle du statut de «sauveurs de la République» décerné à des personnes qui continuent de poser des actes répréhensibles.
• Soulignant la pertinence des recommandations de certaines organisations de défense des droits de l’homme, l’AIRD préconise à son tour une action énergique «contre la dépossession des terres suite au conflit postélectoral en Côte d'Ivoire» et rappelle au gouvernement que la bonne cohabitation en Côte d'Ivoire, et particulièrement dans l'ouest, dépendra de la diligence et de la dextérité avec lesquelles le problème de l'occupation des terres sera résolu. L’AIRD réaffirme sa conviction que «Les décisions du gouvernement ivoirien concernant la restitution des terres dans l’ouest du pays contribueront à déterminer si la terre restera une source potentielle de conflit à l’avenir ou deviendra une source de développement local qui apaisera les tensions intercommunautaires. »
• L’AIRD encourage toutes les composantes nationales à la préservation de l’hospitalité ivoirienne et à sa pérennisation.
• L’AIRD invite tous ceux qui, par chauvinisme et par esprit de clan au service de l’oligarchie, seraient tentés de ne pas voir la vérité en face, à se ressaisir, car il est inacceptable de voir s’installer dans la haine et par la force, en parallèle de la république déclarée, un pouvoir de fait.
• IL Y A MIEUX QUE LA HAINE : LA NATION.
Fait le 20 octobre 2013
Eric KAHE, Président en exil de l’AIRD

Le site de l'AIRD

09/10/2013

Konan Bédié, le PDCI et le dernier clou du cercueil de la République

H. Konan Bédié 0001.jpg Quand on ignore la honte, on devient criminel. Houphouët-Boigny est resté au pouvoir jusqu'à sa mort et n'a donc pu avec sérénité regarder le chemin qu'il a parcouru avec la Côte d'Ivoire. Comme un mauvais artiste, il est demeuré le nez collé à sa toile plutôt que de prendre de la distance pour apprécier l'oeuvre accomplie. Incapable de tirer profit de cette expérience qui a été fatale au pays, comme le cycliste fou pédalant les yeux fermés ne sachant où il va et où il en est, Henry Konan Bédié veut à son tour mourir à la tête du PDCI-RDA.

Le vieil homme dont la respiration devient désormais un râle à chacun de ses pas s'imagine-t-il encore que les militants de son parti ont besoin de lui ? Existerait-il encore en Côte d'Ivoire des Ivoiriens susceptibles de lui offrir l'occasion de prendre sa revanche aux prochaines élections présidentielles ? J'espère que personne n'y pense ! Même pas des Baoulés ! On peut tout au plus imaginer que, sans cesse flatté par Ouattara qui assure le gîte et le couvert aux différents membres de sa famille, Bédié a la ferme intention de travailler à le maintenir dans ses fonctions actuelles. Mais ne me dites pas que cet homme qui a son avenir derrière lui porte un semblant de projet pour l'avenir de la Côte d'Ivoire. Non, ne nous conduisez pas à un deuxième naufrage après celui que nous avons connu avec "le père de la nation" !

En se maintenant à la tête du pays jusqu'à sa mort, Houphouët-Boigny avait empêché la Côte d'Ivoire de renouveler ses forces et élaborer de nouvelles perspectives. Vieil homme presque sénile, il avait été incapable de distinguer un loup d'un chien de berger et a laissé l'animal carnassier entrer dans la bergerie, l'a nourri, puis l'a élevé au rang de plus beau gardien de son enclos. Bien sûr, la mort l'a empêché de voir la suite, de voir le carnage perpétré par son bel animal avec lequel il a condamné les Ivoiriens à vivre. Comme disent les Espagnols, quand on élève des corbeaux, ils finissent par vous crever un oeil. Mais cette fois, l'oeil était bien les pauvres Ivoiriens.

Bon sang, chers militants du PDCI, vous n'allez pas nous refaire le numéro du guide éternel ! N'est-il pas clair qu'en refusant de céder la direction du parti à des hommes plus jeunes que lui, en voulant absolument suivre la voie de l'étroite collaboration avec le RDR, Henri Konan Bédié continue à entretenir l'appétit du loup ? Il ne voit pas l'intérêt de s'allier avec les chiens de la maison pour donner la chasse à l'imposteur. Selon lui, l'animal des bois a pris quelques habitudes du logis et mérite que l'on s'en accommode vu que lui est capable d'en tirer un bon profit. Pourquoi donc les autres n'en feraient-ils pas autant ? Et outre l'intérêt, Konan Bédié a deux raisons supplémentaires de rester attaché à Alassane Ouattara : celle de se venger des Ivoiriens pour n'être pas descendus dans les rues pour le rappeler au pouvoir quand Robert Guéï l'a renversé, et celle d'avoir vu Laurent Gbagbo triompher dans les urnes. En d'autres termes, Konan Bédié a une dent contre les Ivoiriens et contre Laurent Gbagbo.

Rancunier comme un vieux bouc qui ne pense plus - en a-t-il encore la force cérébrale ? - et qui sait qu'il n'a plus d'avenir, il s'accroche à ses éternelles récriminations contre les Ivoiriens, contre Laurent Gbagbo qui forma le Front républicain avec le RDR pour boycotter les élections de 1995 qu'il avait organisées pour garder le pouvoir. Parce que Laurent Gbagbo s'est allié avec le RDR pour s'opposer à son régime, il a juré de perpétuer son alliance avec Ouattara pour se venger du fondateur du FPI et pour faire souffrir la Côte d'Ivoire entière. Dans sa vengeance, vendre son âme au diable est devenu une véritable jouissance qu'il ne voudrait pas voir se terminer tant que le ciel lui accordera des jours. Quel plaisir de voir les Ivoiriens souffrir ! Quel plaisir de voir les Ivoiriens contraints de vivre sous le joug de "l'étranger" dont il avait publiquement et vainement dénoncé l'imposture ! Ô quel plaisir de s'allier à l'ennemi d'hier, que dis-je, au diable, contre ses propres frères pour déverser les feux de l'enfer sur la Côte d'Ivoire ! Quelle plénitude ! Et voir tous ces idiots marcher gaiement dans sa stratégie vengeresse lui procure chaque nuit, sous son pagne kita, des fous rires qui ne cessent qu'au petit matin. Ah, qu'est-ce que ça fait du bien de voir à feu et à sang le pays qui n'a pas voulu de vous comme président ! Ô Néron, tu croyais n'avoir point d'égal ? Tu incendiais une ville. Moi, Henri Konan Bédié, c'est un pays que je livre aux armes des dozos et aux Burkinabés pour toujours !

Ne délirons pas ! Sachons raison garder et disons tout simplement que de tout ce qui précède, une chose est à retenir : si Houphouët-Boigny a péché par naïveté - et par sénilité aussi - Henri Konan Bédié pèche par pure sottise, par pur délire de vengeance ! Sa volonté de garder la direction du PDCI relève d'un calcul intéressé qui n'a rien à voir avec le bonheur du pays et du peuple ivoirien.

Devant l'égoïsme de Bédié, le sursaut populaire des militants du PDCI s'impose. Il leur appartient de s'éloigner massivement de ses ambitions personnelles et donner ainsi une chance au pays de vivre l'alternance démocratique au sein des mouvements politiques et espérer voir la même pratique s'établir au sommet de l'Etat. C'est au sein des mouvements politiques que s'apprend la démocratie. Quand on corrompt l'appareil d'un parti politique pour pouvoir en garder la direction, tout laisse croire que l'on est capable de faire la même chose avec le pays. Il vous appartient, militants du PDCI, d'arracher des mains de cet homme le marteau et le dernier clou qu'il s'apprête, aux prochaines élections, à planter dans le cercueil de la République au moment où la Résistance entamera la résurrection de l'âme de la Côte d'Ivoire. Retenez donc son bras ! Sachez bien que, demain, donner vos voix à Bédié, c'est enterrer la Côte d'Ivoire ou la livrer à jamais à l'oeuvre satanique de celui qui a juré de rendre ce pays ingouvernable par un Ivoirien.

Raphaël ADJOBI

06/10/2013

"Ouattara devrait se faire soigner au pays"

Une analyse de Shlomit Abel de la suggestion de Mamadou Koulibaly faite à Alassane Ouattara.

Shlomit Abel 0001.jpgMamadou Koulibaly frappe fort, il voudrait que le Président Ouattara voyage moins et se fasse soigner au pays. Il nous cite le chiffre d’1,4 médecins pour 10 000 habitants, même chiffre pour les lits d’hôpitaux.

Bonne idée, en apparence très généreuse, très désintéressée ; mais malheureusement cette proposition est très démagogique. Koulibaly lui-même, comme les « grands » d’avant, s’il avait eu besoin de soins serait allé à l’Etranger; d’ailleurs, non content de la scolarité et de l’atmosphère ivoirienne instable peut-être, il avait déjà installé sa famille au Ghana.

Malgré la partition du pays, malgré le peu de moyens, malgré l’embargo sur les médicaments, le président Gbagbo s’était attelé à ces questions de santé et d’accès aux soins pour tous, dans le but très certainement d’avoir rapidement toutes les possibilités sur place en Côte d’Ivoire.

Que Mamkoul propose l’obligation aux maires, préfets, hommes politiques et autres serviteurs de la république de se faire soigner dans les hôpitaux d’état et non dans les cliniques privées serait déjà une grande avancée. Pour que ces derniers voient le délabrement, l’insalubrité, le manque de moyens, le manque de personnel, la corruption, et s’indignent positivement, puis fassent bouger les choses. Sa proposition « jusqu’à ce que l’offre sanitaire en Côte d’Ivoire soit améliorée et atteigne les standards internationaux, il soit formellement interdit au président de la République, aux membres du gouvernement, aux hauts fonctionnaires, à tous ceux qui gèrent le budget de l’Etat et à leurs familles d’aller se faire soigner à l’étranger. » fait seulement sourire.

Par contre il aurait pu se prononcer sur l’absence de soins aux prisonniers politiques, la nourriture des prisons qui n’est pas comestible, s’indigner de l’indigence du diagnostic médical ivoirien concernant Mahan Gahé, qui n’est pas mort de ses fractures mais avait eu très certainement la rate abimée par tous les coups reçus, il aurait pu élever la voix en faveur de madame Simone Gbagbo qui avait été ramenée de force à Odienné, sous anesthésie, alors que son bilan de santé n’était pas terminé…

Pour finir, assurer les soins et la protection d'une haute personnalité dans ces conditions, relève tout simplement de l'utopie : Ouattara qui chaque nuit change de chambre, ne pourrait être que soigné chez lui dans sa résidence fortifiée, avec des médecins privés venus de l'étranger, et au bout du compte la note de frais serait encore plus salée que ce que le chef de file de Lider propose !

Grattez sous le vernis et vous rangerez cette proposition au rayon des vœux pieux, des promesses électorales toujours en suspens, auxquelles un certain « Ado-solutions » nous avait déjà habitués.

Shlomit Abel, 1er octobre 2013

01/10/2013

Retour sur les incohérences autour de la Syrie qui nous rappellent la Côte d'Ivoire


La guerre en Syrie, les mensonges autour de la guerre en syrie, Poutine gagne la bataille de Syrie, Obama et la Syrie, Le gaz de la Syrie Quel silence ! Et qu’est-ce que ça fait du bien quand le vacarme s’arrête ! Profitons-en pour analyser sereinement les événements concernant la Syrie que nous avons vécus trop intensément grâce à un battage médiatique extraordinaire.

Quand on écoutait les dirigeants occidentaux, il était difficile de cerner leurs raisonnements autour de ce pays. Si pour essayer de les comprendre on part à la source de toutes leurs déclarations sur la guerre civile qui y sévit (est-ce encore une guerre civile ?), un constat s'impose : la manière dont ils tentaient de mettre fin à ce conflit reposait sur la même logique que celle employée dans la crise postélectorale ivoirienne en 2010-2011. En d'autres termes, les Occidentaux ont refusé de passer par la case « dialogue ». Or, dans le règlement de tout conflit, il n'y a que ceux qui ont des intentions non avouées qui prennent un soin particulier à éviter cette case.

Il est donc permis de dire que cette logique employée en Côte d'Ivoire et reprise en Syrie donne foi aux analyses et aux conclusions du philosophe et géopoliticien syrien Imad Fawzi Shueibi sur les raisons de cette ferme volonté des Etats-Unis et de la France d’aller faire la guerre à la Syrie. Selon cet homme - qui est par ailleurs le président du Centre de documentation et d'études stratégiques à Damas – cette guerre se résume à « une guerre pour le gaz ». Une guerre pour rivaliser avec les deux projets russes « North Stream » (un gazoduc allant de la Russie en Allemagne via la mer Baltique, évitant ainsi les pays intermédiaires) et « South Stream » (un gazoduc allant de la Russie vers la France en passant par la Mer noire puis par différents pays comme la Bulgarie, la Serbie... et l'Italie)*.

Pour ne pas laisser à la Russie le monopole de la fourniture du gaz à l'Europe, les Etats-Unis ont lancé à leur tour un grand projet baptisé « Nabucco » qui doit leur permettre d'exploiter les zones gazières de l'Iran et de la Méditerranée orientale que se partagent la Syrie, le Liban et Israël. Seulement voilà : d’une part, le gazoduc iranien vers le Liban et la Méditerranée doit passer par la Syrie et d’autre part ce dernier pays se voit quelque peu dépossédé de ses gisements en Méditerranée. Devant le projet américain, la réticence de la Syrie qui ne veut pas devenir un simple centre stratégique fait désordre.

Une argumentation laborieuse

Mais laissons là ces considérations techniques et revenons à la ferme volonté des E.U. et de la France de bombarder la Syrie. Les raisons que ces deux pays avançaient pour justifier leur folle entreprise étaient bien sûr très loin des projets gaziers énoncés plus haut. Contentons-nous donc de ne suivre que leurs propres raisonnements et tâchons d’analyser leur logique indépendamment de toute autre considération que celles qu’ils avancent.

Pourquoi donc fallait-il, dès le départ, soutenir les rebelles syriens contre Bachar el-Assad ? Parce que c’est un dictateur, avaient répondu en chœur les E.U., la Grande Bretagne (avant qu’elle ne se retire de ce projet) et la France. Faut-il alors comprendre que les puissances occidentales ont décidé de déloger tous les chefs d’Etat de la terre qu’ils auront déclarés dictateurs ? Qui les charge de cette mission ? Avouons que ce jugement absolument subjectif se rapproche étrangement de ceux qui illustrent les fables et les contes dans lesquels la raison du plus fort est toujours la meilleure.

Devant l'indignation générale, nos trois puissances avaient changé d'argument et joué la corde humanitaire : si nous ne pouvons pas intervenir directement dans une affaire intérieure, la conscience humaine nous interdit de rester sans rien faire devant le massacre du peuple syrien, avaient-ils lancé. Il leur fallait donc, selon toute justice, livrer des armes aux rebelles. Et à ceux qui n'appréciaient pas de voir des armes européennes entre les mains des Islamistes qu'ils avaient combattus en Afghanistan, Laurent Fabius s'était chargé d'expliquer qu'il ne s'agissait que d'« armes défensives ».

Et les gradés de l'armée française de se tordre de rire en entendant ces mots. Des armes défensives ? Cela n'existe pas ! En effet, des armes qui ne tuent que ceux qui vous agressent et deviennent inoffensives quand vos intentions sont mauvaises ne sont qu'une pure invention de l'esprit du premier ministre français. Il fallait être fou pour avaler une telle sottise.

Après tout, pourquoi donc ces grandes puissances perdaient-elles tant de temps en conjectures alors qu'elles avaient la force avec elles ? Force qu'elles ne cessent de brandir en toutes circonstances pour punir les crimes de ce qu'elles appellent l'axe du mal. A regarder leur agitation de près, on comprend aujourd’hui que la tromperie américaine en Irak était dans tous les esprits. Une tromperie qui expliquait l'absence d’une béate unanimité autour du projet d'expédition occidentale en Syrie. Et c'est d'ailleurs ce sentiment qui a dominé chez les élus anglais qui n'ont pas voulu, une deuxième fois, donner leur caution à une entreprise qui n'avait pas l'aval des Nations-Unies et dont les objectifs étaient si peu clairs. Non, on ne les trompera pas une deuxième fois. Quant à la France, parce que sa démocratie repose sur le seul bon vouloir du président pour ce qui est des Affaires étrangères, elle regardait avec étonnement François Hollande attendre fiévreusement le mot d'ordre des E.U. pour se lancer dans la bataille.

Soudain, une nouvelle inespérée tomba du ciel et mit en branle Obama et Hollande : le régime de Bachar el-Assad a fait usage d'un gaz non conventionnel, ont-ils clamé ! Cette fois, hésiter d'intervenir serait un crime abominable que le Ciel ne peut pardonner à notre conscience. Et quand certains, comme l'ancien diplomate français Pierre Charasse*, avançaient que c'était les Occidentaux qui avaient fourni le gaz en question aux rebelles afin de hâter leur intervention en lui donnant une apparence de justice salvatrice, on n’a pas pu s'empêcher de penser au bombardement du cantonnement militaire français à Bouaké dont tout accuse l'Elysée de l'avoir ordonné. Les mêmes causes fallacieuses pour les mêmes effets immédiats et destructeurs. Dans les deux cas, la décision de punir l'accusé avait été prise avant toute éventuelle enquête. La seule différence, c'est qu'en Côte d'Ivoire elle a été immédiatement exécutée sans autre forme de procès.

Concernant la Syrie, à l’annonce de l’usage du gaz affreux par leur pire ennemi, Obama et Hollande convoquèrent tout le monde pour la grande décision qui devait sauver l'humanité du dangereux Bachar el-Assad ; au nom de la conscience que nous tenons de Dieu nous sommes obligés d'intervenir ! Rien que la mort n'est capable d'expier son forfait, dirait La Fontaine. Il faut le punir, répéta Hollande après Obama ; Hollande trop fier d'avoir supplanté le premier ministre anglais dans le cœur de l'allié américain. Mais voilà que le Saint-Père s'en mêle ! Quoi de plus normal en effet. Maintenant que l'on assure que c'est la conscience que nous tenons de Dieu qui doit nous diriger, qui mieux que le représentant de Saint-Pierre pour nous indiquer la voie à suivre ? Mais cet homme-là, cela fait très longtemps qu'on ne l'écoute plus, qu'on ne le consulte plus. Il suffit de ne pas regarder dans sa direction et courir à ses affaires criminelles pour échapper à l'enfer de la mauvaise conscience.

Cependant, au moment où nos chers amis croyaient toucher au but, voilà que sorti d'on ne sait où, Poutine eut l'idée géniale de mettre sous cloche toutes les armes chimiques de la Syrie afin de garantir la sécurité de l'humanité tout entière. Puisque c'est de l'usage de cette arme non conventionnelle que dépend désormais la punition de Bachar el-Assad - qui passe nécessairement par la mort de milliers de Syriens - cette judicieuse décision rend inopportune toute volonté de punition par la guerre. Tout à coup, en regardant le président russe, on eut l'impression de voir autour de sa tête une auréole divine. Ne serait-ce pas un ange envoyé par Dieu pour nous sauver du diable Obama qui s'évertuait à nous convaincre que Satan était à l'Est ? S’il n’est pas le diable, Obama est sûrement l'apôtre du Dieu vengeur, du Dieu qui a besoin de sang, celui qui ne pardonne pas le mal et qui par conséquent s'acharne à le punir. Face à lui, Poutine apparaît désormais comme celui qui annonce le Dieu protecteur qui assure qu'il y a toujours une possibilité d'aller à la paix. Avez-vous connaissance d’un dirigeant occidental qui aurait sauvé un pays de la guerre, de la furie d’une puissance étrangère par une proposition pacifique ? Cette personnalité capable de cette proposition rare, on vient de la trouver à l’Est en la personne de Poutine qui, grâce à son idée de génie, donne une leçon d’humanité aux E.U. et à la France.

La Syrie est-elle pour autant sauvée des griffes de l'ange du dieu vengeur ? N'oublions pas que ces messagers célestes qui ont les caractéristiques du diable ne lâchent jamais leur proie. La Côte d'Ivoire en sait quelque chose. Suite à la main tendue de Laurent Gbagbo saisie par les rebelles ivoiriens, une longue accalmie s’était installée dans le pays avant que l’ange destructeur n’accomplisse définitivement son forfait pour installer un régime conforme à ses aspirations. On peut peut-être croire que la Côte d’Ivoire a connu ce sort fatal parce qu'il lui a manqué un ange protecteur. Dans ce cas, il ne reste plus aux Syriens - et sans doute à bien d'autres peuples - qu'à se mettre à genoux et à dire « Saint-Poutine priez pour nous ». Et quand ils verront l'Amérique poindre son nez, ils devront crier « Vade retro, Obama ! » pardon « ...Satanas ».

Raphaël ADJOBI

* http://re.ivoire-blog.com/archive/2013/09/03/syrie-la-guerre-pour-le-gaz-429304.html#comments
* La lettre de Pierre Charasse à François Hollande datée du 2 septembre 2013, envoyée depuis le Mexique où il a pris sa retraite : http://regardscroises.ivoire-blog.com/archive/2013/09/15/syrie-la-lettre-d-un-ancien-ambassadeur-de-france-a-francois.html#comments.