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21/02/2014

Un Centrafricain explique le conflit centrafricain

Combien de fois n'a-t-on pas pointé du doigt la légendaire solidarité des musulmans pour qui le lien religieux est plus précieux que l'amour de la patrie ? Dans certains pays africains, cette aveugle solidarité les a souvent conduits à s'allier à des coreligionnaires étrangers pour dépouiller et assassiner leurs propres compatriotes. Rares sont ceux qui, comme les Ivoiriens Ben Soumahoro et Balla Keïta, ont fermement démontré que faire passer la religion avant la patrie constitue l'un des grands malheurs de l'Afrique, un fléau encore plus dévastateur que le clan ou l'ethnie. La réaction des Centrafricains - entamée depuis décembre 2013 contre cette criminelle solidarité - devrait faire réfléchir certains. C'est clairement ce que semble dire Evariste NOUMBONA, un centrafricain résidant en France (Bourgogne) mais qui prête une extrême attention à ce qui se passe chez lui.

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Bonsoir frère Raphael,

Je voudrais d’abord m’excuser du retard pris pour répondre à vos questions sur la situation qui sévit dans mon pays, la République Centrafricaine, depuis décembre 2012.

En effet, Michel Djotodia est de nationalité centrafricaine de l’ethnie Goula /Rounga située au nord du pays. Dans cette région, après la razzia arabophone du milieu du XIXe, la majorité de la population a été islamisée de force. Sur une population nationale de 4 500 000 habitants, ces ethnies comptent à peu près 55 000 âmes soit 1,22%. Michel Djotodia est soutenu par les ethnies de sa région et par beaucoup de musulmans de nationalités tchadiennes et soudanaises qui vivent en RCA. Sans oublier les gouvernements tchadien, soudanais (nord), qatarien et saoudien ; vue une lettre que ce dernier a envoyé au comité islamique en Arabie Saoudite sollicitant leur aide afin de prendre le pouvoir en Centrafrique conduisant à son islamisation totale. Ce projet a aussi reçu l’aval de la France qui est notre pays colonisateur. Retenons que par le passé, le président Bozizé, qui a été destitué en mars 2013, avait signé beaucoup d’accords avec la Chine et l’Afrique pour l’exploitation de nos sous-sol qui regorgent de ressources minières. Ce qui n’a pas plu du tout à la France.

Au commencement, la rébellion de décembre 2012 - composée majoritairement de gens du nord pour la plupart musulmans et des musulmans tchado-soudanais - s’attaquait particulièrement à tout ce qui n’est pas musulman. Ces gens attaquaient les Eglises, les chrétiens, l’administration dans sa totalité, dans le but de mettre en application leur plan d’islamisation du pays. La RCA compte 80% de chrétiens, 20% de musulmans et animistes. 80% des musulmans sont des étrangers. Les musulmans centrafricains sont constitués de la population du nord qui n’atteint pas 2% de la population.

La RCA est un pays hospitalier au cœur de l’Afrique Centrale, ce qui a joué contre sa souveraineté quand Séléka (Rébellion), avec la complicité des ces étrangers, a pris le pouvoir en mars 2013. Voilà pourquoi j’ai parlé d’une situation similaire entre la Côte d’Ivoire et la République Centrafricaine.

Il y a effectivement une confusion totale dans la pensée de certaines personnes ; pas seulement les africains mais aussi les européens. Comment accepter que des gens qu’on a accueillis comme des frères s’accaparent maintenant de leur pays d’accueil, en voulant exterminer leurs hôtes sur leur propre sol. Mettez-vous un peu à la place des centrafricains ! Voilà pourquoi les centrafricains se sont révoltés et ne veulent plus voir les étrangers - surtout musulmans - sur leur sol. Toutefois, il y a des débordements dans ce qui est en train de se passer. Que chacun réfléchisse à ceci : comment un peuple qui est hospitalier se lève du jour au lendemain pour chasser ceux qu’ils ont accueillis pendant des années ?

J’espère que l’histoire retiendra cela et que cela soit une leçon pour ceux qui sont accueillis dans un autre pays qui n’est pas le leur ; même s’il y a une solidarité africaine.

Voilà en quelques lignes les réponses à vos questionnements sur la situation que vit aujourd’hui mon pays la République Centrafricaine.

Fraternellement,

Evariste NOUMBONA

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