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25/04/2014

Les conditions sont-elles réunies pour des élections présidentielles justes et équitables en Côte d'Ivoire en 2015 ?

Qui peut répondre par l'affirmative à cette question ? A celui qui pense que oui, il lui appartient de décliner les conditions nécessaires à des élections présidentielles justes et équitables et nous verrons bien les critères qui président, selon lui, à un tel événement.

Elections présidentielles 2015, La France et les élections présidentielles ivoiriennes de 2015


La question avait été posée à un commentateur français concernant la Centrafrique. L'intervenant avait dit de manière simple et convaincante que les populations autochtones musulmanes ayant fui le pays par peur de représailles, il est inconcevable que des élections présidentielles soient organisées dans leur dos. Ce serait une façon d'officialiser leur exclusion du territoire national. Par ailleurs, les fonctions régaliennes étant indiscutablement assumées par l'armée française – en l'absence d'une armée nationale digne de ce nom – toute élection serait factice, un trompe-l’œil.

Après ce détour par la Centrafrique qui occupe désormais les médias occidentaux, regardons la situation ivoirienne où les Français sont devenus des acteurs privilégiés depuis avril 2011. Si on suit leur raisonnement, la Côte d'Ivoire dont la grande majorité de la population de l'ouest – du moins ce qu’il en reste après les massacres de 2011 – est en exil au Libéria et au Ghana, ne peut se permettre d'organiser des élections présidentielles sans que cela soit une évidente façon de la rayer de la carte du pays. Par ailleurs, comme en Centrafrique, l’armée constituée sur la base de la préférence ethnique est une armée prétorienne, c'est-à-dire une sorte de garde personnelle du gouvernant Alassane Ouattara. En troisième lieu, le jeu électoral est faussé et devient anti-démocratique dès lors que certains lieutenants des concurrents du parti au pouvoir sont privés de liberté parce qu’emprisonnés et donc exclus par une décision politique.

De même qu’aucune élection ne peut avoir lieu dans le dos des milliers d’exilés, de même le recensement qu’entreprend le gouvernement en cette année 2014 est une entreprise visant l’exclusion des Ivoiriens et l’inclusion des étrangers récemment installés dans l’Ouest. Un remplacement de la population qui fait des étrangers un vrai « bétail électoral ». Voilà donc quatre éléments qui rendent impossible le déroulement de toute élection se voulant démocratique.

Où est-elle la démocratie irréversible promise et quelles en sont les critères lisibles ? Voilà la vraie question que tous les partis politiques devraient poser à Alassane Ouattara et à la France qui a enregistré ce serment. Au regard de ce qui précède – et si on y ajoute la scandaleuse composition de la Commission Electorale Indépendante (CEI) – des élections démocratiques sont impossibles en Côte d’Ivoire en 2015. Quel média français osera dire qu’Alassane Ouattara prépare sa propre réélection ? Et pourtant, c’est l’évidence même.

Le rêve insensé de l’opposition

L’opposition peut bien compter sur l’impopularité d’Alassane Ouattara qui n’a jamais su se faire aimer des Ivoiriens depuis son installation au pouvoir pour aller aux élections en passant outre les quatre flagrantes iniquités ci-dessus. Contre mauvaise fortune, disons qu’elle est contrainte de faire bon cœur. Supposons que son candidat parvienne à triompher des urnes malgré le remplacement d’une bonne partie des Ivoiriens par la population étrangère et le tri des électeurs à l’entrée des bureaux de vote par les FRCI ; comment pourra-t-elle faire valoir sa victoire ? Y avez-vous pensé ?

Tout d’abord, la composition déséquilibrée de la CEI ne plaide pas en sa faveur : sur les 13 membres, elle dispose de 3 voix contre 6 pour le pouvoir ! Les autres voix revenant à la société civile sont censées être neutres. Cependant, il suffira qu’une seule voix de cette dernière penche du côté du pouvoir pour que la CEI déclare Alassane Ouattara vainqueur. Facile !

Ensuite, comme nous savons tous que la communauté internationale a cautionné outrageusement l’avènement du régime de Ouattara, comment peut-on imaginer qu’elle désapprouve la décision de la CEI ? Impensable ! La suite du jeu est claire : il suffira au Conseil Constitutionnel d’entériner les propositions de la CEI et à l’opposition de s’incliner devant la loi pour que la communauté internationale et la France pavoisent. Tout est donc prévu pour que tout aille bien dans le meilleur des mondes !

Mais imaginons que le Conseil constitutionnel décide de tenir compte des réclamations de l’opposition pour invalider les votes litigieux et déclarer le candidat de l’opposition vainqueur. Rêvons que la probité des hommes de cette institution triomphe des circonstances qui les ont placés là. Devant cette décision qui ira à l’opposé de la décision de la CEI et des vœux de la communauté internationale, croyez-vous que les FRCI défendront les Institutions ivoiriennes comme l’ont fait les Forces républicaines en 2000 et en 2010 ?

N’oublions jamais que, par deux fois, l’armée républicaine a défendu les Institutions ivoiriennes : en 2000, contre le général Robert Guéi, et en 2011, contre la communauté internationale (l’Onuci), la France (la force Licorne) et les FRCI – l’armée prétorienne de Ouattara appuyée par les anciens chasseurs d’esclaves dozos. Cette fidélité de l’armée aux institutions du pays ne se reproduira pas en 2015 si le Conseil Constitutionnel déclare le candidat de l’opposition vainqueur. Tout simplement parce que cette institution est d’avance condamnée à reconduire Alassane Ouattara à la tête de la Côte d’Ivoire. Oui, la partialité de l’Onuci, de la force Licorne, des FRCI et des dozos la condamne à être injuste.

Que croyiez-vous donc ? Pensiez-vous qu’en cas de contestation des résultats des élections en 2015, les FRCI lâcheraient Dramane Ouattara pour se ranger du côté de l’adversaire que le Conseil Constitutionnel aura déclaré vainqueur ? Reposez-vous la question et laissez les images d’une nouvelle crise postélectorale défiler dans votre esprit. Je suis convaincu que vous allez peu à peu vous persuader que la Côte d’Ivoire est condamnée à plusieurs années de dictature sous les bottes des FRCI et des dozos avec la bénédiction des forces étrangères.

Le chantier politique et social qu’évite Ouattara

Ce triste schéma pourtant inévitable explique pourquoi l’immense chantier ivoirien est volontairement laissé en état de déliquescence. Ouattara n’a jamais tenté de résoudre un seul des problèmes du pays résultant du long conflit national parce qu’il sait que toute tentative au retour à un paysage humain, social, économique et politique digne d’une démocratie ne peut se faire qu’avec violence ou dans la violence. En voulant maintenir le pays dans son état actuel, il apparaît évidemment comme l’alternative qui évite une politique violente. Or, des mesures radicales s'imposent !

Oui, on peut affirmer sans se tromper qu’aucun gouvernement ne pourra redresser le pays sans passer par des politiques violentes. Oui, il faudra une volonté politique assez violente pour vider tout l’ouest de la Côte d’Ivoire des populations bukinabées ainsi que de celles qui ont quitté leur zone traditionnelle du nord et s’y sont installées à la faveur de la séparation du pays en deux en 2002. Il faudra cette violence politique pour rétablir les exilés sur leurs terres, assurer leur sécurité afin de permettre un nouvel essor humain, écologique et économique de la région.

Il faudra aussi beaucoup de courage pour exprimer une violente volonté politique dans le rétablissement de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire ; une violente volonté politique pour reconstituer une armée nationale vidée des assassins connus de tous, une armée nationale reflet de notre diversité, qui témoignera d’une indéfectible loyauté à l’égard de nos institutions, très loin de l'armée prétorienne actuelle.

Cet immense chantier de la reconstruction du pays que la grande majorité des Ivoiriens jugent nécessaire n’entre malheureusement pas dans le plan de Ouattara. Et pourquoi ? Tout simplement parce que l’état actuel du pays correspond exactement à l’objectif pour lequel il avait porté le fer contre la Côte d’Ivoire : condamner les Ivoiriens à être étrangers chez eux et rendre leur pays ingouvernable par toute autre personne que lui.

Elections présidentielles 2015, La France et les élections présidentielles ivoiriennes de 2015


Et comme François Hollande ne se reconnaît plus dans les idéaux de l’Internationale socialiste, on ne voit vraiment pas pourquoi Ouattara ne se moquerait pas de lui dès qu’il a le dos tourné. D’ailleurs, il prend un malin plaisir à narguer Hollande ; surtout quand il a l’occasion de se retrouver dans des occasions officielles comme lors des obsèques de Mandela en Afrique du Sud. En effet, jouer publiquement la grande amitié avec Sarkozy et ses amis de la droite française qu’il aime inviter en Côte d’Ivoire, c’est pour lui la meilleure façon de montrer au président français qu’il ne compte pas, qu’il ne le craint absolument pas !

Finalement, les Ivoiriens qui pensent que seul Dieu le récompensera de la plus belle des manières ont sans doute raison. Que vive Ouattara ! Et son inéluctable décrépitude sera la vengeance des Ivoiriens. Quant à la France, elle ne doit pas oublier que les Africains la rendent responsable de ce qui est arrivé récemment en Centrafrique. Elle ne doit pas oublier que son soutien à un homme détesté par tout un peuple est à l’origine de la chasse aux musulmans dans ce pays. Qu’elle se dise que son soutien à Ouattara pourrait provoquer une chasse à l’étranger d’une égale ampleur. Qu’elle ne s’étonne pas d’être toujours impliquée dans les génocides perpétrés en Afrique depuis une cinquantaine d’années. Son jeu de marionnettiste est à l’origine de tous nos maux.

Raphaël ADJOBI
Délégué général AIRD-FRANCE

° Relecture du texte par : Anne Girard

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