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26/05/2014

Ne nous emballons pas ! La CPI reste une Cour pénale aux ordres

Aux Ivoiriens qui rêvent d'une imminente libération de Laurent Gbagbo et d'une reprise de la vie politique ordinaire en Côte d'Ivoire, notre amie Shlomit Abel demande d'être raisonnables et non pas naïfs. Si la France a extrêmement faim et soif, comment pouvez-vous imaginer la Côte d'ivoire - sa proie - libérée ? En effet, libérer Laurent Gbagbo signifie plus que libérer un homme. Lisez attentivement ce billet et dites-nous si vos rêves sont raisonnables.

Ne nous emballons pas !
La CPI reste une Cour pénale aux ordres


A quelques jours de la reprise du calendrier actif de la CPI, la presse bleue se montre assez optimiste. En dépit de cette foi en une libération d'un président Gbagbo incarcéré depuis plus de trois ans suite à une rébellion de plus de dix ans, je ne crois pas à un revirement de la situation: la communauté internationale à travers la CPI, son organe judiciaire, libérant dans un avenir proche un président Gbagbo innocenté.

S'il est innocenté, aucune raison valable ne pourrait l'obliger à demeurer en exil loin de la Côte d'Ivoire. De ce fait, la situation pourrait échapper à la Françafrique. Et Nicolas Sarkozy désirant retrouver en 2017 - et peut-être plus tôt, si François Hollande est totalement discrédité - les rênes de la France, n'est certainement pas décidé à blanchir son "dictateur" ivoirien.

Les Ivoiriens laissent parler leur cœur qui croit encore à une justice possible venant de l'occident ; mais c'est de la naïveté et une générosité mal placée. C'est cet optimiste envers et contre tout qui a poussé le président Gbagbo à croire que ses valeurs étaient celles de ses frères en humanité, frères en chrétienté. Malheureusement, ce n'était pas le cas et les déstabilisations que nous percevons dans d'autres pays africains montrent bien que la France, les États-Unis et leurs alliés sont aux abois. Il n'y a plus de morale qui compte. Pas de partenariat gagnant-gagnant face à la ruine des économies occidentales. Seule planche de survie, le dépouillement continu et intensifié des "anciennes colonies" pour injecter un peu de sang frais dans des états moribonds dont l'apparence reste intacte : celle de grands états, baudruches géantes, gonflées à l'hélium. Du vent, du vent et encore du vent... 


Comment lutter contre ces monstres de papier ? Seule une union de tous les états esclaves "indépendants" pourrait contrer cette avancée inexorable du rouleau compresseur occidental, en espérant rencontrer sur son chemin l'aide de la Russie, de la Chine et du Brics. L'Occident affamé ne lâchera pas son garde-manger de sitôt. Il le lâchera quand il n'en aura plus le choix, acculé de toutes parts, en proie à des problèmes intérieurs qui prendront et absorberont toute sa vigueur restante.

En attendant, la Françafrique et son tribunal international ont encore un avenir ; ne serait-ce que celui de gagner du temps - en faire perdre aux Africains - en éternisant ce procès qui s'ouvrira avec des charges révisées peut-être, mais sans blanchissement de Laurent Gbagbo à la clé. La main de fer sur la Côte d'Ivoire continuera, peut-être dans un gant de velours avec de futures instances "démocratisées". Mamadou Koulibaly, ivoirien aux origines connues, aura sa chance, face à un RDR-PDCI violent, corrompu, incapable de présenter autre chose qu'une face de gérontocrates diminués et d'une cour de profiteurs. Le représentant du Lider, brandi comme un ancien cadre dirigeant du FPI, regroupant sous sa bannière toutes les sensibilités d'opposition, sera prêt à devenir enfin la carpette comme la France les aime, une carpette plus "humaine" - plus maniable aussi - que la précédente et son équipe de nullards.

Koulibaly a moins de personnes à remercier dans le pays. Ses finances certainement proviennent de mécènes étrangers qui abattront leurs cartes en temps opportun. Quant au FPI - il vient encore une fois de le démontrer en rencontrant les représentants de son bourreau - son attitude ni chair ni poisson, trop politique, prêt aux arrangements et compromis pour s'affirmer, pas assez combatif et révolutionnaire, en fera certainement - s'il continue ainsi - un instrument docile entre les mains de ceux qui dirigeront la Côte d'Ivoire de demain.

Shlomit Abel, 25 mai 2014

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