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31/05/2014

L'ogre nourri par la France dévore ses enfants en terre d'Eburnie (dédié à Awa Fadiga et Oxane Mandjara)

Mandjara Ouattara Oxane, Awa Fadiga, une femme s'immole par le feu à Abidjan Tapi dans l'ombre, nourri par des mains étrangères, la bête fut patiemment et longuement engraissée. Quand enfin elle surgit dans toute la splendeur de sa laideur, balayant tout sur son passage avec devant elle les flammes ardentes venues des confins de l'Europe ténébreuse, la foule éburnéenne se mit à trembler d'effroi, croyant sa dernière heure arrivée.

Rasséréné par ses maîtres étrangers, l'ogre se fit docile et devint berger, drapé d'attributs lui conférant grandeur et considération. En effet, ses adorateurs locaux et ses maîtres étrangers - qui espéraient en tirer de grands profits - pavoisèrent et le déclarèrent le messie de la terre d'Eburnie. L'ogre se mit alors à parcourir le monde, flatté par la magnificence des soins dont on l'entourait et de son nouveau rôle.

Mais un ogre n'est pas un humain et n'en connaît point les usages. A chacun de ses pas, son lourd appareillage qui fit tant d'effroi ne changea point et ne rassura point. Des villages et des camps de refugiés furent incendiés. Ceux qui avaient trouvé refuge dans les cités voisines de son domaine furent traqués par ses adorateurs et ramenés pour lui servir de jouets dans son cirque morbide. Ils mouraient comme des mouches. L'amour et la joie avaient fui Eburnie. L'ogre festoyait, solitaire ; et ses maîtres nourriciers - à croire leur profond silence - en étaient contents et fiers.

Le temps passa. Les victimes belles et grasses vinrent à manquer. A ses pieds ne demeuraient plus que des adoratrices belles et tendres. Ah ! fit-il. Que la nature est généreuse et ingrate à la fois ! De la chair tendre et fraîche que l'on destine à des lits que ma taille m'interdit. Mon Dieu, quelle infamie ! Quelle profonde blessure infligez-vous à mon âme !

L'ogre plein d'appétit, outrepassant ses promesses, d'un œil non point rageur mais séducteur, se pencha et attirant vers lui les âmes conquises, se mit à les dévorer les unes après les autres dans le silence béat de ses maîtres européens, qui ne savaient plus s'il fallait l'applaudir ou le maudire, l'abattre ou le caresser davantage.

Ce n'est pas une entreprise aisée que d'être un éleveur d'ogres. Difficile de savoir jusqu'où peut les mener leur innocence animale. Mais quand on élève des monstres, il faut s'attendre à ce qu'ils se comportent comme tels. Les bruits de frayeur de leurs proies ordinaires devraient être pour le maître des alarmes. Car il n'est pas sûr que l'on puisse bâtir sa fortune sur une terre dévastée et sans amour.

Raphaël ADJOBI
Délégué général AIRD-France
Le 29/05/2014

29/05/2014

Le péage de l'autoroute ivoirienne : œuvre d'un Etat bandit de grand chemin

Depuis fort longtemps, nous avons tous compris qu'Alassane Ouattara est l'exacte incarnation de Monsieur Thôgô-gnini de Bernard Dadié. Il n'est pas nécessaire d'être un économiste estampillé Harvard, Grande Ecole française ou autre illustre établissement d'économie pour avoir remarqué que l'usurpateur s'applique à condamner les Ivoiriens à vivre pour payer des dettes selon la belle formule du personnage principal de la pièce du dramaturge ivoirien.

Autoroute Côte d'Iv.  0003.jpg


Il est donc inutile d'entrer ici dans des comptes d'apothicaire concernant l'autoroute Abidjan-Yamoussoukro. Les Ivoiriens ont-ils vraiment besoin de savoir que cet ouvrage qui se veut d'utilité publique a été moins coûteux qu'une autoroute française et que par conséquent son accès doit être d'un coût moins élevé ? Devons-nous forcément calculer le prix d'accès aux réalisations publiques ivoiriennes à l'aune du coût des mêmes travaux en France ? Devons-nous fixer les tarifs de nos soins médicaux et de notre enseignement par rapport aux prix pratiqués en France ou en Europe ? NON ! … Passons donc à l'essentiel.

Quand Félix Houphouët-Boigny avait fait réaliser les 140 kilomètres de sa prétendue autoroute sans les facturer aux usagers Ivoiriens, s'il est vrai qu'il n’avait pas fait preuve d'une bonne connaissance des besoins de la nation, il a au moins tenu compte de la situation sociale de ses compatriotes. Ce qui revient à dire qu'Alassane Ouattara fait des réalisations en dépit du bon sens dans le seul but de satisfaire les entrepreneurs français qui condamnent par la même occasion la Côte d'Ivoire à leur être redevable pendant des décennies. Disons que si Houphouët-Boigny dilapidait nos finances, Ouattara hypothèque notre avenir ; et ce sont les financiers et entrepreneurs français qui se frottent les mains. Voilà la première chose qu'il faut retenir.

A force de toujours parler d'économie et de réalisations grandioses, on oublie l'essentiel : l'humain et les moyens dont il dispose. Compte tenu du parc automobile ivoirien hors de l'agglomération abidjanaise et du trafic routier entre la capitale économique et le Nord du pays, une voie rapide non payante – intermédiaire entre une route nationale et une autoroute – n'était-elle pas pour l'heure préférable à une autoroute ? C'est déjà, de toute évidence, une folie des grandeurs que de s'offrir une autoroute là où elle n'est pas nécessaire ; mais cette folie devient criminelle quand elle condamne un pays à vivre pour payer des dettes. Par ailleurs, non content de nous obliger à vivre à crédit, Ouattara nous fait payer une taxe supplémentaire dont nous ignorons la destination.

Mais ce qui est absolument inadmissible, scandaleux, c'est que l'autoroute qui vient d'être réalisée ne laisse pas intact le tracé de l'ancienne route nationale ! Jamais en France, ou ailleurs en Europe, aucune autoroute n'a pris la place de la route nationale enlevant aux usagers le choix entre les deux modes de circulation ! Nulle part, l'autoroute – dont la fonction première est de permettre d'aller vite et par conséquent de gagner du temps – n’a pris la place des routes existantes. L'autoroute a toujours été en Europe un service supplémentaire pour ceux qui le veulent et non une voie obligatoire d'un point à un autre. Une route payante qui prend la place d'une route qui ne l'était pas est donc assurément un crime d'Etat ! C'est du vol organisé. Tous ceux qui parlent de racket ont donc tout à fait raison.

L'Etat a l’obligation d'entretenir toutes les voies de communication du pays, quelle qu'en soit la catégorie. En Europe, ce manquement le conduit devant les tribunaux en cas d'accident. La publicité ivoirienne invitant les usagers à emprunter l'autoroute au bitume correct - parce que neuf ! - plutôt que les routes défoncées du pays n'est donc rien d'autre qu'un aveu d'irresponsabilité du gouvernement, la fière proclamation d'un Etat ayant fait du banditisme son mode de fonctionnement.

Autoroute C. Iv. 0004.jpg


Quelle honte, mais alors quelle honte ! Les membres du gouvernement – et en particulier le ministre des transports – savent-ils les commodités et les multiples installations de sécurité attachées à une autoroute digne de ce nom ? L'absence de certaines précautions ou de certains services élémentaires comme les aires de repos, les stations à essence, les barrières de protection contre l'irruption des animaux sauvages - pour ne citer que ceux-là - relèguent l'autoroute Abidjan-Yamoussoukro au rang d'une simple voie rapide comme il en existe un peu partout dans le monde.

Il faut le dire haut et fort : l'ouvrage réalisé n'est absolument pas une autoroute ! Quand on veut copier le Blanc, il faut le faire correctement ou mieux que lui. Notre honte est encore plus grande en constatant que des nègres forment une association de bandits avec les Européens pour transformer une route gratuite en route payante alors que la raison conseille toujours de laisser la voie existante intacte en cas de construction d'une autoroute payante. Un Etat n'a pas le droit de se montrer ouvertement et effrontément voyou de la sorte !

Raphaël ADJOBI
Délégué général AIRD-France

26/05/2014

Ne nous emballons pas ! La CPI reste une Cour pénale aux ordres

Aux Ivoiriens qui rêvent d'une imminente libération de Laurent Gbagbo et d'une reprise de la vie politique ordinaire en Côte d'Ivoire, notre amie Shlomit Abel demande d'être raisonnables et non pas naïfs. Si la France a extrêmement faim et soif, comment pouvez-vous imaginer la Côte d'ivoire - sa proie - libérée ? En effet, libérer Laurent Gbagbo signifie plus que libérer un homme. Lisez attentivement ce billet et dites-nous si vos rêves sont raisonnables.

Ne nous emballons pas !
La CPI reste une Cour pénale aux ordres


A quelques jours de la reprise du calendrier actif de la CPI, la presse bleue se montre assez optimiste. En dépit de cette foi en une libération d'un président Gbagbo incarcéré depuis plus de trois ans suite à une rébellion de plus de dix ans, je ne crois pas à un revirement de la situation: la communauté internationale à travers la CPI, son organe judiciaire, libérant dans un avenir proche un président Gbagbo innocenté.

S'il est innocenté, aucune raison valable ne pourrait l'obliger à demeurer en exil loin de la Côte d'Ivoire. De ce fait, la situation pourrait échapper à la Françafrique. Et Nicolas Sarkozy désirant retrouver en 2017 - et peut-être plus tôt, si François Hollande est totalement discrédité - les rênes de la France, n'est certainement pas décidé à blanchir son "dictateur" ivoirien.

Les Ivoiriens laissent parler leur cœur qui croit encore à une justice possible venant de l'occident ; mais c'est de la naïveté et une générosité mal placée. C'est cet optimiste envers et contre tout qui a poussé le président Gbagbo à croire que ses valeurs étaient celles de ses frères en humanité, frères en chrétienté. Malheureusement, ce n'était pas le cas et les déstabilisations que nous percevons dans d'autres pays africains montrent bien que la France, les États-Unis et leurs alliés sont aux abois. Il n'y a plus de morale qui compte. Pas de partenariat gagnant-gagnant face à la ruine des économies occidentales. Seule planche de survie, le dépouillement continu et intensifié des "anciennes colonies" pour injecter un peu de sang frais dans des états moribonds dont l'apparence reste intacte : celle de grands états, baudruches géantes, gonflées à l'hélium. Du vent, du vent et encore du vent... 


Comment lutter contre ces monstres de papier ? Seule une union de tous les états esclaves "indépendants" pourrait contrer cette avancée inexorable du rouleau compresseur occidental, en espérant rencontrer sur son chemin l'aide de la Russie, de la Chine et du Brics. L'Occident affamé ne lâchera pas son garde-manger de sitôt. Il le lâchera quand il n'en aura plus le choix, acculé de toutes parts, en proie à des problèmes intérieurs qui prendront et absorberont toute sa vigueur restante.

En attendant, la Françafrique et son tribunal international ont encore un avenir ; ne serait-ce que celui de gagner du temps - en faire perdre aux Africains - en éternisant ce procès qui s'ouvrira avec des charges révisées peut-être, mais sans blanchissement de Laurent Gbagbo à la clé. La main de fer sur la Côte d'Ivoire continuera, peut-être dans un gant de velours avec de futures instances "démocratisées". Mamadou Koulibaly, ivoirien aux origines connues, aura sa chance, face à un RDR-PDCI violent, corrompu, incapable de présenter autre chose qu'une face de gérontocrates diminués et d'une cour de profiteurs. Le représentant du Lider, brandi comme un ancien cadre dirigeant du FPI, regroupant sous sa bannière toutes les sensibilités d'opposition, sera prêt à devenir enfin la carpette comme la France les aime, une carpette plus "humaine" - plus maniable aussi - que la précédente et son équipe de nullards.

Koulibaly a moins de personnes à remercier dans le pays. Ses finances certainement proviennent de mécènes étrangers qui abattront leurs cartes en temps opportun. Quant au FPI - il vient encore une fois de le démontrer en rencontrant les représentants de son bourreau - son attitude ni chair ni poisson, trop politique, prêt aux arrangements et compromis pour s'affirmer, pas assez combatif et révolutionnaire, en fera certainement - s'il continue ainsi - un instrument docile entre les mains de ceux qui dirigeront la Côte d'Ivoire de demain.

Shlomit Abel, 25 mai 2014