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26/10/2014

Le joli coup de poker-menteur de la France au Mali

la france au mali,le mali n'est pas encore libéré,omar mariko député malien


Quand, en janvier 2013, la France intervenait au Mali avec 3 000 soldats de la force Serval dans le but de stopper les rebelles touaregs et soutenir l'armée nationale, à quelques rares exceptions, les Maliens avaient tous applaudi. Aujourd'hui, presque deux ans après, le pays tout entier se rend compte, ahuri, que la France a magistralement réussi à s'enraciner sur une terre qui a toujours refusé l'implantation de bases militaires étrangères depuis son indépendance en 1960.

Un an après l'offensive des rebelles du Mouvement National de Libération de l'Azawad (MNLA) qui a occupé la moitié nord du pays et provoqué une profonde crise politico-militaire, l'intervention de la France en ce mois de janvier 2013 avait été présentée comme le secours qui avait empêché les djihadistes, disait-on, de conquérir l'ensemble du pays. On avait alors parlé d'immenses colonnes de militaires touaregs avançant sur le Mali. Jamais personne n'a eu, par la suite, une idée précise de la réalité. Dans ce pays immense et peu peuplé où quatre à cinq véhicules 4x4 remplis d'hommes armés suffisent pour décimer des villages et terroriser les populations en parcourant des centaines de kilomètres en peu de temps, la horde innombrable de djihadistes annoncée a fini par apparaître aux populations et aux hommes politiques comme une invention française pour justifier sa démonstration de force et son projet secret.

On se souvient qu'une fois les rebelles mis en déroute et la France et son président fêtés comme les sauveurs par les populations locales, François Hollande poussa les élites maliennes à des élections présidentielles. Malheureusement, comme d'habitude avec la France, rien ne changea dans le pays malgré l'intervention militaire et les élections. Et quand en juillet 2014, la France déclara la mission de l'opération Serval terminée, le constat que firent les Maliens de l'état de leur pays fut amer. Très amer !

Qui sait aujourd'hui, en France ou en Afrique, qu'après avoir célébré bruyamment l'intervention militaire française, les Maliens manifestent régulièrement depuis quelques mois contre sa présence sur leur territoire ? Qui se doute que lorsque, épisodiquement, l'Elysée communique des informations aux médias - comme une autorisation à parler du Mali - c'est toujours pour agiter le chiffon rouge de la peur afin de pérenniser la présence des soldats français dans ce pays ?

La réalité sur le terrain malien

En effet, les Maliens vivent une situation douloureuse qui leur fait bien comprendre les malheurs des Ivoiriens et des Centrafricains, dans les rangs desquels des aboyeurs ont permis à la France et à l'ONU de montrer leur gros bras chez eux. Quand l'armée malienne - républicaine parce que multiethnique et ayant servi plusieurs présidents - a accompagné les soldats français de Serval dans le Nord-Mali, elle a payé le prix du sang pour la reconquête de son territoire. Cependant, une fois parvenue à Kidal, elle a été cantonnée sur place par l'armée française qui, seule, s'est mise en position d'être en contact avec les rebelles. Depuis, c'est uniquement l'armée française qui tient des réunions de négociation ou de concertation avec la rébellion touareg.

Tout le monde retient qu'en juillet 2014 la France avait déclaré la mission de l'opération Serval terminée avec succès. Pourtant, la réalité est ailleurs. Loin des clairons triomphateurs de la République, elle avait mis sur pied, au Mali, une sorte d'opération Serval bis dénommée opération Barkhane chargée de couvrir une zone plus vaste de la région sahélienne. L'Elysée venait ainsi d'officialiser sa politique d'implantation de bases militaires étrangères dans un pays où il n'y en avait pas. Par ailleurs, cet état de fait coupe le pays en deux. Et les manifestations actuelles des populations contre la France visent à protester contre cette partition de leur pays qu'elles redoutent.

Oui, les soldats français font au Mali ce que bon leur semble sans aucune implication des autorité maliennes. Celles-ci ne sont prévenues des opérations qu'après leur réalisation et quand les Français veulent bien leur en faire part. Aussi, le mécontentement grandit également dans les rangs des hommes politiques. Omar Mariko, député, qui tient un discours qui ne fait pas les affaires de l'Elysée, est interdit de séjour en France. Déjà, en avril 2013, invitée en Allemagne par une revue, la psychosociologue et ancien ministre de la culture Aminata Traoré, n'a pu pénétrer dans l'espace Shengen. La raison : son analyse de la situation au Mali ne convenait pas au gouvernement français ! De toute évidence, La France tient à refuser la liberté d'opinion aux Africains en s'arrogeant le droit de dire quel type de penseur noir doit circuler librement en Europe. La conquête du Mali vaut bien quelques précautions, non ?

Raphaël ADJOBI

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