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24/11/2014

Les leçons de la mutinerie au sein des FRCI

Quelles leçons les Ivoiriens tirent-ils de la récente mutinerie au sein des FRCI et de la manière dont le remous provoqué a été réglé ? Réfléchissons ensemble : essayons de comprendre ce qui s'est passé et tirons-en les conclusions permettant une lecture claire de la situation politique de la Côte d'Ivoire.

Mutinerie dans les FRCI, Ouattara et le salaire des rebelles, les 5 millions promis aux rebelles ivoiriens


Nous savons tous que depuis la fin de ce qu'il est convenu d'appeler désormais la crise postélectorale, tous les jeunes attirés par le gain que leur ont fait miroiter les seigneurs et les pères de la rébellion, ces jeunes qui ont pris les armes pour Alassane Ouattara n'ont pas été intégrés au sein des FRCI une fois le pouvoir conquis. Nombreux sont ceux qui se sont retrouvés les armes à la main mais condamnés à errer ça et là pour trouver de quoi subsister. Alors partout, sur l'ensemble du territoire, ils ont pris l'habitude d'ériger des barrages, d'improviser des contrôles routiers, de squatter des résidences abandonnées.

Ainsi, à la sortie de Bonoua, presqu'en face du centre Don Orione, des anciens rebelles désœuvrés ont squatté durant des mois – peut-être y sont-ils encore – l’ancien hangar de la SOCABO (société coopérative d'ananas de Bonoua). Ils contrôlaient inopinément les piétons qui osaient s'aventurer sur l'ancien terrain de la SOCABO qu'ils avaient baptisés « camp militaire » même si aucune enseigne ne le signalait. Ces noyaux de désœuvrés en armes sont indubitablement un danger public mais le gouvernement ne s'en soucie guère, trop occupé qu'il est à soigner son image auprès des Européens pour entretenir la confiance que ceux-ci lui accorde.

Et puis voici qu'en ce mois de novembre 2014 éclate cette affaire de "5 millions de francs CFA par tête en cas de renversement du président Gbagbo" promis par Alassane Ouattara à ceux qu'il avait recrutés pour prendre le pouvoir en Côte d'Ivoire. En clair, non seulement M. Ouattara n'a pas pu garder tous ses rebelles dans son armée officielle dénommée FRCI, mais encore il n'a pas honoré la promesse qu'il a faite à tous, provoquant le mécontentement des désœuvrés et de tous ceux qui n'ont pas été promus dans les hautes sphères de l'armée.

La première leçon a tirer de cette mutinerie et de ses exigences que M. Ouattara s'apprête à satisfaire – dit-il – c’est que les FRCI donnent la preuve officielle qu'ils sont une armée prétorienne, c'est-à-dire une armée au service d'un homme et non de la nation ivoirienne, du peuple ivoirien. Le monde entier peut désormais retenir qu'elle n'est pas une armée soucieuse de l'intégrité nationale mais de la pérennité du pouvoir d'un homme. Ce que réclament les mutins, c'est le « salaire » qui leur est dû pour le service rendu à M. Ouattara. S'ils ont exigé et obtenu de le rencontrer pour lui parler de vive voix, c'est parce qu'ils se sentent floués par lui personnellement et non par l'Etat. Il s'agit bel et bien d'un litige entre un homme et ses employés venus exiger leur butin de guerre. Oui, car c'est exactement de leur butin de guerre pris à l'autre partie de la Côte d'Ivoire qu'il s'agit. Il ne s'agit absolument pas d'un salaire à verser pour la défense de la Côte d'Ivoire menacé par un ennemi extérieur.

La deuxième leçon à tirer de cette mutinerie et de ce qui en résulte est la confirmation de l'injustice qui caractérise le pouvoir de M. Ouattara. En effet, ce qui est scandaleux, c'est que c'est dans les caisses de l'Etat – c’est-à-dire dans les poches des travailleurs ivoiriens – que M. Ouattara va puiser l'argent nécessaire au paiement d'un service qui lui a été rendu personnellement ! Lorsque ces anciens rebelles auront reçu leur dû, ils continueront à jurer fidélité à leur employeur et se tiendront prêts pour d'autres missions similaires. Par ailleurs, les désœuvrés ou les déçus de la rébellion – parce qu'ils n'ont pas pu se faire une place au sein des FRCI – pourraient être encouragés à se manifester par les armes afin d'obliger M. Ouattara à puiser davantage dans les caisses de l'Etat pour honorer ses folles promesses. Il faut donc s'attendre à ce qu'il dépouille les travailleurs ivoiriens pour éponger ses dettes, qu'il les déshabille pour habiller ses chers rebelles d'hier.

Toutefois, les Ivoiriens peuvent se consoler en se disant que cette mutinerie a effrayé le dictateur et déstabilisateur ouest-africain Blaise Compaoré et l'a obligé à quitter Yamoussoukro pour le Maroc. Si cet homme aime le bruit doux des canons, il a horreur des cris des foules. Bon débarras ! Une maigre consolation, dites-vous ? Oui, mais une consolation quand même.

Raphaël ADJOBI

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