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30/11/2014

Quel est le vrai visage de la Francophonie ?

La Francophonie à Dakar, Michaëlle Jean à la tête de la Francophonie, Qui succède à Abdou Diouf ? A quoi ser la Francophonie ?


Le XVe sommet de la Francophonie vient de se tenir à Dakar les 29 et 30 novembre 2014 dans une ambiance de franche fraternité, selon les discours officiels relayés par les médias. Mais quelle est la réalité de l'OIF (Organisation internationale de la Francophonie) qui convoque un sommet tous les deux ans et dont l'intérêt semble se limiter à l'élection de son secrétaire général. La vacuité des reportages des médias - avant et après la désignation de la canadienne Michaëlle Jean pour succéder à Abdou Diouf à ce poste - nous oblige à une brève analyse du visage de l'espace géographique francophone.

A l'image du Commonwealth, la Francophonie est un espace ouvert au-delà de la langue commune dont la défense est le moteur de sa création. Mais alors que le Commonwealth est un organisme établissant un système de libre-échange entre les Etats membres avec des règles précises dans le domaine de l'économie, la Francophonie semble privilégier la promotion de la langue française.

On constate que les deux organismes ont en commun la volonté de recruter leurs membres au-delà des territoires ayant pour langue officielle l'anglais ou le français. Ainsi, l'espace francophone compte 57 pays membres et 20 pays observateurs ; soit 274 millions de locuteurs mais 212 millions d'usagers quotidiens de la langue française. Si le Commonwealth recrute sans cesse de nouveaux pays membres - surtout en Afrique francophone - la Francophonie tente de son côté de séduire les populations anglophones, lusophones et hispanophones.

Mais quand on étudie la politique de l'élargissement de la sphère linguistique de la langue française, on découvre que la Francophonie n'apporte absolument rien de concret à ses membres - mise à part la France - sur le plan économique ou politique. Oui, mis à part le rayonnement de la langue française et le rôle de tuteur des pays africains francophones que cet organisme permet à la France de jouer à l'ONU, la grande majorité de l'espace géographique de la Francophonie n'est qu'une mer de désolation.

Aujourd'hui, à travers le monde, des anciennes colonies anglaises, portugaises et espagnoles sont en passe de devenir des puissances mondiales ou des pays économiquement forts. Par contre, les anciennes colonies françaises occupent toutes les derniers rangs du développement ; c'est-à-dire qu'elles sont la lie de la pauvreté mondiale. La Francophonie n'est donc rien d'autre qu'un champ de misère.

Cet état de fait s'explique aisément. D'abord, en matière de sécurité, la trop grande présence militaire de la France en Afrique - qui compte le plus grand nombre de pays francophones - apparaît constamment comme les sabots d'un géant dans une fourmilière. La Ve république compte déjà en Afrique une cinquantaine d'interventions militaires depuis 1960 ; soit en moyenne une intervention militaire par an. Si la France s'en vante et qualifie ses actions d'humanitaires, qu'elle sache une fois pour toutes le regard que les Africains portent sur elle : un camarade turbulent et gênant parce qu'il empêche toute vie harmonieuse ! En effet, la France ressemble à l'élève qui, dans une cour de récréation, est mêlé à tous les conflits répertoriés dans l'établissement. Elle est à l'image de celui que l'on retrouve dans toutes les querelles ayant lieu entre des élèves de n'importe quel niveau de classe ; elle est l'élément absolument suspect qu'il convient de renvoyer ou de mettre à l'isolement.

Il suffit ensuite de jeter un regard sur la situation économique et sanitaire des pays francophones pour se rendre compte à quel point leur état est déplorable. On tente souvent de cacher leur misère en vantant les chiffres des produits vendus. Mais quand on regarde l'état des vendeurs africains, on se rend bien compte qu'ils sont incapables de se soigner, d'habiter des maisons correctes, de scolariser leurs enfants ; on se rend compte qu'ils ne sont rien d'autres que des esclaves à domicile : condamnés à produire pour le maître français et à consommer ce que ce dernier leur a appris à consommer. Et malheur à ceux qui oseront choisir une autre option de vie ! Un coup d'Etat est vite arrivé dans ces contrées sauvages.

La Francophonie pourrait être un excellent "rendez-vous du donner et du recevoir", à condition qu'il n'y ait ni maître ni élève devant faire allégeance. Une communauté ayant en partage la langue française pourrait être un harmonieux espace de développement si la France ne décidait pas toute seule et si les pays africains n'étaient pas condamnés à obéir. La Francophonie pourrait être un véhicule d'émancipation et d'équilibre entre les Etats si elle était capable, tous les deux ans, de dire les défis relevés. Au Burkina, seulement 650 000 personnes parlent la langue française (5%) sur une population de près de 14 millions ; au Niger, ils sont 1 260 000 sur une population de 14 millions (9%) ; au Mali, en Mauritanie, à Madagascar et dans d'autres pays francophones d'Afrique, de nombreux scores ne dépassent pas les 20%. Il faudra sans doute commencer par la promotion de l'instruction des populations pour qu'elles comprennent les bienfaits qu'elles peuvent tirer du français pour leur liberté sociale, économique et politique. Est-ce cela que l'on veut éviter ?

Une chose est sûre : pendant que les gouvernants font la fête, les peuples africains boudent plus que jamais la France. Partout, ils la regardent comme l'épine douloureuse plantée dans leur pied et qui les oblige à avancer en boitant.

Raphaël ADJOBI

24/11/2014

Les leçons de la mutinerie au sein des FRCI

Quelles leçons les Ivoiriens tirent-ils de la récente mutinerie au sein des FRCI et de la manière dont le remous provoqué a été réglé ? Réfléchissons ensemble : essayons de comprendre ce qui s'est passé et tirons-en les conclusions permettant une lecture claire de la situation politique de la Côte d'Ivoire.

Mutinerie dans les FRCI, Ouattara et le salaire des rebelles, les 5 millions promis aux rebelles ivoiriens


Nous savons tous que depuis la fin de ce qu'il est convenu d'appeler désormais la crise postélectorale, tous les jeunes attirés par le gain que leur ont fait miroiter les seigneurs et les pères de la rébellion, ces jeunes qui ont pris les armes pour Alassane Ouattara n'ont pas été intégrés au sein des FRCI une fois le pouvoir conquis. Nombreux sont ceux qui se sont retrouvés les armes à la main mais condamnés à errer ça et là pour trouver de quoi subsister. Alors partout, sur l'ensemble du territoire, ils ont pris l'habitude d'ériger des barrages, d'improviser des contrôles routiers, de squatter des résidences abandonnées.

Ainsi, à la sortie de Bonoua, presqu'en face du centre Don Orione, des anciens rebelles désœuvrés ont squatté durant des mois – peut-être y sont-ils encore – l’ancien hangar de la SOCABO (société coopérative d'ananas de Bonoua). Ils contrôlaient inopinément les piétons qui osaient s'aventurer sur l'ancien terrain de la SOCABO qu'ils avaient baptisés « camp militaire » même si aucune enseigne ne le signalait. Ces noyaux de désœuvrés en armes sont indubitablement un danger public mais le gouvernement ne s'en soucie guère, trop occupé qu'il est à soigner son image auprès des Européens pour entretenir la confiance que ceux-ci lui accorde.

Et puis voici qu'en ce mois de novembre 2014 éclate cette affaire de "5 millions de francs CFA par tête en cas de renversement du président Gbagbo" promis par Alassane Ouattara à ceux qu'il avait recrutés pour prendre le pouvoir en Côte d'Ivoire. En clair, non seulement M. Ouattara n'a pas pu garder tous ses rebelles dans son armée officielle dénommée FRCI, mais encore il n'a pas honoré la promesse qu'il a faite à tous, provoquant le mécontentement des désœuvrés et de tous ceux qui n'ont pas été promus dans les hautes sphères de l'armée.

La première leçon a tirer de cette mutinerie et de ses exigences que M. Ouattara s'apprête à satisfaire – dit-il – c’est que les FRCI donnent la preuve officielle qu'ils sont une armée prétorienne, c'est-à-dire une armée au service d'un homme et non de la nation ivoirienne, du peuple ivoirien. Le monde entier peut désormais retenir qu'elle n'est pas une armée soucieuse de l'intégrité nationale mais de la pérennité du pouvoir d'un homme. Ce que réclament les mutins, c'est le « salaire » qui leur est dû pour le service rendu à M. Ouattara. S'ils ont exigé et obtenu de le rencontrer pour lui parler de vive voix, c'est parce qu'ils se sentent floués par lui personnellement et non par l'Etat. Il s'agit bel et bien d'un litige entre un homme et ses employés venus exiger leur butin de guerre. Oui, car c'est exactement de leur butin de guerre pris à l'autre partie de la Côte d'Ivoire qu'il s'agit. Il ne s'agit absolument pas d'un salaire à verser pour la défense de la Côte d'Ivoire menacé par un ennemi extérieur.

La deuxième leçon à tirer de cette mutinerie et de ce qui en résulte est la confirmation de l'injustice qui caractérise le pouvoir de M. Ouattara. En effet, ce qui est scandaleux, c'est que c'est dans les caisses de l'Etat – c’est-à-dire dans les poches des travailleurs ivoiriens – que M. Ouattara va puiser l'argent nécessaire au paiement d'un service qui lui a été rendu personnellement ! Lorsque ces anciens rebelles auront reçu leur dû, ils continueront à jurer fidélité à leur employeur et se tiendront prêts pour d'autres missions similaires. Par ailleurs, les désœuvrés ou les déçus de la rébellion – parce qu'ils n'ont pas pu se faire une place au sein des FRCI – pourraient être encouragés à se manifester par les armes afin d'obliger M. Ouattara à puiser davantage dans les caisses de l'Etat pour honorer ses folles promesses. Il faut donc s'attendre à ce qu'il dépouille les travailleurs ivoiriens pour éponger ses dettes, qu'il les déshabille pour habiller ses chers rebelles d'hier.

Toutefois, les Ivoiriens peuvent se consoler en se disant que cette mutinerie a effrayé le dictateur et déstabilisateur ouest-africain Blaise Compaoré et l'a obligé à quitter Yamoussoukro pour le Maroc. Si cet homme aime le bruit doux des canons, il a horreur des cris des foules. Bon débarras ! Une maigre consolation, dites-vous ? Oui, mais une consolation quand même.

Raphaël ADJOBI

19/11/2014

Les Burkinabè de Côte d'Ivoire ont-ils trahi leurs compatriotes ?

Les Burkinabé de Côte d'Ivoire et la révolution burkinabè, Blaise Compaoré en Côte d'ivoire, Blaise Compaoré peut-il déstabiliser le Burkina depuis la Côte d'Ivoire ,


Comment ont-ils pu accepter que celui que leurs compatriotes ont chassé puisse trouver refuge parmi eux ? Comment les Burkinabè de Côte d'Ivoire ont-ils pu demeurer insensibles au souffle libérateur qui a secoué leur patrie ? Ont-ils choisi de protéger l'homme que leurs parents demeurés au pays indiquent d'un doigt accusateur ? Préfèrent-ils Blaise Compaoré à leurs parents et amis révolutionnaires défenseurs de la constitution nationale ?

Le manque de réaction des Burkinabé de Côte d'Ivoire à l'annonce de l'entrée de Blaise Compaoré en Côte d'ivoire où il a trouvé refuge est tout à fait sidérant. Alors que tous les journaux africains encensent le peuple burkinabé en le déclarant « magnifique » et en couvrant son action de tous les qualificatifs, la frange de cette population basée en Côte d'Ivoire – le pays voisin – le reçoit dans ses bras sans montrer aucune horreur du crime qu'il s'apprêtait à commettre. Pas une manifestation d'indignation ! Pas une manifestation symbolique contre la présence en Côte d'Ivoire de Blaise Compaoré signifiant leur solidarité au mouvement de colère qui a soufflé sur leur pays !

Il faut croire que tous les Burkinabè ne sont pas de la même qualité. Les arrivistes, les « retourneurs de veste », quand ils ont quitté le pays dit des hommes intègres, s'accommodent-ils de tout ? Doit-on croire que pour eux, Thomas Sankara ou Blaise Compaoré c'est la même chose ? Si c'est le cas, leur pays ne peut plus compter sur eux pour défendre leurs institutions. Quelle tristesse ! Peut-être qu'à force de vouloir travestir les institutions ivoiriennes pour se faire une place en Eburnie, ils ont perdu le sens de l'amour du Burkina et n'ont gardé que l'amour de Blaise Compaoré. Ils ne montrent aucune peur de voir Blaise Compaoré retourner sa passion déstabilisatrice contre leur mère patrie ! Espérons qu’ils ne constitueront pas l’arme de la reconquête du pouvoir Burkinabé pour le bourreau de Thoma Sankara, de Jean-Baptiste Boukari Lingani et d’Henri Zongo.

En tout cas, aujourd'hui, la seule chose qui leur reste à faire pour se racheter et ne pas se montrer solidaires, par leur silence, d'un homme que toute une nation regarde comme un criminel et tout un continent comme un déstabilisateur, c'est que tous les Burkinabè résidant en Côte d'Ivoire signent la pétition lancée par Félix Atchadé demandant la poursuite devant les tribunaux burkinabé ou africains de Blaise Compaoré pour répondre des crimes non élucidés sous ses mandatures. Nous ne voudrions pas croire que tous les Burkinabés en Côte d'Ivoire sont des mercenaires déstabilisateurs n'ayant aucun sens de l'amour de la patrie et des institutions nationales. Les patriotes ivoiriens attendent de les voir se comporter en véritables patriotes burkinabé respectueux de leurs droits et ceux des autres.

Pour finir, souhaitons vivement que les Ivoiriens se montrent solidaires des Burkinabè en signant la pétition dont nous mentionnons ici le lien : http://pasdimpunitepourcompaore.blogspot.fr/

Raphaël ADJOBI

13/11/2014

La crise au sein du FPI est bien idéologique !

L'AIRD et le combat de Laurent Gbagbo, Affi N'guessan et la crise au FPI, Gnahoua G. Ambroise A la lecture de l'Article de M. Gnahoua G. Ambroise, représentant du FPI au Sénégal – paru dans Le Nouveau Courrier du mercredi 13 novembre 2014 – la crise au sein du FPI est bien idéologique, comme l'AIRD-France l'indiquait dans son article publié la veille dans le même journal.

M. Gnahoua G. Ambroise reconnaît que pour certains militants du FPI, « la ligne souverainiste a échoué, en même temps que Laurent Gbagbo ». Et selon lui, ceux-là doivent avoir le courage de le dire ouvertement et l'assumer afin qu'un réel débat s'instaure et aboutisse au choix de la ligne idéologique à suivre désormais. Car, note-t-il, « de quelque côté que l'on se situe, la clé de voûte de ce débat demeure Laurent Gbagbo, c'est-à-dire, au-delà de sa personne, l'essentiel de son combat et de ses idées politiques et la trace qu'il veut laisser dans l'histoire ». En d'autres termes, comme l'AIRD-France le disait dans son article du 12 novembre (Le Nouveau courrier) – « Du combat de Laurent Gbagbo et de la crise au sein du FPI » - la vraie question est de savoir si oui ou non l'on veut poursuivre le combat de Laurent Gbagbo qui est l'indépendance politique et économique de la Côte d'Ivoire.

Faut-il continuer à porter comme idéal « la liberté des peuples à disposer d'eux-mêmes » ou s'orienter vers une autre voie ? En sachant bien que choisir une autre voie signifierait rayer du statut du FPI son article 4 stipulant que « le FPI rassemble en une union volontaire les femmes et les hommes épris de justice et de liberté, engagés contre toute forme de domination sur la Côte d'Ivoire et en Côte d'Ivoire ».

L'article de M. Gnahoua G. Ambroise mérite donc d'être lu et relu par les Ivoiriens pour se convaincre que la crise qui secoue le FPI doit obligatoirement aboutir au choix, de manière démocratique, d'une ligne idéologique claire pour tous. Il s'agira donc de confirmer la voie indiquée par Laurent Gbagbo ou d'en proposer une autre. La crise que l'on a voulu considérer comme « une simple lutte de positionnement en vue du contrôle de l'appareil du parti » est donc en réalité plus sérieuse que cela ; et l'AIRD-France l'avait bien perçue. Pour nous, il faut continuer à avoir les yeux fixés sur le chemin indiqué par Laurent Gbagbo. Il s'est sacrifié pour cela. Et aujourd'hui où l'Afrique entière comprend que ce combat est juste et lui devient cher, nous aurions tort de nous en écarter.


Raphaël ADJOBI

08/11/2014

Du combat de Laurent Gbagbo et de la crise au sein du FPI*

Le FPI ira-t-il aux élections présidentielles de 2015 ? Pourquoi les militants se déchirent au FPI Suite aux propos de messieurs Koudou Kessié et Paul Okou Zago, tous deux membres du FPI, se contredisant dans le journal de leur parti (Notre Voie du 16 et 20 octobre 2014), l'AIRD-France souhaite vivement que le FPI définisse clairement la ligne de combat qu'il envisage de suivre afin d'éclairer ses alliés. L'AIRD-France n'a nullement l'intention de se mêler d'un débat interne à un parti frère. Toutefois, engagés dans la coalition des partis de l'opposition dénommée « Alliance des Forces Démocratiques » (AFD), nous savons que toute décision émanant du FPI quant à sa participation ou non aux prochaines élections présidentielles – aux contours pour l'heure inquiétants – aura des conséquences directes sur ses alliés.

A vrai dire, le débat qui agite la maison FPI est celui-là même qui anime tous les autres partis de l’opposition et certainement le cœur de tous les Ivoiriens. Aussi, pour reprendre la formule de M. Paul Okou Zago – qui dit être soucieux de faire évoluer les choses dans le sens d’un rapprochement des militants du FPI – nous disons que l'Alliance des Forces Démocratiques doit être le lieu de « la vérité, des débats démocratiques sérieux ». Que le FPI considère donc la présente interpellation comme une volonté de rapprocher nos points de vue en éclairant les différents sujets qui agitent les Ivoiriens – avant qu'ils ne les déchirent – dans l'attente des échéances présidentielles de 2015.

A qui revient l'assainissement de l'environnement électoral ?

La lecture attentive du texte de M. Paul Okou Zago montre qu'il parle davantage de la voie opposée à la sienne et à celle du Président Affi N'guessan. Il pourfend allègrement l'attitude de ceux qu'il dit brandir le slogan « Gbagbo ou rien » mais dit peu de choses sur ce fameux « processus politique » qu’il aurait dû appeler « processus électoral » pour plus de clarté. Car c’est en réalité de cela qu’il s’agit dans ses propos.

« A notre avis, le parti (le FPI) et ses alliés doivent, à partir de maintenant, se battre pour que les élections se déroulent dans un environnement suffisamment assaini », dit M. Paul Okou Zago. Nous sommes tentés de lui dire que c'est le vœu que tous les partis de l’opposition expriment quotidiennement dans les journaux et les quelques rares réunions publiques qu'autorise le pouvoir. Mais pour bien suivre le raisonnement de M. Paul Okou Zago, posons-lui la question suivante : à qui revient le devoir d’assainir l'environnement électoral ? Le FPI et ses alliés ? Et comment ? Pour toute réponse, il dit que la victoire de cette bataille d’assainissement est à notre portée et que pour cela « il suffit (...) de dominer ses émotions, ses rancœurs et ses ressentiments et prendre de la hauteur » pour nous engager unis.

Ainsi donc nous devons croire que c'est parce que nous ne sommes pas assez unis et n'avons pas apaisé nos émotions et nos rancœurs que les conditions favorables à des élections justes et équitables ne sont pas réunies ! Mon Dieu ! Quelle accusation terrible ! Le pouvoir qui reste muet à toutes nos propositions, aux pleurs du peuple qu'il suffirait d'entendre et apaiser, qui ne donne aucune ouverture dans laquelle l'opposition pourrait s'engager pour être entendue, ce pouvoir ne serait donc nullement responsable de l'impasse dans laquelle se trouve la Côte d'Ivoire ! Qu'il nous soit permis ici de rappeler à nos camarades qui soutiennent une telle pensée, que sous tous les cieux, c'est au pouvoir en place qu'il revient d'appliquer son programme politique, d'assainir l'Etat et la vie politique en ouvrant les débats et non pas à l'opposition d'appliquer le sien. Si aujourd’hui les militants de l’opposition sont obligés de quémander des postes dans l'administration du pays – comme le fait remarquer M. Paul Okou Zago – c’est simplement parce que M. Ouattara travaille à réveiller chez l’Ivoirien les réflexes d'un pays à parti unique où chaque fonctionnaire, chaque étudiant boursier se devait d’être reconnaissant au président de la république comme s’il était à lui seul l’Etat ivoirien. Ce n’est pas celui qui est condamné à mendier qu’il faut blâmer mais le pouvoir qui se sert des outils de l’Etat pour corrompre et assujettir les citoyens à la manière d’un roi avec ses sujets. N’est-ce pas M. Ouattara qui a dit avoir pour objectif de « rendre la démocratie irréversible en Côte d'Ivoire » ? C'est donc à lui de se donner les moyens d'atteindre ce but et à nous d'apprécier la réalité des faits. C’est à lui de réveiller la confiance brisée dans le cœur des Ivoiriens en posant des actes qui les réconcilient avec le pouvoir. Ce n'est pas le contraire qu'il faut attendre. Ce n'est pas le contraire qu'il faut prôner.

Qui doit rouvrir l'épineux dossier de la liste électorale pour parvenir à quelque chose de consensuel ? Qui va décider s’il faut tenir compte des nombreux morts, des nombreux disparus qui figurent encore sur cette liste ? Qui va décider si la multitude de personnes forcées à l'exil et les prisonniers politiques qui y sont inscrits voteront ? N’oublions pas non plus le cas des nouveaux naturalisés pour services rendus à M. Ouattara lors de sa prise du pouvoir. M. Paul Okou Zago y a-t-il pensé ? Le FPI ira-t-il aux élections avec M. Youssouf Bakayoko à la tête de la nouvelle commission électorale ? Quelles sont les garanties pour des élections sans brutalité dans le nord du pays toujours sous la domination des dozos et des anciens rebelles désœuvrés qui n'ont pas réussi à se faire une place dans les FRCI ? A l'AIRD-France, nous avons beau apaiser nos émotions, nous avons beau nous unir, nous ne voyons pas venir les solutions à ces problèmes que nous avons portés sur la place publique à plusieurs reprises.

Allons plus loin dans notre questionnement pour savoir où se situe la bonne foi. Le FPI n'a-t-il pas proposé la convocation des Etats généraux de la nation pour étudier les problèmes du pays afin d'aller vers la paix sociale ? Quelle fut la réponse du pouvoir ? Le mépris. N'avons-nous pas tous appelé à la libération des prisonniers politiques afin d'apaiser les tensions et les rancœurs ? Quelle fut la réponse de M. Ouattara ? Le silence et le mépris. N'avons-nous pas appelé à la disparition des dozos dont nous ignorons à quel corps d'armée ils appartiennent ? Quelle fut la réponse de M. Ouattara ? Le silence et le mépris. Les journaux de l'opposition ont fini par se convaincre que ce dernier tient à tout verrouiller, au risque de mettre le feu à la Côte d'Ivoire.

De toute évidence ce n'est pas là le sentiment de tous au FPI et nous en avons trouvé la raison dans les propos de M. Paul Okou Zago. Il faut, selon de nombreux militants de ce parti, « entrer dans le processus électoral » - osons l’expression la plus claire – parce que « le FPI n'a pas le droit de laisser Alassane Dramane Ouattara aller aux élections avec des faire-valoir ». Voilà clairement exprimé le motif ou le moteur de la volonté du FPI « d'entrer dans le processus électoral ».

C’est la peur de laisser des candidats de second rang affronter Ouattara sans aucune chance de succès qui motive le FPI et l’incite à présenter absolument un candidat aux prochaines élections présidentielles ! Que c'est pauvre, comme argument ! Qu’il nous soit permis de dire ici que la certitude de dominer des faire-valoir dans une élection n’est pas un argument digne d’un grand parti politique. On va à des élections quand il y a une once d'équité pouvant nous permettre de triompher, ou à défaut de mesurer l'ampleur de l’électorat adhérant à notre programme de gouvernement.

Malgré une argumentation aussi pauvre en projets ou débats d'envergure nationale, M. Paul Okou Zago s'insurge contre tous ceux qui refusent de faire table rase de leurs idéaux, leurs rêves ou leurs exigences qui, selon lui, compliquent le rapprochement cordial – pour ne pas dire l'entente cordiale – que son parti entend établir avec le pouvoir pour parvenir à ses fins. Et, pour appuyer le bien-fondé de cette attitude qu'il élève au rang de sagesse pouvant sauver Laurent Gbagbo, il donne deux exemples qui méritent que l'on s'y arrête parce qu'ils blessent l'entendement de tout militant politique.

En politique, sous le voile, c'est la soumission ou la prostitution !

Avec délectation, M. Paul Okou Zago nous renvoie à l'image de cette mère américaine qui, au moment de s'adresser aux ravisseurs djihadistes de son fils, s'est voilée à la manière musulmane pour susciter leur compassion. C'est ainsi, dit notre homme politique, que l'on peut toucher le cœur de l'ennemi le plus dur et le porter à la pitié. Et c'est, selon lui, ce qu'il faut faire face à M. Ouattara. Puis il nous remet en mémoire l'issue du combat de Nelson Mandela. C'est par le « voile diplomatique » qu'il a pu sortir de prison, dit M.Paul Okou Zago. Il nous faut donc, conclut-il, pour sortir Laurent Gbagbo de la prison de la CPI, quitter nos idées, nos manifestations, nos réflexions qu'il juge insultantes à l'égard de la France et du pouvoir en place – desquels dépend le sort de celui que nous voudrions voir libre. Il nous faut, suggère-t-il, nous cacher sous un voile, en d’autres termes nous faire petits pour être regardés avec compassion par nos bourreaux.

Il est tout à fait surprenant qu'un homme politique se réfère à l'attitude discutable d'une mère au lieu de nous proposer un enseignement puisé dans l'histoire des stratégies politiques. Il faut veiller à ne pas faire d’images ponctuelles ou éphémères, nées de l’émotion, des vérités générales. N'a-t-il pas noté que pendant que cette mère affligée suppliait les ravisseurs de son fils, les hommes politiques de son pays – faisant fi de leur chantage – ont continué à bombarder les positions djihadistes ? La politique a ses raisons que l’émotion d’une mère ne connaît pas ! Les dirigeants américains savaient qu'en politique se couvrir d'un voile c'est se soumettre ou se prostituer. Quelle est l'attitude que doivent adopter les militants politiques du FPI pour libérer Laurent Gbagbo ? S'humilier en mettant un voile sur leur indignation pour la transformer en supplication aux pieds d'Alassane Ouattara et de la France ?

Quant à l'interprétation que M. Paul Okou Zago fait des raisons qui ont justifié la libération de Nelson Mandela, chacun a pu se rendre compte que c'est un vrai travestissement de l'histoire de l'Afrique du Sud. Peut-on croire que c’est la diplomatie des hommes qui a abouti, après vingt-sept ans, à cette libération ? A ce rythme, les militants du FPI ont toutes les raisons de désespérer de la diplomatie que propose M. Paul Okou Zago pour libérer Laurent Gbagbo. Il serait plus juste de dire que c’est la ténacité de Mandela qui a payé. Oui, c'est la ténacité et la persévérance de cet homme qui n'a pas voulu dévier de son idéal qui, avec le temps, ont triomphé de l'adversité. Grâce à cette ténacité et à cette persévérance, il a obtenu qu'en Afrique du Sud soit appliquée la règle égalitaire « un homme, une voix » dans les élections nationales ouvertes à tous, Noirs et Blancs. Le temps a travaillé pour lui. Il n'était pas pressé. Plusieurs fois, ses ennemis ont tenté de monnayer sa liberté contre son silence et le reniement de son idéal. Mais il savait que la vérité qu'il défendait finirait un jour par triompher. Rares sont les êtres humains capables d'une telle fidélité à un idéal. Est-il utile de rappeler ici que M. Henri Konan Bédié – qui a vendu sa deuxième place lors des élections présidentielles de 2010 – n’est pas à mettre au nombre de ces hommes d'honneur ? Laurent Gbagbo, si ! Laurent Gbagbo, c'est Mandela, c'est Prométhée ! Il a refusé l’exil doré que la France et les Etats-Unis lui avaient proposé pour s’accrocher à la vérité des urnes. Pour que la vérité triomphe, il est resté assis comme Rosa Parks – une autre américaine – refusant d’obéir aux injonctions de ceux qui croient à une justice pour les nègres et une justice pour les Blancs.

Quel est le combat de Laurent Gbagbo ?

Retenons des propos de M. Paul Okou Zago que l'objectif avoué de la frange des militants du FPI dont il fait partie est de faire des élections présidentielles de 2015 une arme contre M. Ouattara. D'ailleurs, pour nous convaincre que c'est un excellent choix, il nous rappelle le soulèvement populaire contre le général Robert Guéï en 2000, et soutient que le peuple peut renouveler cet exploit. Toutefois, ce que cette frange de militants FPI qui soutient ce projet oublie, c'est que le peuple ne se soulève que derrière l'étendard d'un chef qui le conduit et en qui il se reconnaît. Quand on baisse l'étendard de ralliement par peur de faire de l'ombre à son adversaire et à ses parrains, on n'est pas digne de faire appel au sursaut du peuple.

Ce qui est étonnant chez M. Paul Okou Zago et ses amis, c’est la totale absence de foi dans le « processus électoral » actuel dans lequel ils tiennent pourtant à entrer. Ils en font même une peinture – d’ailleurs exacte – qui devrait inquiéter tous les militants du FPI et même la Côte d'Ivoire entière. Voici comment ils voient les contours du « processus électoral » : le pouvoir de M. Ouattara soutenu par la France et son armée qui l'ont installé ; une CEI avec à sa présidence M. Youssouf Bakayoko sachant désormais qui déclarer absolument vainqueur et comment s'y prendre ; et enfin, au bout du tunnel, les FRCI, l'armée prétorienne de Ouattara qui lui a juré fidélité depuis sa formation au Burkina Faso et qui a fait campagne pour son élection puis s’est battue pour lui. N'est-il pas insensé de s'engager dans un tel coupe-gorge ? Pardon, dans un tel « processus électoral » ?

Mais rêvons un peu ! Rêvons qu'au regard des nombreuses fraudes que M. Paul Okou Zago imagine aisément – preuve d'une grande lucidité – le Conseil constitutionnel décide de tenir compte des réclamations de l’opposition pour invalider les votes litigieux et déclarer le candidat de l’opposition vainqueur. Rêvons que la probité des hommes de cette institution triomphe des circonstances qui les ont placés là. Devant cette décision qui ira à l’opposé de la décision de la CEI et des vœux de la communauté internationale, quelle est l'armée nationale existante qui appuiera le soulèvement du peuple sur lequel compte M. Paul Okou Zago pour que le pouvoir revienne au vainqueur constitutionnellement déclaré ? Que chacun prenne le temps de réfléchir à cette question. Il est sage de reconnaître qu'en l'absence d'une armée nationale qui pourrait pencher en sa faveur, le peuple ne pourra pas lutter contre les FRCI, les dozos, l’armée française et celle de l’ONU !

Si une révolution doit avoir lieu contre toutes ces forces qui se dressent devant nous, elle n’a nullement besoin d’une élection pour se mettre à l’œuvre. L’occupation de nos terres par des étrangers, l’exil et l’emprisonnement de nos familles dont nous ignorons tout depuis bientôt quatre ans et la préférence ethnique à tous les degrés de l'administration sont des raisons largement suffisantes pour la mettre en marche. Retenons aussi le présage que constitue la nomination de M. Youssouf Bakayoko à la tête de la CEI. Une révolution suppose clairement, à tout moment, la destruction de tous les outils qui permettent au système en place de fonctionner et de produire pour son propre compte au détriment du peuple. C’est la finalité de toute révolution.

Terminons en rappelant à tous la réalité du combat de Laurent Gbagbo. Quel est le message qu'il a délivré aux Ivoiriens et aux Africains ? N’a-t-il pas dit « Si je tombe, enjambez mon corps pour poursuivre le combat » ? Il est tombé au combat. Alors, réfléchissons ensemble : entendait-il par ces mots qu'il faut tout faire pour le sortir de prison ? Non ! Le combat qui s'impose aux militants n'est pas de délivrer Laurent Gbagbo des mains de ses bourreaux pour qu'il reprenne en main l'étendard qu'il a laissé choir au moment de sa chute. Cette tâche revient à de petits groupes de pression à travers le monde – qui font d’ailleurs très bien ce qu’ils ont à faire. Quant au combat des hommes politiques, comme l’ont fait les partisans de Mandela, il consiste à avoir les yeux rivés sur l'idéal qui nous anime. Ils doivent entretenir dans nos cœurs la flamme de l’idéal. L’idéal d’une réelle indépendance politique et économique doit être porté haut et fort et susciter des adhésions partout dans le monde. Car le combat de Laurent Gbagbo est juste et partout dans le monde le cœur de l’homme comprend le langage de la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes. Le combat consiste à reprendre l'étendard de cet idéal et le faire flotter fièrement au vent pour qu'il soit visible de toute la Côte d'Ivoire, de toute l'Afrique, de la terre entière ! Le combat consiste à s'armer de ténacité et de persévérance au point d'attirer tous les regards et, avec le temps, ébranler les consciences humaines. N’est-ce pas ainsi que Mandela a triomphé de l’adversité ? Empruntons cette même voie pour faire triompher Laurent Gbagbo de l’adversité. Quittons cette attitude imbécile qui consiste à regarder le doigt de Laurent Gbagbo plutôt que d’avoir les yeux fixés sur le chemin qu’il nous indique. Laurent Gbagbo s’est sacrifié pour cela : prenons garde à ne pas quitter ce chemin !

* FPI : Front Populaire Ivoirien ; le parti de Laurent Gbagbo.

Raphaël ADJOBI
Délégué général AIRD-France