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08/01/2015

France : Michel Houellebecq met le feu à Chalie Hebdo !

Charlie Hebdo et les islamiste, Michel Houellebecq, la France et le monde musulman, les Français et l'islam Depuis quelques jours, sur les ondes des radios, il n'y en a que pour Michel Houellebecq et son dernier livre prévoyant – selon ces radios – l’apocalypse d'une France dirigée par des partisans islamistes issus de toute la société française. Depuis quelques jours donc, la France est inondée du flot du péril islamique dans lequel batifolent gaiement les journalistes et les politiques. Et puis, en cette fin de matinée du 7 janvier 2015, la réalité rattrape la fiction tant aimée, tant admirée : un attentat attribué aux islamistes, survenu au siège du journal satirique Charlie Hebdo, fait 12 morts et quelques blessés.

Rappelons à la France qui a tourné la page du respect de la diversité des cultures et des humanités que celui qui joue avec le feu périt par le feu. Il est bon que ce bon sens universel se vérifie de temps en temps sous nos yeux pour rappeler à l'ordre les autorités françaises et leurs outils de communication. Miche Houellebecq doit en toute logique réfléchir davantage à l'apparente coïncidence de la propagande de la diabolisation de l'islam qu'il a suscitée et sa soudaine et diabolique manifestation sur le sol français. Lui qui, aux dires de nombreux réunionnais aurait laissé mourir sa mère dans cette île de l’océan indien au seul motif qu’elle était trop gentille avec les musulmans. Est-ce pour cela qu’il affirme sur les ondes que le choix de l’islam comme support d’action de son livre n’est pas un hasard ? Nous remarquons pour notre part que quand on appelle la mort, elle vient sans tarder, comme dit la fable.

Il est inadmissible que des dessins offensants attirent la mort sur tout un groupe de personnes. Il est inadmissible que des humains choisissent de donner la mort de manière patiemment organisée pour punir les auteurs de quelques caricatures. Plutôt que de chercher une vengeance dans le choix du siège de Charlie Hebdo comme lieu d'opération, il serait plus juste d'y voir une cible symbolique. Nous pensons qu'il convient de chercher ce qui a permis cette grande détermination des auteurs du massacre du 7 janvier 2015 à Paris du côté de la stigmatisation devenue en France une pratique ordinaire. Rappelons que nous nous sommes déchirés avec une violence inouïe autour du mariage pour tous. Des agressions physiques ont même eu lieu à la faveur du rejet bruyant et médiatisé d'une catégorie de citoyens. Comment peut-on après cela s'étonner que d'autres profitent de la stigmatisation de l'islam pour passer à l'acte ?

Charlie Hebdo et les islamiste, Michel Houellebecq, la France et le monde musulman, les Français et l'islam


Devant la douleur, il n'est pas interdit de réfléchir à nos comportements. Quand une partie des Français fait de l'islamophobie son fonds de commerce – personne ne peut le nier, à moins d'être malhonnête – il faut s'attendre à ce que les frustrations que cela engendre finissent par déborder. La mauvaise foi de beaucoup de personnes – politiques et prétendus intellectuels – consiste à dire que les attaques verbales et les stigmatisations relèvent de la réflexion et de la liberté de penser ; ils assurent que les violences physiques contre ceux qui sont différents de nous sont de simples erreurs et non point des fautes condamnables. Quand toutes les radios et tous les journaux de France se mettent à stigmatiser une communauté, on est plutôt dans la bêtise que dans la liberté de penser. Il est inadmissible que tous ces organes pensent la même chose ; à moins d'être un pays de moutons. Quand on applaudit par milliers tout ce qui jette en pâture une communauté, on est sûrement dans le moutonnement plutôt que dans la liberté de penser.

Dans toute communauté – au travail, à la maison, entre amis – l’imbécile est celui qui, sachant ses plaisanteries blessantes pour l'un des membres, se plaît à toujours remuer le couteau dans la plaie. Et encore plus imbéciles sont ceux qui applaudissent. La mise en garde s'impose en pareille circonstance plutôt que la bruyante approbation ou le mutisme complice. Renouveler une plaisanterie que l'on sait blessante, c'est se moquer. Et dans toute société humaine, on trouve juste la réaction violente à la moquerie. Seule l'excessive sanction entraîne la réprobation générale. Retenons donc que condamner celui qui s'est fait justice n'autorise pas le moqueur à continuer ses bêtises.

Mais allons plus loin et tentons de faire lever la tête à cette catégorie de Français qui croient que nous fabriquons, vendons des armes et entretenons des armées dans les pays étrangers parce que nous sommes les meilleurs en démocratie et par conséquent avons le devoir de civiliser certains pays par la force. Que ces personnes sachent que nos dirigeants vont bombarder des pays étrangers tuant des civils sans que cela blesse notre conscience. N'oublions pas que ce que nous allons remuer ailleurs peut bien rejaillir sur nous. Quand on se plaît à remuer la merde, il ne faut pas se plaindre qu'elle souille un de nos membres. Prenons donc garde à ne pas applaudir les actions militaires de nos soldats à l'étranger. Fou est le Français qui croit que les frontières de notre pays se trouvent au Moyen-Orient ou dans le Sahara ! N'oublions jamais ceci : les grandes puissances comme la France disposant d'avions et de navires de guerre bombardent quotidiennement à distance des villes et des camps militaires étrangers où vivent femmes et enfants. Et cela avec bonne conscience parce qu'ils ne voient pas et parce que nous ne voyons pas couler le sang de l'autre. Pensons aux moyens que peuvent employer ceux qui n'ont ni avion ni navire de guerre et qui ne peuvent pas s'offrir la bonne conscience de nous tuer sans voir couler notre sang. Ne pouvant atteindre nos camps militaires, ils attaquent n’importe où tous ceux qu’ils peuvent tuer par simple vengeance.

Soyons donc prudents. Ne créons pas des monstres contre notre société. Moins nous serons méprisants et excessifs dans nos passions collectives du dénigrement de l'autre – chose qui n'a rien à voir avec la liberté – plus nous pourrons nous montrer exigeants avec ces personnes qui aiment régler les discordes à coup de canons. D’autre part, sachons que notre démocratie s’arrête là où commence celle des autres.

Une question pour terminer : quel est le département français dont 98% de la population est musulmane ?

Raphaël ADJOBI

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