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09/04/2015

Les chantiers abandonnés d'Alassane Ouattara ou l'échec du gouvernement des rebelles nordistes


Comment Ouattara a échoué, pourquoi Ouattara doit partir, la faillite du pouvoir Ouattara


Nous savons tous que le visage actuel de notre pays est très déplaisant parce qu'il est fait d'injustices et de brutalités ouvertement assumées. Les emprisonnements sans suite et les jugements incompréhensibles entretiennent la méfiance, la peur de l'autre, les calomnies, les traîtrises. Tous les ingrédients qui rappellent à chacun de nous – Ivoiriens de l'intérieur comme de l'extérieur – que nous sommes sortis du chemin de la démocratie par la faute d’un clan nordiste qui s’est accaparé le pouvoir et règne en maître absolu grâce à la protection de la France et au mutisme complice de ses médias.

Tous ceux qui croient que cette réalité sociale et politique pourrait évoluer avec le temps vers une unité nationale, vers un mieux-vivre et un mieux-être, se trompent. Ils se trompent pour la raison suivante : depuis 2011, aucun chantier de reconstruction du tissu social et politique – déchiré par la zone de séparation née de la rébellion armée puis meurtri par la crise postélectorale – ne connaît de travaux.

Accaparé par son programme de rattrapage ethnique, le pouvoir actuel a abandonné ces chantiers pourtant nécessaires à des élections crédibles ou à la paix sociale.

1° Le chantier de la réconciliation nationale : il a fait l'objet d'une annonce en grande pompe avec un semblant de structure. Mais personne n'a vu la convocation générale des belligérants de 2010. Si on ne convoque pas les gens qui se sont battus, et si on ne les entend pas, comment peut-on les réconcilier ? L'exemple de l'Afrique du sud ne nous a pas servi de leçon. A vrai dire, de même que le recomptage des bulletins des urnes en 2010 ne faisait pas les affaires d’Alassane Ouattara, de même la réconciliation nationale va à l’encontre de ses projets malsains. Si tous les prisonniers politiques étaient libérés et si les Ivoiriens se réconciliaient, c’est lui qui disparaît.

Assurons donc ici qu’aucun discours se voulant rassurant ne saurait panser les plaies et instaurer la confiance si des milliers de familles continuent à vivre dans l’attente de parents injustement emprisonnés ou injustement condamnés par un tribunal ethnique. Par ailleurs, tous les Ivoiriens savent que c’est au nom des seuls ressortissants du Nord – communément appelés dioula – que tous les crimes commandés par Alassane Ouattara ont été commis et continuent à endeuiller régulièrement des familles. Persévérer dans cette voie avec des programmes favorisant essentiellement les dioula, c’est nourrir des projets futurs contre eux ! Oui, ouvertement, Ouattara travaille contre la réconciliation nationale en espérant ainsi s’attacher la fidélité des Ivoiriens du Nord. C’est donc désormais à ces derniers de nous prouver que celui qui cherche à nous diviser est notre ennemi commun.

2° Le chantier du retour des exilés sur leurs terres et leur installation dans leurs biens : ce chantier n'a jamais été une préoccupation du pouvoir en place. Bien au contraire, celui-ci a intentionnellement procédé au remplacement des Ivoiriens exilés par des populations burkinabé et maliennes qu'il a installées dans l'Ouest du pays. Cette région de la Côte d'Ivoire était programmée pour devenir le butin de guerre des alliés d'hier du pouvoir actuel. Encourager le retour des exilés sur leurs terres équivaut donc pour Ouattara à tromper ses soutiens du Burkina Faso. En aucune façon, il ne veut fâcher ses amis à qui il a promis une partie du territoire ivoirien avec une ouverture sur le port de San-Pedro.

3° Le chantier de « la démocratie irréversible » : Dès son installation, le chef des maîtres actuels du pays avait promis, en janvier 2012 – et cela devant les gouvernants français à qui il doit tout (entretien accordé au journal Le Monde) – qu’il s'engageait à « rendre la démocratie irréversible » en Côte d'Ivoire. Or, la première pierre de ce chantier n'a jamais été posée. A la place de la démocratie irréversible, c'est la dictature irréversible qui est chaque jour sérieusement entretenue par les mains d’un pouvoir qu'il a absolument voulu nordiste ou dioula.

Posons-nous franchement cette question : les nouvelles autorités du pays pouvaient-elles vraiment installer une démocratie irréversible en Côte d'Ivoire ? Pour être capable d'une entreprise aussi délicate et herculéenne, il faut déjà savoir ce qu'est la démocratie, et avoir trempé son esprit dans ses principes pendant un certain nombre d'années. Or, non seulement les leaders du RDR et du PDCI de Konan Bédié n'ont jamais consacré une seule page de réflexion à ce sujet, mais encore ils ont consacré toute leur vie publique à combattre la démocratie ivoirienne au moment où Laurent Gbagbo, Simone Ehivet et leurs amis la construisaient. Comment peuvent-ils s'inventer bâtisseurs de « la démocratie irréversible » quand ils ont passé leur vie à chercher les moyens de l'éviter ? Comment peuvent-ils être des bâtisseurs de la démocratie quand ils ont passé leur temps à la combattre et continuent à passer leur temps à emprisonner tous ceux qui prononcent le mot « démocratie » ? Comment peuvent-ils se déclarer ouvriers de la démocratie quand ils n’en ont ni l'étoffe ni le talent ?

Parce que le pouvoir actuel ignore ce qu'est la démocratie, à quelques mois des élections présidentielles il est incapable de trouver les contours d'une vraie commission électorale indépendante. Il s'est alors contenté de reconduire le même président pour éviter une éventuelle surprise. Il s’est dit : « Youssouf Bakayoko au moins connaît sa leçon ». Malheureusement, il la connaît si bien qu'il pourrait, une nouvelle fois, se refugier à l'Hôtel du Golf, oubliant que son patron est à la présidence.

4° Le chantier des listes électorales : à quelques mois des élections – à notre connaissance – le pouvoir n'a pas encore mis à jour les listes électorales parce qu'il ignore que des élections sérieuses passent par cette tâche administrative. Est-ce que les exilés devront y figurer ? Qui décide s'ils doivent, oui ou non, y figurer ? Si oui, a-t-on pensé au moyen de les faire voter depuis le Ghana, le Togo et les autres contrées où ils se trouvent ? Les nouveaux naturalisés auront-ils le droit de voter ? Que dit la loi dans ce domaine ? Enfin, les nombreuses victimes assassinées par les dozos et les rebelles dioula estampillés FRCI seront-elles rayées des listes électorales ? Comment savoir si elles ne ressusciteront pas pour aller voter en faveur du candidat préféré de la France ? Une immense source de fraudes en perspective !

A défaut d'une vraie démocratie, le pouvoir actuel nous propose une démocratie pour les naïfs ; une démocratie de feux d'artifices dans les stades et les rues scintillantes de guirlandes illuminées lors des fêtes, pendant que les demeures s'éclairaient à la bougie et à la lampe-tempête comme avant les indépendances. C'est la démocratie de « poudre aux yeux », selon une expression bien française qu’Alassane Dramane Ouattara a cru, dans son ignorance, être un compliment pour celui qui l’applique.

La démocratie pour les Ivoiriens naïfs comme pour leurs maîtres habitués à emprisonner les démocrates consiste à vivre à crédit ; c'est chaque jour aller demander à telle banque ou à tel pays de leur prêter des milliards, condamnant ainsi les générations futures à vivre pour payer les dettes d'une indépendance hypothéquée.

Ouattara a échoué. Il doit partir

Au regard de ce tableau sombre de notre pays, beaucoup se demandent en qui, en quoi, placer notre espérance. Heureusement, les événements des derniers mois de l'année 2014 nous laissent croire que nous ne devons pas désespérer de l'avenir. En effet, voir la grande majorité des membres des partis d'opposition clamer leur fidélité à l'idéal d’une démocratie républicaine initiée par le président Laurent Gbagbo est réjouissant. Chose encore plus réjouissante est le refus par la jeunesse du PDCI de la mort annoncée de leur parti par l'appel de Daoukro. Oui, cette jeunesse du PDCI s'est ouvertement prononcée contre le retour au parti unique. La visite de Kouadio Konan Bertin au président Laurent Gbagbo témoigne de l'indignation partagée que vivent tous les fils de la nation ivoirienne face à l'emprisonnement d'un des leurs chez les anciens négriers. Enfin, voir sur les télévisions africaines tous les intellectuels noirs soutenir Laurent Gbagbo et s’indigner du comportement d’Alassane Dramane Ouattara ainsi que de chacun de ses propos sur le franc CFA et notre prétendue indépendance économique, ne peut que raviver notre ardeur à le combattre.

L'espoir est donc permis, car plus que jamais le pouvoir est isolé. Même les traitres qui nous quittent pour le rejoindre ne redorent pas son blason. Ce pouvoir ne tient debout que parce qu'il se réfugie à l'ombre des canons des armées française et onusienne. Mais la situation de notre pays n'évoluera pas, ne changera pas, si nous ne manifestons pas notre ferme volonté de retrouver la voie de la démocratie abandonnée en 2011 après le changement brutal de régime. Ce n'est donc pas le moment de faiblir, mais bien au contraire le moment de montrer que l'idéal démocratique que nous avons partiellement goûté grâce au président Laurent Gbagbo reste cher à notre cœur et que nous ne pouvons tolérer plus longtemps une autre voie. Puisque nous n’espérons pas de miracle, nous devons nous engager résolument dans l'action militante afin de veiller à ce que la flamme de la démocratie ne s'éteigne pas.

Refusons donc le renoncement, soyons fiers de notre engagement pour le réveil d'une conscience dynamique et fraternelle en Côte d'Ivoire. La victoire de la fidélité à notre idéal de démocratie – victoire que nous devons croire certaine – doit nous tenir éveillés, mais ensemble, soudés les uns aux autres et non pas dans la solitude de nos demeures.

Ouattara a échoué. Il doit partir ! Unissons nos voix pour le lui crier. Unissons nos actions pour lui faire gagner la porte de sortie.

Raphaël ADJOBI


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