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27/09/2015

Le Burkina Faso entre révolution et coup d'état

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Quand en octobre 2014 les populations du Burkina Faso étaient descendues dans les rues et avaient réussi à chasser Blaise Compaoré qui totalisait plus de trente années de pouvoir sans partage, nous avons tous vu dans ce mouvement populaire une révolution. Une révolution aussitôt confisquée par l'armée nationale qui, sous le prétexte de mettre de l'ordre dans le pays, s'était présentée comme la solution apaisante pouvant mettre tout le monde d'accord. Il a fallu la ténacité des partis politiques et la résolution des populations pour installer un pouvoir de transition hors du giron militaire.

La démocratie devait-elle se faire sans les membres de l'ancien régime ?

Dans la logique de la révolution que venait de vivre le pays, le gouvernement de transition avait alors pris la décision d'écarter des prochaines élections présidentielles et démocratiques les anciens gouvernants de la dictature militaire. C'était, aux dires de tous, la meilleure façon de capitaliser les efforts et la volonté de la révolution populaire. Mais la garde prétorienne de Blaise Compaoré - faussement appelée Garde républicaine - qui n’a jamais envisagé les choses ainsi, a voulu en ce mois de septembre 2O15 reprendre la main et donc le pouvoir par un coup de force.

Certains ont tout de suite vu dans ce coup d’état, heureusement éphémère, la réparation d’une injustice. Selon eux, il aurait fallu éviter d’en arriver là en acceptant dans le jeu démocratique toutes les forces vives du pays y compris les anciennes autorités de la dictature militaire.

Pour notre part, si nous considérons le coup d’état de la garde prétorienne de Blaise Compaoré logique, c’est uniquement parce qu’il s’inscrit dans la lutte que se livrent le peuple burkinabé et la dictature militaire, depuis plus d’un an, autour de la Constitution du pays. Par contre, il nous paraît inadmissible de conclure que ce putsch ne visait que la réparation d'une injustice. Si ces militaires avaient le sens de la justice et du partage démocratique du pouvoir, pourquoi l’ont-ils jalousement conservé pendant plus de trente ans ? Par ailleurs, que l’on se dise que le peuple est par essence la première des institutions d'une nation. Toute action qu'il entreprend contre un pouvoir absolu ou dictatorial doit être regardée comme « un coup d'état » institutionnel communément appelé révolution supposant un changement radical de l'ordre établi. Les événements que le Burkina Faso vient de vivre doivent donc être analysés au regard de ce qu'est un peuple et la légitimité des actions qu'il peut mener contre n'importe quel pouvoir en place. Parce que les populations du Burkina Faso sont unanimes quant à la manière d’installer la démocratie - le contraire exigerait la recherche d'un consensus - toute force contraire à leur volonté devient illégitime ! Le peuple est souverain ou ne l’est pas !

Nous affirmons donc qu'en aucun cas la décision du gouvernement de transition n'était antidémocratique. Elle était même juste et respectable. Le fait qu'un pouvoir révolutionnaire s'arroge le droit d'écarter de la vie politique qu'elle veut installer tous les tenants du régime qu'il a renversés est juste et légitime ; et cela parce que l'histoire nous enseigne qu'aucun pouvoir révolutionnaire – populaire ou militaire – ne peut se permettre de partager les responsabilités politiques conquises avec celui qu'il a chassé par la force. Ce serait creuser sa propre tombe. C’est faire sortir le diable par la fenêtre et laisser celle-ci ouverte.

On ne peut pratiquer la démocratie qu'avec les démocrates ou les dictatures qui ont volontairement cédé le pouvoir au peuple. Et de leurs côtés les dictateurs savent qu'un clan ne peut tenir à la tête d'un pays qu'en ouvrant les bras uniquement à ceux qui ont du goût pour la volonté de puissance.

Rappelons-nous : c'est en faisant table rase de ce qui était que la dictature de Blaise Compaoré a fait cavalier seul depuis plus de trente ans. Bien évidemment, ce pouvoir ne tenait pas sa légitimité du peuple mais de la force des armes. Le Burkina Faso était donc dirigé par une aristocratie militaire coupée des aspirations des populations. Semblable à tous les pouvoirs de clans comme les royautés européennes des siècles passés qui ne connaissaient pas le langage de la démocratie – c’est-à-dire le langage du partage du pouvoir qui fait du peuple le seul juge – cette aristocratie militaire ne peut donc logiquement être prise en considération au moment où elle chute de son piédestal. La révolution du peuple Burkinabé ne peut en aucune façon se permettre de concéder la moindre parcelle du terrain démocratique à ceux qui se sont ouvertement déclarés pendant plus de trente ans les ennemis de la démocratie. Leur accorder une place, c'est laisser le loup entrer dans la bergerie. D'ailleurs, le fait que l'armée nationale ait apporté son soutien au gouvernement de transition issu de la révolution contre l'armée prétorienne de Blaise Compaoré doit conforter les démocrates dans leur volonté d'extirper du processus électoral tous les individus qui ont trempé dans la violence de la dictature. Il faut voir en cela la victoire définitive de la démocratie sur la dictature et rien d'autre.
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De même que la Révolution française a totalement évincé puis éradiqué la royauté et l'Eglise catholique du contrôle de l'Etat, de même la révolution Burkinabé doit tout faire pour éradiquer du pays les institutions et les hommes qui rappellent l'ancien régime qui a vécu grâce à la volonté de puissance et la violence d'un clan. Le coup d'état de septembre 2015 au Burkina est à rapprocher de celui tenté contre la transition démocratique en Espagne en février 1981. Dans un cas comme dans l'autre, ce sont les nostalgiques du pouvoir militaire absolu qui ont tenté d'arrêter la marche laborieuse du peuple sur le chemin de la démocratie. Et dans les deux cas, c'est l'amour de la démocratie qui a permis à l'armée nationale de rester fidèle aux aspirations profondes du peuple.

Nous ne pouvons que souhaiter au gouvernement de transition de capitaliser au mieux la confiance de l'armée nationale en se montrant rigoureux et intègre dans l'entreprise de démocratisation des institutions, à l'image de la transition démocratique espagnole. Ce sera sûrement la meilleure façon de rendre difficile la nostalgie de la dictature militaire de Blaise Compaoré et de sa garde prétorienne.

Raphaël ADJOBI

25/09/2015

Côte d'Ivoire : on marche ou on fait la révolution ?

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Les candidats aux prochaines élections présidentielles réunis au sein de la CNC avec le Front Populaire Ivoirien (FPI) - tous opposés aux conditions indignes du scrutin et aux faveurs accordées à M. Ouattara - ont décidé de lancer une marche dans les rues d'Abidjan à la fin du mois de septembre 2015. Aux dernières nouvelles, ces candidats déclarés non satisfaits des dispositions encadrant ces élections prendront la tête du cortège. Nous sommes tentés de leur demander ce qu'ils comptent obtenir du pouvoir par cette entreprise.

A moins d'une manifestation gigantesque qui verrait Abidjan submergée et paralysée, pendant une journée ou deux, au point de générer une peur terrible dans le cœur de tous les soutiens du régime en place, rien ne changera sous le ciel ivoirien. Si on ne songe pas à faire descendre les populations de l'intérieur sur Abidjan comme pour l'étouffer littéralement, rien ne changera. Seul un tel exploit pouvant faire craindre un cataclysme laisserait espérer une réunion autour de la table des négociations sur le respect de la Constitution et l'équité au sein des institutions chargées de la gestion des élections. Si au lieu de cela, les froussards restent dans leur lit, prennent leur voiture comme un jour ordinaire, se préoccupent de ce qu'ils vont manger à midi et restent chez eux, rien ne bougera en Côte d'Ivoire avant longtemps. Quand Yopougon, Bonoua, Gagnoa et quelques autres villes de l'intérieur ont manifesté contre la proclamation de l'insolente éligibilité de M. Ouattara, le reste du pays est demeuré silencieux. Il ne faut absolument pas que cela se reproduise au risque de discréditer la résistance. Seule l'union sacrée autour d'une opération d'envergure extraordinaire est à envisager.

Pourtant, il semble que l'intention des organisateurs est de faire une marche revendicative ordinaire, avec un rassemblement devant deux ou trois institutions du pays. Nous sommes sincèrement contraints de nous demander ce qu'ils comptent obtenir comme résultat. M. Ouattara campe sur sa position. Le président du Conseil constitutionnel l'a déclaré éligible et a envoyé sa compagne le soutenir dans ses meetings. Youssouf Bakayoko, décrié par tous est maintenu à la tête de la Commission électorale indépendante (CEI) par la seule volonté de M. Ouattara. Peut-on devant une telle détermination du pouvoir se contenter d'une marche revendicative comme dans un pays démocratique où on peut faire prendre en considération son point de vue dans la rue ?

La question que chacun se pose devant une telle situation qui ressemble à une impasse est la suivante : à qui revient désormais le pouvoir de changer quelque chose dans le schéma électoral ? Chacun est tenté de répondre : "le peuple ivoirien !".

Malheureusement, si le peuple ne devient pas un océan qui inonde tout, mieux, un tsunami qui emporte tout au point de faire réfléchir les irréductibles soutiens d'un régime détesté qui vit pour l'heure comme un îlot infréquentable, M. Ouattara demeurera sur son piédestal. En effet, l'inexistence d'une armée nationale pouvant pencher en sa faveur contraint le peuple ivoirien à user de la force dissuasive en descendant très massivement dans la ville d'Abidjan pour la paralyser quelques jours. Sinon, l'autre moyen d'imposer sa volonté et de voir sa Constitution et les conditions d'une élection démocratique respectées est de passer par une révolution violente ; c'est-à-dire par le saccage de toutes les infrastructures économiques du pays ainsi que les biens de ceux qui prospèrent sous la bienveillance de la politique de M. Ouattara.

Il n'est donc nullement l'heure de faire une marche revendicative. C'est l'heure de la révolution, pacifique - chose exceptionnelle - ou violente.

Raphaël ADJOBI

08/09/2015

Y a-t-il des gouvernants en Afrique ?

Les chefs d'Etat africains et les morts en Méditerranée, le mutisme des Africains devant le drame de la migration vers l'Europe, l'Afrique muette devant le nouvel esclavage en Afrique du Nord


A première vue, la question peut paraître provocatrice. Cependant, celui qui répondrait par l’affirmative aurait bien du mal à se justifier. Car être un chef, ce n’est pas endosser un titre comme on endosse un manteau ; c’est être chargé d’une fonction supposant des actions concrètes à mener ; c’est avoir la responsabilité de conduire et de protéger ses concitoyens. Et s’agissant justement des gouvernants africains, ce sont les actes qu’exigent leurs responsabilités qui nous obligent à nous demander s’ils exercent réellement leur fonction de gouvernants. Deux exemples suffisent à éclairer le lecteur quant au bien fondé de notre question.

Depuis que la migration des populations africaines vers l’Europe a pris une dimension qui ne peut plus être qualifiée de « clandestine », compte tenu des milliers de morts qui jonchent, à intervalle régulier, la surface de la Méditerranée et les plages espagnoles et italiennes, le phénomène est devenu un sujet politique qui alimente les échanges entre les chefs d’Etats européens. Depuis les dernières semaines du mois d’août 2015, c’est même l’urgence qui est déclarée, suite à la migration jamais connue de populations blanches sur le flanc est de l’Europe avec également son cortège de morts. Toutes les digues dont l’Europe occidentale s’entourait, comme pour se protéger des guerres qu’elle entretenait hors de ses frontières, ont été rompues. Elle récolte ce qu’elle a semé, le clament certains.

Ce qui est fort étonnant, c’est de constater que dans le concert des cris d’indignations et des lamentations que les nombreux morts de la Méditerranée arrachent régulièrement aux milieux politiques et associatifs occidentaux, aucune voix africaine ne se fasse entendre. Devant les nombreux morts et les souffrances des Noirs en Méditerranée, l’Afrique reste impassible et muette. Alors que les politiques européens s’interpellent les uns les autres et se demandent ce qu’il convient de faire, aucune voix n’émane des gouvernants africains témoignant de la recherche de solution à leur niveau. Et pourtant, tout le monde sait que la prolifération du phénomène de migration a généré une véritable traite négrière dans les pays d’Afrique du nord devenus de véritables îles de Gorée !

Pourquoi donc les chefs d’Etats africains sont-ils si apathiques devant le malheur des leurs ? Mourir par centaines loin de sa terre natale est-il devenu chose si ordinaire sous le ciel d’Afrique au point de ne pas mériter une oraison funèbre, une petite larme de son pays ?

Par ailleurs, nous assistons depuis un an ou deux à un phénomène dont l’ampleur a dépassé les frontières du pays qui l’a vu naître : la maltraitance des travailleurs domestiques au Liban.

Depuis les années 60, bon nombre d’Africains avaient constaté que les ressortissants libanais pratiquaient ouvertement – en terre africaine – l’esclavage des jeunes filles noires à leur domicile sans qu’aucune autorité locale ne s’en inquiète. Quand ces filles accompagnaient leur maître ou leur maîtresse en Europe, cet esclavage pratiqué sous la forme de la séquestration en Afrique se doublait de la maltraitance physique sur la terre libanaise. Une domestique noire a eu le sexe brûlé au briquet ; une autre a été allègrement battue par toute la famille, une autre encore a été jetée du quatrième étage d’un immeuble. Chaque jour nous apporte son lot de maltraitances aussi indignes les unes que les autres. Les images de ces agissements inhumains diffusées par les bourreaux tournent toujours en boucle sur Internet. Les jeunes filles humiliées, blessées dans leur chair, ont parfois adressé des appels au secours sur Internet. Mais les gouvernants africains se taisent ; ils semblent ne rien voir et ne rien entendre.

Le mutisme des autorités africaines devant les souffrances de leurs ressortissants sur les terres étrangères est d’autant plus surprenant que leurs homologues européens ne les laissent guère en paix quand il s’agit de la mort brutale d’un Blanc ou de son implication dans quelque litige ayant abouti à son arrestation ou à son emprisonnement en terre africaine. Les gouvernants européens ont-ils tort de se comporter de la sorte ? Non ! En agissant ainsi, ils se montrent dignes de leur fonction qui exige qu’ils prennent soin de tous leurs citoyens, qu’ils s’inquiètent de tout ce qui leur arrive où qu’ils soient. En d’autres termes, ce sont les gouvernants africains qui n’accomplissent pas leur devoir vis-à-vis des leurs. Ce sont eux qui se montrent indignes de toute considération aux yeux des Africains et du reste du monde.

Raphaël ADJOBI