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07/08/2018

Mauvaises odeurs à Abidjan : Ouattara avoue enfin être un dictateur !


En annonçant le 6 août 2018 la libération de 800 prisonniers politiques dont quelques condamnés par contumace (parce que s'étant réfugiés à l'étranger), Ouattara reconnaît enfin officiellement avoir instauré la dictature en Côte d'Ivoire depuis sa prise de pouvoir en mai 2011. Enfin, le fossoyeur d'Eburnie reconnaît son crime : avoir mis fin à l'expérience de la démocratie initiée par la deuxième République.

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Cela fait donc sept ans que la démocratie est sous l'éteignoir ouattariste. En 2020, ce régime dictatorial connu dans les faits par tous et désormais ouvertement assumée aura neuf ans ! Rappelons les caractéristiques essentiels de la dictature ouattariste : outre l'absence de tout débat démocratique avec une quelconque opposition dont il ne reconnaît pas l'existence, ce régime est marqué par la préférence ethnique érigée à la fois en forme de gouvernement et en forme de structuration de la société ivoirienne. En d'autres termes, sous le régime de Ouattara, ce sont les ressortissants du Nord du pays - et eux seuls - qui ont non seulement tous les pouvoirs politiques en main, mais ce sont également eux qui sont choisis pour diriger les institutions économiques, sociales, pédagogiques, sanitaires, militaires, et les représentations diplomatiques à l'étranger. Aussi, tous les concours administratifs ne doivent déclarer admis que des ressortissants du Nord à quelques deux ou trois exceptions près. Cette réalité politique et sociale voulue par Ouattara s'apparente beaucoup à la déclaration de la supériorité naturelle des populations du Nord sur ceux du reste du pays.

Dans son adresse officielle à la population de la Côte d'Ivoire ce 6 août 2018 à la veille de la date anniversaire de l'indépendance du pays, il déclare être "heureux de constater les progrès significatifs [...] dans le domaine de la hausse des revenus des paysans, des fonctionnaires et des salariés du secteur privé, du meilleur accès des populations aux services sociaux de base que sont l'eau, l'électricité, la santé, l'éducation". On croit rêver !

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La réalité du pays contredit radicalement chacun des constats énoncés dans ce discours à la nation. En l'écoutant, chaque Ivoirien a en mémoire les images des populations criant leur haine des nombreux déguerpissements subis, du manque d'eau potable entraînant les longues queues devant quelques rares citernes, de la hausse exagérée du prix de l'électricité ainsi que des coupures intempestives, de la hausse abusive des prix des matières premières. Personne n'oublie l'état de délabrement des hôpitaux et les nombreux morts pour manque de soin. Tous les Ivoiriens savent que les universités sont incapables de former la jeunesse désireuse de s'instruire afin de rêver à un avenir meilleur. Enfin, tout le monde le sait, y compris les populations des autres pays africains, que les terres ivoiriennes sont données aux Burkinabés quand elles ne sont pas vendues aux Libanais ; ils savent aussi que tout le secteur de l'économie et de l'industrie est entre les mains des Français. Aussi, sur les réseaux sociaux, tous les Africains clament que la Côte d'Ivoire n'appartient plus aux Ivoiriens.

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Disons tous à Ouattara que la présence de Simone Gbagbo dans la longue liste des prisonniers politiques qui vont être libérés - avant qu'l ne les remette en prison pour tout mot n'allant pas dans son sens - n'efface pas son premier crime : celui d'avoir piétiné la démocratie naissante et entraîné sa disparition du paysage ivoirien. Quand il assure "faire du vivre ensemble dans la tolérance et la fraternité (son) Credo", aucun Ivoirien ne peut le croire. Il tente de nous bercer de mensonges. Passer des années à emprisonner puis à libérer pour à nouveau emprisonner afin de pouvoir libérer ses adversaires politiques ne fait pas de vous un amoureux de la tolérance et de la fraternité, mais un criminel et un manipulateur comme tout vrai dictateur.

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Avec cette amnistie partielle et tardive, Monsieur Ouattara dit favoriser la réconciliation nationale. Nous sommes tentés de lui demander avec qui il compte se réconcilier. Quelles sont les deux entités nationales qu'il compte réconcilier ? Qu'il nous les nomme clairement parce qu'il faut être au moins deux pour se réconcilier. Par ailleurs, qu'il nous présente son plan pour réussir cette entreprise. Car libérer des adversaires politiques après sept années de privation de liberté ne suffit pas pour faire la paix. Il en faut beaucoup plus pour que toutes les conditions soient réunies.

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Dans un long article publié le 4 août 2014 intitulé Nous serons contraints de brûler la Côte d'Ivoire pour sauver l'honneur de l'Afrique et de Laurent Gbagbo - il y a exactement 4 ans - je citais John F. Kennedy qui disait que "ceux qui rendent une révolution pacifique impossible rendront une révolution violente inévitable". Après une analyse de la situation du pays montrant que le recours aux voies démocratiques pour faire changer de politique à Ouattara est chose inutile et vaine, j'ai conclu mon article en ces termes : "Quiconque abandonne sa maison et son village sans les brûler et les laisse occuper par l'ennemi est un fou ! Quiconque voit son ennemi s'enrichir en exploitant le champ qu'il a fui sans rêver d'y mettre le feu est indigne de toute considération ! [...] La résistance est terminée ! Vive la Révolution !"

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Depuis 2018, Ouattara semble avoir pris conscience que la solution violente que je préconisais pourrait bien être celle que choisiront les Ivoiriens contre lui s'il s'entête à rester au pouvoir. Il ne lui appartient pas d'imposer son interprétation de la Constitution aux Ivoiriens ! Par ailleurs, l'expression de son intention de laisser la place aux jeunes ne suffit pas ! Il est temps qu'il annonce officiellement qu'il ne se représentera pas en 2020. Qu'il l'annonce maintenant, avant que les Ivoiriens ne passent à l'action. Sinon, quand il l'annoncera, ce sera trop tard.

Raphaël ADJOBI

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