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13/08/2018

La libération de Simone Gbagbo vue par les "frères" de Ouattara : Alpha Blondy, Joël-Célestin Tchétché...

12794443_10205919389091652_5872718229146861784_n.jpg Il est très étonnant d'entendre de nombreux Ivoiriens féliciter ou remercier Dramane Ouattara pour avoir libéré, après sept années de détention arbitraire, 800 de ses prisonniers politiques dont Simone Gbagbo. En clair, aux yeux de ces Ivoiriens, l'emprisonnement sans jugement puis la libération sans jugement de toutes ces personnes - souvent en très mauvais état de santé - transforme en un jour le geôlier en libérateur digne de louanges. Ce point de vue qui traduit une totale absence de bon sens fait de ces compatriotes de Simone Gbagbo des esprits méprisables !

Dès le 6 août, après la proclamation de la libération des prisonniers politiques, c'est une "Organisation internationale des femmes ivoiriennes pour la paix", apparue à New-York en juillet 2017, qui félicitait Dramane Ouattara et le remerciait pour l'amnistie qu'il venait de prononcer. Cette organisation parlait alors de «moment historique (pour) la reconstruction émotionnelle de la Côte d'Ivoire». Allez comprendre ce que cela veut dire. Et elle ajoute : « l'amour a pris le pas sur la haine ; la division va disparaître au profit de la solidarité et de la confiance mutuelle [...] La paix est en train de naître ».

Oui, pour les femmes de cette organisation, Dramane Ouattara a fait montre d'un grand amour et a chassé par la même occasion de son cœur la haine qui l'animait jusque-là. Le voici donc tout à coup artisan de la paix ! Ce qui explique les félicitations sans une once d'ironie. Assurément, ces femmes ne voient pas plus loin que le bout de leur nez. Le caractère simpliste de leur réflexion en est la preuve.

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Par ailleurs, Monsieur Joël-Célestin Tchétché, porte-parole du RHDP en France - coalition du RDR de Ouattara et du PDCI de Konan Bédié au pouvoir depuis 2011 - agissant au nom du "Forum pour la démocratie et la liberté" a vivement félicité Ouattara. Selon lui et son organisation, « cette initiative personnelle du président de la République [...] confirme l'indépendance et l'autonomie de la Côte d'Ivoire». En claire, un pays où le président prend l'initiative personnelle d'emprisonner puis de libérer qui il veut est un pays indépendant et autonome. Quelle richesse d'esprit ! Quel talent intellectuel ! Précisons que Monsieur Joël-Célestin Tché-tché fait partie de ceux qui affirment haut et fort que le régime de Laurent Gbagbo empêchait les Ivoiriens de circuler librement dans leur pays. Faisons-lui remarquer que malgré les grands travaux de Dramane Ouattara et la croissance à deux chiffres érigée en modèle pour le reste de l'Afrique, il ne paie pas tous les fonctionnaires ; et en appauvrissant les populations par des méthodes diverses, il a fini par faire de la Côte d'Ivoire le troisième pays en nombre de migrants fuyant vers l'Europe.

Plus surprenant encore que les propos des dames ivoiriennes de New-York et ceux du porte-parole du RHDP en France est le discours de l'ancien chanteur Alpha Blondy qui, brandissant son titre d'ambassadeur de la CDEAO en Côte d'Ivoire - titre ronflant parce que vide de sens au quotidien - félicite son « grand frère» Dramane Ouattara en des termes exagérément laudatifs.

En effet, ignorant sans doute le sens des mots, il qualifie la décision de Dramane Ouattara de « geste sublime », en d'autres termes « parfait », d'une grande hauteur morale. Il va même plus loin et fait de l'homme un bienfaiteur de l'humanité en assurant que grâce à lui « l'espérance promise à l'humanité devient une réalité » (Allusion aux paroles de l'hymne national ivoirien). On croirait entendre un récit épique. On est renvoyé à Ulysse, à Soundjata kéïta !... Pour bien comprendre Alpha Blondy, il faut peut-être simplement se dire que c'est un chanteur habitué à faire dans le rythme plutôt que dans le sens des mots qu'il ne maîtrise pas. Pour lui, il faut que l'association des mots sonne bien. C'est tout ! Leur sens est à ses yeux chose secondaire. Si vous ne tenez pas compte de cette remarque, vous le prendrez pour un fou à l'entendre comparer Ouattara à un dieu : « Que Dieu, l'Eternel, vous bénisse abondamment pour votre geste divin ! » Vous avez bien lu : le geste de Ouattara est digne de celui d'un dieu !

Libération de Simone Gbagbo, Les amis ivoiriens de Ouattara, Alpha Bondy et Ouattara, Joël-Célestin Tchétché.


Oui, pour Alpha Blondy, l'amnistie des 800 prisonniers politiques décidée par Ouattara l'élève au rang des dieux qui seuls sont capables d'un tel geste ! Oui, pour Alpha Blondy, jeter arbitrairement quelqu'un en prison durant huit ans puis le libérer est un idéal auquel tous les Ivoiriens doivent aspirer. Quelle plénitude en perspective pour des millions d'Ivoiriens qui peuvent voir là un avenir prometteur en politique ! Désormais, vous pouvez rêver que si demain vous devenez président de la république, vous pourrez emprisonner Alpha Blondy et tous ceux qui pourraient vous gêner dans votre action puis les libérer au bout de sept ans et vous aurez l'honneur d'être déclaré bienfaiteur de l'humanité et même un dieu.

Pour notre part, nous voudrions nous éloigner de ce concert de louanges qui rabaisse l'esprit humain et dire à la Communauté européenne que si nous ne la félicitons pas, nous nous réjouissons de sa décision - même si elle est tardive - de réparer partiellement le mal qu'un de ses membres - La France - a fait à la Côte d'Ivoire. Nous lui demandons d'aller beaucoup plus loin que le rapport de ses ambassadeurs sur ce pays (1) ; rapport qui a produit l'effet que nous connaissons en ce mois d'août 2018. Puisque la source du mal que vit la Côte d'Ivoire se trouve en Europe, que celle-ci œuvre pour que le loup prédateur qu'elle a fait entrer dans la bergerie ivoirienne en sorte et retourne auprès de son maître permettant ainsi aux vrais démocrates de reprendre leur place. Le rapport cité plus haut ne dit-il pas que les autorités actuelles - qui ont bénéficié de l'aide militaire de la France pour s'installer - se « montrent hermétiques aux critiques internes ou externes, et semblent désireuses de ne laisser aucun lieu de pouvoir leur échapper » et que Alassane Dramane Ouattara est « trop faible politiquement pour accepter le jeu politique", démocratique ? Alors, afin que cette équipe soit balayée de l'échiquier politique ivoirien, la commission européenne doit absolument faire libérer Laurent Gbagbo avant que le « mécontentement perceptible » de la population ne se convertisse en une violente révolution.

Raphaël ADJOBI

(1) Toutes les citations de ce paragraphe sont extraites du dernier rapport de l'Union européenne sur la Côte d'Ivoire.

07/08/2018

Mauvaises odeurs à Abidjan : Ouattara avoue enfin être un dictateur !


En annonçant le 6 août 2018 la libération de 800 prisonniers politiques dont quelques condamnés par contumace (parce que s'étant réfugiés à l'étranger), Ouattara reconnaît enfin officiellement avoir instauré la dictature en Côte d'Ivoire depuis sa prise de pouvoir en mai 2011. Enfin, le fossoyeur d'Eburnie reconnaît son crime : avoir mis fin à l'expérience de la démocratie initiée par la deuxième République.

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Cela fait donc sept ans que la démocratie est sous l'éteignoir ouattariste. En 2020, ce régime dictatorial connu dans les faits par tous et désormais ouvertement assumée aura neuf ans ! Rappelons les caractéristiques essentiels de la dictature ouattariste : outre l'absence de tout débat démocratique avec une quelconque opposition dont il ne reconnaît pas l'existence, ce régime est marqué par la préférence ethnique érigée à la fois en forme de gouvernement et en forme de structuration de la société ivoirienne. En d'autres termes, sous le régime de Ouattara, ce sont les ressortissants du Nord du pays - et eux seuls - qui ont non seulement tous les pouvoirs politiques en main, mais ce sont également eux qui sont choisis pour diriger les institutions économiques, sociales, pédagogiques, sanitaires, militaires, et les représentations diplomatiques à l'étranger. Aussi, tous les concours administratifs ne doivent déclarer admis que des ressortissants du Nord à quelques deux ou trois exceptions près. Cette réalité politique et sociale voulue par Ouattara s'apparente beaucoup à la déclaration de la supériorité naturelle des populations du Nord sur ceux du reste du pays.

Dans son adresse officielle à la population de la Côte d'Ivoire ce 6 août 2018 à la veille de la date anniversaire de l'indépendance du pays, il déclare être "heureux de constater les progrès significatifs [...] dans le domaine de la hausse des revenus des paysans, des fonctionnaires et des salariés du secteur privé, du meilleur accès des populations aux services sociaux de base que sont l'eau, l'électricité, la santé, l'éducation". On croit rêver !

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La réalité du pays contredit radicalement chacun des constats énoncés dans ce discours à la nation. En l'écoutant, chaque Ivoirien a en mémoire les images des populations criant leur haine des nombreux déguerpissements subis, du manque d'eau potable entraînant les longues queues devant quelques rares citernes, de la hausse exagérée du prix de l'électricité ainsi que des coupures intempestives, de la hausse abusive des prix des matières premières. Personne n'oublie l'état de délabrement des hôpitaux et les nombreux morts pour manque de soin. Tous les Ivoiriens savent que les universités sont incapables de former la jeunesse désireuse de s'instruire afin de rêver à un avenir meilleur. Enfin, tout le monde le sait, y compris les populations des autres pays africains, que les terres ivoiriennes sont données aux Burkinabés quand elles ne sont pas vendues aux Libanais ; ils savent aussi que tout le secteur de l'économie et de l'industrie est entre les mains des Français. Aussi, sur les réseaux sociaux, tous les Africains clament que la Côte d'Ivoire n'appartient plus aux Ivoiriens.

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Disons tous à Ouattara que la présence de Simone Gbagbo dans la longue liste des prisonniers politiques qui vont être libérés - avant qu'l ne les remette en prison pour tout mot n'allant pas dans son sens - n'efface pas son premier crime : celui d'avoir piétiné la démocratie naissante et entraîné sa disparition du paysage ivoirien. Quand il assure "faire du vivre ensemble dans la tolérance et la fraternité (son) Credo", aucun Ivoirien ne peut le croire. Il tente de nous bercer de mensonges. Passer des années à emprisonner puis à libérer pour à nouveau emprisonner afin de pouvoir libérer ses adversaires politiques ne fait pas de vous un amoureux de la tolérance et de la fraternité, mais un criminel et un manipulateur comme tout vrai dictateur.

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Avec cette amnistie partielle et tardive, Monsieur Ouattara dit favoriser la réconciliation nationale. Nous sommes tentés de lui demander avec qui il compte se réconcilier. Quelles sont les deux entités nationales qu'il compte réconcilier ? Qu'il nous les nomme clairement parce qu'il faut être au moins deux pour se réconcilier. Par ailleurs, qu'il nous présente son plan pour réussir cette entreprise. Car libérer des adversaires politiques après sept années de privation de liberté ne suffit pas pour faire la paix. Il en faut beaucoup plus pour que toutes les conditions soient réunies.

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Dans un long article publié le 4 août 2014 intitulé Nous serons contraints de brûler la Côte d'Ivoire pour sauver l'honneur de l'Afrique et de Laurent Gbagbo - il y a exactement 4 ans - je citais John F. Kennedy qui disait que "ceux qui rendent une révolution pacifique impossible rendront une révolution violente inévitable". Après une analyse de la situation du pays montrant que le recours aux voies démocratiques pour faire changer de politique à Ouattara est chose inutile et vaine, j'ai conclu mon article en ces termes : "Quiconque abandonne sa maison et son village sans les brûler et les laisse occuper par l'ennemi est un fou ! Quiconque voit son ennemi s'enrichir en exploitant le champ qu'il a fui sans rêver d'y mettre le feu est indigne de toute considération ! [...] La résistance est terminée ! Vive la Révolution !"

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Depuis 2018, Ouattara semble avoir pris conscience que la solution violente que je préconisais pourrait bien être celle que choisiront les Ivoiriens contre lui s'il s'entête à rester au pouvoir. Il ne lui appartient pas d'imposer son interprétation de la Constitution aux Ivoiriens ! Par ailleurs, l'expression de son intention de laisser la place aux jeunes ne suffit pas ! Il est temps qu'il annonce officiellement qu'il ne se représentera pas en 2020. Qu'il l'annonce maintenant, avant que les Ivoiriens ne passent à l'action. Sinon, quand il l'annoncera, ce sera trop tard.

Raphaël ADJOBI