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31/10/2014

Qui veut voler au peuple burkinabé sa révolution ?


BURKINA-2891862-JPG_2527690_652X284_crop.jpg L'armée nationale du Burkina-Faso qui a déclaré assurer l'intérim du pouvoir - après avoir prononcé la dissolution du gouvernement et de l'Assemblée nationale - étonne tout le monde. Le fait qu'elle prenne le pouvoir suppose qu'elle renverse le gouvernement en place. Mais sur quel droit s'appuie-t-elle pour s'autoriser la dissolution de l'Assemblée du peuple qui vient de chasser Blaise Compaoré par la révolution ?

Tout laisse croire que l'on est en train de voler au peuple Burkinabé sa révolution comme les militaires ont volé la leur aux Egyptiens. C'est le peuple qui a poussé le manipulateur Blaise Compaoré et son gouvernement à la porte. Il est difficile de comprendre pourquoi les militaires - hier encore les fidèles soutiens du président déchu - récolteraient le fruit de son travail tout en balayant les élus de la nation de la scène politique nationale par la dissolution de l'Assemblée ! C'est, visiblement, une claire façon de voler au peuple Burkinabé sa révolution.

Il est bon, au regard du chaos qu'entraîne toujours une révolution, que l'armée joue l'intermédiaire qui rassure tout le monde. Mais il est surtout bon que l'on n'oublie pas ce que les règles de la constitution prévoient en cas de vacance du pouvoir exécutif. Si l'armée agit conformément aux règles du pays, alors nous retenons que ces règles confient le pouvoir du peuple obtenu dans la rue aux militaires. Chose absolument étonnante et périlleuse. Rappelons qu'en 1965, suite aux manifestations qui ont fait tomber Maurice Yaméogo, ce sont les militaires qui ont profité de la situation pour s'installer au pouvoir avec le lieutenant colonel Sangoulé Lamizana. A partir de là, le Burkina-Faso n'a connu qu'une suite de coups d'état. Celui d'octobre 2014 est le sixième !

Le rôle de la France ne doit pas non plus être occulté. La présence de l'ambassadeur de France aux côtés des personnalités de l'opposition lors des deux derniers jours montre que la France a négocié avec Blaise Compaoré pour qu'il se retire tout en se rassurant auprès des hommes forts de la révolution burkinabé. Blaise compaoré a toujours été chouchouté par les instances internationales et les ONG parce qu'il a fait de son pays un point d'appui pour la France. En échange de son rôle de fer de lance de son jeu déstabilisateur des volontés démocratiques et anticolonialistes de la sous-région, la France a toujours présenté Blaise Compaoré comme le grand médiateur pour la démocratie et la paix et le Burkina-Faso comme un îlot de stabilité enviable. Cette fin de rège ne peut donc qu'inquiéter la France.

On imagine donc aisément que François Hollande est à la manoeuvre pour préserver les acquis géopolitiques de la France au Burkina-Faso. Pour les intérêts de son pays, il pourrait inventer un rôle de médiateur au Burkina à la CEDEAO. Suivez mon regard !... Grâce à Blaise Compaoré, il y a désormais des bases militaires françaises au Burkina au nom de la lutte contre les djihadistes ! De quoi va accoucher la révolution des "hommes intègres" - qui ne le sont plus depuis qu'ils jouent les rôles de mercenaires dans les pays voisins ? L'esprit de Sankara soufflera-t-il de nouveau sur le Burkina-Faso ? Entre l'armée nationale qui se positionne d'un côté et la France de l'autre, quel espace lui reste-t-il pour exprimer son aspiration à la démocratie et sa marche sereine vers la vraie indépendance ? Certes, le Burkina-Faso est un pays pauvre. Mais personne ne doit oublier que les pauvres ont aussi le droit de rêver.

Raphaël ADJOBI

26/10/2014

Le joli coup de poker-menteur de la France au Mali

la france au mali,le mali n'est pas encore libéré,omar mariko député malien


Quand, en janvier 2013, la France intervenait au Mali avec 3 000 soldats de la force Serval dans le but de stopper les rebelles touaregs et soutenir l'armée nationale, à quelques rares exceptions, les Maliens avaient tous applaudi. Aujourd'hui, presque deux ans après, le pays tout entier se rend compte, ahuri, que la France a magistralement réussi à s'enraciner sur une terre qui a toujours refusé l'implantation de bases militaires étrangères depuis son indépendance en 1960.

Un an après l'offensive des rebelles du Mouvement National de Libération de l'Azawad (MNLA) qui a occupé la moitié nord du pays et provoqué une profonde crise politico-militaire, l'intervention de la France en ce mois de janvier 2013 avait été présentée comme le secours qui avait empêché les djihadistes, disait-on, de conquérir l'ensemble du pays. On avait alors parlé d'immenses colonnes de militaires touaregs avançant sur le Mali. Jamais personne n'a eu, par la suite, une idée précise de la réalité. Dans ce pays immense et peu peuplé où quatre à cinq véhicules 4x4 remplis d'hommes armés suffisent pour décimer des villages et terroriser les populations en parcourant des centaines de kilomètres en peu de temps, la horde innombrable de djihadistes annoncée a fini par apparaître aux populations et aux hommes politiques comme une invention française pour justifier sa démonstration de force et son projet secret.

On se souvient qu'une fois les rebelles mis en déroute et la France et son président fêtés comme les sauveurs par les populations locales, François Hollande poussa les élites maliennes à des élections présidentielles. Malheureusement, comme d'habitude avec la France, rien ne changea dans le pays malgré l'intervention militaire et les élections. Et quand en juillet 2014, la France déclara la mission de l'opération Serval terminée, le constat que firent les Maliens de l'état de leur pays fut amer. Très amer !

Qui sait aujourd'hui, en France ou en Afrique, qu'après avoir célébré bruyamment l'intervention militaire française, les Maliens manifestent régulièrement depuis quelques mois contre sa présence sur leur territoire ? Qui se doute que lorsque, épisodiquement, l'Elysée communique des informations aux médias - comme une autorisation à parler du Mali - c'est toujours pour agiter le chiffon rouge de la peur afin de pérenniser la présence des soldats français dans ce pays ?

La réalité sur le terrain malien

En effet, les Maliens vivent une situation douloureuse qui leur fait bien comprendre les malheurs des Ivoiriens et des Centrafricains, dans les rangs desquels des aboyeurs ont permis à la France et à l'ONU de montrer leur gros bras chez eux. Quand l'armée malienne - républicaine parce que multiethnique et ayant servi plusieurs présidents - a accompagné les soldats français de Serval dans le Nord-Mali, elle a payé le prix du sang pour la reconquête de son territoire. Cependant, une fois parvenue à Kidal, elle a été cantonnée sur place par l'armée française qui, seule, s'est mise en position d'être en contact avec les rebelles. Depuis, c'est uniquement l'armée française qui tient des réunions de négociation ou de concertation avec la rébellion touareg.

Tout le monde retient qu'en juillet 2014 la France avait déclaré la mission de l'opération Serval terminée avec succès. Pourtant, la réalité est ailleurs. Loin des clairons triomphateurs de la République, elle avait mis sur pied, au Mali, une sorte d'opération Serval bis dénommée opération Barkhane chargée de couvrir une zone plus vaste de la région sahélienne. L'Elysée venait ainsi d'officialiser sa politique d'implantation de bases militaires étrangères dans un pays où il n'y en avait pas. Par ailleurs, cet état de fait coupe le pays en deux. Et les manifestations actuelles des populations contre la France visent à protester contre cette partition de leur pays qu'elles redoutent.

Oui, les soldats français font au Mali ce que bon leur semble sans aucune implication des autorité maliennes. Celles-ci ne sont prévenues des opérations qu'après leur réalisation et quand les Français veulent bien leur en faire part. Aussi, le mécontentement grandit également dans les rangs des hommes politiques. Omar Mariko, député, qui tient un discours qui ne fait pas les affaires de l'Elysée, est interdit de séjour en France. Déjà, en avril 2013, invitée en Allemagne par une revue, la psychosociologue et ancien ministre de la culture Aminata Traoré, n'a pu pénétrer dans l'espace Shengen. La raison : son analyse de la situation au Mali ne convenait pas au gouvernement français ! De toute évidence, La France tient à refuser la liberté d'opinion aux Africains en s'arrogeant le droit de dire quel type de penseur noir doit circuler librement en Europe. La conquête du Mali vaut bien quelques précautions, non ?

Raphaël ADJOBI

20/10/2014

Ebola : la belle leçon de Cuba à l'Europe

Cuba au secours de l'Afrique, Cuba combat Ebola en Afrique


Ce qu'il convient de retenir de la pandémie de la nouvelle peste - après le sida - qui endeuille de nombreuses familles dans de nombreuses régions africaines, c'est qu'elle a ébranlé la confiance aveugle que les Noirs ont placée en l'homme blanc. Désormais, la source de leur espoir s'est déplacée dans les Caraïbes.

En effet, malgré les grandes saignées opérées par les Blancs lors de la traite atlantique après les razzias arabes, malgré la colonisation et le travail forcé, malgré les nombreuses mains noires coupées au Congo et les essais médicaux ravageurs des laboratoires européens censés sauver l'Afrique de la mouche tsé-tsé grâce à la Lomidine - ce vaccin français qui fit de milliers de morts et laissa des milliers de personnes handicapées - jusqu'en ce début du XXIe siècle, les Africains étaient encore très nombreux à croire que seul le Blanc pouvait les sauver de leur misère économique, sociale et sanitaire.

Mais voilà qu'en cette année 2014, avec l'apparition d'Ebola, promptement, de très nombreux Africains des villes et des villages ont montré les Blancs d'un doigt accusateur. Certes, ils ne disposent d'aucune preuve factuelle ou scientifique pour justifier leur ressentiment. Toutefois, la brusque apparition d'Ebola dans les années 70 au Congo suivie de sa non moins brusque disparition et sa soudaine réapparition à l'autre bout de l'Afrique a jeté la suspicion dans leur cœur. Certains sont même allés jusqu'à évoquer l'idée d'une volonté délibérée des Blancs de dépeupler l'Afrique afin de l'occuper, comme ils l'ont fait en terres américaines après avoir décimé les Amérindiens du Nord au Sud.

Après de nombreux mois de tâtonnement dans l'éradication du nouveau fléau, cette défiance des Africains à l'égard des Blancs et de leurs industries pharmaceutiques ne peut que croître au regard de l'attitude de l'Europe occidentale et des Etats-Unis d'Amérique face à cette étrange maladie déclarée propre au continent noir.

D'abord, la guérison de presque toutes les personnes blanches contaminées - une fois extirpées des foyers d'infection, isolées et traitées avec des médecines ignorées du grand public - ne cesse d'étonner. Ensuite, tout le monde constate que l'argent octroyé par les organisations internationales sert avant tout à protéger l'Europe occidentale de cette pandémie en mettant en place des mesures pour contrôler le flux des populations africaines à leurs frontières. En d'autres termes, l'argent des Blancs n'est pas destiné à soigner les Noirs qui meurent par milliers mais à les isoler de l'Europe. Aussi, aucun médecin noir, aucun personnel infirmier noir n'a été déclaré guéri ! Quelle inhumanité ! Quel cœur de pierre !

Cuba au secours de l'Afrique, Cuba combat Ebola en Afrique


Au moment où l'Afrique désespère de l'Europe qui paraît avoir tué en elle l'amour de l'autre, voilà qu'apparaît un pays que personne n'attendait : Cuba ! En effet, de même que l'on dit que l'espoir fait vivre, de même l'on sait que l'absence d'espoir est le début de la fin, le début de la mort. C'est donc Cuba, ce petit pays pataugeant dans les difficultés propres à un pays non industrialisé, qui vient entretenir l'espoir dans le cœur des Africains afin qu'ils ne désespèrent pas de l'humanité.

Cuba a déjà dépêché en Afrique 165 médecins et personnel infirmier pour lutter contre Ebola et s'apprête à doubler cet effectif très prochainement. Pendant ce temps, que font les Etats-Unis ? Ils ont jugé urgent d'envoyer sur place des militaires pour une aide logistique ! Attitude qui ne fait que nourrir le sentiment d'occupation étrangère que les Africains entretiennent dans leur imaginaire. Et l'Europe, que fait-elle, mise à part la protection de ses frontières ? Elle se contente tout simplement de vanter l'action de ses ONG sur le terrain. Or, nous savons tous qu'en terre africaine, le personnel de ces organisations non-gouvernementales est essentiellement composé de médecins et d'infirmiers noirs qui meurent par centaine sans que les médias n'en disent mot en Europe.

Le salut des Africains atteints d'Ebola viendra-t-il de Cuba ? Après avoir collaboré avec les Américains sur le sol haïtien touché par un terrible tremblement de terre en 2010, voici donc de nouveau Cuba sur le terrain humanitaire... Et l'espoir s'est glissé dans le cœur des Africains et de la race humaine tout entière.

Raphaël ADJOBI

23/09/2014

Déclaration de l'AIRD-France sur la situation politique de la Côte d'Ivoire à un an des élections présidentielles

AIRD, Alliance Ivoirienne pour la république et la démocratie, Résistance ivoirienne, le parti politique d'Eric KahéFaute de projets démocratiques consensuels, l'AIRD-France ne participera pas aux élections présidentielles de 2015, et elle n'appellera pas la population à aller voter.

La relance de la Commission Electorale Indépendante (CEI) était apparue depuis quelques mois comme l'amorce du rétablissement du jeu démocratique qui a volé en éclats lors des élections présidentielles de 2010. Le succès de cette tentative aurait certainement laissé dans le cœur des Ivoiriens l'espoir d'un acheminement possible vers la normalisation des relations entre les différents partis politiques et le pouvoir en place. Malheureusement, son échec vient conforter la défiance, voire la peur des pratiques arrogantes et violentes du pouvoir à l'égard de l'opposition et des populations.

A l'AIRD-France, comme dans l'opinion publique ivoirienne, M. Youssouf Bakayoko incarne le travestissement de la loi républicaine, l'irresponsabilité ayant conduit à la faillite du système électoral qu'est la CEI à un moment crucial de son histoire. Toute la Côte d'Ivoire sait que ceux qui lui ont renouvelé leur confiance l'ont fait pour le travail qu'il a accompli en 2010. Et toute la Côte d'Ivoire sait aussi qu'il faudra qu'elle s'attende au même scénario catastrophique à l'issue des élections de 2015. Or, aucun Ivoirien ne souhaite revoir les maux de 2010 ! La reconduction de M. Youssouf Bakayoko à la tête de cette Commission ne peut donc être regardée que comme un affront, une insulte à la dignité des Ivoiriens et des hommes politiques.

Malheureusement, loin de se soucier de l'indignation et des peurs des populations, M. Ouattara affirme que M. Youssouf Bakayoko demeurera le président de la CEI. Il estime que « la Côte d'Ivoire est maintenant une démocratie » et qu'il l'a fait savoir au président français. En d'autres termes, selon lui, toutes les conditions sont désormais réunies pour des élections libres et démocratiques. Que désormais ceux qui voudront parler prennent garde à ne pas hausser le ton, parce qu'ils ne sont tous qu'en liberté provisoire, a-t-il ajouté.

L'AIRD-France juge bon de dire ouvertement à la population ivoirienne que c'est un crime d'aller aux élections avec Youssouf Bakayoko à la tête de la CEI comme c'est un crime de violer la constitution en confiant le rôle de cette Commission au ministère de l'Intérieur. C'est un crime de ne pas offrir aux milliers d'exilés dans les pays voisins l'occasion de remplir leur devoir de citoyen en les rétablissant dans leurs biens. C'est un crime d'exclure des hommes et des femmes du jeu politique en les maintenant en prison parce qu'ils ont refusé d'embrasser l'opinion du parti au pouvoir.

En effet, à un an des joutes électorales, l'AIRD-France fait le triste constat qu'aucun chantier à visée démocratique n'a été sérieusement mené par le pouvoir pour aboutir à une réalisation concrète et rassurante. C'est pourquoi, si les différentes situations énoncées ci-dessus n'évoluent pas rapidement, nous serons forcés de laisser le RDR et ses alliés aller seuls aux élections. Qu'ils se reconduisent à la tête de l'Etat ! Et que cela se sache !

L'AIRD-France ne reconnaît pas et n'accepte pas l'état de « démocratie » de la Côte d'Ivoire déclaré par M. Ouattara. Par voie de conséquence, elle refuse d'entériner l'exclusion du pays des exilés dans de nombreux pays du monde – principalement au Libéria et au Ghana – et la normalisation de l'existence de prisonniers politiques en Côte d'Ivoire.

L'AIRD-France salue le sens de responsabilité de tous les partis qui ont pris ou prendront rapidement leurs distances avec le visage hideux de la CEI qui nous est proposé. Elle se joint à l'indignation de tous ceux qui ont dénoncé la menace à peine voilée de renvoyer les opposants en prison ainsi que le caractère anticonstitutionnel des propos de M. Ouattara voulant désormais se passer de la CEI pour l'organisation des nouvelles échéances électorales.

Yonne, le 20 septembre 2014
Raphaël ADJOBI
Délégué général AIRD-France

08/06/2014

Commémoration des 70 ans du débarquement : l'Afrique et l'ancien empire français oubliés !

L'Afrique oubliée, l'Afrique ignorée, l'Afrique et la seconde guerre mondiale


L’ingratitude française a atteint son paroxysme le 6 juin 2014, quand tous les peuples qui de près ou de loin ont contribué à la défaite de l’Allemagne nazie ont été invités, en Normandie, à la commémoration des 70 ans du débarquement allié. Tout le monde a été convié, même l’ancien ennemi, l’Allemagne. Seule l’Afrique a été écartée de la fête !

Dans son allocution de bienvenue, le président français a évidemment placé les Américains et les Anglais au cœur de cette commémoration et leur a adressé des remerciements très appuyés. Pour la première fois, le très lourd tribut payé par la Russie pour triompher de l’Allemagne nazie et épuiser ses forces, facilitant par la même occasion le débarquement allié, a reçu un hommage mérité. La résistance intérieure ainsi que les innocentes victimes des bombardements alliés ont reçu, pour leur part, la reconnaissance de la Nation. Chose étonnante, pas un mot à l’endroit de l’Afrique et de l’ancien empire français n’est sorti de la bouche du président de la République !

L’Afrique et l’empire français ont sauvé l’honneur de la France

Pourtant, durant la seconde guerre mondiale, la France combattante se limitait à l’Afrique et au reste de l’empire français ; l’armée blanche française était restée fidèle à Pétain et à Vichy ! Par conséquent, cet oubli inconscient ou volontaire de quelques mots à l’adresse de l’Afrique et de l’ancien empire colonial dans son ensemble est une faute absolument grave.

En effet, ne pas mentionner la contribution de l’Afrique et de l’empire français dans le débarquement des forces alliées qui ont permis la libération de la France, c’est nier le rôle de Charles de Gaulle dans cette libération. En d’autres termes, oublier l’Afrique, c’est limiter le mérite de Charles de Gaulle à son appel du 18 juin. C’est affirmer qu’il n’a rien fait d’autre après cela. C’est se convaincre que mis à part le fait d’avoir tenu un micro et galvanisé quelques groupuscules de Français, de Gaulle n’a jamais été un combattant de la seconde guerre mondiale.

L'Afrique oubliée, l'Afrique ignorée, l'Afrique et la seconde guerre mondiale


Or, de Gaulle a bien été un combattant. Et c’est en Afrique qu’il est allé trouver des hommes pour constituer l’armée dont il avait besoin pour combattre l’Allemagne nazie aux côtés des alliés Anglais et Américains. Au moment où toute l’armée blanche française restait fidèle à Vichy, c’est en Afrique qu’avec le général Leclerc il va trouver des hommes de bonne volonté pour prendre les armes contre l’Allemagne. C’est en Afrique que l’empire français va se mettre sous les ordres de Charles de Gaulle et participer à la libération de la France.

C’est cette vérité historique qui ne limite pas le rôle de Charles de Gaulle à l’appel du 18 juin qui faisait dire à Gaston Monnerville, que « sans l’empire, la France ne serait qu’un pays libéré » par les Américains et les Anglais, mais « grâce à l’empire, la France est un pays vainqueur ». Oui, c’est cela la vérité historique. C’est l’Afrique et l’empire français qui ont permis à de Gaulle et à Leclerc d’entrer dans l’Histoire parce que c’est là qu’ils ont trouvé des libérateurs qui n’étaient pas Blancs mais qui vont verser leur sang pour la France. Comme le rappelait si bien Edwy Plenel en février 2014, personne ne doit oublier que « les troupes françaises qui vont permettre au général de Gaulle de réussir son pari politique en plaçant la France à la table des vainqueurs en 44-45 – alors que la perdition morale de ses élites dirigeantes dans la collaboration aurait dû logiquement la mettre dans le camp des vaincus – venaient à plus de 80% des ailleurs coloniaux et des lointains étrangers. Sans eux, sans ces diverses humanités portées à son secours – ajoutait-il de manière très ferme – la France ne serait pas devenue, depuis l’après guerre mondiale, une République démocratique et sociale ».

L’oubli de la contribution de l’Afrique et des « ailleurs coloniaux » à la commémoration du 70e anniversaire du débarquement est donc de toute évidence une faute qui tient à la déformation de l’Histoire qui est devenue la règle dans l’enseignement français. Avec le temps, grâce à la mauvaise foi et au mensonge, la France se fabrique une Histoire loin de la réalité des faits historiques. Quelle tristesse !

Raphaël ADJOBI
Délégué général AIRD-France