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07/05/2012

France : un Afro-Français a vécu les élections dans un burau de vote



Hier soir, 5 avril 2012, je m'étais couché assez tard : il n'était pas loin de minuit. Avant d'aller au lit, j’avais pris soin de noter sur une feuille, en gros caractères : « aller voter ! » Oui, je me connais très bien : si je me mets à écrire, je peux oublier le reste du monde. Donc demain : lire, mais pas écrire !

Le lendemain matin, 6 avril, le déplacement au bureau de vote ne quitte pas mon esprit. A 10 h 15, je vais prendre ma douche. A 10 h 30, je sors de chez moi en direction du bureau de vote. Dans ma petite ville, sans doute comme sous de nombreux cieux en France, le temps est gris. Le sol est encore marqué par la pluie de la nuit.

Quand j'entre dans le couloir du bureau de vote de ma circonscription, j'esquisse un léger sourire. Le vieil homme devant moi dans son "imper Colombo" ne m'est pas inconnu. Voisin de l'école primaire que fréquenta mon fils - que les années passent vite ! - il était connu pour être ombrageux, absolument pas communicatif, arborant toujours la tête de celui qui est prêt à l'affrontement. Je me souviens l'avoir vu à une station service remplissant deux jerricanes après le plein du réservoir de sa voiture. Il avait ensuite laissé celle-ci sur place plutôt que de libérer la pompe. Une place de stationnement lui tendait pourtant le bras, à quelques mètres de là. Certain qu'il vote Sarkozy celui-là, me suis-je dis.

Au moment de présenter ma carte d'électeur et ma pièce d'identité, un simple coup d'oeil à l'ensemble de la salle me fit comprendre que Sarkozy sortira vainqueur de ce bureau : les personnes âgées, peu instruites - pauvres ou riches - sont généralement des électeurs de droite.

- Vous pouvez venir pour le dépouillement ce soir ? me demande la dame à l'accueil qui reçoit mes documents. Il y a quinze jours, elle m'avait fait la même proposition et j'avais, à partir de 18 heures, participé au dépouillement des votes du premier tour des élections. Je dis résolument oui ; je récupère mes documents et la petite enveloppe bleue qui a dû servir une dizaine de fois. Pas de gaspillage ! J'entre brièvement dans l'isoloir (j'avais préparé depuis chez moi le bulletin "Hollande"), en ressors et glisse mon bulletin dans l'urne après le contrôle d'usage. Une signature devant mon nom sur la liste (2è position) et je me fais enregistrer pour le dépouillement à 18 heures.

A l'heure dite, je me présente et me tiens, avec un petit groupe, dans l'étroit couloir pendant qu'un ouvrier démonte les isoloirs. Une dame de quatre-vingts ans, au chapeau rouge, passe devant le groupe sans un bonjour et pénètre dans la salle où règne un pesant silence. Seuls les responsables du bureau se permettent de parler à haute voix. Quelques personnes retenues pour le dépouillement se connaissent. Elles échangent quelques paroles. Je me rends compte qu'il y a des habitués. La dame au chapeau rouge en est une. Certains se sont invités ! Apparemment, des habitués qui n'ont pas été retenus cette fois. Je constate que la très grande majorité des invités au dépouillement sont des personnes âgées, apparemment toutes de condition très modeste. Certainement toutes des Sarkozystes.

On nous installe quatre par table et on nous délivre les recommandations d'usage. Le dépouillement commence ! A ma table, je tiens avec ma voisine de droite le compte des résultats. C'est une femme d'une quarantaine d'années ; l'une des plus jeunes parmi les invités... Elles et moi traçons des barres verticales chaque fois que nous entendons "Sarkozy" ou "Hollande". L'une des deux dames en face de nous ouvre les enveloppes une à une, tend chaque fois le bulletin à sa voisine qui annonce le nom du candidat.

Sarkozy prend une avance qui m'inquiète. Le temps passe et il est régulièrement à plus de 15 points devant Hollande. A la fin de la première centaine de bulletin de ma table, Sarkozy a une avance de 12 points. Il me semblait que les annonces des tables d'à côté étaient plus favorables à Holland. J'entends des « ça va être serré ! » Au dépouillement de la deuxième centaine de ma table, l'avance de Sarkozy est moins grande. Soudain, bonheur ! Hollande vient d'égaliser ; mais à chaque nouveau bulletin Sarkozy reprend la tête. Il commence à m'exaspérer. Je me rassure en me disant que s'il ne l'emporte pas dans ce bureau, il sera fait comme un rat ! Tiens, enfin Holland passe en tête ! Je commence à y croire. A la fin de cette deuxième centaine de bulletins, Hollande l'emporte de 2 points.

Quelque peu rassuré, j'attends la communication des résultats de notre bureau. D'une voix solennel, l'un des responsables nous annonce un score serré : Sarkozy l'emporte avec un plus de 50%, talonné par Hollande avec un peu plus de 49%.

A partir de ce moment précis, je savais que François Hollande sera notre prochain président. Notre bureau avait largement voté à droite au premier tour : François Holland avait battu Marine Le Pen d’un seul point, alors que Nicolas Sarkozy écrasait tout le monde. Voir des résultats aussi serrés dans un quartier largement acquis à la droite, est donc la preuve que le candidat de la Gauche est en position de force sur l'ensemble du territoire. Du moins, je place mon espoir dans cette conclusion. Je me dis qu’il ne peut pas avoir de miracle pour Sarkozy. Non, il ne le faut pas !

A ma sortie du bureau de vote, j'envoie un SMS à A…, à Dijon, pour lui dire que l'espoir est permis. J'ajoute « On l'aura ! ». Rentré chez moi, je suis les analyses et les commentaires des journalistes et des hommes politiques sur l’écran de mon portable (je n'ai pas de téléviseur !). Les journalistes ont beau faire semblant de ne pas connaître les résultats, les images parlent d'elles-mêmes : La Bastille est pleine alors que La Concorde est vide ; au QG de Hollande, Harlem Désir est tout sourire et la foule crie « on va gagner » alors que les partisans de Nicolas Sarkozy chantent la Marseillaise, de temps à autre, comme pour conjurer le sort, mais sans grande conviction. On voit François Holland enfermé dans son bureau préparant son discours - avec sa compagne à ses côtés - alors que Nicolas Sarkozy quitte l'Elysée pour aller rejoindre ses partisans. Je ris intérieurement en me répétant « on l'aura ! »

Enfin, vingt heures : Holland président ! Je souris et je lâche : « On t'a eu ! » Un coup d'oeil au score et je conclus : « les Français sont très conservateurs ! Presque tous les Français se croient bourgeois et donc bons pour voter à droite». Je pense au film "Les neiges du Kilimandjaro" dans lequel de pauvres ouvriers traités de bourgeois finissent par se convaincre qu'ils sont des bourgeois.

Raphaël ADJOBI
Il m'est, depuis quelque temps, impossible d'ajouter des images à mes billets. Désolé pour la tristesse de mon blog !

22/03/2012

Comme par hasard...

(Une contribution de Jérôme Ancel)

On croit rêver : voilà un président de la peau duquel, hier encore, personne ne donnait bien cher –électoralement parlant bien sûr, encore que... – ; un président en chute libre, enseveli sous une avalanche d'affaires toutes plus nauséabondes les unes que les autres ; voilà donc un président "fini", sans avenir, propulsé du jour au lendemain sur la scène hollywoodienne des grand héros de sagas à l'ancienne, chevalier blanc des justes causes, sauveur des opprimés, justicier au grand cœur, arborant soudain la cape chatoyante des grands hommes providentiels. Du jour au lendemain, voilà Sarkozy redevenu l'homme de la situation, candidat idéal à sa propre succession à la tête d'une France menacée par l'hydre du fanatisme sanguinaire.

Le simple exposé des termes de ce paradoxal retournement médiatique devrait suffire à susciter quelques questions dont on espère qu'une fois dissipée la passion émotive, tout le monde en France va se les poser. D'abord, celle de la rapidité de l'enquête. La police française, généralement connue pour la lenteur des investigations aboutissant à ses rares succès, vient en l'occurrence de rivaliser en promptitude avec Superman. A la vitesse de l'éclair, on a :
-identifié et répertorié les projectiles – inaugurant au passage une nouveauté : celle de "l'expertise balistique en temps réel" – ;
-identifié et repéré le scooter, puis son conducteur ;
-localisé l'assassin présumé et lancé l'assaut pour sa capture.
-fait coïncider cette dernière avec l'arrivée sur les lieux du Président urgentiste.
Quel timing !
Un tel déploiement de prouesses policières, une telle débauche de performances hors du commun laissent évidemment songeur. Le moins que l'on puisse dire, c'est que de a à z, cette affaire de vague d'attentats ressemble fort à un mécanisme d'horlogerie minutieusement réglé.

Autre question, celle du vocabulaire : le mot "tuerie" a-t-il été employé par les médias à propos de l'assassinat de seize Afghans par un marine américain il y a une dizaine de jours ? Ou à propos de l'élimination de la famille du fils de Mouammar Kadhafi, et des massacres sans nombre et sans nom qui ont émaillé cette guerre du fric contre l'un des derniers bastions africains de la résistance aux démons de l'Occident ? Monsieur Sarkozy se souvient-il encore de son rôle de traiteur en chef dans cette boucherie de 100 000 morts aux portes de l'Europe? Et la communauté juive de France a-t-elle gardé la mémoire de la complicité effroyablement lucide et cyniquement volontaire de l'un de ses représentants les plus illustres et, dit-on, les plus intelligents, dans la perpétration de cette monstruosité ? Je veux parler de Monsieur Bernard Henri Lévy, probablement moins digne de porter le nom de Juif que ne l'aurait été l'ennemi désigné - Mouammar Kadhafi, supplicié, abattu, incinéré, privé de sépulture, "effacé" comme les victimes juives de la barbarie nazie…

Autre question : lorsque les autorités françaises, il y a un an, ont pris l'initiative de superviser et d'encadrer sur le terrain le déferlement de violence qui a ensanglanté la Côte d'Ivoire, en approuvant l'ouverture des portes des prisons ivoiriennes et burkinabées, et la mise en liberté de 12 000 détenus de droit commun qui à ce jour continuent à faire la loi, pensaient-elles vraiment que leur crime resterait impuni ? Sans parler de Douékoué, Bloléquin, Toulepleu, combien de bourgades en Côte-d'Ivoire n'ont-elles pas été le cadre de tueries durant l'année écoulée ? Et combien se passe-il de jours, en Côte d'Ivoire et en Lybie, sans que l'on ait à déplorer la mort de nouvelles victimes, au fil de massacres voués à l'anonymat par l'indifférence des médias sous tutelle sarkozienne ?

Toutes ces questions, Nicolas Sarkozy est le premier à se les poser. Si nous voulons l'aider à y répondre, encore faut-il ne pas perdre de vue cette évidence : Nicolas Sarkozy est un homme aux abois ; hanté par le spectre de ses innombrables victimes ; épouvanté par le nombre et la nature de ses innombrables mensonges ; terrifié à l'idée de se retrouver, au lendemain des élections, dans l'incapacité de se soustraire aux non moins innombrables accusations dont la liste, sous forme de plaintes en bonne et due forme, l'attend à la Haye, au siège de cette cour Pénale dont tous les juristes ne sont pas corrompus, et où le Président légitimement élu Laurent Gbagbo lui-même lui aura chauffé la place.

Alors, pour conjurer cette menace, tous les coups sont permis. Renonçant à la méthode douce, celle des sourires enjôleurs – discours des Cévennes à l'intention des Protestants, parrainage de la libération de Gilad Shalit à l'intention des Juifs, tournée arménienne –, méthode restée désespérément inefficace, le candidat Sarkozy tire aujourd'hui ses dernières cartouches : celles du mythe de la France assiégée, de nos libertés en péril, de la barbarie terroriste. Le comble, pour le chef d'un gouvernement qui aura terrorisé en un an plus d'innocents que ne l'ont fait ceux de ses prédécesseurs en vingt. Le délinquant, c'est lui, le fanatique, c'est lui ; la terreur, c'est celle qu'au nom de la France, lui-même impose à la Côte d'Ivoire, à la Lybie, à la Syrie : délinquance, fanatisme et terrorisme de ces sphères de la haute finance dont il a toujours été le servile domestique, intérêt oblige.

Une expression résume le coup de théâtre de ce spectaculaire – et espérons-le éphémère – sauvetage du prédateur Sarkozy : "comme par hasard". On y pensait déjà lors de la libération de Gilad Shalit. Aujourd'hui, l'évidence s'impose. La ficelle est trop grosse. Et cela d'autant plus que l'on sait les inestimables services que le personnage vient de rendre à la mouvance islamique radicale, en livrant au chaos la Lybie, et dans son sillage le Mali – grâce au largage intempestif de dizaines de tonnes d'armes sophistiquées –, ainsi qu'en s'employant à appliquer le même traitement à la Syrie. Nicolas Sarkozy a vitalement besoin d'un sursis présidentiel, non seulement pour gérer, depuis l'Élysée, les conséquences incalculables autant qu'imprévisibles de son aventurisme forcené ; mais aussi pour consolider et engranger les dividendes, pour l'heure encore mouvants, de sa cupidité. Le temps qu'il faut en somme au malfaiteur pour effacer ses traces, et peaufiner le déguisement qui lui permettra de se mêler à la foule en passant inaperçu.

Reste le plus inquiétant : à supposer que le stratagème sécuritaire de Toulouse et Montauban ne produise pas l'effet escompté sur la courbe des sondages, le souverain déchu pourrait, en désespoir de cause, chercher à obtenir ce sursis par d'autres moyens. Car il lui reste toujours deux jokers :
-celui de l'état d'urgence, et du report sine die des élections. Mais cela supposerait la réalisation d'un scénario de déstabilisation simulée vraisemblablement trop coûteux pour figurer parmi les accessoires de sa mégalomanie.
-Celui du déclenchement d'une nouvelle guerre, une vraie, qui, cette fois, souderait la France autour de son chef. On pense à l'Iran, évoqué durant l'enquête comme un commanditaire potentiel des derniers attentats. On appréciera à cet égard l'indécente obséquiosité du premier ministre israélien Netanyahou envers un homme auquel – en dépit des circonstances, aussi douloureuses soient-elles –, il ne doit rien. A moins que ce qui les lie relève d'un accord dont les tenants et aboutissants nous échappent, mais dont la réélection de Sarkozy serait l'un des enjeux.

Une dernière question : ne serait-il pas plus que jamais temps pour le peuple de France de se réveiller, en se débarrassant au plus vite de celui qui pourrait, en cas de réélection – ce qu'à Dieu ne plaise –, condamner le pays à l'enfer – un enfer cette fois non électoralement contrôlé –, lorsqu'il s'agira pour nous tous, tôt ou tard, de régler la facture des violences inouïes perpétrées par nos autorités contre des peuples souverains, pour l’heure humiliés et asservis, mais, soyons-en certains, bientôt libérés ?

Jérôme Ancel

13/03/2012

Un deuil national de "purification" en Côte d'Ivoire pour quoi faire ?

Une contribution de Shlomit Abel
Dans la Côte d'Ivoire "restaurée", Un deuil national de "purification" annoncé pour le 17 mars

Nous savons ce qu’est un deuil, ce qu’est marquer le deuil ; nous savons aussi, spirituellement, ce que signifie la purification, mais dans le jargon pseudo religieux du nouveau gouvernement qui veut instaurer un deuil national de purification le 17 mars prochain, on découvre une spiritualité de ténèbres, une spiritualité de vaudou, toute imprégnée de magie, à laquelle manque l’essentiel : en effet, comment passer directement au stade de la purification, si on n’a pas constaté que l’on est sale, que l’on est coupable ? Pourquoi se laver quand on n’est pas sale ? Ou alors est-ce encore toujours le même discours, celui du gouvernement, blanc comme neige, propre et pur, qui n’a pas besoin de purification ; et c’est donc lui qui va, encore et encore, demander un Nième mea culpa aux sympathisants du Président Gbagbo, en leur imposant de reconnaitre des fautes imputables aux seuls rebelles et associés… Enfin cette commission réconciliation et vérité, que fait-elle ? Très concrètement on nous parle d’échéances, fin juillet, fin août, dernier trimestre ; c’est se moquer des ivoiriens ! J’imagine que le Président Banny, même s’il a la volonté d’orienter positivement sa commission, manque totalement de moyens, et ne rencontre personne, dans son camp, prêt à dire, « nous avons fauté gravement, nous avons du sang plein les mains, nous avons renversé l’état et nous sommes en pleine illégitimité ! »

Rappelons encore, que cette date s’inscrit presque jour pour jour, un an après le grand rassemblement des 15-16 mars 2011,qui a mobilisé 2 millions de personnes à Abidjan, à l’appel de la Galaxie patriotique et de son Leader, Charles Blé Goudé .J’ai pu suivre tous les discours, toutes les interventions, car en Israël, la RTI n’était pas censurée comme en France. Je me souviens du discours impressionnant de cet imam dont je ne connais pas le nom, citant les Écritures, et qui a dit sept fois, « Écoute Côte d’Ivoire, notre Seigneur est Un ! » et trois fois « Le peuple périt, faute de connaissance ! »

Enfin, cette année la portion d'Ecritures pour le Shabbat du 17 mars est justement la parachah de la « vache rousse », (Nombres 19 1 –22, avec en parallèle, Ézéchiel 36 16-36 ), la purification, quand il y a eu contact avec un mort ! Étrange coïncidence encore ! Mais voilà, les milieux maçonniques jouent et surfent sur les évènements, empruntant ce qu’ils veulent, rejetant ce qui ne leur convient pas, embrouillant tout le monde …mais Dieu saura en son temps les rétribuer comme il convient ! Et honorer le petit peuple qui est resté fidèle, n’en doutons pas ! Pâque est proche : Les esclaves seront libérés et le Préfet-Pharaon et ses cavaliers s’embourberont fatalement et définitivement !

Shlomit Abel, ce 8 mars 2012

26/07/2011

Côte d'Ivoire : le bilan de trois mois de protectorat

Côte d'Ivoire : le bilan de trois mois de protectorat

En Occident, on a coutume d'appeler les trois mois de tout nouveau pouvoir « la période d'état de grâce ». C'est à dire que durant ces trois premiers mois où l'opposition panse ses plaies et le peuple hébété reste passif d'espoir ou d'inquiétude, le nouveau régime, ivre de son succès, prend des mesures pour s'affirmer sans souffrir aucune contestation. Tout le monde attend pour voir !

En Côte d'Ivoire, l'opposition embastillée et les populations traquées et terrorisées, c'est un champ libre ouvert au nouveau pouvoir qui a marqué ces trois premiers mois. Certains appellent cela « la démocratie » malgré le visage grimaçant de souffrance du pays qui semble dire que ce régime a toutes les caractéristiques d’une dictature.

L'état de grâce ne s'est pas traduit par des mesures pour un retour à une vie quotidienne normale mais plutôt par la chasse à l'homme dans les villages. C’était la pacification annoncée ; c'est-à-dire une période marquée par le repérage et l’élimination physique (ou par la prison) de tout ce qui rappelle le soutien à l'adversaire déchu. L'état de grâce ne s'est pas traduit non plus par des mesures pour soulager les populations qui ont tout perdu ou qui attendent de retrouver leurs domiciles abandonnés dans la peur mais plutôt par l'indemnisation des sociétés françaises qui, selon le nouveau pouvoir, auraient subi d'énormes pertes en 2004 avec les manifestations des jeunes patriotes. L'urgence pour M. Alassane Ouattara était donc de régler les factures du bienfaiteur français. La Côte d'Ivoire peut attendre. Enfin, l'état de grâce ne s'est pas traduit par des mesures pour redresser et coordonner rapidement les différents services administratifs et sociaux mais plutôt par l'embauche, par vagues successives, de militaires burkinabés comme gardes présidentiels en Côte d'Ivoire dans le but de leur accorder un salaire royal. Il ne fallait surtout pas oublier de récompenser Blaise Compaoré !.

Au regard de tant d'indifférence devant les réalités ivoiriennes, il semble qu'exaspérés de ne voir rien venir, certains des partisans de M. Ouattara qui n'ont pas d'arme pour aller se servir dans les villages ou sur les routes du pays ont même dû, la mort dans l'âme, scander « on veut Gbagbo » avant d'être brutalement dispersés.

Une armée défigurée qui fait peur

Mais quelle est donc la réalité sur le terrain qui empêche de vraies mesures de redressement du pays ? Car ne nous trompons point : il ne suffira pas - pour satisfaire les marchés européens et remplir les caisses (que nous espérons être celles de l'état) - de vendre café, cacao et pétrole en grandes quantités pour que la paix, la sécurité, et une qualité de vie meilleure s'installent dans le pays. A force de ne regarder que l'argent, à force de ne parler que d'argent et de contrats juteux pour lesquels la France a fait de lui son cheval de bataille et vient lui rendre visite symboliquement un14 juillet, Alassane Ouattara a perdu de vue le visage de la femme, de l'homme et du jeune ivoirien. La réalité du terrain que connaissent les hommes, les femmes et les enfants, c'est une Côte d'Ivoire tourmentée !

Le premier constat de cette réalité du terrain qui donne l'impression de voir un pouvoir embourbé dans une fange sordide concerne l'état de l'armée. Après avoir été tout de neuf vêtus, et estampillés Forces Républicaines par la France qui leur a livré par la même occasion l'armée nationale et le président Laurent Gbagbo, les rebelles dépareillés n'ont pas pu s'écarter de leurs pratiques sauvages ordinaires. Malgré les beaux habits et la belle étiquette au clinquant tapageur, ils ont investi - après Abidjan - les villages où ils ont chassé les gendarmes, ont poursuivi et tué les partisans connus de Laurent Gbagbo et ceux soupçonné d'en être, et partout ont fait de la terreur un mode de gouvernement. C'est selon eux la seule façon d'assurer une paix durable à leur patron.

D'autre part, malgré l'étiquette républicaine, cette armée n'a rien de nationale puisqu'elle est formée essentiellement par les rebelles du Nord auxquels quelques rares loyalistes se sont joints après avoir retourné leur veste. Les nouvelles autorités reconnaissent d'ailleurs que beaucoup d'éléments de l'armée loyaliste se sont fondus dans la nature avec des armes qu'elles recherchent vainement. Aussi, ceux de l'armée nationale restés fidèles à Laurent Gbagbo jusqu'au coup de force final et qui demeurent sous les drapeaux inquiètent le pouvoir. Mais chose encore plus inquiétante pour la cohésion au sein de cette armée, c'est qu'elle a recruté une foule d'étrangers qui tiennent à demeurer soldats en Côte d'Ivoire. Ceux qui ont contribué à chasser les gendarmes dans les villes et villages de l'intérieur comptent bien conserver ces postes désormais vacants.

Tout laisse donc croire que l'administration militaire dans certaines villes sera laissée aux mains des étrangers en signe de récompense pour services rendus à Alassane Ouattara. D'ailleurs, disent-ils, si ce dernier n'est pas content, ils pourraient se retourner contre lui. Ne pas être payés ne leur fait pas peur. Avec leurs armes, ils sont assurés de trouver leur pitance auprès des voyageurs sur les routes de Côte d'Ivoire. En clair, le sommet du pouvoir semble ne plus contrôler une bonne partie de sa base militaire. Ce qui explique pourquoi, sans vergogne, les chefs rebelles ont sollicité des patrouilles conjointes avec l'armée française. Vive l'indépendance ! Bientôt, la Licorne prendra franchement les choses en main, même pour les tâches les plus élémentaires. La boucle sera alors bouclée puisque déjà le conseiller à la garde présidentielle est un français et bon nombre de ministres sont sous la tutelle de « conseillers » français comme aux premières heures de l'indépendance. Ah, la belle époque des conseillers techniques blancs dans chaque ministère ! Très nostalgique, Ouattara en redemande !

Enfin, et toujours dans le même registre, il ne faut pas oublier que les rebelles estampillés armée républicaine ont distribué allègrement des armes aux civils sous le prétexte que ce sont des gardiens qui doivent protéger les domiciles des cadres et des Blancs. En voyant les vidéos de ces offrandes, on ne pouvait se poser qu'une seule question : quand ces armes seront-elles récupérées afin que nous retrouvions une société civile dans son état antérieur ? Ces armes entre les mains des civils peuvent être considérées comme des mines anti-personnelles semées sur le territoire d'un pays. On passe des années à déminer sans jamais voir la fin.

Les marques de l'insécurité sont donc là, fraîches, permanentes et peut-être indélébiles. Et la peur ou l'inquiétude est là dans les coeurs, palpable, rendant précaire chaque instant de la vie de chaque citoyen. Et la France veille, prête à prendre la main et à tout assumer. Ces foutus rebelles ne sont même pas capables de servir de paravent à la recolonisation ! peste-t-elle.

Le dictateur s'habille en démocrate

Le deuxième constat que nous pouvons faire de la réalité du pays concerne le nouvel état d'esprit qui prévaut à la tête de l'appareil politique en place.

On peut affirmer sans se tromper que nombreux sont les Ivoiriens qui pensent que Dieu aurait pu leur épargner certains comportements que les vidéos ont largement étalés sous leurs yeux et à la face du monde. Voir des illettrés aux mines patibulaires et aux yeux injectés de sang faire chanter et danser l'armée nationale d'hier au rythme des chansons préparées à la gloire de leur maître et donneur d'ordre était une chose insupportable que personne n'imaginait voir sur la terre d'Eburnie ! Ciel, dans quel monde sommes-nous parvenus ? Jamais les Ivoiriens n'avaient imaginé que de petits soldats s'exprimant dans un français approximatif aligneraient les anciens cadres politiques du pays comme de sages écoliers afin de s'appliquer à leur faire publiquement la morale devant des caméras pour la postérité. Ils n'avaient jamais imaginé que pour poursuivre leur besogne outrageante, ces petits soldats les obligeraient à faire des mouvements de flexion ; en d'autre termes qu'ils les obligeraient à ramper à leurs pieds ! Non, jamais l'Ivoirien n'avait imaginé que d'autres Ivoiriens tomberaient aussi bas !

N'allez surtout pas croire que ce sont des actes isolés ! Non, non ! Le pouvoir revendique tout cela puisqu'il tient à ce que tout le monde sache que c'est désormais ainsi que le pays doit être conduit. Tout le monde obéit à Alassane Ouattara ou alors on vous apprend à rentrer dans les rangs quand vous n'êtes pas éliminé physiquement.

Afin de donner le ton, il a été formé un gouvernement essentiellement nordiste. Qu'il soit rappelé en passant que dans les années soixante-dix, on enseignait dans les écoles que le groupe Akan à lui seul constituait plus de 50% de la population. Les Baoulés, issus de ce groupe, ont majoritairement soutenu Alassane Ouattara. Mais cela semble normal aux yeux des nouveaux maîtres que le pouvoir soit essentiellement nordiste puisque ce sont eux qui ont pris les armes contre Laurent Gbagbo. Pourquoi alors partageraient-ils équitablement le pouvoir ?

Malgré ces évidentes iniquités, le nouveau pouvoir lance des appels à la réconciliation et parle d'élections législatives. Sont-ils vraiment conscients de l'ignominie de leurs actes pour oser parler de réconciliation et d'élections ? Si oui, alors la dictature restera dans sa forme actuelle sous Ouattara et se contentera d'un manteau démocratique.

Avec qui Alassane Ouattara et ses rebelles veulent-ils se réconcilier ? Avec ceux qu'ils ont jetés en prison ? Avec les populations qui pleurent leurs morts loin de leurs villages occupés par les sanguinaires Dozos devenus les seigneurs de l'Ouest ivoirien ? Pour faire la paix, il faut que les uns et les autres reconnaissent leurs torts et leurs crimes. Alassane Ouattara et les siens reconnaîtraient-ils les crimes innombrables qu'ils ont commis ? Déjà, il leur faudrait cesser d'en commettre davantage. Qu’ils sachent que la repentance suppose un changement de façon de voir et de vivre tout à fait radical. Quant à la promesse qu'ils ont faite de punir tous les criminels, personne ne les croit ; à commencer par eux-mêmes. Car si l’on devine aisément qui punira les partisans du président Laurent Gbagbo, on ne voit pas qui punira les rebelles (les Dozos compris), et encore moins qui punira la France.

Quant à envisager des élections législatives, c'est la plus belle insulte que l'on puisse jeter à la face de ce pays. Quoi ? On emprisonne et on tue tous les éminents leaders de l'opposition et on dit vouloir concourir avec eux ? C'est comme si dans une course on attachait ou on enfermait ses adversaires dans les toilettes pour être sûr de remporter la victoire. Le seul opposant que le pouvoir actuel tolère dans le pays, c'est Mamadou Koulibali, le président de l'Assemblée Nationale. Et forcément celui-ci est partisan d'une réconciliation alors même que les tueries se poursuivent ; il veut aussi des élections législatives en l'absence des éminents concurrents du FPI qu'il vient d'abandonner et le peuple par la même occasion.

Monsieur Alassane Ouattara n'a jamais été un démocrate et ne le sera jamais ! Ses manières peu élégantes sont celles d'un bureaucrate affairiste et non point celles d'un dirigeant du peuple. Et bien sûr, c'est pour cette raison qu'il a été choisi par la France pour être son préfet en Eburnie.

Raphaël ADJOBI