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19/11/2014

Les Burkinabè de Côte d'Ivoire ont-ils trahi leurs compatriotes ?

Les Burkinabé de Côte d'Ivoire et la révolution burkinabè, Blaise Compaoré en Côte d'ivoire, Blaise Compaoré peut-il déstabiliser le Burkina depuis la Côte d'Ivoire ,


Comment ont-ils pu accepter que celui que leurs compatriotes ont chassé puisse trouver refuge parmi eux ? Comment les Burkinabè de Côte d'Ivoire ont-ils pu demeurer insensibles au souffle libérateur qui a secoué leur patrie ? Ont-ils choisi de protéger l'homme que leurs parents demeurés au pays indiquent d'un doigt accusateur ? Préfèrent-ils Blaise Compaoré à leurs parents et amis révolutionnaires défenseurs de la constitution nationale ?

Le manque de réaction des Burkinabé de Côte d'Ivoire à l'annonce de l'entrée de Blaise Compaoré en Côte d'ivoire où il a trouvé refuge est tout à fait sidérant. Alors que tous les journaux africains encensent le peuple burkinabé en le déclarant « magnifique » et en couvrant son action de tous les qualificatifs, la frange de cette population basée en Côte d'Ivoire – le pays voisin – le reçoit dans ses bras sans montrer aucune horreur du crime qu'il s'apprêtait à commettre. Pas une manifestation d'indignation ! Pas une manifestation symbolique contre la présence en Côte d'Ivoire de Blaise Compaoré signifiant leur solidarité au mouvement de colère qui a soufflé sur leur pays !

Il faut croire que tous les Burkinabè ne sont pas de la même qualité. Les arrivistes, les « retourneurs de veste », quand ils ont quitté le pays dit des hommes intègres, s'accommodent-ils de tout ? Doit-on croire que pour eux, Thomas Sankara ou Blaise Compaoré c'est la même chose ? Si c'est le cas, leur pays ne peut plus compter sur eux pour défendre leurs institutions. Quelle tristesse ! Peut-être qu'à force de vouloir travestir les institutions ivoiriennes pour se faire une place en Eburnie, ils ont perdu le sens de l'amour du Burkina et n'ont gardé que l'amour de Blaise Compaoré. Ils ne montrent aucune peur de voir Blaise Compaoré retourner sa passion déstabilisatrice contre leur mère patrie ! Espérons qu’ils ne constitueront pas l’arme de la reconquête du pouvoir Burkinabé pour le bourreau de Thoma Sankara, de Jean-Baptiste Boukari Lingani et d’Henri Zongo.

En tout cas, aujourd'hui, la seule chose qui leur reste à faire pour se racheter et ne pas se montrer solidaires, par leur silence, d'un homme que toute une nation regarde comme un criminel et tout un continent comme un déstabilisateur, c'est que tous les Burkinabè résidant en Côte d'Ivoire signent la pétition lancée par Félix Atchadé demandant la poursuite devant les tribunaux burkinabé ou africains de Blaise Compaoré pour répondre des crimes non élucidés sous ses mandatures. Nous ne voudrions pas croire que tous les Burkinabés en Côte d'Ivoire sont des mercenaires déstabilisateurs n'ayant aucun sens de l'amour de la patrie et des institutions nationales. Les patriotes ivoiriens attendent de les voir se comporter en véritables patriotes burkinabé respectueux de leurs droits et ceux des autres.

Pour finir, souhaitons vivement que les Ivoiriens se montrent solidaires des Burkinabè en signant la pétition dont nous mentionnons ici le lien : http://pasdimpunitepourcompaore.blogspot.fr/

Raphaël ADJOBI

04/08/2014

Nous serons contraints de brûler la Côte d'Ivoire pour sauver l'honneur de l'Afrique et de Laurent Gbagbo

Laurent Gbagbo, la résistance ivoirienne, la fin de la résistance ivoirienne, comment combattre la France

>« Ceux qui rendent une révolution pacifique impossible rendront une révolution violente inévitable » (John F. Kennedy, discours du 13 mars 1962).

Comme Toussaint Louverture enlevé de sa terre natale et emprisonné en France, au fort de Joux, pour laisser la place à un pouvoir colonial illégitime, Laurent Gbagbo est emprisonné depuis trois ans dans les geôles de l’Europe pour que la colonisation française poursuive sereinement son œuvre sous la direction du préfet qu’elle a oint avec l’assentiment de l’ONU. Deux siècles n’ont donc rien changé à l’histoire des relations entre le Noir, contraint à courber l’échine sous sa livrée d’homme inférieur, et le Blanc, triomphant sous sa couronne d’homme supérieur et tout-puissant.

C’est au regard de notre indignation par rapport à cet événement du passé que je fais appel à votre indignation par rapport à la réalité d’aujourd’hui. Si les crimes du passé vous indignent, double doit être votre indignation à l’égard des crimes d’aujourd’hui. Si la déportation de Toussaint Louverture en Europe vous indigne, votre indignation doit être encore plus grande contre celle de Laurent Gbagbo survenant deux siècles plus tard au sein d’un monde dit en progrès d’humanité et d'une Afrique plus libre de son destin.

Laurent Gbagbo place l’Africain à la croisée des chemins

Personne ne demande la libération de Laurent Gbagbo pour qu’il devienne le président de la Côte d'Ivoire. S’il revenait et qu’il exprimait le désir de diriger ses compatriotes, il serait contraint de passer par les voies démocratiques qui s’imposent à tous. Cependant, sa libération pure et simple apparaît à tous les Africains et à tous les Ivoiriens comme un principe incontournable, parce qu’il y va de l’honneur de l’Afrique et de la Côte d’Ivoire.

En effet, pour l’honneur de l’Afrique et de la Côte d’Ivoire, aucun Noir, aucun démocrate, ne doit se permettre d’accepter qu’après Toussaint Louverture, après Béhanzin, tous deux morts en terre étrangère par la volonté des Européens dans les siècles passés, un fils de l’Afrique subisse le même sort au XXIe siècle ! Les peuples noirs d'Afrique ne peuvent accepter que ceux-là mêmes qui sont responsables des nombreux crimes qui causent la misère sur le continent africain et ailleurs exigent de Laurent Gbagbo l'infaillibilité ! Sa seule présence dans une prison européenne est l’humiliation de trop pour l’Afrique. C’est le message clair que nous adressons à la France, à l’Europe et à l’ONU qui seront rendus responsables de la révolution violente qui pourrait embraser la Côte d’Ivoire. Que les fiers héritiers de la mise en esclavage des Noirs et de l’humiliation permanente des colonisés entendent ici le lourd grondement de la liberté qui enfle le cœur des opprimés.

Quant aux personnalités de l’opposition ivoirienne, elles ont le devoir de peser le poids de l’Histoire et bien analyser l’occasion que leur offre le combat de Laurent Gbagbo pour rappeler au président français qu’un de ses prédécesseurs, socialiste de surcroît – François Mitterrand – s’est incliné sur la tombe de Toussaint Louverture, honorant ainsi son combat digne et juste. Elles ont le devoir de rappeler à l’actuel chef d’Etat français, socialiste lui aussi, que s’il n’est pas capable du même geste, il doit tout au moins s’honorer de ne pas applaudir le crime semblable à celui de Napoléon. Si l’opposition ivoirienne ne soutient pas la libération de Laurent Gbagbo comme le principe purificateur de l'humiliation de l’Afrique par la France, alors cela voudra tout simplement dire qu’elle et l’Afrique tout entière n’ont pas tiré les leçons du colonialisme qui n’a eu de cesse de mépriser les enfants du continent noir.

La révolution, stade suprême de la résistance

« Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément ». Telle est la proclamation de l’article III de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 que Laurent Gbagbo n’a eu de cesse de rappeler à son adversaire, à la France, à l’ONU et à la terre entière en proposant le recomptage des voix au deuxième tour des élections de 2010. Comme Rosa Parks refusant de céder son siège devant l’intransigeance des Blancs racistes, Laurent Gbagbo s’est accroché au siège que le droit ivoirien lui avait accordé.

Balayant du revers de la main ce principe cardinal devenu une référence pour l’humanité tout entière, c’est par les armes que la France, s’instituant illégitimement la mère de la Côte d’Ivoire, a installé illégitimement l'adversaire de Laurent Gbagbo dans le fauteuil présidentiel. Comment la raison humaine peut-elle accepter qu'une force étrangère puisse en ce XXIe siècle installer le pouvoir de son choix dans un Etat qui est librement et indépendamment capable de réaliser son propre destin ? Au nom de quelle justice universelle l'accepterait-elle ? Peut-elle tolérer que l'Europe juge l'Afrique indigne de la démocratie qui proclame le gouvernement du peuple par le peuple ?

L’indignation des Ivoiriens et des Africains fut grande. A la promesse de la démocratie irréversible à laquelle ils avaient tendu l’oreille, succéda un pouvoir de terreur ayant officiellement choisi la préférence ethnique comme forme de gouvernement. Comment peut-on espérer bâtir une nation en pratiquant la terreur contre ses adversaires politiques ? Un tel agissement est un crime contre l’humanité parce qu’il fait de l’homme un loup pour l’homme.

Depuis trois ans, la raison humaine marche contre le régime en place en Côte d’Ivoire. Depuis trois ans, le génie humain menace ce pouvoir qui n’est plus guère soutenu que par la lassitude des populations, par la terreur de ses adorateurs, et surtout par la ligue des riches bailleurs de fonds de l’ancien colonisateur déclaré « mère patrie ». En leur nom et au nom de leur propre logique, les occidentaux qui ont installé ce pouvoir condamnent Laurent Gbagbo alors qu’ils assassinent des millions d'hommes par la guerre et réduisent des populations à la misère en les obligeant à céder leurs terres pour nourrir l'Europe. Les images des camps de concentration de prisonniers politiques en Côte d’Ivoire ne les émeuvent pas. Les bombes lâchées sur les populations dans ce pays en 2004 puis en 2010, ensuite en Lybie, au Mali et ailleurs en Afrique ne comptent pas.

En maintenant Laurent Gbagbo dans ses geôles, l’Europe se déclare donc la reine des Africains et fait sienne cet article du code de la monarchie : « Tu ne voleras pas, à moins que tu ne sois le roi, ou que tu n’aies obtenu un privilège du roi : tu n’assassineras pas, à moins que tu ne fasses périr, d’un seul coup, plusieurs milliers d’hommes » (1).

Devant cette logique européenne qui jette un voile de silence sur les crimes du régime en place en Côte d’Ivoire, devant cette logique européenne pour laquelle les vertus universelles embrassées par les Africains – notamment par Laurent Gbagbo – sont des crimes contre leurs intérêts et donc dignes d’être jugés à la CPI, la résistance ivoirienne a épuisé toutes ses forces dans la lutte pour la justice et le rétablissement de la démocratie. Ayant épuisé les armes démocratiques, elle ne dispose plus désormais que de la violence révolutionnaire. Et celle-ci n’a pour seul programme que le désordre purificateur permettant le passage du règne du crime à celui de la justice.

Ce n’est plus dans les structures démocratiques que doit se poursuivre le combat. Celui-ci ne peut être l’œuvre des partis politiques mais d’individus regroupés dans de petits comités structurés et convaincus de mener des actions efficaces contre les infrastructures participant à l’exploitation du pays au profit de l’Europe et des rapaces qui sévissent sur les terres ivoiriennes. En coupant pour ainsi dire les vannes de l’approvisionnement de l’Europe, on débranche également celles qui mènent aux caisses enregistreuses du pouvoir et de ses milices FRCI et dozos.

Puisque les Ivoiriens sont chassés de leurs terres et de leurs plantations de cacao et de café, puisqu’ils sont chassés de leurs villages devenus des camps d’occupation étrangère, puisqu’ils ont perdu leurs maisons au profit des miliciens et de leurs familles, puisqu’ils sont écartés de toutes les structures productives du pays, il ne leur reste plus qu’à faire ce que d’autres peuples ont fait en pareilles circonstances.

L'Histoire nous enseigne que devant l’occupant nazi et le pouvoir complaisant de Vichy, les Français ont refusé le fait accompli. Ils s’armèrent individuellement et en groupuscules de moyens dérisoires et d'une ferme volonté pour s’attaquer à l’usurpateur. Par des actions de sabotage des outils de production et des voies d’acheminement des produits devant profiter à l’affameur du peuple, ils troublèrent sérieusement sa quiétude.

C'est encore l'Histoire qui nous conduit à la première République noire du monde : Haïti. Comment opérèrent les pauvres esclaves, sans arme, pour venir à bout du puissant colonisateur français ? Comment de pauvres esclaves de Saint-Domingue ont pu vaincre les canons de la puissante armée française ? Ils avaient tout simplement compris que le feu pouvait venir à bout de tout. C'est par le feu qu'ils firent disparaître les immenses champs qui enrichissaient le colonisateur. Oui, le feu est l'arme des opprimés qui n'ont pas les moyens de s'acheter des canons. Et le feu est toujours vainqueur. En cela, ils furent les dignes imitateurs des révolutionnaires français qui incendièrent la Bastille un an plus tôt.

Enfin, l'histoire de la Guinée nous enseigne que devant le refus de Sékou Touré d'admettre la tutelle proposée par Charles de Gaulle, les trois mille Français résidant dans ce pays n'ont pas laissé intactes les infrastructures coloniales au moment de le quitter. Ils emportèrent tout ce qui pouvait être emporté, et brûlèrent ou saccagèrent purement et simplement tout ce qui ne le pouvait pas : écoles, bâtiments publics, outils d'exploitation...

Ce sont là des expériences qui doivent inspirer la résistance ivoirienne. L'heure n'est plus à l'organisation de débats sur la prochaine élection présidentielle. Il n'est plus question de discuter du caractère équitable ou non de la constitution de la Commission électorale indépendante (CEI). Il n'est plus question de participer à des projets de réconciliation nationale. Ce temps est révolu ! L'insolence du pouvoir et le silence méprisant de ses protecteurs français et onusiens nous en ont convaincus. La moitié nord du pays est encore gérée par les milices dozos et FRCI. Les populations qui ont envahi le Sud quand les rebelles ont occupé le Nord n'ont pas rejoint leur cadre de vie habituel à cause du règne sans partage de ces miliciens. Cette zone à l'origine des conflits postélectoraux des dernières élections présidentielles n'est toujours pas sécurisée. Les opposants politiques sont toujours en prison. Les camps de concentration et de torture ne sont toujours pas vidés. Les milliers d'exilés de l'Ouest du pays ne sont toujours pas rentrés chez eux. Des milliers d'Ivoiriens ayant quitté leur zone traditionnelle occupent illégalement les villages et les champs des exilés dans l'Ouest. Des étrangers venus des pays voisins ont érigé de vrais villages dans les immenses forêts de l'Ouest, souvent classées, qu'ils occupent illégalement.

Peut-on passer outre tant de maux qui sont autant d'embûches à la reconstruction nationale pour aller à des élections présidentielles ? Peut-on poursuivre un tel projet sans éprouver le sentiment de se moquer de son pays et des Ivoiriens ? Devant tant de maux qui montrent que la Côte d'Ivoire échappe totalement aux Ivoiriens, ceux-ci ne doivent avoir aucun scrupule à détruire par le feu tout ce dont ils ont été dépossédés. Quiconque fuit son champ et laisse son ennemi l'exploiter sans rêver d'aller le brûler est un fou ! Quiconque abandonne sa maison et son village sans les brûler et les laisse occuper par l'ennemi est un fou ! Quiconque voit son ennemi s'enrichir en exploitant le champ qu'il a fui sans rêver d'y mettre le feu est indigne de toute considération !

Si la Côte d'Ivoire ne te profite pas, Ivoirien, tu dois empêcher l'ennemi d'en tirer sa fortune. Nous devons savoir prendre des risques. La liberté est à ce prix. La liberté n'est pas gratuite. Elle ne peut être gagnée qu'avec la vie en jeu. Refusons de mourir de notre propre mort ou par quelque futile accident. Quelle tristesse que de mourir sous une dictature sans jamais l'avoir combattue ! Quelle mort glorieuse est celle qui arrive dans la lutte pour la liberté ! Chaque jour, chaque Ivoirien doit se poser cette question : qu'est-ce qui dans mon comportement, dans mes résolutions contribue à la libération de mon pays du joug de la dictature et de la domination coloniale ? La Résistance est terminée. Vive la Révolution !

Raphaël ADJOBI

(1) Robespierre : Discours sur la religion, la République, l’esclavage (éditions de L’Aube, 2013).
° Illustration : incendie au Cap (Saint-Domingue/Haïti)

21/03/2014

Une image pour les Ivoiriens dans l'âme !

humour,humour ivoirien,l'abidjanaise.


Lisez bien les deux bulles de cette image. Qui peut rire en découvrant cette image ? Si la remarque du premier protagoniste du dessin pointant du doigt une réalité ivoirienne incontestable (sauf par la France) n'est pas drôle du tout, c'est l'interrogation du deuxième protagoniste qui m'a fait rire aux larmes.

Aucun individu ne peut rire aux larmes en lisant cette interrogation, si ce n'est un Ivoirien ou toute personne très sensible aux faits de société de notre pays. Imaginez que l'auteur du texte du dessin ait écrit "Comment on va chanter l'Abidjanaise ?" La scène aurait été dramatique et n'aurait pas été drôle du tout, parce qu'il aurait traduit une réalité difficile à vivre par les Ivoiriens. Au lieu de cela, il a choisi de nous faire rire en faisant de l'élève soucieux de notre avenir - car nous sommes dans une école - un vaurien. Pour celui-ci, le titre de notre hymne national est "salut-ô-terre" qu'il entend régulièrement et non L'Abidjanaise ! C'est comme si on vous disait que l'hymne national français était "Allons-zenfants" et non La Marseillaise.

Bravo donc à l'auteur du dessin et du texte !

Question : qui recense-t-on ? Les Ivoiriens exilés dans les pays voisins ou les Burkinabés récemment installés en Côte d'ivoire ? Commençons donc par les premiers. Quand sera venue l'heure de renvoyer les seconds chez eux, nous aviserons. Quant aux Français qui aiment parler de "remplacement de la population", le nouveau régime de la Côte d'Ivoire protégé par la France leur offre un bel exemple à méditer.

Raphaël ADJOBI

23/01/2013

Le FPI aurait-il décidé de laisser Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé au bord du chemin ?

(Réponse à Modeste Lago, membre du comité central du F.P.I.)

Le CRI-Panafricain, Le F.P.I. abandonne le comat de Laurent Gbagbo, Modeste Lago, Blé Goudé, Abel NakiNous avions tous écarquillé les yeux d'étonnement quand, il y a quelques jours, le F.P.I. a apporté son soutien à Alassane Ouattara au moment où celui-ci engageait la Côte d'Ivoire dans le combat pour la reconquête du Nord-Mali. En souhaitant « bon vent à Blé Goudé » qui vient d'être emprisonné, - c'est-à dire « bonne route » - et en affirmant que les « militants [...] sont au F.P.I., non pas pour un homme, fut-il Laurent Gbagbo, mais bien plus pour son idéologie et sa vision d'avenir » (Le Nouveau Courrier du mardi 22 janvier 2013), Modeste Lago vient de clamer de manière officielle que le F.P.I. tourne définitivement une page de son histoire qui porte la marque de ces deux hommes. Désormais seule la conquête du pouvoir demeure sa préoccupation.
Avant même d'analyser les prétextes avancés par Modeste Lago pour justifier la nouvelle destinée choisie par son parti, arrêtons-nous un instant sur le sens de l'abandon du soutien à Laurent Gbagbo, à Charles Blé Goudé et par la même occasion à tous les anciens responsables de ce parti aujourd'hui dans les geôles d'Alassane Ouattara.
Quand on part au combat, on n'abandonne pas ses blessés sur le champ de bataille. On leur porte assistance ; même si cette aide doit ralentir notre progression. C'est là le sens de la solidarité que tout vrai combattant porte dans son cœur. On mène un combat pour sauver ceux qui ont besoin de l'être ; aussi bien ceux qui sont en difficulté à nos côtés que ceux qui prient pour nous dans leur foyer parce qu'ils comptent sur notre victoire. Seule la mort vous sépare d'un frère d'arme. Le F.P.I. de Modeste Lago qui abandonne les frères d'arme en difficulté n'est donc plus un parti de combattants mais un parti qui regarde ce qui lui manque dans son assiette.
Ce qui est particulièrement inadmissible dans les propos de Modeste Lago, c'est d'accuser Charles Blé Goudé et Abel Naki d'avoir renié le F.P.I.. Pour lui, ces deux hommes ont commis le crime d'avoir chacun transformé son mouvement - le COJEP et le CRI-Panafricain* - en parti politique. La peur au ventre, il écrit : « le F.P.I, notre parti, devra se résoudre à affronter ces deux partis politiques ». J'ignore ce qu'il en est de la nouvelle orientation du mouvement de Charles Blé Goudé ; mais pour ce qui est du CRI-Panafricain, que Modeste Lago sache qu'il est loin d'être un parti politique avec la vocation de conquérir le pouvoir en Côte d'Ivoire.
Chaque chose en son temps, Monsieur Modeste Lago. Le mouvement créé par Abel Naki qui était au départ un groupe de résistants africains - et non pas une association patriotique des Ivoiriens de France, comme vous le dites - est devenu depuis le 19 janvier 2013, un mouvement politique panafricain. Lisez bien mouvement politique et non pas parti politique. Non seulement ce mouvement n'a pas pour vocation la conquête du pouvoir en Côte d'Ivoire - pas avant qu'il ne devienne un parti politique - mais encore son caractère panafricain n'en fait nullement un concurrent du F.P.I. dans la course au pouvoir en Côte d'Ivoire. Si c'est cela que vous craigniez le plus, vous voilà rassuré.
Puisque vous êtes au F.P.I., « non pas pour un homme, fut-il Gbagbo Laurent, mais bien plus pour son idéologie et sa vision d'avenir » et que par ailleurs vous avez le sens de la realpolitik, nous ne voudrions pas - trop occupés que nous sommes à nous soucier de nos exilés, de nos dépossédés, de nos prisonniers - vous retarder dans la poursuite de votre route vers la conquête du pouvoir. Oui vous avez donné à chacun l'occasion de comprendre que le F.P.I. a décidé de laisser Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé au bord du chemin, sur le champ de bataille, au nom de la realpolitik ! Apparemment, pour vous, cela ne s'appelle pas trahir. Eh bien, bravo !
Pour finir, il serait bon que vous méditiez ceci : Deux Africains - Mohamed V déposé et exilé en Corse par la France ; Nelson Mandela emprisonné en Afrique du Sud - ont bénéficié durant deux ans pour l'un et presque trente ans pour l'autre de l'indéfectible soutien de leurs partisans. Et dans les deux cas, ils ont triomphé de l'adversité. Ailleurs, la realpolitik que vous prônez a permis d'assassiner dans l'indifférence les vrais combattants de la liberté.

*Depuis le 19 janvier 2013, Le CRI n’est plus un sigle mais un mot évoquant le CRI d’indignation et de colère des panafricanistes.

Raphaël ADJOBI

05/12/2011

Laurent Gbagbo, la CPI* et les organisations nègres

Il y a des Noirs qui acceptent de se placer sous la coupe des ONG européennes pour servir de sentinelles et d’espions à des officines occultes mais qui ne sont pas assez intelligents pour se regrouper en ONG et crier leur indignation face aux injustices que les puissances étrangères infligent aux peuples africains.

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Quand les Noirs mettront-ils leurs biens, leurs forces et leur notoriété au service de cette cause ? Aujourd’hui, dans toute l’Afrique noire, qui serait capable de lancer quelque mouvement de protestation susceptible de se propager de nation à nation contre l’injustice infligée à Laurent Gbagbo ; injustice que la très grande majorité des Africains désapprouvent dans leur for intérieur ?

Depuis les années soixante, dans toute l’Afrique noire, seuls deux pays ont été capables de braver - par l’organisation de manifestations de grande envergure - l’injustice blanche : l’Afrique du Sud et la Côte d’Ivoire. Seuls l’ANC et les Patriotes Ivoiriens ont été capables de manifestations grandioses. Pour les deux mouvements, le prix payé pour cette audace fut la mort. Mais si la victoire a été longue pour L’ANC et incertaine pour les Patriotes Ivoiriens, c’est parce qu’en entendant leurs cris et leurs gémissements, les autres Africains se sont bouché les oreilles et ont fermé les yeux. Hier, aucun mouvement populaire n’a été organisé dans les différents pays africains pour témoigner notre solidarité à Patrice Lumumba ou à Nelson Mandela. Cette expérience ne nous a pas servi de leçon ! Plusieurs décennies après, nous sommes toujours incapables d’infléchir une décision blanche par la protestation parce que nous n’avons jamais pensé à créer des associations pour cela. Quelle tristesse !

Noirs d’Afrique et d’Europe, il est temps que nous sachions aussi provoquer des manifestations spontanées pour exprimer publiquement notre indignation ! Si aucun mouvement n’est initié en Afrique ou en Europe pour dire aux gouvernements européens le caractère inique de leur décision à l’égard de Laurent Gbagbo, si nous n’avons pas le courage de crier NON aujourd’hui, alors nous nous condamnons à vivre demain ce que nous vivons aujourd’hui. Dans dix ans, dans trente ans, serez-vous capables de faire ce que vous n’avez pas osé faire aujourd’hui ? Dans dix ans, dans trente ans, quel crime abominable subira l’un d’entre nous pour qu’enfin notre colère s’épanche au-delà de nos demeures ? Dans dix ans, dans trente ans, ceux qui nous suivront n’auront que notre silence complice ou notre peur comme modèle à suivre.

*CPI : Cour Pénale Internationale

Raphaël ADJOBI