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17/08/2015

C'est à vous, compatriotes du Nord, de chasser Ouattara du pouvoir !

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C’est vous, chers compatriotes du Nord, qui avez imposé M. Ouattara au reste des Ivoiriens. C’est vous qui avez balayé du revers de la main le principe de la nécessaire jouissance de la nationalité ivoirienne pour être appelé à nous gouverner. C’est vous qui avez affirmé, défendu et obtenu que M. Ouattara nous gouverne malgré ce manquement à cette loi fondamentale de toute nation fière de ses enfants. C’est vous qui avez assuré au reste du pays qu’avec lui, la Côte d’Ivoire sera inondée d’or et d’argent. C’est vous qui avez cru que l’argent vaut mieux que l’amour du prochain.

Chers frères du Nord, réconciliez-vous définitivement avec le reste des Ivoiriens en réparant votre erreur, en chassant le loup que vous avez fait entrer dans la bergerie et qui a décimé tous ceux qui nous sont chers. Montrez-nous que vous vous êtres trompés parce que vous avez été trompés par M. Ouattara.

Levez-vous donc chers frères, et hissez l’étendard de ralliement pour le triomphe de la liberté ! Soyez le fer de lance à planter dans le cœur de l’imposteur ! Khorogo, Ferké, Odienné, levez-vous ! Soyez les premiers à briser le premier maillon de la chaîne qui tient le pays en esclavage. C’est la patrie qui vous appelle ! Prêtez l’oreille à la voix de notre mère commune.

Montrez à M. Ouattara que ce que vous avez fait, vous pouvez le défaire. Montrez-lui que si vous l’avez fait roi, vous pouvez aussi le faire esclave.

Et vous, leaders politiques du Nord, montrez à tous vos compatriotes que vous n’êtes pas solidaires de la politique de rattrapage ethnique, que vous n’êtes pas partisans des arrestations et des emprisonnements arbitraires. Montrez à vos compatriotes que vous n’admettez pas les assassinats quotidiens qui endeuillent les familles, que vous ne supportez pas de voir votre pays vidé d’une partie de ses populations pour des raisons ethniques. Comme de dignes fils de la nation ivoirienne, montrez-nous que vous tenez au respect de nos lois comme à la prunelle de vos yeux !

Si par malheur vous, leaders politiques du Nord, restez silencieux à cette heure cruciale de la vie de notre pays, si vous restez muets à l’appel de la mère patrie qui crie son désir de liberté, que l’avenir vous condamne à vous taire à tout jamais !

Peuple du Nord, leaders politiques du Nord, agissez maintenant et réconciliez-vous avec vos frères ! Réconciliez-vous avec notre mère, la Côte d’Ivoire, que vous avez profondément blessée parce que vous avez été trompés. La Côte d’Ivoire vous aime. Montre-lui que vous l’aimez. Nous vous aimons, montrez-nous que vous nous aimez.

Raphaël ADJOBI

05/05/2015

L'insécurité galopante au Mali met les pays du Sahel sous tension

La france au mali, Manéka au Mali, L'Algérie et le conflit au Mali


Ils avaient acclamé la France et appelé sur elle toutes les bénédictions du ciel. Ils avaient vu en elle l'ange vengeur envoyé par la divine main pour les délivrer des hordes de barbares touaregs et de groupuscules aux dessins douteux qui décimaient le Nord de leur pays et menaçaient de le soumettre dans sa totalité. Avec l'intervention de l'armée française de janvier 2013, les Maliens avaient sincèrement cru à l'avènement d'une nouvelle ère de totale sécurité.

Malheureusement, après la fête et les longues embrassades fraternelles, malgré la multiplication des bases militaires françaises au nom de cette totale sécurité, la réalité a étendu de nouveau son manteau sur le pays. Nous devrions plutôt dire que la présence de la France a donné une forme jusque-là insoupçonnée à l'insécurité dans ce pays. Cantonnée dans le Nord jusqu'en 2014, elle s'est aujourd'hui étendue sur l'ensemble du territoire - et a gagné les pays voisins - en prenant des formes diverses.

Au Nord comme au Sud, plus personne, Blanc ou Noir, civil ou militaire, n'est épargné par la violence. Un ancien soldat français de la Légion étrangère a été enlevé au Burkina par une milice touareg. A Bamako, les boîtes de nuit fréquentées par les Européens sont le théâtre d'attentats meurtriers. Celui perpétré contre la boîte fréquentée par les Américains a fait grand bruit dans le pays.

Cette recrudescence de l'insécurité s'explique non seulement par la présence continue des groupes armés touaregs mais encore par la multiplication des milices villageoises qui prônent l'autodéfense devant la carence de l'Etat et l'incompétence des forces militaires françaises dans cette zone sahélienne. Elle s'explique surtout par les enjeux économiques qui aiguisent les appétits de tous, y compris des milices chargées d'assurer la pitance des villages, et des voyous de grand chemin. En effet, au-delà des discours politiques, chaque groupe cherche à contrôler les filières de trafic de la drogue et des métaux précieux. On constate par exemple que les multinationales n'ont jamais sorti autant d’or des mines de Kayes, dans le Sud, que durant ces périodes de trouble.

Être armé pour être pris en considération par les Français

Dans ce climat délétère généralisé, chaque groupe se dit qu'il faut désormais être armé pour être pris en considération dans d'éventuelles négociations. C'est dans cet esprit que se sont constituées des milices dans la région de Mopti. En effet, le MNLA – groupe armé essentiellement composé de Touaregs de Kidal – jouit auprès de la France d'une considération particulière. Son leader, Iyad Ag Ghali, circule librement dans cette région sans être inquiété par la France, alors qu'il y a un mandat de recherche lancé contre lui par les Américains.

La france au mali, Manéka au Mali, L'Algérie et le conflit au Mali


Comment comprendre l'indulgence dont jouissent le MNLA et la ville de Kidal auprès des autorités civiles et militaires françaises ? Un constat est clair : la faillite politique au Mali est telle que la France ne fait plus confiance aux dirigeants du pays. Par contre, la capacité des cercles religieux à mobiliser les populations la séduit. En outre, les moyens financiers dont disposent ceux-ci pour mener des actions sociales auprès des Maliens sont tout à fait évidents. Et le fait que la France sache très bien que ce sont le Qatar et l'Arabie Saoudite qui financent ces religieux maliens ne l'indispose nullement.

Devant ce constat, la France semble avoir adopté une nouvelle stratégie : faire en sorte que les religieux aient plus de pouvoir politique. Ce n'est donc pas un hasard si un ministère du Culte est apparu dans le gouvernement de transition alors que ce pays, très islamisé, n'en a jamais connu. Depuis leur entrée dans l'arène politique, les chefs religieux originaires du Sud se montrent de plus en plus pressants dans presque tous les domaines. Ils demandent même à avoir des armes pour se protéger. Mais qui les menace au point de les pousser à se constituer une milice religieuse ?

On peut se demander où cette indulgence de la France à l'égard des religieux musulmans conduira le Mali à long terme. Pour l'heure, le pays a tout simplement le sentiment que la France entretient l'insécurité qui s'est étendue au Burkina et au Niger pour justifier sa présence dans les pays du Sahel. Les populations soupçonnent sincèrement la France de vouloir affaiblir le président élu en 2013 – qui a semblé montrer une certaine résistance aux diktats étrangers – afin de l'obliger à signer tous les accords qu'elle initie. Elles pensent que la France a pris soin de faire beaucoup de bruit autour du nouveau président, concernant le prix exorbitant de son nouvel avion, sa complicité avec un parrain corse, et les accusations de surfacturation lors de l'achat d'équipements militaires, pour cacher ses projets douteux.

En tenant compte de ce sentiment, et en regardant attentivement le balbutiement de sa politique et des actions de son armée, on peut croire que la France commence peu à peu à prendre conscience qu’elle s’est avancée dans un bourbier.

Souvenons-nous de l’entreprise de reconquête de la totalité du territoire au profit du gouvernement central, en janvier 2013, qui s’est arrêtée sans aucune raison apparente à Kidal. Malgré les exhortations des Maliens, la France n’avait pas alors voulu poursuivre plus loin son avancée permettant ainsi aux chefs du MNLA de demeurer maîtres d’une partie du territoire ; une partition du pays en quelque sorte. Depuis, l'inclination de la France pour une amnistie à l’égard des chefs du MNLA, tel Iyad Ag Ghali, trahit sa volonté de s’appuyer sur la force fédératrice des religieux touaregs de Kidal. Une amnistie qui, malheureusement, ne semble pas rencontrer l’assentiment de l’Algérie. Ce qui, évidemment, indispose au plus haut point les autorités françaises.

En effet, l’Algérie ne veut pas entendre parler d'une amnistie qui scellerait l’autonomie des Touaregs du Mali parce que ce serait un précédent dangereux pour la sous-région. Elle ne perd pas de vue le fait que les Touaregs constituent des communautés au Niger, en Mauritanie et en Algérie et que ces communautés pourraient à leur tour revendiquer ce qui serait accordé aux Touaregs du Mali. Accorder au MNLA ce qu’il demande équivaut donc à semer la discorde et l’insécurité dans le Sahel. La France n’ignore pas ce point de vue de l’Algérie, de même qu’elle n’ignore pas le projet d'aménagement du Mali né de la dernière conférence d’Alger.

Ce projet prévoit la création de nouvelles régions avec des pouvoirs élargis - avec un exécutif et un parlement - et dont les décisions ne pourront pas être remises en cause par le pouvoir central malien. Ces nouvelles régions disposeront de leur propre armée dont 80% des effectifs seront composés de leurs ressortissants. En d’autres termes, la dernière conférence d'Alger prône la constitution d’armées ethniques. Pour quelle finalité ? On peut se poser la question.

Par ailleurs, lors de cette conférence, la gestion des gisements miniers était au cœur des débats. Le projet prévoit que 40% du budget national du Mali soient affectés au développement du Nord. Or, les grandes mines qui génèrent le plus de bénéfice pour le pays sont situées dans la région de Kayes dans le Sud. Et les ressortissants de cette région pensent qu’il serait juste qu’ils revendiquent à leur tour leur autonomie. Revendication qui laisse entrevoir l'éclatement du Mali en plusieurs entités autonomes. Qui a intérêt à envisager cela ? Le jeu de l'Algérie apparaît donc ambigu : de même qu'elle refuse l'autonomie des Touaregs maliens, elle prône la régionalisation du Mali, faisant le jeu des forces rebelles et des politiques étrangères favorables aux multinationales.

De toute évidence, les projets pour le Mali ne semblent pas tenir compte des souffrances et des besoins élémentaires des populations. Aveuglés par leurs stratégies prédatrices, Français et Américains ne voient absolument pas la sécurité, la gestion du patrimoine et le bien-être des populations. Ces projets pour le Mali tendent tous à diviser, à déposséder l’Etat central de ses pouvoirs pour permettre aux grandes puissances de signer de juteux contrats avec les régions.

Raphaël ADJOBI
Avec l’aimable collaboration de
Issa N'DIAYE
Professeur à l'université de Bamako.
Président du Forum Civique, Mali

°Images illustratives : marche et meeting de la plateforme des organisations de la société civile le 2 mai 2015 à Bamako pour soutenir la ville de Manéka au Nord du pays.

27/03/2015

Ta main blanche sur mon épaule ou la prière du nègre Banania

Soro Guillaume à Marcoussis, la prière du nègre Banania


Pose ta main blanche sur mon épaule
Et de ma mémoire efface Aimé Césaire
Pour qu’à jamais je ne songe
Au Discours sur le colonialisme.

Pose ta main blanche sur mon épaule
Et de ma face noire fais un masque blanc
Pour que, fier, je puisse braver Fanon !

A ton ombre tutélaire, je veux marcher.
Offre-moi ton bras séculier pour que brille
Dans mes yeux la flamme insolente
Capable d’écarter de mon chemin la foule nègre.

Pose ta main blanche sur mon épaule
Et fais de moi un nègre de maison
Contre les nègres marrons de ce nouveau siècle !

Demain, contre ta face je m’inclinerai
Les bras chargés des chaînes d’antan
Liant les cortèges des chants plaintifs
De ceux que j’aurai pour toi arrachés à la terre d’Afrique.

Pose ta main blanche sur mon épaule
Et scelle indéfiniment le pacte
Cher à mon cœur de nègre de maison.

Raphaël ADJOBI
(Le 28 février 2015)

19/11/2014

Les Burkinabè de Côte d'Ivoire ont-ils trahi leurs compatriotes ?

Les Burkinabé de Côte d'Ivoire et la révolution burkinabè, Blaise Compaoré en Côte d'ivoire, Blaise Compaoré peut-il déstabiliser le Burkina depuis la Côte d'Ivoire ,


Comment ont-ils pu accepter que celui que leurs compatriotes ont chassé puisse trouver refuge parmi eux ? Comment les Burkinabè de Côte d'Ivoire ont-ils pu demeurer insensibles au souffle libérateur qui a secoué leur patrie ? Ont-ils choisi de protéger l'homme que leurs parents demeurés au pays indiquent d'un doigt accusateur ? Préfèrent-ils Blaise Compaoré à leurs parents et amis révolutionnaires défenseurs de la constitution nationale ?

Le manque de réaction des Burkinabé de Côte d'Ivoire à l'annonce de l'entrée de Blaise Compaoré en Côte d'ivoire où il a trouvé refuge est tout à fait sidérant. Alors que tous les journaux africains encensent le peuple burkinabé en le déclarant « magnifique » et en couvrant son action de tous les qualificatifs, la frange de cette population basée en Côte d'Ivoire – le pays voisin – le reçoit dans ses bras sans montrer aucune horreur du crime qu'il s'apprêtait à commettre. Pas une manifestation d'indignation ! Pas une manifestation symbolique contre la présence en Côte d'Ivoire de Blaise Compaoré signifiant leur solidarité au mouvement de colère qui a soufflé sur leur pays !

Il faut croire que tous les Burkinabè ne sont pas de la même qualité. Les arrivistes, les « retourneurs de veste », quand ils ont quitté le pays dit des hommes intègres, s'accommodent-ils de tout ? Doit-on croire que pour eux, Thomas Sankara ou Blaise Compaoré c'est la même chose ? Si c'est le cas, leur pays ne peut plus compter sur eux pour défendre leurs institutions. Quelle tristesse ! Peut-être qu'à force de vouloir travestir les institutions ivoiriennes pour se faire une place en Eburnie, ils ont perdu le sens de l'amour du Burkina et n'ont gardé que l'amour de Blaise Compaoré. Ils ne montrent aucune peur de voir Blaise Compaoré retourner sa passion déstabilisatrice contre leur mère patrie ! Espérons qu’ils ne constitueront pas l’arme de la reconquête du pouvoir Burkinabé pour le bourreau de Thoma Sankara, de Jean-Baptiste Boukari Lingani et d’Henri Zongo.

En tout cas, aujourd'hui, la seule chose qui leur reste à faire pour se racheter et ne pas se montrer solidaires, par leur silence, d'un homme que toute une nation regarde comme un criminel et tout un continent comme un déstabilisateur, c'est que tous les Burkinabè résidant en Côte d'Ivoire signent la pétition lancée par Félix Atchadé demandant la poursuite devant les tribunaux burkinabé ou africains de Blaise Compaoré pour répondre des crimes non élucidés sous ses mandatures. Nous ne voudrions pas croire que tous les Burkinabés en Côte d'Ivoire sont des mercenaires déstabilisateurs n'ayant aucun sens de l'amour de la patrie et des institutions nationales. Les patriotes ivoiriens attendent de les voir se comporter en véritables patriotes burkinabé respectueux de leurs droits et ceux des autres.

Pour finir, souhaitons vivement que les Ivoiriens se montrent solidaires des Burkinabè en signant la pétition dont nous mentionnons ici le lien : http://pasdimpunitepourcompaore.blogspot.fr/

Raphaël ADJOBI

04/08/2014

Nous serons contraints de brûler la Côte d'Ivoire pour sauver l'honneur de l'Afrique et de Laurent Gbagbo

Laurent Gbagbo, la résistance ivoirienne, la fin de la résistance ivoirienne, comment combattre la France

>« Ceux qui rendent une révolution pacifique impossible rendront une révolution violente inévitable » (John F. Kennedy, discours du 13 mars 1962).

Comme Toussaint Louverture enlevé de sa terre natale et emprisonné en France, au fort de Joux, pour laisser la place à un pouvoir colonial illégitime, Laurent Gbagbo est emprisonné depuis trois ans dans les geôles de l’Europe pour que la colonisation française poursuive sereinement son œuvre sous la direction du préfet qu’elle a oint avec l’assentiment de l’ONU. Deux siècles n’ont donc rien changé à l’histoire des relations entre le Noir, contraint à courber l’échine sous sa livrée d’homme inférieur, et le Blanc, triomphant sous sa couronne d’homme supérieur et tout-puissant.

C’est au regard de notre indignation par rapport à cet événement du passé que je fais appel à votre indignation par rapport à la réalité d’aujourd’hui. Si les crimes du passé vous indignent, double doit être votre indignation à l’égard des crimes d’aujourd’hui. Si la déportation de Toussaint Louverture en Europe vous indigne, votre indignation doit être encore plus grande contre celle de Laurent Gbagbo survenant deux siècles plus tard au sein d’un monde dit en progrès d’humanité et d'une Afrique plus libre de son destin.

Laurent Gbagbo place l’Africain à la croisée des chemins

Personne ne demande la libération de Laurent Gbagbo pour qu’il devienne le président de la Côte d'Ivoire. S’il revenait et qu’il exprimait le désir de diriger ses compatriotes, il serait contraint de passer par les voies démocratiques qui s’imposent à tous. Cependant, sa libération pure et simple apparaît à tous les Africains et à tous les Ivoiriens comme un principe incontournable, parce qu’il y va de l’honneur de l’Afrique et de la Côte d’Ivoire.

En effet, pour l’honneur de l’Afrique et de la Côte d’Ivoire, aucun Noir, aucun démocrate, ne doit se permettre d’accepter qu’après Toussaint Louverture, après Béhanzin, tous deux morts en terre étrangère par la volonté des Européens dans les siècles passés, un fils de l’Afrique subisse le même sort au XXIe siècle ! Les peuples noirs d'Afrique ne peuvent accepter que ceux-là mêmes qui sont responsables des nombreux crimes qui causent la misère sur le continent africain et ailleurs exigent de Laurent Gbagbo l'infaillibilité ! Sa seule présence dans une prison européenne est l’humiliation de trop pour l’Afrique. C’est le message clair que nous adressons à la France, à l’Europe et à l’ONU qui seront rendus responsables de la révolution violente qui pourrait embraser la Côte d’Ivoire. Que les fiers héritiers de la mise en esclavage des Noirs et de l’humiliation permanente des colonisés entendent ici le lourd grondement de la liberté qui enfle le cœur des opprimés.

Quant aux personnalités de l’opposition ivoirienne, elles ont le devoir de peser le poids de l’Histoire et bien analyser l’occasion que leur offre le combat de Laurent Gbagbo pour rappeler au président français qu’un de ses prédécesseurs, socialiste de surcroît – François Mitterrand – s’est incliné sur la tombe de Toussaint Louverture, honorant ainsi son combat digne et juste. Elles ont le devoir de rappeler à l’actuel chef d’Etat français, socialiste lui aussi, que s’il n’est pas capable du même geste, il doit tout au moins s’honorer de ne pas applaudir le crime semblable à celui de Napoléon. Si l’opposition ivoirienne ne soutient pas la libération de Laurent Gbagbo comme le principe purificateur de l'humiliation de l’Afrique par la France, alors cela voudra tout simplement dire qu’elle et l’Afrique tout entière n’ont pas tiré les leçons du colonialisme qui n’a eu de cesse de mépriser les enfants du continent noir.

La révolution, stade suprême de la résistance

« Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément ». Telle est la proclamation de l’article III de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 que Laurent Gbagbo n’a eu de cesse de rappeler à son adversaire, à la France, à l’ONU et à la terre entière en proposant le recomptage des voix au deuxième tour des élections de 2010. Comme Rosa Parks refusant de céder son siège devant l’intransigeance des Blancs racistes, Laurent Gbagbo s’est accroché au siège que le droit ivoirien lui avait accordé.

Balayant du revers de la main ce principe cardinal devenu une référence pour l’humanité tout entière, c’est par les armes que la France, s’instituant illégitimement la mère de la Côte d’Ivoire, a installé illégitimement l'adversaire de Laurent Gbagbo dans le fauteuil présidentiel. Comment la raison humaine peut-elle accepter qu'une force étrangère puisse en ce XXIe siècle installer le pouvoir de son choix dans un Etat qui est librement et indépendamment capable de réaliser son propre destin ? Au nom de quelle justice universelle l'accepterait-elle ? Peut-elle tolérer que l'Europe juge l'Afrique indigne de la démocratie qui proclame le gouvernement du peuple par le peuple ?

L’indignation des Ivoiriens et des Africains fut grande. A la promesse de la démocratie irréversible à laquelle ils avaient tendu l’oreille, succéda un pouvoir de terreur ayant officiellement choisi la préférence ethnique comme forme de gouvernement. Comment peut-on espérer bâtir une nation en pratiquant la terreur contre ses adversaires politiques ? Un tel agissement est un crime contre l’humanité parce qu’il fait de l’homme un loup pour l’homme.

Depuis trois ans, la raison humaine marche contre le régime en place en Côte d’Ivoire. Depuis trois ans, le génie humain menace ce pouvoir qui n’est plus guère soutenu que par la lassitude des populations, par la terreur de ses adorateurs, et surtout par la ligue des riches bailleurs de fonds de l’ancien colonisateur déclaré « mère patrie ». En leur nom et au nom de leur propre logique, les occidentaux qui ont installé ce pouvoir condamnent Laurent Gbagbo alors qu’ils assassinent des millions d'hommes par la guerre et réduisent des populations à la misère en les obligeant à céder leurs terres pour nourrir l'Europe. Les images des camps de concentration de prisonniers politiques en Côte d’Ivoire ne les émeuvent pas. Les bombes lâchées sur les populations dans ce pays en 2004 puis en 2010, ensuite en Lybie, au Mali et ailleurs en Afrique ne comptent pas.

En maintenant Laurent Gbagbo dans ses geôles, l’Europe se déclare donc la reine des Africains et fait sienne cet article du code de la monarchie : « Tu ne voleras pas, à moins que tu ne sois le roi, ou que tu n’aies obtenu un privilège du roi : tu n’assassineras pas, à moins que tu ne fasses périr, d’un seul coup, plusieurs milliers d’hommes » (1).

Devant cette logique européenne qui jette un voile de silence sur les crimes du régime en place en Côte d’Ivoire, devant cette logique européenne pour laquelle les vertus universelles embrassées par les Africains – notamment par Laurent Gbagbo – sont des crimes contre leurs intérêts et donc dignes d’être jugés à la CPI, la résistance ivoirienne a épuisé toutes ses forces dans la lutte pour la justice et le rétablissement de la démocratie. Ayant épuisé les armes démocratiques, elle ne dispose plus désormais que de la violence révolutionnaire. Et celle-ci n’a pour seul programme que le désordre purificateur permettant le passage du règne du crime à celui de la justice.

Ce n’est plus dans les structures démocratiques que doit se poursuivre le combat. Celui-ci ne peut être l’œuvre des partis politiques mais d’individus regroupés dans de petits comités structurés et convaincus de mener des actions efficaces contre les infrastructures participant à l’exploitation du pays au profit de l’Europe et des rapaces qui sévissent sur les terres ivoiriennes. En coupant pour ainsi dire les vannes de l’approvisionnement de l’Europe, on débranche également celles qui mènent aux caisses enregistreuses du pouvoir et de ses milices FRCI et dozos.

Puisque les Ivoiriens sont chassés de leurs terres et de leurs plantations de cacao et de café, puisqu’ils sont chassés de leurs villages devenus des camps d’occupation étrangère, puisqu’ils ont perdu leurs maisons au profit des miliciens et de leurs familles, puisqu’ils sont écartés de toutes les structures productives du pays, il ne leur reste plus qu’à faire ce que d’autres peuples ont fait en pareilles circonstances.

L'Histoire nous enseigne que devant l’occupant nazi et le pouvoir complaisant de Vichy, les Français ont refusé le fait accompli. Ils s’armèrent individuellement et en groupuscules de moyens dérisoires et d'une ferme volonté pour s’attaquer à l’usurpateur. Par des actions de sabotage des outils de production et des voies d’acheminement des produits devant profiter à l’affameur du peuple, ils troublèrent sérieusement sa quiétude.

C'est encore l'Histoire qui nous conduit à la première République noire du monde : Haïti. Comment opérèrent les pauvres esclaves, sans arme, pour venir à bout du puissant colonisateur français ? Comment de pauvres esclaves de Saint-Domingue ont pu vaincre les canons de la puissante armée française ? Ils avaient tout simplement compris que le feu pouvait venir à bout de tout. C'est par le feu qu'ils firent disparaître les immenses champs qui enrichissaient le colonisateur. Oui, le feu est l'arme des opprimés qui n'ont pas les moyens de s'acheter des canons. Et le feu est toujours vainqueur. En cela, ils furent les dignes imitateurs des révolutionnaires français qui incendièrent la Bastille un an plus tôt.

Enfin, l'histoire de la Guinée nous enseigne que devant le refus de Sékou Touré d'admettre la tutelle proposée par Charles de Gaulle, les trois mille Français résidant dans ce pays n'ont pas laissé intactes les infrastructures coloniales au moment de le quitter. Ils emportèrent tout ce qui pouvait être emporté, et brûlèrent ou saccagèrent purement et simplement tout ce qui ne le pouvait pas : écoles, bâtiments publics, outils d'exploitation...

Ce sont là des expériences qui doivent inspirer la résistance ivoirienne. L'heure n'est plus à l'organisation de débats sur la prochaine élection présidentielle. Il n'est plus question de discuter du caractère équitable ou non de la constitution de la Commission électorale indépendante (CEI). Il n'est plus question de participer à des projets de réconciliation nationale. Ce temps est révolu ! L'insolence du pouvoir et le silence méprisant de ses protecteurs français et onusiens nous en ont convaincus. La moitié nord du pays est encore gérée par les milices dozos et FRCI. Les populations qui ont envahi le Sud quand les rebelles ont occupé le Nord n'ont pas rejoint leur cadre de vie habituel à cause du règne sans partage de ces miliciens. Cette zone à l'origine des conflits postélectoraux des dernières élections présidentielles n'est toujours pas sécurisée. Les opposants politiques sont toujours en prison. Les camps de concentration et de torture ne sont toujours pas vidés. Les milliers d'exilés de l'Ouest du pays ne sont toujours pas rentrés chez eux. Des milliers d'Ivoiriens ayant quitté leur zone traditionnelle occupent illégalement les villages et les champs des exilés dans l'Ouest. Des étrangers venus des pays voisins ont érigé de vrais villages dans les immenses forêts de l'Ouest, souvent classées, qu'ils occupent illégalement.

Peut-on passer outre tant de maux qui sont autant d'embûches à la reconstruction nationale pour aller à des élections présidentielles ? Peut-on poursuivre un tel projet sans éprouver le sentiment de se moquer de son pays et des Ivoiriens ? Devant tant de maux qui montrent que la Côte d'Ivoire échappe totalement aux Ivoiriens, ceux-ci ne doivent avoir aucun scrupule à détruire par le feu tout ce dont ils ont été dépossédés. Quiconque fuit son champ et laisse son ennemi l'exploiter sans rêver d'aller le brûler est un fou ! Quiconque abandonne sa maison et son village sans les brûler et les laisse occuper par l'ennemi est un fou ! Quiconque voit son ennemi s'enrichir en exploitant le champ qu'il a fui sans rêver d'y mettre le feu est indigne de toute considération !

Si la Côte d'Ivoire ne te profite pas, Ivoirien, tu dois empêcher l'ennemi d'en tirer sa fortune. Nous devons savoir prendre des risques. La liberté est à ce prix. La liberté n'est pas gratuite. Elle ne peut être gagnée qu'avec la vie en jeu. Refusons de mourir de notre propre mort ou par quelque futile accident. Quelle tristesse que de mourir sous une dictature sans jamais l'avoir combattue ! Quelle mort glorieuse est celle qui arrive dans la lutte pour la liberté ! Chaque jour, chaque Ivoirien doit se poser cette question : qu'est-ce qui dans mon comportement, dans mes résolutions contribue à la libération de mon pays du joug de la dictature et de la domination coloniale ? La Résistance est terminée. Vive la Révolution !

Raphaël ADJOBI

(1) Robespierre : Discours sur la religion, la République, l’esclavage (éditions de L’Aube, 2013).
° Illustration : incendie au Cap (Saint-Domingue/Haïti)