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09/04/2015

Les chantiers abandonnés d'Alassane Ouattara ou l'échec du gouvernement des rebelles nordistes


Comment Ouattara a échoué, pourquoi Ouattara doit partir, la faillite du pouvoir Ouattara


Nous savons tous que le visage actuel de notre pays est très déplaisant parce qu'il est fait d'injustices et de brutalités ouvertement assumées. Les emprisonnements sans suite et les jugements incompréhensibles entretiennent la méfiance, la peur de l'autre, les calomnies, les traîtrises. Tous les ingrédients qui rappellent à chacun de nous – Ivoiriens de l'intérieur comme de l'extérieur – que nous sommes sortis du chemin de la démocratie par la faute d’un clan nordiste qui s’est accaparé le pouvoir et règne en maître absolu grâce à la protection de la France et au mutisme complice de ses médias.

Tous ceux qui croient que cette réalité sociale et politique pourrait évoluer avec le temps vers une unité nationale, vers un mieux-vivre et un mieux-être, se trompent. Ils se trompent pour la raison suivante : depuis 2011, aucun chantier de reconstruction du tissu social et politique – déchiré par la zone de séparation née de la rébellion armée puis meurtri par la crise postélectorale – ne connaît de travaux.

Accaparé par son programme de rattrapage ethnique, le pouvoir actuel a abandonné ces chantiers pourtant nécessaires à des élections crédibles ou à la paix sociale.

1° Le chantier de la réconciliation nationale : il a fait l'objet d'une annonce en grande pompe avec un semblant de structure. Mais personne n'a vu la convocation générale des belligérants de 2010. Si on ne convoque pas les gens qui se sont battus, et si on ne les entend pas, comment peut-on les réconcilier ? L'exemple de l'Afrique du sud ne nous a pas servi de leçon. A vrai dire, de même que le recomptage des bulletins des urnes en 2010 ne faisait pas les affaires d’Alassane Ouattara, de même la réconciliation nationale va à l’encontre de ses projets malsains. Si tous les prisonniers politiques étaient libérés et si les Ivoiriens se réconciliaient, c’est lui qui disparaît.

Assurons donc ici qu’aucun discours se voulant rassurant ne saurait panser les plaies et instaurer la confiance si des milliers de familles continuent à vivre dans l’attente de parents injustement emprisonnés ou injustement condamnés par un tribunal ethnique. Par ailleurs, tous les Ivoiriens savent que c’est au nom des seuls ressortissants du Nord – communément appelés dioula – que tous les crimes commandés par Alassane Ouattara ont été commis et continuent à endeuiller régulièrement des familles. Persévérer dans cette voie avec des programmes favorisant essentiellement les dioula, c’est nourrir des projets futurs contre eux ! Oui, ouvertement, Ouattara travaille contre la réconciliation nationale en espérant ainsi s’attacher la fidélité des Ivoiriens du Nord. C’est donc désormais à ces derniers de nous prouver que celui qui cherche à nous diviser est notre ennemi commun.

2° Le chantier du retour des exilés sur leurs terres et leur installation dans leurs biens : ce chantier n'a jamais été une préoccupation du pouvoir en place. Bien au contraire, celui-ci a intentionnellement procédé au remplacement des Ivoiriens exilés par des populations burkinabé et maliennes qu'il a installées dans l'Ouest du pays. Cette région de la Côte d'Ivoire était programmée pour devenir le butin de guerre des alliés d'hier du pouvoir actuel. Encourager le retour des exilés sur leurs terres équivaut donc pour Ouattara à tromper ses soutiens du Burkina Faso. En aucune façon, il ne veut fâcher ses amis à qui il a promis une partie du territoire ivoirien avec une ouverture sur le port de San-Pedro.

3° Le chantier de « la démocratie irréversible » : Dès son installation, le chef des maîtres actuels du pays avait promis, en janvier 2012 – et cela devant les gouvernants français à qui il doit tout (entretien accordé au journal Le Monde) – qu’il s'engageait à « rendre la démocratie irréversible » en Côte d'Ivoire. Or, la première pierre de ce chantier n'a jamais été posée. A la place de la démocratie irréversible, c'est la dictature irréversible qui est chaque jour sérieusement entretenue par les mains d’un pouvoir qu'il a absolument voulu nordiste ou dioula.

Posons-nous franchement cette question : les nouvelles autorités du pays pouvaient-elles vraiment installer une démocratie irréversible en Côte d'Ivoire ? Pour être capable d'une entreprise aussi délicate et herculéenne, il faut déjà savoir ce qu'est la démocratie, et avoir trempé son esprit dans ses principes pendant un certain nombre d'années. Or, non seulement les leaders du RDR et du PDCI de Konan Bédié n'ont jamais consacré une seule page de réflexion à ce sujet, mais encore ils ont consacré toute leur vie publique à combattre la démocratie ivoirienne au moment où Laurent Gbagbo, Simone Ehivet et leurs amis la construisaient. Comment peuvent-ils s'inventer bâtisseurs de « la démocratie irréversible » quand ils ont passé leur vie à chercher les moyens de l'éviter ? Comment peuvent-ils être des bâtisseurs de la démocratie quand ils ont passé leur temps à la combattre et continuent à passer leur temps à emprisonner tous ceux qui prononcent le mot « démocratie » ? Comment peuvent-ils se déclarer ouvriers de la démocratie quand ils n’en ont ni l'étoffe ni le talent ?

Parce que le pouvoir actuel ignore ce qu'est la démocratie, à quelques mois des élections présidentielles il est incapable de trouver les contours d'une vraie commission électorale indépendante. Il s'est alors contenté de reconduire le même président pour éviter une éventuelle surprise. Il s’est dit : « Youssouf Bakayoko au moins connaît sa leçon ». Malheureusement, il la connaît si bien qu'il pourrait, une nouvelle fois, se refugier à l'Hôtel du Golf, oubliant que son patron est à la présidence.

4° Le chantier des listes électorales : à quelques mois des élections – à notre connaissance – le pouvoir n'a pas encore mis à jour les listes électorales parce qu'il ignore que des élections sérieuses passent par cette tâche administrative. Est-ce que les exilés devront y figurer ? Qui décide s'ils doivent, oui ou non, y figurer ? Si oui, a-t-on pensé au moyen de les faire voter depuis le Ghana, le Togo et les autres contrées où ils se trouvent ? Les nouveaux naturalisés auront-ils le droit de voter ? Que dit la loi dans ce domaine ? Enfin, les nombreuses victimes assassinées par les dozos et les rebelles dioula estampillés FRCI seront-elles rayées des listes électorales ? Comment savoir si elles ne ressusciteront pas pour aller voter en faveur du candidat préféré de la France ? Une immense source de fraudes en perspective !

A défaut d'une vraie démocratie, le pouvoir actuel nous propose une démocratie pour les naïfs ; une démocratie de feux d'artifices dans les stades et les rues scintillantes de guirlandes illuminées lors des fêtes, pendant que les demeures s'éclairaient à la bougie et à la lampe-tempête comme avant les indépendances. C'est la démocratie de « poudre aux yeux », selon une expression bien française qu’Alassane Dramane Ouattara a cru, dans son ignorance, être un compliment pour celui qui l’applique.

La démocratie pour les Ivoiriens naïfs comme pour leurs maîtres habitués à emprisonner les démocrates consiste à vivre à crédit ; c'est chaque jour aller demander à telle banque ou à tel pays de leur prêter des milliards, condamnant ainsi les générations futures à vivre pour payer les dettes d'une indépendance hypothéquée.

Ouattara a échoué. Il doit partir

Au regard de ce tableau sombre de notre pays, beaucoup se demandent en qui, en quoi, placer notre espérance. Heureusement, les événements des derniers mois de l'année 2014 nous laissent croire que nous ne devons pas désespérer de l'avenir. En effet, voir la grande majorité des membres des partis d'opposition clamer leur fidélité à l'idéal d’une démocratie républicaine initiée par le président Laurent Gbagbo est réjouissant. Chose encore plus réjouissante est le refus par la jeunesse du PDCI de la mort annoncée de leur parti par l'appel de Daoukro. Oui, cette jeunesse du PDCI s'est ouvertement prononcée contre le retour au parti unique. La visite de Kouadio Konan Bertin au président Laurent Gbagbo témoigne de l'indignation partagée que vivent tous les fils de la nation ivoirienne face à l'emprisonnement d'un des leurs chez les anciens négriers. Enfin, voir sur les télévisions africaines tous les intellectuels noirs soutenir Laurent Gbagbo et s’indigner du comportement d’Alassane Dramane Ouattara ainsi que de chacun de ses propos sur le franc CFA et notre prétendue indépendance économique, ne peut que raviver notre ardeur à le combattre.

L'espoir est donc permis, car plus que jamais le pouvoir est isolé. Même les traitres qui nous quittent pour le rejoindre ne redorent pas son blason. Ce pouvoir ne tient debout que parce qu'il se réfugie à l'ombre des canons des armées française et onusienne. Mais la situation de notre pays n'évoluera pas, ne changera pas, si nous ne manifestons pas notre ferme volonté de retrouver la voie de la démocratie abandonnée en 2011 après le changement brutal de régime. Ce n'est donc pas le moment de faiblir, mais bien au contraire le moment de montrer que l'idéal démocratique que nous avons partiellement goûté grâce au président Laurent Gbagbo reste cher à notre cœur et que nous ne pouvons tolérer plus longtemps une autre voie. Puisque nous n’espérons pas de miracle, nous devons nous engager résolument dans l'action militante afin de veiller à ce que la flamme de la démocratie ne s'éteigne pas.

Refusons donc le renoncement, soyons fiers de notre engagement pour le réveil d'une conscience dynamique et fraternelle en Côte d'Ivoire. La victoire de la fidélité à notre idéal de démocratie – victoire que nous devons croire certaine – doit nous tenir éveillés, mais ensemble, soudés les uns aux autres et non pas dans la solitude de nos demeures.

Ouattara a échoué. Il doit partir ! Unissons nos voix pour le lui crier. Unissons nos actions pour lui faire gagner la porte de sortie.

Raphaël ADJOBI


30/03/2015

Le silence complice des hommes politiques du Nord dans le drame ivoirien

Laurent Dona Fologo, Mamadou Koulibaly. Les Nordistes ivoiriens et Alassane Ouattara


Hier comme aujourd’hui, la permanence du comportement des Ivoiriens originaires du Nord vis-à-vis d’Alassane Ouattara étonne. Avant les élections présidentielles de 2010, pendant plus d’une décennie, si l’idée que les ressortissants du Nord du pays étaient rejetés par le reste des Ivoiriens avait prospéré en Afrique et dans le reste du monde – particulièrement en France – c’est absolument parce que la très grande majorité des hommes politiques issus de cette zone ont gardé un silence complice sur le discours démagogique et ethnicisé d’Alassane Ouattara. Et aujourd’hui encore, ils sont très nombreux, sans doute trop nombreux, à se garder de dénoncer l’inhumanité des mesures politiques qui déchirent le tissu social ivoirien.

Des voix trop rares contre l’imposture

Quand on consulte les images d’archives, on constate qu’il n’y a guère que des individus n’occupant aucune fonction importante sur l’échiquier politique qui osèrent affirmer haut et fort que la prétendue exclusion des dioula de la vie politique et sociale – fonds de commerce de Ouattara – était en réalité un tissu de mensonges et donc une déformation de la réalité.

Et pourtant, les occasions étaient belles pour mettre en garde les ressortissants du Nord contre l’instrumentalisation de la division ethnique qui a conduit le pays dans une guerre fratricide. Mamadou Ben Soumahoro, ancien journaliste et député au moment où Alassane Ouattara était le premier ministre d’Houphouët-Boigny, fut le premier à flairer le danger et à le dénoncer vivement. C’est devant l’assemblée nationale qu’il appela alors à une levée de boucliers contre l’imposture qui se préparait. S’il est encore vivant, c’est parce qu’il a publiquement affirmé que s’il venait à mourir, l’on ne devra accuser que Ouattara dont il fut l’ancien partisan au sein du RDR.

Au nombre des voix rares qui s’élevèrent contre l’imposture, il faut compter celles des responsables d’une association musulmane chargée des voyages annuels à la Mecque qui dénoncèrent les propos démagogiques du patron du RDR en soulignant le soutien financier et technique que le pouvoir de Laurent Gbagbo apportait au monde musulman ivoirien, comme le faisait en son temps Félix Houphouët-Boigny. Dans le même document d’archives, l’un des intervenants reprit à son compte la célèbre phrase de Sékou Touré clamant « Nous préférons la pauvreté dans la liberté plutôt que l’esclavage dans l’opulence ». C’est dire combien certains étaient conscients de la recolonisation de la Côte d’Ivoire par le biais d’un nègre de maison choisi par la France.

Au-delà des mises en garde et des dénonciations, il faut surtout retenir les propos d’une dame originaire du Nord qui a peint avec une extrême justesse la réalité sociale et économique du pays, afin de mieux souligner le caractère mensonger du discours démagogique de Ouattara se situant très loin de la réalité du pays. D’une part, elle a relevé que le commerce et les transports sont presqu’exclusivement entre les mains des ressortissants du Nord ; c’est-à-dire qu’ils sont les détenteurs des seuls secteurs de l’économie où les Ivoiriens sont encore miraculeusement majoritaires. D’autre part, elle a mis le doigt sur une réalité comportementale qui explique en très grande partie le retard du Nord du pays en matière de développement urbain.

Quand les hommes du Nord font fortune dans le commerce et les transports, où construisent-ils leurs belles demeures ? C’est dans le Sud, convient-elle. Où les hommes politiques construisent-ils et établissent-ils leurs résidences ? Toujours dans le Sud ! Cela veut dire, conclut-elle, que les Nordistes s’acharnent à concurrencer leurs compatriotes dans leurs régions et négligent le Nord d’où ils viennent. Ils ne peuvent par conséquent accuser le reste de la Côte d’Ivoire d’être contre le développement de leur région, et pire d’opérer à leur égard une ségrégation ethnique.

Chose étrange, sous la présidence de Laurent Gbagbo, ce discours réfutant les thèses ségrégationnistes d’Alassane Dramane Ouattara n’a jamais été soutenu ou repris par les hommes politiques jouissant d’une notoriété certaine afin de lui conférer une portée plus grande. Ni Mamadou Coulibaly, alors président de l’Assemblée nationale, ni Laurent Dona Fologo, président du Conseil économique et social et plusieurs fois ministre sous Félix Houphouët-Boigny, n’ont daigné mettre leur notoriété au service de la cohésion nationale en relayant ce discours. A aucun moment, ces deux hommes – qui sont aujourd’hui chefs de partis politiques – n’ont dénoncé ouvertement l’entreprise de diabolisation du reste des Ivoiriens orchestrée en Afrique et en Europe par Alassane Ouattara avec le concours des médias français.

Quand la Charte du Nord fut rendue publique et que plus tard, suivant son esprit, la carte de la Côte d’Ivoire déchirée étala une ligne de démarcation entre le Nord et le reste du pays, quels furent les ressortissants nordistes à s’être offusqués publiquement de cette atteinte à l’unité nationale ? Aucun ! Quand une personnalité politique nordiste osa, dans une langue régionale, exposer le plan machiavélique de conquête du pouvoir par les dioula tout en diabolisant le reste des Ivoiriens, quel homme politique issu du Nord du pays dénonça-t-il la grave atteinte à l’intégrité et à la cohésion nationale ? Aucun ! On pouvait aisément comprendre la grande réticence des partisans de Laurent Gbagbo originaires du Nord à se lancer dans la dénonciation de cette entreprise. Ils étaient sûrs que leurs paroles seraient jugées partiales. Mais ceux qui remplissaient une haute fonction au sommet de l’Etat sans appartenir au parti de Laurent Gbagbo pouvaient aisément mener le combat de la dénonciation de l’imposture. Malheureusement, tout le monde garda le silence.

Depuis 2011, devant la politique dite de rattrapage ethnique lancée par Ouattara qui a placé à toutes les hautes fonctions de l’Etat des personnes originaires du Nord, on ne voit pas des hommes politiques dioula se réunir pour dénoncer en bloc cet agissement qui prépare des lendemains faits de vengeances ethniques. On constate que depuis 2011, le parti politique de Laurent Dona Fologo et celui de Mamadou Coulibaly n’ont jamais dénoncé de manière claire et nette l’emprisonnement arbitraire des partisans de Laurent Gbagbo ; ils n’ont jamais dénoncé le maintien en exil de milliers d’Ivoiriens au Ghana, au Togo et ailleurs dans le monde. A aucun moment, Laurent Dona Fologo et Mamadou Coulibaly n’ont dénoncé ouvertement le repeuplement de l’Ouest ivoirien par des populations étrangères venues du Burkina Faso. Ni l’un ni l’autre n’a cherché à faire comprendre aux populations du Nord que c’est en leur nom que Ouattara inflige des injustices au reste des Ivoiriens et laisse impunis ses miliciens.

Des calculs politiciens sans idéal politique

Pendant trop longtemps, quand Mamadou Coulibaly se permettait un peu de liberté de parole, c’était pour critiquer la politique économique d’Alassane Ouattara ; comme si les souffrances humaines dues à la chasse aux exilés dans les pays limitrophes, aux emprisonnements sans preuve et sans jugement, aux comptes bancaires des pro-Gbagbo bloqués, comme si ces souffrances n’avaient aucune importance à ses yeux. Comme par miracle, à l’approche des élections présidentielles, le parti de Laurent Dona Fologo a retrouvé la voix pour dresser un bilan négatif de la gestion économique du pouvoir actuel et critiquer les atteintes aux structures devant préparer ces élections. Jamais des mots pour consoler la veuve et l’orphelin frappés par la justice des vainqueurs appliquée avec rigueur à l’encontre d’une partie de la population !

En agissant de la sorte, les leaders politiques du Nord ne font que s’associer au mutisme des hommes politiques et des médias français sur le drame que constitue le pouvoir d’Alassane Ouattara pour la Côte d’ivoire. Aujourd’hui, ces hommes politiques issus du Nord qui ont flirté avec le pouvoir d’Alassane Ouattara recherchent une union avec les partis de l’opposition parce que l’électorat de Laurent Gbagbo demeure pour eux la seule valeur sûre pour arracher le pouvoir à Alassane Dramane Ouattara. Des calculs politiciens mais point d’idéal politique pour l'ensemble des Ivoiriens au nombre desquels il faut compter les prisonniers politiques, les exilés, ceux de l'Ouest dépossédés de leur terre !

Raphaël ADJOBI

06/03/2015

L'AIRD-France dénonce l'existence d'une association des victimes "outtaristes" de la crise postélectorale


Association des victimes de la crise ostélectorale ivoirienne, les Nordistes ivoiriens et la Côte d'Ivoire, Ouattara joue avec le feu L’existence en Côte d’Ivoire d’une « association des victimes de la crise postélectorale » de 2010-2011 désireuse d’obtenir réparation est tout à fait louable. Toutefois, son caractère évidemment ethnique et « ouattariste » est choquant, écœurant et même dangereux. Aussi, l’AIRD-France condamne et appelle tous les partis politiques à dénoncer son objectif affiché de faire payer Laurent Gbagbo et les autorités politiques qui lui sont restées fidèles.

L’AIRD-France ne peut accepter qu’une association des victimes d’un conflit national choisisse de demander justice et réparation à l’une des parties ; démarche absolument dangereuse quant à la recherche des moyens de parvenir à une meilleure cohésion nationale. L’AIRD-France voit dans cette attitude une façon de jeter de l’huile sur le feu, d’entretenir un antagonisme que l’on voudrait permanent entre les populations ; un moyen d’assurer des vengeances futures.

Cette association des victimes des ressortissants originaires du Nord de la Côte d’Ivoire est régulièrement entendue à La Haye au procès du père de la démocratie ivoirienne. On constate aussi que lors des différentes audiences du procès des anciens dirigeants du pays, à Abidjan, elle a été régulièrement présente pour les conspuer. Le but de ces présences, de ces prises de paroles et de ces manifestations est donc clairement de montrer que les populations du Nord ont été les victimes du pouvoir déchu et que par conséquent ceux que cette association montre du doigt doivent être condamnés aussi bien par le tribunal national que par le tribunal international de La Haye. En d’autres termes, cette association veut obtenir de manière officielle la culpabilité des autorités de l’ancien pouvoir. Elle tient à établir, de manière paradoxale, que c’est l’armée ayant fait de nombreux morts qui a perdu la guerre et celle n’ayant pas fait de victime qui l’a gagnée. Une conclusion aberrante mais tout à fait logique dans l’esprit des nouveaux maîtres et de tous ceux qui les soutiennent.

En raisonnant et en agissant de la sorte, il est clair que l'on encourage la naissance d’une association des victimes non-nordistes d’Abidjan, de Bouaké, de l’ouest – particulièrement de Nahibly, de Douékoué et de Guitrozon. Ce n’est pas le fait qu’aujourd’hui personne ne leur prête la moindre attention que les victimes de ces différentes régions n’auront pas un jour le droit de demander à leur tour justice et réparation et entretenir aussi l’antagonisme social, le clivage entre elles et les Nordistes qui vont bénéficier des milliards promis par le pouvoir actuel. Oui, les oubliés d’aujourd’hui voudront aussi étudier, analyser les moyens utilisés par M. Ouattara, ses rebelles et ses milices dozos pour parvenir au pouvoir, et évaluer les dégâts humains qu’ils ont occasionnés. Qui pourrait alors leur en vouloir quand ils se mettront à scander des slogans réclamant la condamnation des gouvernants d’aujourd’hui ?

Appel à la dénonciation des réparations partisanes

Il serait bon que les jeunes de chaque parti politique – y compris ceux du PDCI-RDA – dénoncent l’utilisation de la douleur des Ivoiriens à des fins partisanes. Les réparations des maux et préjudices subis par les populations ivoiriennes doivent êtres étudiées dans un cadre national afin qu’elles soient bien appropriées et satisfaisantes pour tous. S’il est établi que les forces en présence au moment du conflit, plutôt que de combattre l’ennemi armé, s’en sont prises aux civils pour la simple raison qu’ils étaient jugés partisans du camp adverse, alors il convient de dénoncer leurs crimes et les punir. Mais il est malsain que les partisans du pouvoir actuel s’érigent en victimes officielles d’une crise nationale pour, d’une part, bénéficier des milliards promis en guise de réparation et, d’autre part, servir de caisse de résonnance à l’animosité du pouvoir actuel contre le précédent. Tous les partis doivent avoir le courage de dénoncer cette mascarade de réparation sachant qu’aucun exilé de l’ouest ayant sa maison brûlée et ses parents tués par les dozos ne sera pris en compte dans cette réparation financière promise par le pouvoir en décembre 2014.

L’AIRD-France dénonce donc cette promesse de distribution de milliards qui vise à acheter les voix des nordistes lors des prochaines élections présidentielles. Une chose est certaine : les preuves filmées de simulacres de mort dans le camp de M. Ouattara existent ; les preuves de scènes de sacrifices humains pratiqués par les partisans de M. Ouattara existent ; les preuves d’humiliation publique opérée par les partisans de M. Ouattara existent ; les preuves filmées de massacres de population de villages ayant largement voté pour Laurent Gbagbo existent. Par contre, jamais le camp de M. Ouattara n’a pu apporter une preuve en image d’un crime perpétré par l’armée loyaliste ou par des prétendus miliciens pro-Gbagbo. Alors que le pouvoir actuel a clamé haut et fort, durant des années, posséder des preuves en béton pour faire condamner Laurent Gbagbo, nous venons d’apprendre que ces preuves destinées au procureur Bensouda ont purement et simplement disparu d’Abidjan. En d’autres termes, de même que la France n’a jamais trouvé les preuves tangibles rendant Laurent Gbagbo responsable du bombardement de son cantonnement militaire à Bouaké en 2004, de même Ouattara ne dispose pas d’éléments prouvant que les milliers de victimes de la guerre postélectorale sont tous ses partisans, et tous issus du nord du pays. Bien au contraire, dans un cas comme dans l’autre, les preuves condamnant les accusateurs abondent et pourraient les discréditer définitivement.

L’autre élément prouvant que cette association de « victimes » a une coloration absolument partisane est à noter dans ce qui s’est passé au tribunal d’Abidjan dans le cadre du procès dénommé « procès des pro-Gbagbo ». Tous les témoins appelés à la barre pour faire pencher la balance judiciaire du côté condamnant les dirigeants et les partisans de l’ancien pouvoir sont originaires du nord du pays ! C’est à croire qu’en Côte d’Ivoire, il n’y a que les Nordistes qui sont mortels et qui possèdent des biens. Ce défilé des ressortissants nordistes était d’ailleurs risible quant au contenu de leurs dépositions. Certainement recrutés sur les trottoirs d’Abidjan et payés quelques CFA pour avoir l’honneur d’admirer les robes des magistrats en une occasion aussi solennelle, ils avaient complètement oublié les leçons apprises et s’étaient donc couverts de ridicule en tenant des propos indignes d’un enfant de cinq ans. Pire, le juge chargé de les entendre a été contraint de faire remarquer qu’ils sont trop nombreux à ne pas figurer sur la liste des témoins devant déposer devant la cour. Tout le monde avait bien ri ; y compris les juges dans leur robe noire. Mais l’essentiel était ailleurs. Il s’agissait de condamner coûte que coûte les perdants d’avril 2011.

Si en plus de cette mascarade de justice, des individus se disant représentants de la population ivoirienne et victimes de la guerre postélectorale se mettent à scander des slogans hostiles à l’une des parties du conflit qui a déchiré la cohésion nationale, alors on est tout simplement dans la manipulation de la douleur nationale. L’AIRD-France appelle donc tous les Ivoiriens à dénoncer l’existence de cette association partisane destinée à salir une catégorie de la population et à percevoir des indemnisations de complaisance.

Raphaël ADJOBI
Délégué général AIRD-France

08/11/2014

Du combat de Laurent Gbagbo et de la crise au sein du FPI*

Le FPI ira-t-il aux élections présidentielles de 2015 ? Pourquoi les militants se déchirent au FPI Suite aux propos de messieurs Koudou Kessié et Paul Okou Zago, tous deux membres du FPI, se contredisant dans le journal de leur parti (Notre Voie du 16 et 20 octobre 2014), l'AIRD-France souhaite vivement que le FPI définisse clairement la ligne de combat qu'il envisage de suivre afin d'éclairer ses alliés. L'AIRD-France n'a nullement l'intention de se mêler d'un débat interne à un parti frère. Toutefois, engagés dans la coalition des partis de l'opposition dénommée « Alliance des Forces Démocratiques » (AFD), nous savons que toute décision émanant du FPI quant à sa participation ou non aux prochaines élections présidentielles – aux contours pour l'heure inquiétants – aura des conséquences directes sur ses alliés.

A vrai dire, le débat qui agite la maison FPI est celui-là même qui anime tous les autres partis de l’opposition et certainement le cœur de tous les Ivoiriens. Aussi, pour reprendre la formule de M. Paul Okou Zago – qui dit être soucieux de faire évoluer les choses dans le sens d’un rapprochement des militants du FPI – nous disons que l'Alliance des Forces Démocratiques doit être le lieu de « la vérité, des débats démocratiques sérieux ». Que le FPI considère donc la présente interpellation comme une volonté de rapprocher nos points de vue en éclairant les différents sujets qui agitent les Ivoiriens – avant qu'ils ne les déchirent – dans l'attente des échéances présidentielles de 2015.

A qui revient l'assainissement de l'environnement électoral ?

La lecture attentive du texte de M. Paul Okou Zago montre qu'il parle davantage de la voie opposée à la sienne et à celle du Président Affi N'guessan. Il pourfend allègrement l'attitude de ceux qu'il dit brandir le slogan « Gbagbo ou rien » mais dit peu de choses sur ce fameux « processus politique » qu’il aurait dû appeler « processus électoral » pour plus de clarté. Car c’est en réalité de cela qu’il s’agit dans ses propos.

« A notre avis, le parti (le FPI) et ses alliés doivent, à partir de maintenant, se battre pour que les élections se déroulent dans un environnement suffisamment assaini », dit M. Paul Okou Zago. Nous sommes tentés de lui dire que c'est le vœu que tous les partis de l’opposition expriment quotidiennement dans les journaux et les quelques rares réunions publiques qu'autorise le pouvoir. Mais pour bien suivre le raisonnement de M. Paul Okou Zago, posons-lui la question suivante : à qui revient le devoir d’assainir l'environnement électoral ? Le FPI et ses alliés ? Et comment ? Pour toute réponse, il dit que la victoire de cette bataille d’assainissement est à notre portée et que pour cela « il suffit (...) de dominer ses émotions, ses rancœurs et ses ressentiments et prendre de la hauteur » pour nous engager unis.

Ainsi donc nous devons croire que c'est parce que nous ne sommes pas assez unis et n'avons pas apaisé nos émotions et nos rancœurs que les conditions favorables à des élections justes et équitables ne sont pas réunies ! Mon Dieu ! Quelle accusation terrible ! Le pouvoir qui reste muet à toutes nos propositions, aux pleurs du peuple qu'il suffirait d'entendre et apaiser, qui ne donne aucune ouverture dans laquelle l'opposition pourrait s'engager pour être entendue, ce pouvoir ne serait donc nullement responsable de l'impasse dans laquelle se trouve la Côte d'Ivoire ! Qu'il nous soit permis ici de rappeler à nos camarades qui soutiennent une telle pensée, que sous tous les cieux, c'est au pouvoir en place qu'il revient d'appliquer son programme politique, d'assainir l'Etat et la vie politique en ouvrant les débats et non pas à l'opposition d'appliquer le sien. Si aujourd’hui les militants de l’opposition sont obligés de quémander des postes dans l'administration du pays – comme le fait remarquer M. Paul Okou Zago – c’est simplement parce que M. Ouattara travaille à réveiller chez l’Ivoirien les réflexes d'un pays à parti unique où chaque fonctionnaire, chaque étudiant boursier se devait d’être reconnaissant au président de la république comme s’il était à lui seul l’Etat ivoirien. Ce n’est pas celui qui est condamné à mendier qu’il faut blâmer mais le pouvoir qui se sert des outils de l’Etat pour corrompre et assujettir les citoyens à la manière d’un roi avec ses sujets. N’est-ce pas M. Ouattara qui a dit avoir pour objectif de « rendre la démocratie irréversible en Côte d'Ivoire » ? C'est donc à lui de se donner les moyens d'atteindre ce but et à nous d'apprécier la réalité des faits. C’est à lui de réveiller la confiance brisée dans le cœur des Ivoiriens en posant des actes qui les réconcilient avec le pouvoir. Ce n'est pas le contraire qu'il faut attendre. Ce n'est pas le contraire qu'il faut prôner.

Qui doit rouvrir l'épineux dossier de la liste électorale pour parvenir à quelque chose de consensuel ? Qui va décider s’il faut tenir compte des nombreux morts, des nombreux disparus qui figurent encore sur cette liste ? Qui va décider si la multitude de personnes forcées à l'exil et les prisonniers politiques qui y sont inscrits voteront ? N’oublions pas non plus le cas des nouveaux naturalisés pour services rendus à M. Ouattara lors de sa prise du pouvoir. M. Paul Okou Zago y a-t-il pensé ? Le FPI ira-t-il aux élections avec M. Youssouf Bakayoko à la tête de la nouvelle commission électorale ? Quelles sont les garanties pour des élections sans brutalité dans le nord du pays toujours sous la domination des dozos et des anciens rebelles désœuvrés qui n'ont pas réussi à se faire une place dans les FRCI ? A l'AIRD-France, nous avons beau apaiser nos émotions, nous avons beau nous unir, nous ne voyons pas venir les solutions à ces problèmes que nous avons portés sur la place publique à plusieurs reprises.

Allons plus loin dans notre questionnement pour savoir où se situe la bonne foi. Le FPI n'a-t-il pas proposé la convocation des Etats généraux de la nation pour étudier les problèmes du pays afin d'aller vers la paix sociale ? Quelle fut la réponse du pouvoir ? Le mépris. N'avons-nous pas tous appelé à la libération des prisonniers politiques afin d'apaiser les tensions et les rancœurs ? Quelle fut la réponse de M. Ouattara ? Le silence et le mépris. N'avons-nous pas appelé à la disparition des dozos dont nous ignorons à quel corps d'armée ils appartiennent ? Quelle fut la réponse de M. Ouattara ? Le silence et le mépris. Les journaux de l'opposition ont fini par se convaincre que ce dernier tient à tout verrouiller, au risque de mettre le feu à la Côte d'Ivoire.

De toute évidence ce n'est pas là le sentiment de tous au FPI et nous en avons trouvé la raison dans les propos de M. Paul Okou Zago. Il faut, selon de nombreux militants de ce parti, « entrer dans le processus électoral » - osons l’expression la plus claire – parce que « le FPI n'a pas le droit de laisser Alassane Dramane Ouattara aller aux élections avec des faire-valoir ». Voilà clairement exprimé le motif ou le moteur de la volonté du FPI « d'entrer dans le processus électoral ».

C’est la peur de laisser des candidats de second rang affronter Ouattara sans aucune chance de succès qui motive le FPI et l’incite à présenter absolument un candidat aux prochaines élections présidentielles ! Que c'est pauvre, comme argument ! Qu’il nous soit permis de dire ici que la certitude de dominer des faire-valoir dans une élection n’est pas un argument digne d’un grand parti politique. On va à des élections quand il y a une once d'équité pouvant nous permettre de triompher, ou à défaut de mesurer l'ampleur de l’électorat adhérant à notre programme de gouvernement.

Malgré une argumentation aussi pauvre en projets ou débats d'envergure nationale, M. Paul Okou Zago s'insurge contre tous ceux qui refusent de faire table rase de leurs idéaux, leurs rêves ou leurs exigences qui, selon lui, compliquent le rapprochement cordial – pour ne pas dire l'entente cordiale – que son parti entend établir avec le pouvoir pour parvenir à ses fins. Et, pour appuyer le bien-fondé de cette attitude qu'il élève au rang de sagesse pouvant sauver Laurent Gbagbo, il donne deux exemples qui méritent que l'on s'y arrête parce qu'ils blessent l'entendement de tout militant politique.

En politique, sous le voile, c'est la soumission ou la prostitution !

Avec délectation, M. Paul Okou Zago nous renvoie à l'image de cette mère américaine qui, au moment de s'adresser aux ravisseurs djihadistes de son fils, s'est voilée à la manière musulmane pour susciter leur compassion. C'est ainsi, dit notre homme politique, que l'on peut toucher le cœur de l'ennemi le plus dur et le porter à la pitié. Et c'est, selon lui, ce qu'il faut faire face à M. Ouattara. Puis il nous remet en mémoire l'issue du combat de Nelson Mandela. C'est par le « voile diplomatique » qu'il a pu sortir de prison, dit M.Paul Okou Zago. Il nous faut donc, conclut-il, pour sortir Laurent Gbagbo de la prison de la CPI, quitter nos idées, nos manifestations, nos réflexions qu'il juge insultantes à l'égard de la France et du pouvoir en place – desquels dépend le sort de celui que nous voudrions voir libre. Il nous faut, suggère-t-il, nous cacher sous un voile, en d’autres termes nous faire petits pour être regardés avec compassion par nos bourreaux.

Il est tout à fait surprenant qu'un homme politique se réfère à l'attitude discutable d'une mère au lieu de nous proposer un enseignement puisé dans l'histoire des stratégies politiques. Il faut veiller à ne pas faire d’images ponctuelles ou éphémères, nées de l’émotion, des vérités générales. N'a-t-il pas noté que pendant que cette mère affligée suppliait les ravisseurs de son fils, les hommes politiques de son pays – faisant fi de leur chantage – ont continué à bombarder les positions djihadistes ? La politique a ses raisons que l’émotion d’une mère ne connaît pas ! Les dirigeants américains savaient qu'en politique se couvrir d'un voile c'est se soumettre ou se prostituer. Quelle est l'attitude que doivent adopter les militants politiques du FPI pour libérer Laurent Gbagbo ? S'humilier en mettant un voile sur leur indignation pour la transformer en supplication aux pieds d'Alassane Ouattara et de la France ?

Quant à l'interprétation que M. Paul Okou Zago fait des raisons qui ont justifié la libération de Nelson Mandela, chacun a pu se rendre compte que c'est un vrai travestissement de l'histoire de l'Afrique du Sud. Peut-on croire que c’est la diplomatie des hommes qui a abouti, après vingt-sept ans, à cette libération ? A ce rythme, les militants du FPI ont toutes les raisons de désespérer de la diplomatie que propose M. Paul Okou Zago pour libérer Laurent Gbagbo. Il serait plus juste de dire que c’est la ténacité de Mandela qui a payé. Oui, c'est la ténacité et la persévérance de cet homme qui n'a pas voulu dévier de son idéal qui, avec le temps, ont triomphé de l'adversité. Grâce à cette ténacité et à cette persévérance, il a obtenu qu'en Afrique du Sud soit appliquée la règle égalitaire « un homme, une voix » dans les élections nationales ouvertes à tous, Noirs et Blancs. Le temps a travaillé pour lui. Il n'était pas pressé. Plusieurs fois, ses ennemis ont tenté de monnayer sa liberté contre son silence et le reniement de son idéal. Mais il savait que la vérité qu'il défendait finirait un jour par triompher. Rares sont les êtres humains capables d'une telle fidélité à un idéal. Est-il utile de rappeler ici que M. Henri Konan Bédié – qui a vendu sa deuxième place lors des élections présidentielles de 2010 – n’est pas à mettre au nombre de ces hommes d'honneur ? Laurent Gbagbo, si ! Laurent Gbagbo, c'est Mandela, c'est Prométhée ! Il a refusé l’exil doré que la France et les Etats-Unis lui avaient proposé pour s’accrocher à la vérité des urnes. Pour que la vérité triomphe, il est resté assis comme Rosa Parks – une autre américaine – refusant d’obéir aux injonctions de ceux qui croient à une justice pour les nègres et une justice pour les Blancs.

Quel est le combat de Laurent Gbagbo ?

Retenons des propos de M. Paul Okou Zago que l'objectif avoué de la frange des militants du FPI dont il fait partie est de faire des élections présidentielles de 2015 une arme contre M. Ouattara. D'ailleurs, pour nous convaincre que c'est un excellent choix, il nous rappelle le soulèvement populaire contre le général Robert Guéï en 2000, et soutient que le peuple peut renouveler cet exploit. Toutefois, ce que cette frange de militants FPI qui soutient ce projet oublie, c'est que le peuple ne se soulève que derrière l'étendard d'un chef qui le conduit et en qui il se reconnaît. Quand on baisse l'étendard de ralliement par peur de faire de l'ombre à son adversaire et à ses parrains, on n'est pas digne de faire appel au sursaut du peuple.

Ce qui est étonnant chez M. Paul Okou Zago et ses amis, c’est la totale absence de foi dans le « processus électoral » actuel dans lequel ils tiennent pourtant à entrer. Ils en font même une peinture – d’ailleurs exacte – qui devrait inquiéter tous les militants du FPI et même la Côte d'Ivoire entière. Voici comment ils voient les contours du « processus électoral » : le pouvoir de M. Ouattara soutenu par la France et son armée qui l'ont installé ; une CEI avec à sa présidence M. Youssouf Bakayoko sachant désormais qui déclarer absolument vainqueur et comment s'y prendre ; et enfin, au bout du tunnel, les FRCI, l'armée prétorienne de Ouattara qui lui a juré fidélité depuis sa formation au Burkina Faso et qui a fait campagne pour son élection puis s’est battue pour lui. N'est-il pas insensé de s'engager dans un tel coupe-gorge ? Pardon, dans un tel « processus électoral » ?

Mais rêvons un peu ! Rêvons qu'au regard des nombreuses fraudes que M. Paul Okou Zago imagine aisément – preuve d'une grande lucidité – le Conseil constitutionnel décide de tenir compte des réclamations de l’opposition pour invalider les votes litigieux et déclarer le candidat de l’opposition vainqueur. Rêvons que la probité des hommes de cette institution triomphe des circonstances qui les ont placés là. Devant cette décision qui ira à l’opposé de la décision de la CEI et des vœux de la communauté internationale, quelle est l'armée nationale existante qui appuiera le soulèvement du peuple sur lequel compte M. Paul Okou Zago pour que le pouvoir revienne au vainqueur constitutionnellement déclaré ? Que chacun prenne le temps de réfléchir à cette question. Il est sage de reconnaître qu'en l'absence d'une armée nationale qui pourrait pencher en sa faveur, le peuple ne pourra pas lutter contre les FRCI, les dozos, l’armée française et celle de l’ONU !

Si une révolution doit avoir lieu contre toutes ces forces qui se dressent devant nous, elle n’a nullement besoin d’une élection pour se mettre à l’œuvre. L’occupation de nos terres par des étrangers, l’exil et l’emprisonnement de nos familles dont nous ignorons tout depuis bientôt quatre ans et la préférence ethnique à tous les degrés de l'administration sont des raisons largement suffisantes pour la mettre en marche. Retenons aussi le présage que constitue la nomination de M. Youssouf Bakayoko à la tête de la CEI. Une révolution suppose clairement, à tout moment, la destruction de tous les outils qui permettent au système en place de fonctionner et de produire pour son propre compte au détriment du peuple. C’est la finalité de toute révolution.

Terminons en rappelant à tous la réalité du combat de Laurent Gbagbo. Quel est le message qu'il a délivré aux Ivoiriens et aux Africains ? N’a-t-il pas dit « Si je tombe, enjambez mon corps pour poursuivre le combat » ? Il est tombé au combat. Alors, réfléchissons ensemble : entendait-il par ces mots qu'il faut tout faire pour le sortir de prison ? Non ! Le combat qui s'impose aux militants n'est pas de délivrer Laurent Gbagbo des mains de ses bourreaux pour qu'il reprenne en main l'étendard qu'il a laissé choir au moment de sa chute. Cette tâche revient à de petits groupes de pression à travers le monde – qui font d’ailleurs très bien ce qu’ils ont à faire. Quant au combat des hommes politiques, comme l’ont fait les partisans de Mandela, il consiste à avoir les yeux rivés sur l'idéal qui nous anime. Ils doivent entretenir dans nos cœurs la flamme de l’idéal. L’idéal d’une réelle indépendance politique et économique doit être porté haut et fort et susciter des adhésions partout dans le monde. Car le combat de Laurent Gbagbo est juste et partout dans le monde le cœur de l’homme comprend le langage de la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes. Le combat consiste à reprendre l'étendard de cet idéal et le faire flotter fièrement au vent pour qu'il soit visible de toute la Côte d'Ivoire, de toute l'Afrique, de la terre entière ! Le combat consiste à s'armer de ténacité et de persévérance au point d'attirer tous les regards et, avec le temps, ébranler les consciences humaines. N’est-ce pas ainsi que Mandela a triomphé de l’adversité ? Empruntons cette même voie pour faire triompher Laurent Gbagbo de l’adversité. Quittons cette attitude imbécile qui consiste à regarder le doigt de Laurent Gbagbo plutôt que d’avoir les yeux fixés sur le chemin qu’il nous indique. Laurent Gbagbo s’est sacrifié pour cela : prenons garde à ne pas quitter ce chemin !

* FPI : Front Populaire Ivoirien ; le parti de Laurent Gbagbo.

Raphaël ADJOBI
Délégué général AIRD-France

14/09/2014

La CEI est devenue un enjeu primordial pour avoir déclaré Ouattara vainqueur en 2010

La CEI, A quoi sert la CEI ?


Le RDR ne peut se permettre de clamer haut et fort que « ce n'est pas à la CEI que se gagnent les élections », sans étaler un gros mensonge. Tout le monde sait bien que c'est cet outil électoral - la CEI - qui a déclaré Alassane Ouattara vainqueur lors des dernières élections présidentielles, contrairement à ses attributions.

A partir du moment où, en 2010, le RDR a estimé que le verdict prononcé par la CEI primait sur celui prononcé par le Conseil constitutionnel, la commission électorale ne pouvait qu'apparaître l'enjeu primordial aux yeux de tous les partis. Normalement, la CEI ne devrait jouer que le rôle de contrôleur du bon déroulement des élections et surtout du bon enregistrement des voix et de leur acheminement. Après avoir pris connaissance de ce que nous appellerons les copies des élections, elle devrait les faire parvenir au Conseil constitutionnel, seul habilité à les corriger et à publier les résultats finaux. Or, cette institution n'a pu jouer son rôle d'arbitre en 2010 ; le sifflet lui ayant été arraché de la bouche par la France, l'ONU et les Etats-Unis d'Amérique, à la demande d'Alassane Ouattara et du RDR.

Ne nous étonnons donc pas de voir les partis de l'opposition exiger un équilibre consensuel au sein de la commission électorale. Par la faute du chef du RDR, trop d'importance a été accordée à la CEI. On ne peut donc pas se permettre de laisser ce parti se tailler la part du lion tout en déclarant que cela n'a aucune importance parce que ce n'est pas la CEI qui décide qui a gagné les élections. Si la CEI n'est pas aussi importante que veut le faire croire le RDR, qu'il fasse ce que Laurent Gbagbo a fait : laisser l'opposition prendre sa direction !

A vrai dire, tous les partis devraient revenir à la case « départ » ; c'est-à-dire que chacun doit donner sa définition de la CEI. Chaque parti doit, dans un texte à rendre public, dire clairement le rôle qui revient à cette commission. C’est à partir de ces conceptions, qui sont sans doute divergentes, que l’on peut converger vers un consensus. On peut même d'un commun accord, décider – tant qu'existera une CEI dans le pays – que sa présidence sera toujours tenue par l'opposition. D'autre part, il doit être enseigné au peuple ivoirien et aux partis « qui est véritablement le maître, l'arbitre, le juge suprême des élections ? » : la CEI ou le Conseil constitutionnel ? Lequel des deux organismes doit avoir le dernier mot ? Le mot irrévocable !

Bien sûr, nous n'ignorons pas qu'en 2010 le RDR n'avait pas respecté les lois de la république qu'il connaissait, et qu'il est peut-être prêt à recommencer en 2015. Mais il est tout de même bon de redéfinir les règles et de les faire connaître aux populations. Il y a encore tant d'ignorance autour des règles du jeu politique qu'il n'est pas inutile de les rappeler en les diffusant largement.

Outre la redéfinition consensuelle de la CEI et la clarté des règles, posons-nous cette question : à quoi nous sert-il de nous quereller autour d'une structure électorale si l'issue des élections ne sera jamais connue des Ivoiriens ? Oui, la question mérite d'être posée parce que les électeurs ivoiriens demeurent aujourd'hui encore dans l'ignorance des vrais résultats de leurs votes de 2010. On aurait rendu justice aux Ivoiriens si, devant la contestation des résultats, on avait recompté les voix pour qu'ils aient une connaissance et une conscience exactes de leur choix ! Si on refuse au peuple le droit de savoir pour qui il a voté, si on lui refuse le droit de vérifier l'exactitude de son choix, à quoi lui sert-il d'aller voter ? Le fait de ne pas avoir les moyens ou le droit de savoir si mon vote a été ou non comptabilisé est la preuve qu'il ne compte absolument pas ; et dans ce cas, il est inutile que j'aille voter. C'est ce que chaque Ivoirien doit se dire devant le tapage inutile que l'on fait autour de la CEI, alors que les conditions sociales pour des élections démocratiques ne sont toujours pas réunies.

Raphaël ADJOBI
Délégué général AIRD-France