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08/09/2015

Y a-t-il des gouvernants en Afrique ?

Les chefs d'Etat africains et les morts en Méditerranée, le mutisme des Africains devant le drame de la migration vers l'Europe, l'Afrique muette devant le nouvel esclavage en Afrique du Nord


A première vue, la question peut paraître provocatrice. Cependant, celui qui répondrait par l’affirmative aurait bien du mal à se justifier. Car être un chef, ce n’est pas endosser un titre comme on endosse un manteau ; c’est être chargé d’une fonction supposant des actions concrètes à mener ; c’est avoir la responsabilité de conduire et de protéger ses concitoyens. Et s’agissant justement des gouvernants africains, ce sont les actes qu’exigent leurs responsabilités qui nous obligent à nous demander s’ils exercent réellement leur fonction de gouvernants. Deux exemples suffisent à éclairer le lecteur quant au bien fondé de notre question.

Depuis que la migration des populations africaines vers l’Europe a pris une dimension qui ne peut plus être qualifiée de « clandestine », compte tenu des milliers de morts qui jonchent, à intervalle régulier, la surface de la Méditerranée et les plages espagnoles et italiennes, le phénomène est devenu un sujet politique qui alimente les échanges entre les chefs d’Etats européens. Depuis les dernières semaines du mois d’août 2015, c’est même l’urgence qui est déclarée, suite à la migration jamais connue de populations blanches sur le flanc est de l’Europe avec également son cortège de morts. Toutes les digues dont l’Europe occidentale s’entourait, comme pour se protéger des guerres qu’elle entretenait hors de ses frontières, ont été rompues. Elle récolte ce qu’elle a semé, le clament certains.

Ce qui est fort étonnant, c’est de constater que dans le concert des cris d’indignations et des lamentations que les nombreux morts de la Méditerranée arrachent régulièrement aux milieux politiques et associatifs occidentaux, aucune voix africaine ne se fasse entendre. Devant les nombreux morts et les souffrances des Noirs en Méditerranée, l’Afrique reste impassible et muette. Alors que les politiques européens s’interpellent les uns les autres et se demandent ce qu’il convient de faire, aucune voix n’émane des gouvernants africains témoignant de la recherche de solution à leur niveau. Et pourtant, tout le monde sait que la prolifération du phénomène de migration a généré une véritable traite négrière dans les pays d’Afrique du nord devenus de véritables îles de Gorée !

Pourquoi donc les chefs d’Etats africains sont-ils si apathiques devant le malheur des leurs ? Mourir par centaines loin de sa terre natale est-il devenu chose si ordinaire sous le ciel d’Afrique au point de ne pas mériter une oraison funèbre, une petite larme de son pays ?

Par ailleurs, nous assistons depuis un an ou deux à un phénomène dont l’ampleur a dépassé les frontières du pays qui l’a vu naître : la maltraitance des travailleurs domestiques au Liban.

Depuis les années 60, bon nombre d’Africains avaient constaté que les ressortissants libanais pratiquaient ouvertement – en terre africaine – l’esclavage des jeunes filles noires à leur domicile sans qu’aucune autorité locale ne s’en inquiète. Quand ces filles accompagnaient leur maître ou leur maîtresse en Europe, cet esclavage pratiqué sous la forme de la séquestration en Afrique se doublait de la maltraitance physique sur la terre libanaise. Une domestique noire a eu le sexe brûlé au briquet ; une autre a été allègrement battue par toute la famille, une autre encore a été jetée du quatrième étage d’un immeuble. Chaque jour nous apporte son lot de maltraitances aussi indignes les unes que les autres. Les images de ces agissements inhumains diffusées par les bourreaux tournent toujours en boucle sur Internet. Les jeunes filles humiliées, blessées dans leur chair, ont parfois adressé des appels au secours sur Internet. Mais les gouvernants africains se taisent ; ils semblent ne rien voir et ne rien entendre.

Le mutisme des autorités africaines devant les souffrances de leurs ressortissants sur les terres étrangères est d’autant plus surprenant que leurs homologues européens ne les laissent guère en paix quand il s’agit de la mort brutale d’un Blanc ou de son implication dans quelque litige ayant abouti à son arrestation ou à son emprisonnement en terre africaine. Les gouvernants européens ont-ils tort de se comporter de la sorte ? Non ! En agissant ainsi, ils se montrent dignes de leur fonction qui exige qu’ils prennent soin de tous leurs citoyens, qu’ils s’inquiètent de tout ce qui leur arrive où qu’ils soient. En d’autres termes, ce sont les gouvernants africains qui n’accomplissent pas leur devoir vis-à-vis des leurs. Ce sont eux qui se montrent indignes de toute considération aux yeux des Africains et du reste du monde.

Raphaël ADJOBI

07/08/2015

Côte d'Ioire : la transition se fera par la violence, par la contrainte, par la diplomatie ou le dialogue !

Proposition d'une transition en Côte d'Ivoire, La Côte d'Ivoire en danger en 2015 ou en 2016, Ouattara et l'idée d'une transition

C'est le 15 mai 2015 qu'est née officiellement la Coalition nationale pour le changement sous le sigle de la CNC. Composée du FPI, de quelques petits partis de l'opposition, des candidats déclarés aux prochaines élections présidentielles et de quelques personnalités sûres de leur bonne étoile, la CNC s'est fixé 6 objectifs précis.

1. La réalisation de la réconciliation nationale
2. Le rétablissement des conditions d'élections justes, transparentes et démocratiques
3. Le strict respect de la Constitution
4. L'amélioration des conditions de vie des populations
5. La création des conditions de la victoire de la coalition
6. La nécessité de repenser la Côte d'Ivoire.

Mais, ne perdons pas de vue que parmi ces 6 objectifs, deux seulement sont essentiels dans l'immédiat et ont certainement été les moteurs de la naissance de la Coalition Nationale pour le Changement.

Il s'agit de :
1. la mise en en place des conditions justes et équitables pour des élections démocratiques
2. du strict respect de la Constitution nationale.

Car si ces deux objectifs sont atteints avant octobre 2015, alors le premier objectif qui est la réconciliation nationale aura beaucoup avancé.

Or je suis au regret de vous dire que ces deux objectifs essentiels qui fondent la CNC et dont la réalisation garantirait des élections pacifiques et le retour à la paix ne dépendent pas d'elle. Elle peut y contribuer, mais l'entreprise ne dépend pas d'elle.

Non, il n'appartient pas à la CNC de créer les conditions d'élections justes et équitable ! Non, il n'appartient pas à la seule CNC de respecter strictement notre Constitution. D'ailleurs aucun des membres de la CNC ne la menace.

Ces deux objectifs sont en réalité des demandes formulées à l'adresse du pouvoir en place, du gouvernant en place.
Disons donc que ce que réclame la CNC à quelques deux mois des élections, c'est ce que l'AIRD-France réclame depuis bientôt deux ans par voie de presse, par le biais des médias périphériques et les réseaux sociaux aujourd'hui incontournables.

Ce que réclame la CNC, c'est ce que réclamait l'Alliance des Forces Démocratiques sous le sigle de l'AFD, composée du FPI et de tous les partis progressistes - dont l'AIRD - qui constituent l'opposition nationale depuis l'installation du nouveau pouvoir.

Or, la réalité que doit reconnaître la CNC, c'est que le chef du pouvoir actuel ne veut dialoguer avec personne pour la mise en place des conditions nécessaires à des élections transparentes, justes et équitables. Toute demande de dialogue, toute proposition qui lui est faite est considérée par lui comme une atteinte à la sûreté de l'Etat, et il menace de vous emprisonner. Dialoguer pour lui signifie lui obéir. Pour lui, faire la paix signifie obéir. Il ne veut dialoguer qu'avec ceux qu'il choisit lui-même.

Il importe ici de poser une question à tous ceux qui ont tenté de saboter leur parti en prônant bruyamment le dialogue avec le pouvoir : Vous avez dialogué avec le pouvoir, vous avez serré les mains de ses lieutenants, tenu des réunions avec eux, dites-nous maintenant le résultat de votre entreprise. Dites-nous en quoi vous avez fait avancer la Côte d'Ivoire depuis 4 ans.

Retenons donc de manière définitive ces deux choses :

1. M. Ouattara ne créera jamais les conditions permettant des élections transparentes, justes et équitables !
2. Il ne respectera pas la Constitution ivoirienne et il maintiendra sa candidature malgré son inéligibilité.

La question qu'il convient de poser à la CNC est donc la suivante : devant l'échec évident des deux demandes qui sont faites au pouvoir, on fait quoi ? La CNC dit que les conditions des élections ne sont pas réunies, M. Ouattara dit qu'elles le sont ! La CNC dit que M. Ouattara n'est pas éligible et donc ne peut être candidat. M. Ouattara dit qu'il est éligible parce qu'il est au pouvoir et donc qu'il est candidat. Devant cette impasse, la CNC fait quoi ? Que devons-nous faire ? Que doivent faire les Ivoiriens qui disent que les conditions ne sont pas réunies pour aller aux élections ? Que doivent faire les Ivoiriens qui sont soucieux du respect de notre Constitution ?

Il nous faut, chers amis, nous concerter et penser résolument à la mise en œuvre d'une entreprise de salut public avec le peuple ivoirien pour le peuple ivoirien !

Il nous faut avec les populations ivoiriennes pousser M. Alassane Ouattara à la table des négociations pour la nécessaire transition qui s'impose à nous.

Il nous faut avec les populations ivoiriennes contraindre ceux qui ont installé ce pouvoir et lui assurent sa tranquillité à envisager pour lui une voie de sortie honorable. La transition se fera par la violence, par la contrainte, par la diplomatie ou le dialogue !


Raphaël ADJOBI

09/04/2015

Les chantiers abandonnés d'Alassane Ouattara ou l'échec du gouvernement des rebelles nordistes


Comment Ouattara a échoué, pourquoi Ouattara doit partir, la faillite du pouvoir Ouattara


Nous savons tous que le visage actuel de notre pays est très déplaisant parce qu'il est fait d'injustices et de brutalités ouvertement assumées. Les emprisonnements sans suite et les jugements incompréhensibles entretiennent la méfiance, la peur de l'autre, les calomnies, les traîtrises. Tous les ingrédients qui rappellent à chacun de nous – Ivoiriens de l'intérieur comme de l'extérieur – que nous sommes sortis du chemin de la démocratie par la faute d’un clan nordiste qui s’est accaparé le pouvoir et règne en maître absolu grâce à la protection de la France et au mutisme complice de ses médias.

Tous ceux qui croient que cette réalité sociale et politique pourrait évoluer avec le temps vers une unité nationale, vers un mieux-vivre et un mieux-être, se trompent. Ils se trompent pour la raison suivante : depuis 2011, aucun chantier de reconstruction du tissu social et politique – déchiré par la zone de séparation née de la rébellion armée puis meurtri par la crise postélectorale – ne connaît de travaux.

Accaparé par son programme de rattrapage ethnique, le pouvoir actuel a abandonné ces chantiers pourtant nécessaires à des élections crédibles ou à la paix sociale.

1° Le chantier de la réconciliation nationale : il a fait l'objet d'une annonce en grande pompe avec un semblant de structure. Mais personne n'a vu la convocation générale des belligérants de 2010. Si on ne convoque pas les gens qui se sont battus, et si on ne les entend pas, comment peut-on les réconcilier ? L'exemple de l'Afrique du sud ne nous a pas servi de leçon. A vrai dire, de même que le recomptage des bulletins des urnes en 2010 ne faisait pas les affaires d’Alassane Ouattara, de même la réconciliation nationale va à l’encontre de ses projets malsains. Si tous les prisonniers politiques étaient libérés et si les Ivoiriens se réconciliaient, c’est lui qui disparaît.

Assurons donc ici qu’aucun discours se voulant rassurant ne saurait panser les plaies et instaurer la confiance si des milliers de familles continuent à vivre dans l’attente de parents injustement emprisonnés ou injustement condamnés par un tribunal ethnique. Par ailleurs, tous les Ivoiriens savent que c’est au nom des seuls ressortissants du Nord – communément appelés dioula – que tous les crimes commandés par Alassane Ouattara ont été commis et continuent à endeuiller régulièrement des familles. Persévérer dans cette voie avec des programmes favorisant essentiellement les dioula, c’est nourrir des projets futurs contre eux ! Oui, ouvertement, Ouattara travaille contre la réconciliation nationale en espérant ainsi s’attacher la fidélité des Ivoiriens du Nord. C’est donc désormais à ces derniers de nous prouver que celui qui cherche à nous diviser est notre ennemi commun.

2° Le chantier du retour des exilés sur leurs terres et leur installation dans leurs biens : ce chantier n'a jamais été une préoccupation du pouvoir en place. Bien au contraire, celui-ci a intentionnellement procédé au remplacement des Ivoiriens exilés par des populations burkinabé et maliennes qu'il a installées dans l'Ouest du pays. Cette région de la Côte d'Ivoire était programmée pour devenir le butin de guerre des alliés d'hier du pouvoir actuel. Encourager le retour des exilés sur leurs terres équivaut donc pour Ouattara à tromper ses soutiens du Burkina Faso. En aucune façon, il ne veut fâcher ses amis à qui il a promis une partie du territoire ivoirien avec une ouverture sur le port de San-Pedro.

3° Le chantier de « la démocratie irréversible » : Dès son installation, le chef des maîtres actuels du pays avait promis, en janvier 2012 – et cela devant les gouvernants français à qui il doit tout (entretien accordé au journal Le Monde) – qu’il s'engageait à « rendre la démocratie irréversible » en Côte d'Ivoire. Or, la première pierre de ce chantier n'a jamais été posée. A la place de la démocratie irréversible, c'est la dictature irréversible qui est chaque jour sérieusement entretenue par les mains d’un pouvoir qu'il a absolument voulu nordiste ou dioula.

Posons-nous franchement cette question : les nouvelles autorités du pays pouvaient-elles vraiment installer une démocratie irréversible en Côte d'Ivoire ? Pour être capable d'une entreprise aussi délicate et herculéenne, il faut déjà savoir ce qu'est la démocratie, et avoir trempé son esprit dans ses principes pendant un certain nombre d'années. Or, non seulement les leaders du RDR et du PDCI de Konan Bédié n'ont jamais consacré une seule page de réflexion à ce sujet, mais encore ils ont consacré toute leur vie publique à combattre la démocratie ivoirienne au moment où Laurent Gbagbo, Simone Ehivet et leurs amis la construisaient. Comment peuvent-ils s'inventer bâtisseurs de « la démocratie irréversible » quand ils ont passé leur vie à chercher les moyens de l'éviter ? Comment peuvent-ils être des bâtisseurs de la démocratie quand ils ont passé leur temps à la combattre et continuent à passer leur temps à emprisonner tous ceux qui prononcent le mot « démocratie » ? Comment peuvent-ils se déclarer ouvriers de la démocratie quand ils n’en ont ni l'étoffe ni le talent ?

Parce que le pouvoir actuel ignore ce qu'est la démocratie, à quelques mois des élections présidentielles il est incapable de trouver les contours d'une vraie commission électorale indépendante. Il s'est alors contenté de reconduire le même président pour éviter une éventuelle surprise. Il s’est dit : « Youssouf Bakayoko au moins connaît sa leçon ». Malheureusement, il la connaît si bien qu'il pourrait, une nouvelle fois, se refugier à l'Hôtel du Golf, oubliant que son patron est à la présidence.

4° Le chantier des listes électorales : à quelques mois des élections – à notre connaissance – le pouvoir n'a pas encore mis à jour les listes électorales parce qu'il ignore que des élections sérieuses passent par cette tâche administrative. Est-ce que les exilés devront y figurer ? Qui décide s'ils doivent, oui ou non, y figurer ? Si oui, a-t-on pensé au moyen de les faire voter depuis le Ghana, le Togo et les autres contrées où ils se trouvent ? Les nouveaux naturalisés auront-ils le droit de voter ? Que dit la loi dans ce domaine ? Enfin, les nombreuses victimes assassinées par les dozos et les rebelles dioula estampillés FRCI seront-elles rayées des listes électorales ? Comment savoir si elles ne ressusciteront pas pour aller voter en faveur du candidat préféré de la France ? Une immense source de fraudes en perspective !

A défaut d'une vraie démocratie, le pouvoir actuel nous propose une démocratie pour les naïfs ; une démocratie de feux d'artifices dans les stades et les rues scintillantes de guirlandes illuminées lors des fêtes, pendant que les demeures s'éclairaient à la bougie et à la lampe-tempête comme avant les indépendances. C'est la démocratie de « poudre aux yeux », selon une expression bien française qu’Alassane Dramane Ouattara a cru, dans son ignorance, être un compliment pour celui qui l’applique.

La démocratie pour les Ivoiriens naïfs comme pour leurs maîtres habitués à emprisonner les démocrates consiste à vivre à crédit ; c'est chaque jour aller demander à telle banque ou à tel pays de leur prêter des milliards, condamnant ainsi les générations futures à vivre pour payer les dettes d'une indépendance hypothéquée.

Ouattara a échoué. Il doit partir

Au regard de ce tableau sombre de notre pays, beaucoup se demandent en qui, en quoi, placer notre espérance. Heureusement, les événements des derniers mois de l'année 2014 nous laissent croire que nous ne devons pas désespérer de l'avenir. En effet, voir la grande majorité des membres des partis d'opposition clamer leur fidélité à l'idéal d’une démocratie républicaine initiée par le président Laurent Gbagbo est réjouissant. Chose encore plus réjouissante est le refus par la jeunesse du PDCI de la mort annoncée de leur parti par l'appel de Daoukro. Oui, cette jeunesse du PDCI s'est ouvertement prononcée contre le retour au parti unique. La visite de Kouadio Konan Bertin au président Laurent Gbagbo témoigne de l'indignation partagée que vivent tous les fils de la nation ivoirienne face à l'emprisonnement d'un des leurs chez les anciens négriers. Enfin, voir sur les télévisions africaines tous les intellectuels noirs soutenir Laurent Gbagbo et s’indigner du comportement d’Alassane Dramane Ouattara ainsi que de chacun de ses propos sur le franc CFA et notre prétendue indépendance économique, ne peut que raviver notre ardeur à le combattre.

L'espoir est donc permis, car plus que jamais le pouvoir est isolé. Même les traitres qui nous quittent pour le rejoindre ne redorent pas son blason. Ce pouvoir ne tient debout que parce qu'il se réfugie à l'ombre des canons des armées française et onusienne. Mais la situation de notre pays n'évoluera pas, ne changera pas, si nous ne manifestons pas notre ferme volonté de retrouver la voie de la démocratie abandonnée en 2011 après le changement brutal de régime. Ce n'est donc pas le moment de faiblir, mais bien au contraire le moment de montrer que l'idéal démocratique que nous avons partiellement goûté grâce au président Laurent Gbagbo reste cher à notre cœur et que nous ne pouvons tolérer plus longtemps une autre voie. Puisque nous n’espérons pas de miracle, nous devons nous engager résolument dans l'action militante afin de veiller à ce que la flamme de la démocratie ne s'éteigne pas.

Refusons donc le renoncement, soyons fiers de notre engagement pour le réveil d'une conscience dynamique et fraternelle en Côte d'Ivoire. La victoire de la fidélité à notre idéal de démocratie – victoire que nous devons croire certaine – doit nous tenir éveillés, mais ensemble, soudés les uns aux autres et non pas dans la solitude de nos demeures.

Ouattara a échoué. Il doit partir ! Unissons nos voix pour le lui crier. Unissons nos actions pour lui faire gagner la porte de sortie.

Raphaël ADJOBI


30/03/2015

Le silence complice des hommes politiques du Nord dans le drame ivoirien

Laurent Dona Fologo, Mamadou Koulibaly. Les Nordistes ivoiriens et Alassane Ouattara


Hier comme aujourd’hui, la permanence du comportement des Ivoiriens originaires du Nord vis-à-vis d’Alassane Ouattara étonne. Avant les élections présidentielles de 2010, pendant plus d’une décennie, si l’idée que les ressortissants du Nord du pays étaient rejetés par le reste des Ivoiriens avait prospéré en Afrique et dans le reste du monde – particulièrement en France – c’est absolument parce que la très grande majorité des hommes politiques issus de cette zone ont gardé un silence complice sur le discours démagogique et ethnicisé d’Alassane Ouattara. Et aujourd’hui encore, ils sont très nombreux, sans doute trop nombreux, à se garder de dénoncer l’inhumanité des mesures politiques qui déchirent le tissu social ivoirien.

Des voix trop rares contre l’imposture

Quand on consulte les images d’archives, on constate qu’il n’y a guère que des individus n’occupant aucune fonction importante sur l’échiquier politique qui osèrent affirmer haut et fort que la prétendue exclusion des dioula de la vie politique et sociale – fonds de commerce de Ouattara – était en réalité un tissu de mensonges et donc une déformation de la réalité.

Et pourtant, les occasions étaient belles pour mettre en garde les ressortissants du Nord contre l’instrumentalisation de la division ethnique qui a conduit le pays dans une guerre fratricide. Mamadou Ben Soumahoro, ancien journaliste et député au moment où Alassane Ouattara était le premier ministre d’Houphouët-Boigny, fut le premier à flairer le danger et à le dénoncer vivement. C’est devant l’assemblée nationale qu’il appela alors à une levée de boucliers contre l’imposture qui se préparait. S’il est encore vivant, c’est parce qu’il a publiquement affirmé que s’il venait à mourir, l’on ne devra accuser que Ouattara dont il fut l’ancien partisan au sein du RDR.

Au nombre des voix rares qui s’élevèrent contre l’imposture, il faut compter celles des responsables d’une association musulmane chargée des voyages annuels à la Mecque qui dénoncèrent les propos démagogiques du patron du RDR en soulignant le soutien financier et technique que le pouvoir de Laurent Gbagbo apportait au monde musulman ivoirien, comme le faisait en son temps Félix Houphouët-Boigny. Dans le même document d’archives, l’un des intervenants reprit à son compte la célèbre phrase de Sékou Touré clamant « Nous préférons la pauvreté dans la liberté plutôt que l’esclavage dans l’opulence ». C’est dire combien certains étaient conscients de la recolonisation de la Côte d’Ivoire par le biais d’un nègre de maison choisi par la France.

Au-delà des mises en garde et des dénonciations, il faut surtout retenir les propos d’une dame originaire du Nord qui a peint avec une extrême justesse la réalité sociale et économique du pays, afin de mieux souligner le caractère mensonger du discours démagogique de Ouattara se situant très loin de la réalité du pays. D’une part, elle a relevé que le commerce et les transports sont presqu’exclusivement entre les mains des ressortissants du Nord ; c’est-à-dire qu’ils sont les détenteurs des seuls secteurs de l’économie où les Ivoiriens sont encore miraculeusement majoritaires. D’autre part, elle a mis le doigt sur une réalité comportementale qui explique en très grande partie le retard du Nord du pays en matière de développement urbain.

Quand les hommes du Nord font fortune dans le commerce et les transports, où construisent-ils leurs belles demeures ? C’est dans le Sud, convient-elle. Où les hommes politiques construisent-ils et établissent-ils leurs résidences ? Toujours dans le Sud ! Cela veut dire, conclut-elle, que les Nordistes s’acharnent à concurrencer leurs compatriotes dans leurs régions et négligent le Nord d’où ils viennent. Ils ne peuvent par conséquent accuser le reste de la Côte d’Ivoire d’être contre le développement de leur région, et pire d’opérer à leur égard une ségrégation ethnique.

Chose étrange, sous la présidence de Laurent Gbagbo, ce discours réfutant les thèses ségrégationnistes d’Alassane Dramane Ouattara n’a jamais été soutenu ou repris par les hommes politiques jouissant d’une notoriété certaine afin de lui conférer une portée plus grande. Ni Mamadou Coulibaly, alors président de l’Assemblée nationale, ni Laurent Dona Fologo, président du Conseil économique et social et plusieurs fois ministre sous Félix Houphouët-Boigny, n’ont daigné mettre leur notoriété au service de la cohésion nationale en relayant ce discours. A aucun moment, ces deux hommes – qui sont aujourd’hui chefs de partis politiques – n’ont dénoncé ouvertement l’entreprise de diabolisation du reste des Ivoiriens orchestrée en Afrique et en Europe par Alassane Ouattara avec le concours des médias français.

Quand la Charte du Nord fut rendue publique et que plus tard, suivant son esprit, la carte de la Côte d’Ivoire déchirée étala une ligne de démarcation entre le Nord et le reste du pays, quels furent les ressortissants nordistes à s’être offusqués publiquement de cette atteinte à l’unité nationale ? Aucun ! Quand une personnalité politique nordiste osa, dans une langue régionale, exposer le plan machiavélique de conquête du pouvoir par les dioula tout en diabolisant le reste des Ivoiriens, quel homme politique issu du Nord du pays dénonça-t-il la grave atteinte à l’intégrité et à la cohésion nationale ? Aucun ! On pouvait aisément comprendre la grande réticence des partisans de Laurent Gbagbo originaires du Nord à se lancer dans la dénonciation de cette entreprise. Ils étaient sûrs que leurs paroles seraient jugées partiales. Mais ceux qui remplissaient une haute fonction au sommet de l’Etat sans appartenir au parti de Laurent Gbagbo pouvaient aisément mener le combat de la dénonciation de l’imposture. Malheureusement, tout le monde garda le silence.

Depuis 2011, devant la politique dite de rattrapage ethnique lancée par Ouattara qui a placé à toutes les hautes fonctions de l’Etat des personnes originaires du Nord, on ne voit pas des hommes politiques dioula se réunir pour dénoncer en bloc cet agissement qui prépare des lendemains faits de vengeances ethniques. On constate que depuis 2011, le parti politique de Laurent Dona Fologo et celui de Mamadou Coulibaly n’ont jamais dénoncé de manière claire et nette l’emprisonnement arbitraire des partisans de Laurent Gbagbo ; ils n’ont jamais dénoncé le maintien en exil de milliers d’Ivoiriens au Ghana, au Togo et ailleurs dans le monde. A aucun moment, Laurent Dona Fologo et Mamadou Coulibaly n’ont dénoncé ouvertement le repeuplement de l’Ouest ivoirien par des populations étrangères venues du Burkina Faso. Ni l’un ni l’autre n’a cherché à faire comprendre aux populations du Nord que c’est en leur nom que Ouattara inflige des injustices au reste des Ivoiriens et laisse impunis ses miliciens.

Des calculs politiciens sans idéal politique

Pendant trop longtemps, quand Mamadou Coulibaly se permettait un peu de liberté de parole, c’était pour critiquer la politique économique d’Alassane Ouattara ; comme si les souffrances humaines dues à la chasse aux exilés dans les pays limitrophes, aux emprisonnements sans preuve et sans jugement, aux comptes bancaires des pro-Gbagbo bloqués, comme si ces souffrances n’avaient aucune importance à ses yeux. Comme par miracle, à l’approche des élections présidentielles, le parti de Laurent Dona Fologo a retrouvé la voix pour dresser un bilan négatif de la gestion économique du pouvoir actuel et critiquer les atteintes aux structures devant préparer ces élections. Jamais des mots pour consoler la veuve et l’orphelin frappés par la justice des vainqueurs appliquée avec rigueur à l’encontre d’une partie de la population !

En agissant de la sorte, les leaders politiques du Nord ne font que s’associer au mutisme des hommes politiques et des médias français sur le drame que constitue le pouvoir d’Alassane Ouattara pour la Côte d’ivoire. Aujourd’hui, ces hommes politiques issus du Nord qui ont flirté avec le pouvoir d’Alassane Ouattara recherchent une union avec les partis de l’opposition parce que l’électorat de Laurent Gbagbo demeure pour eux la seule valeur sûre pour arracher le pouvoir à Alassane Dramane Ouattara. Des calculs politiciens mais point d’idéal politique pour l'ensemble des Ivoiriens au nombre desquels il faut compter les prisonniers politiques, les exilés, ceux de l'Ouest dépossédés de leur terre !

Raphaël ADJOBI

06/03/2015

L'AIRD-France dénonce l'existence d'une association des victimes "outtaristes" de la crise postélectorale


Association des victimes de la crise ostélectorale ivoirienne, les Nordistes ivoiriens et la Côte d'Ivoire, Ouattara joue avec le feu L’existence en Côte d’Ivoire d’une « association des victimes de la crise postélectorale » de 2010-2011 désireuse d’obtenir réparation est tout à fait louable. Toutefois, son caractère évidemment ethnique et « ouattariste » est choquant, écœurant et même dangereux. Aussi, l’AIRD-France condamne et appelle tous les partis politiques à dénoncer son objectif affiché de faire payer Laurent Gbagbo et les autorités politiques qui lui sont restées fidèles.

L’AIRD-France ne peut accepter qu’une association des victimes d’un conflit national choisisse de demander justice et réparation à l’une des parties ; démarche absolument dangereuse quant à la recherche des moyens de parvenir à une meilleure cohésion nationale. L’AIRD-France voit dans cette attitude une façon de jeter de l’huile sur le feu, d’entretenir un antagonisme que l’on voudrait permanent entre les populations ; un moyen d’assurer des vengeances futures.

Cette association des victimes des ressortissants originaires du Nord de la Côte d’Ivoire est régulièrement entendue à La Haye au procès du père de la démocratie ivoirienne. On constate aussi que lors des différentes audiences du procès des anciens dirigeants du pays, à Abidjan, elle a été régulièrement présente pour les conspuer. Le but de ces présences, de ces prises de paroles et de ces manifestations est donc clairement de montrer que les populations du Nord ont été les victimes du pouvoir déchu et que par conséquent ceux que cette association montre du doigt doivent être condamnés aussi bien par le tribunal national que par le tribunal international de La Haye. En d’autres termes, cette association veut obtenir de manière officielle la culpabilité des autorités de l’ancien pouvoir. Elle tient à établir, de manière paradoxale, que c’est l’armée ayant fait de nombreux morts qui a perdu la guerre et celle n’ayant pas fait de victime qui l’a gagnée. Une conclusion aberrante mais tout à fait logique dans l’esprit des nouveaux maîtres et de tous ceux qui les soutiennent.

En raisonnant et en agissant de la sorte, il est clair que l'on encourage la naissance d’une association des victimes non-nordistes d’Abidjan, de Bouaké, de l’ouest – particulièrement de Nahibly, de Douékoué et de Guitrozon. Ce n’est pas le fait qu’aujourd’hui personne ne leur prête la moindre attention que les victimes de ces différentes régions n’auront pas un jour le droit de demander à leur tour justice et réparation et entretenir aussi l’antagonisme social, le clivage entre elles et les Nordistes qui vont bénéficier des milliards promis par le pouvoir actuel. Oui, les oubliés d’aujourd’hui voudront aussi étudier, analyser les moyens utilisés par M. Ouattara, ses rebelles et ses milices dozos pour parvenir au pouvoir, et évaluer les dégâts humains qu’ils ont occasionnés. Qui pourrait alors leur en vouloir quand ils se mettront à scander des slogans réclamant la condamnation des gouvernants d’aujourd’hui ?

Appel à la dénonciation des réparations partisanes

Il serait bon que les jeunes de chaque parti politique – y compris ceux du PDCI-RDA – dénoncent l’utilisation de la douleur des Ivoiriens à des fins partisanes. Les réparations des maux et préjudices subis par les populations ivoiriennes doivent êtres étudiées dans un cadre national afin qu’elles soient bien appropriées et satisfaisantes pour tous. S’il est établi que les forces en présence au moment du conflit, plutôt que de combattre l’ennemi armé, s’en sont prises aux civils pour la simple raison qu’ils étaient jugés partisans du camp adverse, alors il convient de dénoncer leurs crimes et les punir. Mais il est malsain que les partisans du pouvoir actuel s’érigent en victimes officielles d’une crise nationale pour, d’une part, bénéficier des milliards promis en guise de réparation et, d’autre part, servir de caisse de résonnance à l’animosité du pouvoir actuel contre le précédent. Tous les partis doivent avoir le courage de dénoncer cette mascarade de réparation sachant qu’aucun exilé de l’ouest ayant sa maison brûlée et ses parents tués par les dozos ne sera pris en compte dans cette réparation financière promise par le pouvoir en décembre 2014.

L’AIRD-France dénonce donc cette promesse de distribution de milliards qui vise à acheter les voix des nordistes lors des prochaines élections présidentielles. Une chose est certaine : les preuves filmées de simulacres de mort dans le camp de M. Ouattara existent ; les preuves de scènes de sacrifices humains pratiqués par les partisans de M. Ouattara existent ; les preuves d’humiliation publique opérée par les partisans de M. Ouattara existent ; les preuves filmées de massacres de population de villages ayant largement voté pour Laurent Gbagbo existent. Par contre, jamais le camp de M. Ouattara n’a pu apporter une preuve en image d’un crime perpétré par l’armée loyaliste ou par des prétendus miliciens pro-Gbagbo. Alors que le pouvoir actuel a clamé haut et fort, durant des années, posséder des preuves en béton pour faire condamner Laurent Gbagbo, nous venons d’apprendre que ces preuves destinées au procureur Bensouda ont purement et simplement disparu d’Abidjan. En d’autres termes, de même que la France n’a jamais trouvé les preuves tangibles rendant Laurent Gbagbo responsable du bombardement de son cantonnement militaire à Bouaké en 2004, de même Ouattara ne dispose pas d’éléments prouvant que les milliers de victimes de la guerre postélectorale sont tous ses partisans, et tous issus du nord du pays. Bien au contraire, dans un cas comme dans l’autre, les preuves condamnant les accusateurs abondent et pourraient les discréditer définitivement.

L’autre élément prouvant que cette association de « victimes » a une coloration absolument partisane est à noter dans ce qui s’est passé au tribunal d’Abidjan dans le cadre du procès dénommé « procès des pro-Gbagbo ». Tous les témoins appelés à la barre pour faire pencher la balance judiciaire du côté condamnant les dirigeants et les partisans de l’ancien pouvoir sont originaires du nord du pays ! C’est à croire qu’en Côte d’Ivoire, il n’y a que les Nordistes qui sont mortels et qui possèdent des biens. Ce défilé des ressortissants nordistes était d’ailleurs risible quant au contenu de leurs dépositions. Certainement recrutés sur les trottoirs d’Abidjan et payés quelques CFA pour avoir l’honneur d’admirer les robes des magistrats en une occasion aussi solennelle, ils avaient complètement oublié les leçons apprises et s’étaient donc couverts de ridicule en tenant des propos indignes d’un enfant de cinq ans. Pire, le juge chargé de les entendre a été contraint de faire remarquer qu’ils sont trop nombreux à ne pas figurer sur la liste des témoins devant déposer devant la cour. Tout le monde avait bien ri ; y compris les juges dans leur robe noire. Mais l’essentiel était ailleurs. Il s’agissait de condamner coûte que coûte les perdants d’avril 2011.

Si en plus de cette mascarade de justice, des individus se disant représentants de la population ivoirienne et victimes de la guerre postélectorale se mettent à scander des slogans hostiles à l’une des parties du conflit qui a déchiré la cohésion nationale, alors on est tout simplement dans la manipulation de la douleur nationale. L’AIRD-France appelle donc tous les Ivoiriens à dénoncer l’existence de cette association partisane destinée à salir une catégorie de la population et à percevoir des indemnisations de complaisance.

Raphaël ADJOBI
Délégué général AIRD-France