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08/11/2014

Du combat de Laurent Gbagbo et de la crise au sein du FPI*

Le FPI ira-t-il aux élections présidentielles de 2015 ? Pourquoi les militants se déchirent au FPI Suite aux propos de messieurs Koudou Kessié et Paul Okou Zago, tous deux membres du FPI, se contredisant dans le journal de leur parti (Notre Voie du 16 et 20 octobre 2014), l'AIRD-France souhaite vivement que le FPI définisse clairement la ligne de combat qu'il envisage de suivre afin d'éclairer ses alliés. L'AIRD-France n'a nullement l'intention de se mêler d'un débat interne à un parti frère. Toutefois, engagés dans la coalition des partis de l'opposition dénommée « Alliance des Forces Démocratiques » (AFD), nous savons que toute décision émanant du FPI quant à sa participation ou non aux prochaines élections présidentielles – aux contours pour l'heure inquiétants – aura des conséquences directes sur ses alliés.

A vrai dire, le débat qui agite la maison FPI est celui-là même qui anime tous les autres partis de l’opposition et certainement le cœur de tous les Ivoiriens. Aussi, pour reprendre la formule de M. Paul Okou Zago – qui dit être soucieux de faire évoluer les choses dans le sens d’un rapprochement des militants du FPI – nous disons que l'Alliance des Forces Démocratiques doit être le lieu de « la vérité, des débats démocratiques sérieux ». Que le FPI considère donc la présente interpellation comme une volonté de rapprocher nos points de vue en éclairant les différents sujets qui agitent les Ivoiriens – avant qu'ils ne les déchirent – dans l'attente des échéances présidentielles de 2015.

A qui revient l'assainissement de l'environnement électoral ?

La lecture attentive du texte de M. Paul Okou Zago montre qu'il parle davantage de la voie opposée à la sienne et à celle du Président Affi N'guessan. Il pourfend allègrement l'attitude de ceux qu'il dit brandir le slogan « Gbagbo ou rien » mais dit peu de choses sur ce fameux « processus politique » qu’il aurait dû appeler « processus électoral » pour plus de clarté. Car c’est en réalité de cela qu’il s’agit dans ses propos.

« A notre avis, le parti (le FPI) et ses alliés doivent, à partir de maintenant, se battre pour que les élections se déroulent dans un environnement suffisamment assaini », dit M. Paul Okou Zago. Nous sommes tentés de lui dire que c'est le vœu que tous les partis de l’opposition expriment quotidiennement dans les journaux et les quelques rares réunions publiques qu'autorise le pouvoir. Mais pour bien suivre le raisonnement de M. Paul Okou Zago, posons-lui la question suivante : à qui revient le devoir d’assainir l'environnement électoral ? Le FPI et ses alliés ? Et comment ? Pour toute réponse, il dit que la victoire de cette bataille d’assainissement est à notre portée et que pour cela « il suffit (...) de dominer ses émotions, ses rancœurs et ses ressentiments et prendre de la hauteur » pour nous engager unis.

Ainsi donc nous devons croire que c'est parce que nous ne sommes pas assez unis et n'avons pas apaisé nos émotions et nos rancœurs que les conditions favorables à des élections justes et équitables ne sont pas réunies ! Mon Dieu ! Quelle accusation terrible ! Le pouvoir qui reste muet à toutes nos propositions, aux pleurs du peuple qu'il suffirait d'entendre et apaiser, qui ne donne aucune ouverture dans laquelle l'opposition pourrait s'engager pour être entendue, ce pouvoir ne serait donc nullement responsable de l'impasse dans laquelle se trouve la Côte d'Ivoire ! Qu'il nous soit permis ici de rappeler à nos camarades qui soutiennent une telle pensée, que sous tous les cieux, c'est au pouvoir en place qu'il revient d'appliquer son programme politique, d'assainir l'Etat et la vie politique en ouvrant les débats et non pas à l'opposition d'appliquer le sien. Si aujourd’hui les militants de l’opposition sont obligés de quémander des postes dans l'administration du pays – comme le fait remarquer M. Paul Okou Zago – c’est simplement parce que M. Ouattara travaille à réveiller chez l’Ivoirien les réflexes d'un pays à parti unique où chaque fonctionnaire, chaque étudiant boursier se devait d’être reconnaissant au président de la république comme s’il était à lui seul l’Etat ivoirien. Ce n’est pas celui qui est condamné à mendier qu’il faut blâmer mais le pouvoir qui se sert des outils de l’Etat pour corrompre et assujettir les citoyens à la manière d’un roi avec ses sujets. N’est-ce pas M. Ouattara qui a dit avoir pour objectif de « rendre la démocratie irréversible en Côte d'Ivoire » ? C'est donc à lui de se donner les moyens d'atteindre ce but et à nous d'apprécier la réalité des faits. C’est à lui de réveiller la confiance brisée dans le cœur des Ivoiriens en posant des actes qui les réconcilient avec le pouvoir. Ce n'est pas le contraire qu'il faut attendre. Ce n'est pas le contraire qu'il faut prôner.

Qui doit rouvrir l'épineux dossier de la liste électorale pour parvenir à quelque chose de consensuel ? Qui va décider s’il faut tenir compte des nombreux morts, des nombreux disparus qui figurent encore sur cette liste ? Qui va décider si la multitude de personnes forcées à l'exil et les prisonniers politiques qui y sont inscrits voteront ? N’oublions pas non plus le cas des nouveaux naturalisés pour services rendus à M. Ouattara lors de sa prise du pouvoir. M. Paul Okou Zago y a-t-il pensé ? Le FPI ira-t-il aux élections avec M. Youssouf Bakayoko à la tête de la nouvelle commission électorale ? Quelles sont les garanties pour des élections sans brutalité dans le nord du pays toujours sous la domination des dozos et des anciens rebelles désœuvrés qui n'ont pas réussi à se faire une place dans les FRCI ? A l'AIRD-France, nous avons beau apaiser nos émotions, nous avons beau nous unir, nous ne voyons pas venir les solutions à ces problèmes que nous avons portés sur la place publique à plusieurs reprises.

Allons plus loin dans notre questionnement pour savoir où se situe la bonne foi. Le FPI n'a-t-il pas proposé la convocation des Etats généraux de la nation pour étudier les problèmes du pays afin d'aller vers la paix sociale ? Quelle fut la réponse du pouvoir ? Le mépris. N'avons-nous pas tous appelé à la libération des prisonniers politiques afin d'apaiser les tensions et les rancœurs ? Quelle fut la réponse de M. Ouattara ? Le silence et le mépris. N'avons-nous pas appelé à la disparition des dozos dont nous ignorons à quel corps d'armée ils appartiennent ? Quelle fut la réponse de M. Ouattara ? Le silence et le mépris. Les journaux de l'opposition ont fini par se convaincre que ce dernier tient à tout verrouiller, au risque de mettre le feu à la Côte d'Ivoire.

De toute évidence ce n'est pas là le sentiment de tous au FPI et nous en avons trouvé la raison dans les propos de M. Paul Okou Zago. Il faut, selon de nombreux militants de ce parti, « entrer dans le processus électoral » - osons l’expression la plus claire – parce que « le FPI n'a pas le droit de laisser Alassane Dramane Ouattara aller aux élections avec des faire-valoir ». Voilà clairement exprimé le motif ou le moteur de la volonté du FPI « d'entrer dans le processus électoral ».

C’est la peur de laisser des candidats de second rang affronter Ouattara sans aucune chance de succès qui motive le FPI et l’incite à présenter absolument un candidat aux prochaines élections présidentielles ! Que c'est pauvre, comme argument ! Qu’il nous soit permis de dire ici que la certitude de dominer des faire-valoir dans une élection n’est pas un argument digne d’un grand parti politique. On va à des élections quand il y a une once d'équité pouvant nous permettre de triompher, ou à défaut de mesurer l'ampleur de l’électorat adhérant à notre programme de gouvernement.

Malgré une argumentation aussi pauvre en projets ou débats d'envergure nationale, M. Paul Okou Zago s'insurge contre tous ceux qui refusent de faire table rase de leurs idéaux, leurs rêves ou leurs exigences qui, selon lui, compliquent le rapprochement cordial – pour ne pas dire l'entente cordiale – que son parti entend établir avec le pouvoir pour parvenir à ses fins. Et, pour appuyer le bien-fondé de cette attitude qu'il élève au rang de sagesse pouvant sauver Laurent Gbagbo, il donne deux exemples qui méritent que l'on s'y arrête parce qu'ils blessent l'entendement de tout militant politique.

En politique, sous le voile, c'est la soumission ou la prostitution !

Avec délectation, M. Paul Okou Zago nous renvoie à l'image de cette mère américaine qui, au moment de s'adresser aux ravisseurs djihadistes de son fils, s'est voilée à la manière musulmane pour susciter leur compassion. C'est ainsi, dit notre homme politique, que l'on peut toucher le cœur de l'ennemi le plus dur et le porter à la pitié. Et c'est, selon lui, ce qu'il faut faire face à M. Ouattara. Puis il nous remet en mémoire l'issue du combat de Nelson Mandela. C'est par le « voile diplomatique » qu'il a pu sortir de prison, dit M.Paul Okou Zago. Il nous faut donc, conclut-il, pour sortir Laurent Gbagbo de la prison de la CPI, quitter nos idées, nos manifestations, nos réflexions qu'il juge insultantes à l'égard de la France et du pouvoir en place – desquels dépend le sort de celui que nous voudrions voir libre. Il nous faut, suggère-t-il, nous cacher sous un voile, en d’autres termes nous faire petits pour être regardés avec compassion par nos bourreaux.

Il est tout à fait surprenant qu'un homme politique se réfère à l'attitude discutable d'une mère au lieu de nous proposer un enseignement puisé dans l'histoire des stratégies politiques. Il faut veiller à ne pas faire d’images ponctuelles ou éphémères, nées de l’émotion, des vérités générales. N'a-t-il pas noté que pendant que cette mère affligée suppliait les ravisseurs de son fils, les hommes politiques de son pays – faisant fi de leur chantage – ont continué à bombarder les positions djihadistes ? La politique a ses raisons que l’émotion d’une mère ne connaît pas ! Les dirigeants américains savaient qu'en politique se couvrir d'un voile c'est se soumettre ou se prostituer. Quelle est l'attitude que doivent adopter les militants politiques du FPI pour libérer Laurent Gbagbo ? S'humilier en mettant un voile sur leur indignation pour la transformer en supplication aux pieds d'Alassane Ouattara et de la France ?

Quant à l'interprétation que M. Paul Okou Zago fait des raisons qui ont justifié la libération de Nelson Mandela, chacun a pu se rendre compte que c'est un vrai travestissement de l'histoire de l'Afrique du Sud. Peut-on croire que c’est la diplomatie des hommes qui a abouti, après vingt-sept ans, à cette libération ? A ce rythme, les militants du FPI ont toutes les raisons de désespérer de la diplomatie que propose M. Paul Okou Zago pour libérer Laurent Gbagbo. Il serait plus juste de dire que c’est la ténacité de Mandela qui a payé. Oui, c'est la ténacité et la persévérance de cet homme qui n'a pas voulu dévier de son idéal qui, avec le temps, ont triomphé de l'adversité. Grâce à cette ténacité et à cette persévérance, il a obtenu qu'en Afrique du Sud soit appliquée la règle égalitaire « un homme, une voix » dans les élections nationales ouvertes à tous, Noirs et Blancs. Le temps a travaillé pour lui. Il n'était pas pressé. Plusieurs fois, ses ennemis ont tenté de monnayer sa liberté contre son silence et le reniement de son idéal. Mais il savait que la vérité qu'il défendait finirait un jour par triompher. Rares sont les êtres humains capables d'une telle fidélité à un idéal. Est-il utile de rappeler ici que M. Henri Konan Bédié – qui a vendu sa deuxième place lors des élections présidentielles de 2010 – n’est pas à mettre au nombre de ces hommes d'honneur ? Laurent Gbagbo, si ! Laurent Gbagbo, c'est Mandela, c'est Prométhée ! Il a refusé l’exil doré que la France et les Etats-Unis lui avaient proposé pour s’accrocher à la vérité des urnes. Pour que la vérité triomphe, il est resté assis comme Rosa Parks – une autre américaine – refusant d’obéir aux injonctions de ceux qui croient à une justice pour les nègres et une justice pour les Blancs.

Quel est le combat de Laurent Gbagbo ?

Retenons des propos de M. Paul Okou Zago que l'objectif avoué de la frange des militants du FPI dont il fait partie est de faire des élections présidentielles de 2015 une arme contre M. Ouattara. D'ailleurs, pour nous convaincre que c'est un excellent choix, il nous rappelle le soulèvement populaire contre le général Robert Guéï en 2000, et soutient que le peuple peut renouveler cet exploit. Toutefois, ce que cette frange de militants FPI qui soutient ce projet oublie, c'est que le peuple ne se soulève que derrière l'étendard d'un chef qui le conduit et en qui il se reconnaît. Quand on baisse l'étendard de ralliement par peur de faire de l'ombre à son adversaire et à ses parrains, on n'est pas digne de faire appel au sursaut du peuple.

Ce qui est étonnant chez M. Paul Okou Zago et ses amis, c’est la totale absence de foi dans le « processus électoral » actuel dans lequel ils tiennent pourtant à entrer. Ils en font même une peinture – d’ailleurs exacte – qui devrait inquiéter tous les militants du FPI et même la Côte d'Ivoire entière. Voici comment ils voient les contours du « processus électoral » : le pouvoir de M. Ouattara soutenu par la France et son armée qui l'ont installé ; une CEI avec à sa présidence M. Youssouf Bakayoko sachant désormais qui déclarer absolument vainqueur et comment s'y prendre ; et enfin, au bout du tunnel, les FRCI, l'armée prétorienne de Ouattara qui lui a juré fidélité depuis sa formation au Burkina Faso et qui a fait campagne pour son élection puis s’est battue pour lui. N'est-il pas insensé de s'engager dans un tel coupe-gorge ? Pardon, dans un tel « processus électoral » ?

Mais rêvons un peu ! Rêvons qu'au regard des nombreuses fraudes que M. Paul Okou Zago imagine aisément – preuve d'une grande lucidité – le Conseil constitutionnel décide de tenir compte des réclamations de l’opposition pour invalider les votes litigieux et déclarer le candidat de l’opposition vainqueur. Rêvons que la probité des hommes de cette institution triomphe des circonstances qui les ont placés là. Devant cette décision qui ira à l’opposé de la décision de la CEI et des vœux de la communauté internationale, quelle est l'armée nationale existante qui appuiera le soulèvement du peuple sur lequel compte M. Paul Okou Zago pour que le pouvoir revienne au vainqueur constitutionnellement déclaré ? Que chacun prenne le temps de réfléchir à cette question. Il est sage de reconnaître qu'en l'absence d'une armée nationale qui pourrait pencher en sa faveur, le peuple ne pourra pas lutter contre les FRCI, les dozos, l’armée française et celle de l’ONU !

Si une révolution doit avoir lieu contre toutes ces forces qui se dressent devant nous, elle n’a nullement besoin d’une élection pour se mettre à l’œuvre. L’occupation de nos terres par des étrangers, l’exil et l’emprisonnement de nos familles dont nous ignorons tout depuis bientôt quatre ans et la préférence ethnique à tous les degrés de l'administration sont des raisons largement suffisantes pour la mettre en marche. Retenons aussi le présage que constitue la nomination de M. Youssouf Bakayoko à la tête de la CEI. Une révolution suppose clairement, à tout moment, la destruction de tous les outils qui permettent au système en place de fonctionner et de produire pour son propre compte au détriment du peuple. C’est la finalité de toute révolution.

Terminons en rappelant à tous la réalité du combat de Laurent Gbagbo. Quel est le message qu'il a délivré aux Ivoiriens et aux Africains ? N’a-t-il pas dit « Si je tombe, enjambez mon corps pour poursuivre le combat » ? Il est tombé au combat. Alors, réfléchissons ensemble : entendait-il par ces mots qu'il faut tout faire pour le sortir de prison ? Non ! Le combat qui s'impose aux militants n'est pas de délivrer Laurent Gbagbo des mains de ses bourreaux pour qu'il reprenne en main l'étendard qu'il a laissé choir au moment de sa chute. Cette tâche revient à de petits groupes de pression à travers le monde – qui font d’ailleurs très bien ce qu’ils ont à faire. Quant au combat des hommes politiques, comme l’ont fait les partisans de Mandela, il consiste à avoir les yeux rivés sur l'idéal qui nous anime. Ils doivent entretenir dans nos cœurs la flamme de l’idéal. L’idéal d’une réelle indépendance politique et économique doit être porté haut et fort et susciter des adhésions partout dans le monde. Car le combat de Laurent Gbagbo est juste et partout dans le monde le cœur de l’homme comprend le langage de la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes. Le combat consiste à reprendre l'étendard de cet idéal et le faire flotter fièrement au vent pour qu'il soit visible de toute la Côte d'Ivoire, de toute l'Afrique, de la terre entière ! Le combat consiste à s'armer de ténacité et de persévérance au point d'attirer tous les regards et, avec le temps, ébranler les consciences humaines. N’est-ce pas ainsi que Mandela a triomphé de l’adversité ? Empruntons cette même voie pour faire triompher Laurent Gbagbo de l’adversité. Quittons cette attitude imbécile qui consiste à regarder le doigt de Laurent Gbagbo plutôt que d’avoir les yeux fixés sur le chemin qu’il nous indique. Laurent Gbagbo s’est sacrifié pour cela : prenons garde à ne pas quitter ce chemin !

* FPI : Front Populaire Ivoirien ; le parti de Laurent Gbagbo.

Raphaël ADJOBI
Délégué général AIRD-France

14/09/2014

La CEI est devenue un enjeu primordial pour avoir déclaré Ouattara vainqueur en 2010

La CEI, A quoi sert la CEI ?


Le RDR ne peut se permettre de clamer haut et fort que « ce n'est pas à la CEI que se gagnent les élections », sans étaler un gros mensonge. Tout le monde sait bien que c'est cet outil électoral - la CEI - qui a déclaré Alassane Ouattara vainqueur lors des dernières élections présidentielles, contrairement à ses attributions.

A partir du moment où, en 2010, le RDR a estimé que le verdict prononcé par la CEI primait sur celui prononcé par le Conseil constitutionnel, la commission électorale ne pouvait qu'apparaître l'enjeu primordial aux yeux de tous les partis. Normalement, la CEI ne devrait jouer que le rôle de contrôleur du bon déroulement des élections et surtout du bon enregistrement des voix et de leur acheminement. Après avoir pris connaissance de ce que nous appellerons les copies des élections, elle devrait les faire parvenir au Conseil constitutionnel, seul habilité à les corriger et à publier les résultats finaux. Or, cette institution n'a pu jouer son rôle d'arbitre en 2010 ; le sifflet lui ayant été arraché de la bouche par la France, l'ONU et les Etats-Unis d'Amérique, à la demande d'Alassane Ouattara et du RDR.

Ne nous étonnons donc pas de voir les partis de l'opposition exiger un équilibre consensuel au sein de la commission électorale. Par la faute du chef du RDR, trop d'importance a été accordée à la CEI. On ne peut donc pas se permettre de laisser ce parti se tailler la part du lion tout en déclarant que cela n'a aucune importance parce que ce n'est pas la CEI qui décide qui a gagné les élections. Si la CEI n'est pas aussi importante que veut le faire croire le RDR, qu'il fasse ce que Laurent Gbagbo a fait : laisser l'opposition prendre sa direction !

A vrai dire, tous les partis devraient revenir à la case « départ » ; c'est-à-dire que chacun doit donner sa définition de la CEI. Chaque parti doit, dans un texte à rendre public, dire clairement le rôle qui revient à cette commission. C’est à partir de ces conceptions, qui sont sans doute divergentes, que l’on peut converger vers un consensus. On peut même d'un commun accord, décider – tant qu'existera une CEI dans le pays – que sa présidence sera toujours tenue par l'opposition. D'autre part, il doit être enseigné au peuple ivoirien et aux partis « qui est véritablement le maître, l'arbitre, le juge suprême des élections ? » : la CEI ou le Conseil constitutionnel ? Lequel des deux organismes doit avoir le dernier mot ? Le mot irrévocable !

Bien sûr, nous n'ignorons pas qu'en 2010 le RDR n'avait pas respecté les lois de la république qu'il connaissait, et qu'il est peut-être prêt à recommencer en 2015. Mais il est tout de même bon de redéfinir les règles et de les faire connaître aux populations. Il y a encore tant d'ignorance autour des règles du jeu politique qu'il n'est pas inutile de les rappeler en les diffusant largement.

Outre la redéfinition consensuelle de la CEI et la clarté des règles, posons-nous cette question : à quoi nous sert-il de nous quereller autour d'une structure électorale si l'issue des élections ne sera jamais connue des Ivoiriens ? Oui, la question mérite d'être posée parce que les électeurs ivoiriens demeurent aujourd'hui encore dans l'ignorance des vrais résultats de leurs votes de 2010. On aurait rendu justice aux Ivoiriens si, devant la contestation des résultats, on avait recompté les voix pour qu'ils aient une connaissance et une conscience exactes de leur choix ! Si on refuse au peuple le droit de savoir pour qui il a voté, si on lui refuse le droit de vérifier l'exactitude de son choix, à quoi lui sert-il d'aller voter ? Le fait de ne pas avoir les moyens ou le droit de savoir si mon vote a été ou non comptabilisé est la preuve qu'il ne compte absolument pas ; et dans ce cas, il est inutile que j'aille voter. C'est ce que chaque Ivoirien doit se dire devant le tapage inutile que l'on fait autour de la CEI, alors que les conditions sociales pour des élections démocratiques ne sont toujours pas réunies.

Raphaël ADJOBI
Délégué général AIRD-France

01/09/2014

Les trois fautes capitales d'Houphouët-Boigny ou l'historique naufrage d'un capitaine mal inspiré

Houphouët-Boigny et la démocratie, Houphouët-Boigny et Laurent Gbagbo, la politique d'Houphouët-Boigny, La ôte d'Ivoire d'Houphouët-Boigny


Dans l'histoire de la jeune Côte d'Ivoire, l'image d'Houphouët-Boigny demeure en ce début du XXIe siècle une référence essentielle. Cependant, depuis quelques années, elle est sérieusement bousculée par celle de Laurent Gbagbo apparaissant de plus en plus éclatante parce que chargée d'un symbole qui parle au cœur de l'humain : la liberté des peuples à disposer d'eux-mêmes.

En effet, dans l'Afrique des années soixante à quatre-vingt-dix, Houphouët-Boigny et la Côte d'Ivoire qu'il dirigeait représentaient pour la France et le reste du monde l'Afrique prospère quand elle accepte de marcher à l'ombre tutélaire de son ancien colonisateur. Les puissances européennes ayant lâché leur emprise sur leurs anciennes colonies - qui se débattaient dans les difficultés propres à des états nouvellement indépendants - apparaissaient alors comme de piètres humanistes.

Ardemment opposé à l'indépendance des pays africains, quand l'heure des indépendances sonna, Félix Houphouët-Boigny ne ménagea aucun effort pour arrimer la Côte d'Ivoire et l'Afrique francophone à la mère patrie : la France. Auréolé de tous les qualificatifs inventés par ses parrains – « père de la nation », « le sage de l'Afrique » – il se fit l'excellent ambassadeur de la France auprès de ses pairs africains et son zélé commissionnaire des basses besognes dans les conflits locaux.

Il se montra si soucieux de l'intérêt et du prestige de la mère patrie qu'il oublia l'essentiel : la Côte d'Ivoire. Certes, son rôle de « préfet français », lui faisant bénéficier de toutes les indulgences – et peut-être aussi de certaines largesses – lui permit de donner à la Côte d'Ivoire un visage séduisant qui attirait tous les regards et aussi la jalousie de ses voisins. En effet, en une vingtaine d'années, son pays se révéla, dans ce désert de l'ouest africain, une oasis enchantée vers laquelle accouraient les pauvres hères assoiffés de bonheur matériel.

Malheureusement, bien vite, certains, comme René Dumont – auteur de L'Afrique noire est mal partie, publiée en 1962 – reconnaissant le miroir aux alouettes, crièrent au mirage économique d'une terre en perdition. Rien ne sert en effet de s'ériger en bâtisseur d'œuvres titanesques si les populations ne peuvent bénéficier de soins, payer les études de leurs enfants, si les paysans qui sont les mamelles de l'Etat doivent vivre pauvrement. Ces voix qui s'alarmaient indiquaient que si le peuple restait écarté de la politique qui dessinait son destin, et si les lettrés ne devaient avoir pour seule visée que la place du colon, les grands projets seraient toujours inadaptés et insuffisants pour faire de la Côte d'Ivoire un pays développé. Selon ces esprits éclairés, la contribution volontaire des populations aux décisions politiques paraissait nécessaire pour mieux cibler les besoins et contribuer aussi à une meilleure cohésion nationale pouvant déboucher sur une vraie indépendance économique.

Absence d'héritage politique de sa présidence

Effectivement, sur le plan national, pendant très longtemps, Houphouët-Boigny s'est fermement opposé à tout projet pouvant aboutir à une sortie du giron français. Pour lui, la Côte d'Ivoire devait demeurer rivée à la France par ce que François Mattei appelle si joliment les « trois piliers de la cathédrale françafricaine » : le président du pays est choisi par la France ; l'armée française est installée sur le sol ivoirien ; la monnaie ivoirienne, le franc Cfa – vestige colonial – est contrôlée par la France. Ce qui voudrait dire que l'idéal d'Houphouët-Boigny, c'est une Côte d'Ivoire sous la telle de la France.

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Il y avait pourtant un domaine où le prétendu « père de la nation » aurait pu, s’il avait voulu, amorcer une brèche dans l'édifice françafricain. C'était celui de la démocratie. Un effort dans ce sens aurait permis l'émergence rapide d'idées nouvelles et de projets nouveaux aidant à la marche vers la véritable indépendance du pays. D'ailleurs, à cette époque, certains croyaient - naïvement ou non - que ne voulant pas lutter frontalement avec le colonisateur, il avait au fond de lui l'intime conviction qu'il fallait préparer les armes qui permettraient plus tard aux Ivoiriens d'arracher leur pays à l'emprise de la France. Il n'en fut rien. A aucun moment, « le vieux » – comme on l'appelait affectueusement – ne montra à ses compatriotes que cette conquête lui tenait à cœur, qu'elle était primordiale. A aucun moment, il ne pensa à leur confier un héritage qui leur deviendrait cher au point de les pousser à consacrer toutes leurs énergies, leur vie, à le défendre.

Il commit même le crime de s’opposer fermement à l’instauration du multipartisme inscrit dans la constitution ivoirienne ! Sans l’entêtement de Laurent Gbagbo – qui a pris tous les risques et essuyé toutes les humiliations – jamais la Côte d’Ivoire n’aurait connu les balbutiements de la démocratie qu’elle a vécue avant le coup d’état français d’avril 2011. C’est grâce à la conquête du multipartisme par Laurent Gbagbo – qui n’a jamais remis en cause les institutions et particulièrement la composition du Conseil constitutionnel, le seul juge des résultats des élections – que chaque nouveau président de la république a été incontestablement le chef de l’armée nationale laissée par Houphouët-Boigny à sa mort.

En effet, une armée nationale qui fait allégeance à l’élu du peuple proclamé et investi par le Conseil constitutionnel est la preuve que les institutions du pays fonctionnent et que la démocratie est bien en marche. Grâce à l'adoption du multipartisme, les Ivoiriens avaient donc enfin un bien commun à défendre. La preuve qu'ils s’imprégnaient peu à peu des principes de la démocratie et en reconnaissaient les valeurs se vérifie dans ce qui s’est passé après l'épisode du pouvoir militaire avec le général Robert Guéi. En 2000, après des élections chahutées, l’armée s’est placée sous l’autorité de celui qui été reconnu l'élu du peuple par le Conseil constitutionnel. Malheureusement, ce processus démocratique avec des institutions fortes a pris fin en avril 2011, lorsqu'un nouveau pouvoir s’est installé hors de l’investiture prononcée par le Conseil constitutionnel avec une armée autre que celle héritée des précédents présidents. Or, toute armée, suppléant celle existante grâce à la volonté d'un seul homme, est une armée prétorienne, c'est-à-dire une armée privée. Les FRCI sont en effet l'armée personnelle d'Alassane Ouattara et de ses amis et constituent un danger pour l'avenir de la République.

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Qui peut dire ce que Houphouët-Boigny a laissé à ses compatriotes et pour quoi ils seraient prêts à se battre ? Nous mesurons la vacuité de son héritage politique aujourd’hui d'autant plus que la démocratie – disparue en 2010 – apparaît véritablement chère au cœur des Ivoiriens. Oui, le multipartisme a enseigné à chaque Ivoirien la force nécessaire des institutions avec ses bienfaits immédiats : l’absence de prisonniers politiques, la liberté de la presse et d’opinion, le respect de la vie. Et force est de constater que l'architecte de cette grande œuvre, qui constitue la vraie construction d’une nation, n’est pas celui que l’on a pompeusement appelé « le père de la nation », mais le Prométhée national – Laurent Gbagbo – qui, aujourd'hui, le supplante largement dans le cœur des Ivoiriens. Sans ce dernier, « le vieux » les aurait laissés démunis au bord d'un précipice insondable, sans héritage politique, sans idéal à défendre. Grâce à Laurent Gbagbo, entre 2000 et 2010, quand les Ivoiriens descendaient dans la rue, ce n'étaient pas pour crier qu'ils avaient faim mais pour défendre la démocratie menacée.

Absence de mémoires ou de manuscrit

Si Houphouët-Boigny n’a laissé aucun héritage politique à ses concitoyens, il n’a pas songé non plus à les instruire par des écrits. Pas de mémoire de son vivant, pas de mémoire après sa mort !

Pour se dédouaner de ce manquement, il aimait à clamer que les deux personnes les plus célèbres de notre ère – Jésus et Mohamed – n’ont jamais rien écrit. Il a oublié qu’il n’est ni l’un, ni l’autre. Il avait surtout perdu de vue que Jésus et Mohamed ont beaucoup agi, exposant leur vie à l’adversité. S’il avait été plus attentif à l’Histoire, il aurait constaté que l’esprit de l’humanité se nourrit de deux sources : l’attachement, d’une part, à ceux qui ont donné leur vie pour un idéal, et d’autre part à ceux qui ont laissé des idées fortes pour instruire les générations futures.

Un vrai pouvoir d’Etat, lorsqu’il est confronté à des situations particulières, doit être capable de prévenir ses successeurs de certains dangers, leur faire partager ce qu’il a pu ou n’a pas pu faire dans le secret, afin que ceux-ci puissent avancer d’un pas plus serein. A-t-on forcé la main à Houphouët-Boigny pour qu’il favorise l’immigration de ses voisins sahéliens sur la terre ivoirienne afin d’éviter à la France d’être inondée de Burkinabés et de Maliens ? Dans quelles conditions a-t-il nommé Alassane Ouattara Premier ministre alors que personne ne le connaissait ni d’Eve ni d’Adam ? Que savait-il réellement de son dernier Premier ministre, dont il prenait publiquement la défense devant ses compatriotes qui voyaient très mal sa présence à ce poste ? A-t-il passé un contrat avec lui ? Que croyait-il avoir réussi et quel projet avait-il pour l’avenir politique de la Côte d’Ivoire qu’il n’a pu réaliser ? Que de questions sans réponse !

Par des écrits, Houphouët-Boigny aurait pu nous éclairer et nous éviter certaines crises fâcheuses et déchirantes. S’enorgueillir d’être un grand bâtisseur de monuments ne fait pas de vous un bâtisseur de nation. Quand on avoue sa faiblesse intellectuelle et politique, on choisit de se refugier dans le pouvoir de l’argent en élevant des édifices à sa propre gloire et à celle de ceux que l’on aime. On se montre dépensier pour s’attirer les faveurs des uns et des autres. Mais la nation se construit avant tout en esprit et en politique, c’est-à-dire en pensant à l’homme attaché à son milieu, en lui donnant l’occasion de tendre vers un idéal où son bonheur peut se réaliser par son travail et sa persévérance. Que pensait Houphouët-Boigny de tout cela ? Nous n'en savons rien parce qu'il est parti sans nous laisser un seul mot pour nous éclairer.

Absence d'héritage familial

L'élément qui a fini par convaincre, rétrospectivement, bon nombre de ses concitoyens que « le vieux » était indigne de leur admiration et de leur considération, c'est la bataille qui s'est engagée autour des biens qu'il n'a pu emporter dans sa tombe. Personne ne peut dire qu'il a été surpris par la mort, puisqu'il n'a pas quitté ce monde dans la fleur de l'âge. D'autre part, nous savons qu'il a longtemps vécu en France et côtoyé les pratiques de ce pays.

Malheureusement, on constate aujourd'hui qu'il a vécu parmi les Français qu'il a servis, de près et de loin, sans jamais avoir été imprégné de l'esprit de leurs pratiques qu'il copiait cependant. Tel le crocodile dont il a fait son animal de compagnie parce qu'il l'inspirait, la rivière dans laquelle il se baignait quotidiennement ne l'a jamais rendu meilleur.

Houphouët-Boigny est demeuré, durant sa vie entière, un paysan baoulé, gérant ses affaires familiales de la même façon qu'il gérait celles de l'Etat. Il est demeuré dans l'oralité alors que la société moderne se construit sur la base de l'écrit, sur des textes de lois, sur des témoignages palpables.

Imbu de sa personne, méfiant des siens, il ne plaça sa confiance qu'en ses amis Blancs qui savaient le flatter comme il aimait. Aussi confia-t-il la gestion de sa fortune aux Européens. Normal donc que personne ne sache aujourd'hui ce que sont devenus tous ses biens immobiliers sur le territoire français. On prétend çà et là qu'ils ont été vendus. Par qui ? Pour le compte de qui ? Qui en avait la gestion ? La France et ses médias, toujours prompts à accuser Laurent Gbagbo de tous les maux, n'ont pas osé lui imputer ce vol, même au nom de la Côte d'Ivoire.

Parce qu'il était doué pour ne jamais faire confiance aux siens, les nombreux comptes que Houphouët-Boigny se vantait publiquement d'avoir ouverts en Suisse sont aujourd'hui introuvables. A qui la faute ? A lui tout seul, bien sûr. Il est normal que des comptes ouverts sous le sceau du secret se perdent dans la nature - pour ne pas dire dans les poches des banquiers - après la mort du détenteur du code. Sans testament écrit officiel ou officieux désignant les bénéficiaires et contenant les éléments nécessaires pour accéder aux biens cachés, courir après l'héritage familial d'Houphouët-Boigny, c'est courir après un mirage.

Que peuvent retenir les Ivoiriens de la présidence d'Houphouët-Boigny ? Une seule image : le précipice béant qui s'ouvre devant eux ! Résultat, on se jette dans le vide, on se déchire, on se fait la guerre. A sa mort, les Ivoiriens n'ont même pas eu l'honneur d'être perçus comme une famille se disputant un héritage ; parce qu'il n’y en avait pas. Aussi, ils ont assisté, indifférents, à la querelle entre Konan Bédié et Alassane Ouattara pour le fauteuil présidentiel. Par contre, quand Laurent Gbagbo leur offrit le multipartisme et la démocratie, ils devinrent fiers et jaloux de leur patrie et se mirent à la défendre ardemment contre l'adversité et même contre la puissante armée française. C'est dire combien un héritage national, bien reconnaissable par tous, est nécessaire à la cohésion d'un pays. Grâce à Laurent Gbagbo, tout le monde sait ce que les Ivoiriens défendent contre le pouvoir installé par la France en avril 2011. Houphouët-Boigny est donc définitivement écarté des valeurs qui animent le combat des Ivoiriens.

Raphaël ADJOBI

28/08/2014

Quand Mamadou Koulibaly et le LIDER me rejoignent sur le problème FRCI !

Mamadou Koulibaly 0004.jpg Je viens de lire, avec surprise, qu'enfin le président du LIDER, Mamadou Koulibaly, me rejoint dans ma conviction d'une issue démocratique impossible avec les élections de 2015 (Le Nouveau Courrier du 28/08/2014). Pour savoir que je dis vrai, je vous renvoie à mon article du 24 mars 2014, intitulé "Les conditions sont-elles réunies pour des élections justes et équitables en 2015 ?". Sachant que vous ne vous donnerez pas cette peine, je reprends ici, pour vous, le chapitre ("Le rêve insensé de l'opposition") dans lequel j'affirme que le dernier ennemi du retour à la démocratie est l'existence d'une armée prétorienne, donc privée, en Côte d'Ivoire : les FRCI.

Déjà, le 27 novembre 2010 - bientôt quatre ans - au regard du comportement des rebelles tenant des meeting publics pour expliquer à la population qu'elle doit voter pour celui qui leur a acheté des armes, dans un article intitulé "Elections présidentielles en Côte d'Ivoire : qui désarmera les rebelles ?", j'écrivais que je ne croyais pas au miracle d'une issue démocratique aux élections en ces termes : "La question du deuxième volet du miracle ivoirien n'est pas de savoir qui va remporter la victoire mais que vont faire les rebelles après les élections". Dans un autre article datant du 27 octobre 2010 - un mois plus tôt- j'écrivais ces lignes : "rien ne nous dit qu'après des élections convenables, les rebelles joueront la carte de la loyauté en cessant toute action et tout propos belliqueux susceptibles d'enlever tout espoir de paix aux Ivoiriens. [...] Rien ne nous dit que les roitelets installés dans le Nord du pays voudront descendre de leur trône et fouler de nouveau la poussière d'où les a tirés la guerre."

Vous voyez bien que je suis resté fidèle à cette conviction. Aujourd'hui où le président d'un parti reconnaît, comme moi, que les FRCI - l'armée personnelle d'Alassane Ouattara est la barrière essentielle au retour de la démocratie, je ne peux qu'être heureux que l'on me comprenne enfin ! D'autre part, je lis çà et là, qu'après moi, certains parlent d'une nécessaire révolution pour sortir de l'impasse. Réjouissons-nous de cette convergence de nos idées. Voici donc le chapitre de mon dernier article sur cette question.

Le rêve insensé de l’opposition

"L’opposition peut bien compter sur l’impopularité d’Alassane Ouattara qui n’a jamais su se faire aimer des Ivoiriens depuis son installation au pouvoir pour aller aux élections en passant outre les quatre flagrantes iniquités ci-dessus. Contre mauvaise fortune, disons qu’elle est contrainte de faire bon cœur. Supposons que son candidat parvienne à triompher des urnes malgré le remplacement d’une bonne partie des Ivoiriens par la population étrangère et le tri des électeurs à l’entrée des bureaux de vote par les FRCI ; comment pourra-t-elle faire valoir sa victoire ? Y avez-vous pensé ?

Tout d’abord, la composition déséquilibrée de la CEI ne plaide pas en sa faveur : sur les 13 membres, elle dispose de 3 voix contre 6 pour le pouvoir ! Les autres voix revenant à la société civile sont censées être neutres. Cependant, il suffira qu’une seule voix de cette dernière penche du côté du pouvoir pour que la CEI déclare Alassane Ouattara vainqueur. Facile !

Ensuite, comme nous savons tous que la communauté internationale a cautionné outrageusement l’avènement du régime de Ouattara, comment peut-on imaginer qu’elle désapprouve la décision de la CEI ? Impensable ! La suite du jeu est claire : il suffira au Conseil Constitutionnel d’entériner les propositions de la CEI et à l’opposition de s’incliner devant la loi pour que la communauté internationale et la France pavoisent. Tout est donc prévu pour que tout aille bien dans le meilleur des mondes !

Mais imaginons que le Conseil constitutionnel décide de tenir compte des réclamations de l’opposition pour invalider les votes litigieux et déclarer le candidat de l’opposition vainqueur. Rêvons que la probité des hommes de cette institution triomphe des circonstances qui les ont placés là. Devant cette décision qui ira à l’opposé de la décision de la CEI et des vœux de la communauté internationale, croyez-vous que les FRCI défendront les Institutions ivoiriennes comme l’ont fait les Forces républicaines en 2000 et en 2010 ?

N’oublions jamais que, par deux fois, l’armée républicaine a défendu les Institutions ivoiriennes : en 2000, contre le général Robert Guéi, et en 2011, contre la communauté internationale (l’Onuci), la France (la force Licorne) et les FRCI – l’armée prétorienne de Ouattara appuyée par les anciens chasseurs d’esclaves dozos. Cette fidélité de l’armée aux institutions du pays ne se reproduira pas en 2015 si le Conseil Constitutionnel déclare le candidat de l’opposition vainqueur. Tout simplement parce que cette institution est d’avance condamnée à reconduire Alassane Ouattara à la tête de la Côte d’Ivoire. Oui, la partialité de l’Onuci, de la force Licorne, des FRCI et des dozos la condamne à être injuste.

Que croyiez-vous donc ? Pensiez-vous qu’en cas de contestation des résultats des élections en 2015, les FRCI lâcheraient Dramane Ouattara pour se ranger du côté de l’adversaire que le Conseil Constitutionnel aura déclaré vainqueur ? Reposez-vous la question et laissez les images d’une nouvelle crise postélectorale défiler dans votre esprit. Je suis convaincu que vous allez peu à peu vous persuader que la Côte d’Ivoire est condamnée à plusieurs années de dictature sous les bottes des FRCI et des dozos avec la bénédiction des forces étrangères".

Raphaël ADJOBI

31/07/2014

Qui est contre la destruction des "quartiers précaires" d'Abidjan ?


Abidjan et ses bidonvilles, les quariers précaires d'Abidjan, les bidonvilles d'abidjan, Ouattara et la vie quotidienne des Ivoiriens.

La question s'adresse à chacun de nous. Soyons francs : qui peut raisonnablement s'insurger contre la volonté du gouvernement de faire disparaître les prétendus « quartiers précaires » des quartiers d'Abidjan ? Soyons honnêtes : qui ne trouve pas inadmissible l'occupation anarchique des espaces libres de la ville d'Abidjan, parce que se faisant au mépris des règles de la propriété privée ou publique ? Pour aller plus loin, permettez-moi de vous poser cette dernière question : qui est aujourd'hui capable de proposer à ce gouvernement une meilleure solution à l’éradication des « quartiers sauvages » dans la capitale ?

Pour être franc, je vous dirai que nous devons nous réjouir que ce soit ce gouvernement qui initie la lutte contre ce fléau qui empoisonne la vie de chacun, ternit l'image de la ville d'Abidjan et compromet l'avenir de la Côte d'Ivoire. A défaut de le remercier, disons donc que nous devons approuver le premier acte de reconstruction ou d'assainissement digne de ce nom qu’il entreprend. Y parviendra-t-il ? L’avenir nous le dira.

A quelque chose, malheur est bon ! Pour comprendre ce sentiment, réfléchissons un peu. A qui ou à quoi devons-nous la prolifération de ces constructions sauvages devenues de véritables villages dans la ville ? Je vais vous le dire : à l’irruption de la politique « ethniciste » du RDR dans le paysage ivoirien ; aux partisans de ce parti qui – dès qu’une décision prise touche un groupe comptant une personne issue du Nord – criaient sur tous les toits que le Sud est contre les gens du Nord. N'avez-vous pas remarqué que l’édification de ces « quartiers précaires » s'est amplifiée à partir de 2002 ? Avant les années 90, on ne connaissait que de simples abris, par groupes de quatre ou cinq, vite détruits quand des maisons aux normes officielles devaient occuper le terrain.

Avec la séparation de la Côte d'Ivoire en deux, conformément à la carte « ethniciste » des nordistes – qui avaient annexé par la même occasion le pays baoulé et une bonne partie de l'ouest – les populations de la zone tombée entre les mains de la rébellion ont été très nombreuses à gagner le sud. Abidjan, Bassam et Bonoua – pour ne citer que les villes que je connais bien – ont vu leur population exagérément gonflée en très peu de temps. Les sauveurs du Nord s'étaient vite révélé des pilleurs et des affameurs du peuple qu'il fallait fuir.

Aujourd'hui que nos anciens rebelles ont obtenu la gestion de la République entière sur un plateau d'argent – alors qu'ils ont été incapables de gérer la moitié du pays – si le désir leur prend de régler un problème qu'ils ont crée, laissons-les faire. Ce travail de déguerpissement des espaces privés et publics illégalement occupés leur revient, puisqu’ils l’ont provoqué.

Je vous avais déjà dit en d'autres circonstances que n'importe quel pouvoir devant gérer la Côte d'Ivoire d'aujourd'hui serait contraint de procéder à des politiques violentes contre les maux de notre pays qui sont nombreux, excessifs même. Cette politique violente – qui ne doit pas forcément signifier violence sur les personnes – doit également s'appliquer dans les forêts et les villages illégalement occupés de l'ouest du pays. Que ceux qui disent regretter Laurent Gbagbo cherchent ailleurs le faiseur de miracles de leurs rêves.

La seule grande erreur de ce pouvoir dans le traitement de ce problème est de ne jamais avoir imaginé un encadrement de la population touchée par les destructions de ces villages sauvages. Qu'a-t-il fait pour développer le Nord au nom duquel il a pris le pouvoir ? Qu'a-t-il fait pour le Nord pour lequel il a mis en place une politique de préférence ethnique dénommée « rattrapage ethnique » pour bien signifier que le Nord doit se hisser au même niveau que le Sud ?

Les populations issues du Nord vivent, construisent, meurent et sont enterrés dans le Sud parce que malheureusement pour tous nos bonimenteurs érigés en justiciers, la rébellion était un trafic - comme ils l'ont montré quand ils régnaient dans le Nord - la zone sud, une proie ; le peuple ivoirien, un instrument ; la Liberté, l'indépendance et l'impunité du crime. Laissons-les donc accomplir cette tâche que n'importe quel pouvoir serait contraint de faire. Aucun parti d'opposition ne doit s'aventurer à en faire un fonds de commerce politique ou électoral.

Raphaël ADJOBI