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09/07/2014

Faut-il brûler la Côte d'Ivoire pour sauver Laurent Gbagbo et l'honneur de l'Afrique ?

La CPI a finalement considéré qu'il y a suffisamment de charges claires contre le président Laurent Gbagbo, pour qu’un procès soit intenté à son encontre. En d’autres termes, afin de montrer au monde entier qu’ils sont impartiaux, les juges de la CPI se sont déclarés ignorants de ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire et sont disposés à juger le prévenu sur les pièces qui leur sont fournies. Or la suite de la crise électorale se déroulant encore dans le pays ne peut échapper à personne.

Laurent Gbagbo à La Haye, Comment libérer Laurent Gbagbo ? La résistance ivoirienne et Laurent Gbagbo


Tout porte à croire que les juges de la CPI ne font pas partie du monde. Ce sont des extra-terrestres qui ne lisent ni les livres ni les journaux de notre planète. Ils ignorent tout de l’histoire de nos nations parce que l’inculture leur vaut manteau d’impartialité. Ils ignorent les bruits et les fureurs, les lamentations de la veuve et de l’orphelin. Sourds à tous les bruits de la terre entière, leurs œillères ne leur permettent que de voir les dossiers qui leur sont présentés. Aussi, semblent-ils vouloir nous dire qu’avec eux, aucun procès ne se gagne avec la bonne foi, ni même avec la vérité des faits, mais simplement avec la force du discours qui convainc.

Or, nous savons tous que « les actes de paroles sont souvent l’expression de rapports de force et leur efficacité dépend largement de l’autorité sociale du locuteur ». Je vous demande donc de me dire en votre âme et conscience, que vaut la parole de Laurent Gbagbo contre celle des autorités françaises que représente Dramane Ouattara ? Que vaut un président africain face à un président européen ou devant son représentant en terre africaine ? En tout cas, jamais encore l’histoire de l’humanité ne nous a donné la preuve que l’un vaut l’autre, que la parole de l’un vaut celle de l’autre.

Ignorer l’histoire pour condamner un homme

Aujourd’hui, les populations européennes n’ont plus une vision globale du monde parce qu’elles ne voient ce monde que par la lucarne du discours officiel que leur déversent les radios et les télévisions aux mains de leurs dirigeants et financiers. Elles ne sont plus attentives aux discours contradictoires. Par conséquent, leur sentiment d’humanité ne peut qu’être proportionnel à celui que leurs autorités veulent susciter en elles selon leurs propres besoins ou intentions. De ce fait, il n’y a plus d’intellectuel en Europe capable de s’indigner publiquement de l’injustice de son pays à l’égard d’une personnalité étrangère. Cette époque est bien révolue ; d’où le silence cruel qu’observent les Français malgré l’émoi que l’emprisonnement de Laurent Gbagbo a suscité en Côte d’Ivoire, en Afrique et dans la diaspora africaine. De toute évidence, les juges de la CPI ne sont pas plus instruits des affaires du monde qui leur sont soumises que le commun des Français. Ce qui nous oblige à dire qu'à La Haye, nous serons en face d'un parler Blanc contre un parler Noir ; la logique des documents - vrais ou faux - sera opposée à la réalité des faits et des luttes au sein d'une nation aux institutions particulières, une nation étrangère à l'Europe.

Laurent Gbagbo à La Haye, Comment libérer Laurent Gbagbo ? La résistance ivoirienne et Laurent Gbagbo


Que dit l’histoire de Laurent Gbagbo qui devrait indigner chacun de nous ? Quelle est cette réalité que les juges de la CPI, coupés des hommes et de leurs peines quotidiennes, s’obligent à ne considérer qu’au travers de la force de conviction non seulement des discours qui leur sont présentés, mais aussi de l’autorité de ceux qui les ont produits ? Que dit cette histoire que les intellectuels, les politiciens et les lettrés français refusent de voir, dont ils refusent d’entendre parler ?

Le procès de Laurent Gbagbo nous place devant la trahison historique de la France : celle-ci a transposé l’esclavage qu’elle pratiquait dans le nouveau monde vers l'Afrique et particulièrement vers la Côte d’Ivoire pour y imposer définitivement son insupportable mainmise. Dans ce nouveau rapport, il y a une ambiguïté évidente : l’idée d’indépendance, pleine de valeurs que les populations françaises et ivoiriennes vénèrent, mais aussi un rapprochement trop étroit de personnalités politiques des deux pays conférant à la France le statut de mère. « Une mère patrie » dont la fausseté se lit dans la duplicité des rapports excessivement troubles qu'elle entretient avec ce qu'elle considère être son « enfant » ; des rapports sujets à des turbulences imprévisibles pour ce dernier. Tout le monde voit la France dans son discours officiel, mais personne ne voit ses actes ni ne considère la profondeur de ses intentions. Pourtant, il y a bien une France « mère patrie » de surface et une France des profondeurs insondables.

Les juges de La CPI ignoreraient-ils l'existence de ces rapports troubles que la France entretient avec son ancienne colonie et que l'histoire appelle pudiquement "la Françafrique" ? On ne leur demande pas de connaître les ficelles de ces rapports mais leur existence. En tout cas, c’est assurément dans l’installation du dernier président de la Côte d’Ivoire que les juges de la CPI doivent lire la réalité de cette histoire "francivoirienne". Ils ne peuvent se permettre de juger les faits sans s'assurer de leurs causes. La Côte d’Ivoire, « la mère génitrice », a couronné son fils Laurent Gbagbo, considéré comme le plus responsable pour la conduire vers l’indépendance promise officiellement par la France. Malgré tout, c’est Alassane Ouattara, le préféré de la « mère patrie » - reconnu par tous comme séducteur et ambitieux – qui va prendre sa place.

Laurent Gbagbo à La Haye, Comment libérer Laurent Gbagbo ? La résistance ivoirienne et Laurent Gbagbo


Certes, on peut croire qu’une partie de la population ivoirienne, optant pour « l’illégitimité » a encouragé « la mère patrie » - une mère illégitime – à choisir un président illégitime, irrévérencieux - ayant piétiné la loi constitutionnelle et renversé l’ordre d’accession au fauteuil présidentiel - pour avoir la paix. Mais voilà, la paix sociale escomptée n'est pas au rendez-vous. On peut même croire que cette absence de paix sociale dans le pays condamne Alassane Ouattara et innocente Laurent Gbagbo. La CPI peut-elle demeurer ignorante de cette réalité ? Cette institution peut-elle rester sourde à l'appel de « la mère génitrice » réclamant son fils accusé de l'avoir brutalisée.

Aujourd’hui, le sentiment de la quasi-totalité des Ivoiriens est que « la mère patrie », après avoir mis ses forces militaires au service du fils illégitime, préfère le maintien de l’ordre formel à la vérité et à la justice. La France sait que ce qui lui importe est d’éviter l’anarchie. Cela s’appelle protéger une dictature ; cela s'appelle aussi se trouver dans l'impasse. Et cette impasse dans laquelle se trouve le pays plaide pour l’innocence de Laurent Gbagbo et sa nécessaire libération. La CPI qui s'estime digne de juger un homme impliqué dans cette réalité des faits ne peut se permettre de l'ignorer. Elle ne peut se permettre de juger une partie de la crise ivoirienne alors que cette crise se poursuit ?

Comment sortir de l’impasse

La libération de Laurent Gbagbo, de tous les prisonniers politiques, ainsi que l’arrêt de la chasse aux opposants et le rétablissement des exilés dans leurs biens qui devaient décrisper la situation et favoriser la réconciliation sociale n’ont jamais fait l’objet d’attention. Le mensonge qui est le fondement même du pouvoir en place le condamne à l’impopularité qui le mine sur le plan national et même sur le plan international.

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Mais puisque justice ne sera rendue ni à Laurent Gbagbo, ni aux Ivoiriens, puisque l’ordre formel actuel primera sur la vérité et la justice, les résistants doivent se convaincre qu’il est nécessaire de changer leur forme de lutte pour faire bouger les choses.

Rien ne sert d’étaler des révélations sur les faits passés comme s’appliquent à le faire quotidiennement les journaux ivoiriens. Les prétendues révélations ne nous révèlent rien ! Elles ne font que confirmer ce que tout le monde sait. Maintenant, il faut passer à l’action. Pour ce faire, il faut s’inspirer de l’histoire passée des peuples de la terre. Comment s’est comportée la Résistance en France sous l’occupation allemande, face au gouvernement de Vichy ? Des actions individuelles peuvent gripper la meilleure des machines d’Etat. La résistance intellectuelle et démocratique menée par quelques journalistes locaux, des blogueurs, les proches amis européens de Laurent Gbagbo ainsi que par la diaspora africaine a épuisé toutes ses forces et a atteint ses limites. Il appartient désormais aux Ivoiriens de s’instruire pour découvrir ce que l’on appelle « la résistance de terrain ». Il leur appartient de s'organiser pour agir afin que leur muette souffrance ne soit pas interprétée comme une paix sociale digne d'être entretenue. Etat de chose qui suffit au bonheur de la France et de la CPI qui préféreront - redisons-le encore une fois - l'ordre formel actuel à la vérité et à la justice.

Pour finir, disons-le haut et fort : dans leur état actuel d'esclavage à domicile, les hommes politiques ivoiriens ou africains ne seront pas dignes de la Côte d'Ivoire ni de l'Afrique si Laurent Gbagbo demeure dans les geôles européennes sans une vive réaction à l'encontre de la France et de l'Europe. Au XXIe siècle, aucun peuple africain ne doit accepter que les « nègres loyaux » ou « nègres de maison » livrent impunément aux Blancs les esclaves marrons. Partout en Afrique, des individus peuvent prendre l'initiative d'organiser des marches de soutien à Laurent Gbagbo ou de dénonciation de l'injustice européenne à son encontre. L'Afrique doit être capable de dire aux Européens : « rendez-moi mon fils ! »

Raphaël ADJOBI
Délégué général AIRD-France

05/07/2014

De quoi veut émerger la Côte d'Ivoire ?

Emergence, La Côte d'Ivoire est-elle un pays émergent ? Comment peut émerger la Côte d'Ivoire ?

Le terme émerger renvoie à l'idée de sortie d'un milieu désagréable, contraignant, étouffant, dans lequel on était plongé. Il suppose la sortie d'un corps du milieu avec lequel il était confondu, du milieu qui l'enserrait, qui l'enveloppait. Aussi, émerger à la surface, de l'ombre à la lumière, renvoie à l'idée de libération ou d'accès à la liberté de mouvement, d'entreprise en toute indépendance. Le terme émerger est donc tout à fait relatif puisqu'il se rapporte à la situation initiale de chacun, de chaque peuple, de chaque nation.

Par conséquent, rapporté à la Côte d'Ivoire, le mot prend forcément un sens particulier. Quelle est la situation de la Côte d'Ivoire, de laquelle elle doit émerger ? Quel est le milieu qui l'enserre, l'enveloppe, duquel elle doit sortir pour trouver sa liberté de mouvement, sa liberté d'entreprendre ? En d'autres termes, qu'est-ce qui empêche aujourd'hui la Côte d'Ivoire d'avancer ?

Le milieu dans lequel baigne la Côte d'Ivoire est indiscutablement un univers de délabrement physique et moral : une population disséminée hors de ses frontières, une chasse effrénée aux opposants politiques, des camps de concentration innommables qui dégradent son image devant la terre entière, l'occupation illicite des terres par des bandes étrangères, la préférence ethnique érigée en programme de gouvernement qui est un facteur de division, et l'absence de cadre national de réflexion pour la recherche de solutions aux maux à répertorier.

Ainsi, concernant la Côte d'Ivoire, on ne commencera à parler d'émergence que quand le cadre national de réflexion évoqué précédemment produira des résultats et offrira à ses fils l'occasion d'agir de concert et en toute liberté vers les objectifs qu'ils auront préalablement fixés.

Nous pouvons donc dire que la Côte d'Ivoire est très loin de l'émergence économique ou industrielle qui semble caractériser certains pays d'Amérique du sud ou d'Asie. Vendre du cacao, construire un ou deux ponts, inaugurer une ou deux routes, ne font pas d'une nation un pays émergent. Il serait difficile à la Côte d'Ivoire de passer outre l'étape désagréable de la recherche de la cohésion politique et sociale pour accéder directement à celle de l'échafaudage d'une économie et d'une industrie viables susceptibles de lui conférer le statut ou le qualificatif de pays émergent. C'est de la sphère sociale et politique particulière qui l’enserre actuellement que la Côte d'Ivoire doit sortir afin d'activer ses forces vives qui contribueront à leur tour à son dynamisme économique. Tout pays - comme tout individu ou tout peuple - qui refuse de reconnaître dans quel bourbier il est englué est incapable de trouver les solutions de son salut.

Ne nous flattons donc point. Voyons sans indulgence l'état de la Côte d'Ivoire et commençons par répertorier les maux qu'il nous faut soigner pour la faire émerger socialement et politiquement sur la scène internationale. Ayons le courage de reconnaître nos maux afin de les dépasser pour accéder à la lumière de la Vérité. Retenons que cette première victoire sera la plus belle, car d'elle dépendra toutes les autres que nous rechercherons ultérieurement.

Raphaël ADJOBI
Délégué général AIRD-France

25/04/2014

Les conditions sont-elles réunies pour des élections présidentielles justes et équitables en Côte d'Ivoire en 2015 ?

Qui peut répondre par l'affirmative à cette question ? A celui qui pense que oui, il lui appartient de décliner les conditions nécessaires à des élections présidentielles justes et équitables et nous verrons bien les critères qui président, selon lui, à un tel événement.

Elections présidentielles 2015, La France et les élections présidentielles ivoiriennes de 2015


La question avait été posée à un commentateur français concernant la Centrafrique. L'intervenant avait dit de manière simple et convaincante que les populations autochtones musulmanes ayant fui le pays par peur de représailles, il est inconcevable que des élections présidentielles soient organisées dans leur dos. Ce serait une façon d'officialiser leur exclusion du territoire national. Par ailleurs, les fonctions régaliennes étant indiscutablement assumées par l'armée française – en l'absence d'une armée nationale digne de ce nom – toute élection serait factice, un trompe-l’œil.

Après ce détour par la Centrafrique qui occupe désormais les médias occidentaux, regardons la situation ivoirienne où les Français sont devenus des acteurs privilégiés depuis avril 2011. Si on suit leur raisonnement, la Côte d'Ivoire dont la grande majorité de la population de l'ouest – du moins ce qu’il en reste après les massacres de 2011 – est en exil au Libéria et au Ghana, ne peut se permettre d'organiser des élections présidentielles sans que cela soit une évidente façon de la rayer de la carte du pays. Par ailleurs, comme en Centrafrique, l’armée constituée sur la base de la préférence ethnique est une armée prétorienne, c'est-à-dire une sorte de garde personnelle du gouvernant Alassane Ouattara. En troisième lieu, le jeu électoral est faussé et devient anti-démocratique dès lors que certains lieutenants des concurrents du parti au pouvoir sont privés de liberté parce qu’emprisonnés et donc exclus par une décision politique.

De même qu’aucune élection ne peut avoir lieu dans le dos des milliers d’exilés, de même le recensement qu’entreprend le gouvernement en cette année 2014 est une entreprise visant l’exclusion des Ivoiriens et l’inclusion des étrangers récemment installés dans l’Ouest. Un remplacement de la population qui fait des étrangers un vrai « bétail électoral ». Voilà donc quatre éléments qui rendent impossible le déroulement de toute élection se voulant démocratique.

Où est-elle la démocratie irréversible promise et quelles en sont les critères lisibles ? Voilà la vraie question que tous les partis politiques devraient poser à Alassane Ouattara et à la France qui a enregistré ce serment. Au regard de ce qui précède – et si on y ajoute la scandaleuse composition de la Commission Electorale Indépendante (CEI) – des élections démocratiques sont impossibles en Côte d’Ivoire en 2015. Quel média français osera dire qu’Alassane Ouattara prépare sa propre réélection ? Et pourtant, c’est l’évidence même.

Le rêve insensé de l’opposition

L’opposition peut bien compter sur l’impopularité d’Alassane Ouattara qui n’a jamais su se faire aimer des Ivoiriens depuis son installation au pouvoir pour aller aux élections en passant outre les quatre flagrantes iniquités ci-dessus. Contre mauvaise fortune, disons qu’elle est contrainte de faire bon cœur. Supposons que son candidat parvienne à triompher des urnes malgré le remplacement d’une bonne partie des Ivoiriens par la population étrangère et le tri des électeurs à l’entrée des bureaux de vote par les FRCI ; comment pourra-t-elle faire valoir sa victoire ? Y avez-vous pensé ?

Tout d’abord, la composition déséquilibrée de la CEI ne plaide pas en sa faveur : sur les 13 membres, elle dispose de 3 voix contre 6 pour le pouvoir ! Les autres voix revenant à la société civile sont censées être neutres. Cependant, il suffira qu’une seule voix de cette dernière penche du côté du pouvoir pour que la CEI déclare Alassane Ouattara vainqueur. Facile !

Ensuite, comme nous savons tous que la communauté internationale a cautionné outrageusement l’avènement du régime de Ouattara, comment peut-on imaginer qu’elle désapprouve la décision de la CEI ? Impensable ! La suite du jeu est claire : il suffira au Conseil Constitutionnel d’entériner les propositions de la CEI et à l’opposition de s’incliner devant la loi pour que la communauté internationale et la France pavoisent. Tout est donc prévu pour que tout aille bien dans le meilleur des mondes !

Mais imaginons que le Conseil constitutionnel décide de tenir compte des réclamations de l’opposition pour invalider les votes litigieux et déclarer le candidat de l’opposition vainqueur. Rêvons que la probité des hommes de cette institution triomphe des circonstances qui les ont placés là. Devant cette décision qui ira à l’opposé de la décision de la CEI et des vœux de la communauté internationale, croyez-vous que les FRCI défendront les Institutions ivoiriennes comme l’ont fait les Forces républicaines en 2000 et en 2010 ?

N’oublions jamais que, par deux fois, l’armée républicaine a défendu les Institutions ivoiriennes : en 2000, contre le général Robert Guéi, et en 2011, contre la communauté internationale (l’Onuci), la France (la force Licorne) et les FRCI – l’armée prétorienne de Ouattara appuyée par les anciens chasseurs d’esclaves dozos. Cette fidélité de l’armée aux institutions du pays ne se reproduira pas en 2015 si le Conseil Constitutionnel déclare le candidat de l’opposition vainqueur. Tout simplement parce que cette institution est d’avance condamnée à reconduire Alassane Ouattara à la tête de la Côte d’Ivoire. Oui, la partialité de l’Onuci, de la force Licorne, des FRCI et des dozos la condamne à être injuste.

Que croyiez-vous donc ? Pensiez-vous qu’en cas de contestation des résultats des élections en 2015, les FRCI lâcheraient Dramane Ouattara pour se ranger du côté de l’adversaire que le Conseil Constitutionnel aura déclaré vainqueur ? Reposez-vous la question et laissez les images d’une nouvelle crise postélectorale défiler dans votre esprit. Je suis convaincu que vous allez peu à peu vous persuader que la Côte d’Ivoire est condamnée à plusieurs années de dictature sous les bottes des FRCI et des dozos avec la bénédiction des forces étrangères.

Le chantier politique et social qu’évite Ouattara

Ce triste schéma pourtant inévitable explique pourquoi l’immense chantier ivoirien est volontairement laissé en état de déliquescence. Ouattara n’a jamais tenté de résoudre un seul des problèmes du pays résultant du long conflit national parce qu’il sait que toute tentative au retour à un paysage humain, social, économique et politique digne d’une démocratie ne peut se faire qu’avec violence ou dans la violence. En voulant maintenir le pays dans son état actuel, il apparaît évidemment comme l’alternative qui évite une politique violente. Or, des mesures radicales s'imposent !

Oui, on peut affirmer sans se tromper qu’aucun gouvernement ne pourra redresser le pays sans passer par des politiques violentes. Oui, il faudra une volonté politique assez violente pour vider tout l’ouest de la Côte d’Ivoire des populations bukinabées ainsi que de celles qui ont quitté leur zone traditionnelle du nord et s’y sont installées à la faveur de la séparation du pays en deux en 2002. Il faudra cette violence politique pour rétablir les exilés sur leurs terres, assurer leur sécurité afin de permettre un nouvel essor humain, écologique et économique de la région.

Il faudra aussi beaucoup de courage pour exprimer une violente volonté politique dans le rétablissement de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire ; une violente volonté politique pour reconstituer une armée nationale vidée des assassins connus de tous, une armée nationale reflet de notre diversité, qui témoignera d’une indéfectible loyauté à l’égard de nos institutions, très loin de l'armée prétorienne actuelle.

Cet immense chantier de la reconstruction du pays que la grande majorité des Ivoiriens jugent nécessaire n’entre malheureusement pas dans le plan de Ouattara. Et pourquoi ? Tout simplement parce que l’état actuel du pays correspond exactement à l’objectif pour lequel il avait porté le fer contre la Côte d’Ivoire : condamner les Ivoiriens à être étrangers chez eux et rendre leur pays ingouvernable par toute autre personne que lui.

Elections présidentielles 2015, La France et les élections présidentielles ivoiriennes de 2015


Et comme François Hollande ne se reconnaît plus dans les idéaux de l’Internationale socialiste, on ne voit vraiment pas pourquoi Ouattara ne se moquerait pas de lui dès qu’il a le dos tourné. D’ailleurs, il prend un malin plaisir à narguer Hollande ; surtout quand il a l’occasion de se retrouver dans des occasions officielles comme lors des obsèques de Mandela en Afrique du Sud. En effet, jouer publiquement la grande amitié avec Sarkozy et ses amis de la droite française qu’il aime inviter en Côte d’Ivoire, c’est pour lui la meilleure façon de montrer au président français qu’il ne compte pas, qu’il ne le craint absolument pas !

Finalement, les Ivoiriens qui pensent que seul Dieu le récompensera de la plus belle des manières ont sans doute raison. Que vive Ouattara ! Et son inéluctable décrépitude sera la vengeance des Ivoiriens. Quant à la France, elle ne doit pas oublier que les Africains la rendent responsable de ce qui est arrivé récemment en Centrafrique. Elle ne doit pas oublier que son soutien à un homme détesté par tout un peuple est à l’origine de la chasse aux musulmans dans ce pays. Qu’elle se dise que son soutien à Ouattara pourrait provoquer une chasse à l’étranger d’une égale ampleur. Qu’elle ne s’étonne pas d’être toujours impliquée dans les génocides perpétrés en Afrique depuis une cinquantaine d’années. Son jeu de marionnettiste est à l’origine de tous nos maux.

Raphaël ADJOBI
Délégué général AIRD-FRANCE

° Relecture du texte par : Anne Girard

19/02/2014

CHINAFRANCE : Pékin à la conquête de la France !

Rira bien qui rira le dernier ! Afin de cacher la recolonisation violente de l'Afrique dont elle a longtemps ignoré les richesses, la France tentait depuis quelques années de discréditer la percée des Chinois en Afrique. Une façon bien maladroite de cacher les méfaits de sa politique mafieuse par le biais d'un système connu de tous sous le nom de Françafrique.

La Chine achète la France, Les chinois en France, La France achetée par les étrangers


Accuser l'action des Chinois était donc la parade de la France à ceux qui l'accusaient de soutenir ses industriels et autres chefs d'entreprises en Afrique par une omniprésence militaire aux relents néocolonialistes. A force de propagande antichinoise, l'opinion française avait fini par croire que la présence de leur pays en Afrique est une oeuvre humanitaire visant à endiguer une colonisation contraire à l'ordre démocratique européen.

Mais à regarder les choses de près, on se rend compte que la Chine qui fait peur à la France quand elle est présente en Afrique lui semble un immense bienfaiteur quand elle est présente en France ! Oui, si les Français détestent les Chinois en Afrique, ils les adorent quand ils sont en France. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'en France, les Chinois laissent beaucoup d'argent dans l'économie et permettent au pays de mieux se porter ! Pour tout dire, l'agent de la Chine dans les poches des Français, c'est bien ; mais l'argent de la Chine dans les poches des Africains, c'est mal parce que c'est de l'agent qui ne bénéficie pas à la France.

Les milliardaires chinois avaient d'abord commencé par copier les châteaux et les grandes propriétés françaises. A l'époque, les Français étaient fiers d'être copiés et heureux de vendre aux Chinois des vieilles cheminées et autres pièces de châteaux qui retrouvaient ainsi sous d'autres cieux une seconde vie. On parlait alors du savoir-faire français.

Avec le temps, les Chinois ont commencé par investir dans les grandes sociétés ; quand ils ne les achètent pas pour en avoir la totale exploitation et jouissance sur le sol français. Ainsi, de nombreux vignobles avec château sont devenus des propriétés chinoises. Celles-ci produisent donc le vin que boivent les Français ! Aujourd'hui, il est question de la mythique marque automobile Peugeot dont la famille française du même nom serait réduite à la partager à part égale avec les Chinois. Selon le journal La Croix, si les "entreprises chinoises suscitent parfois inquiétude et méfiance [...] les investissements chinois peuvent aussi contribuer à sauver ou développer l'emploi en France et ouvrir des marchés." En un mot, l'argent des Chinois n'est pas bon en Afrique mais très bon en France !

La Chine achète la France, Les chinois en France, La France achetée par les étrangers


La France qui s'inquiète de la présence chinoise en Afrique devrait faire très attention. Sur le continent noir, ce sont de nouvelles entreprises que créent les chinois. Tout ce qu'ils réalisent sur le terrain est nouveau pour les Africains. Par contre, en France, les Chinois ne créent pas ; ils achètent. En d'autres termes, ils dépouillent les Français de ce qu'ils possèdent déjà. N'est-ce pas plus grave ? Après les Qataris et les Saoudiens qui ont acheté châteaux et immeubles dans les beaux quartiers des villes françaises, ce sont les Chinois qui s'approprient les vignobles et les industries du pays. Bientôt, les Français vivront dans des murs et travailleront dans des entreprises qui ne leur appartiendront pas !

Il faut dire que la France est devenue trop pauvre pour mener le train de vie qu'elle a mené jusqu'ici. Maintenant que Qataris, Saoudiens et Chinois font la loi chez elle parce qu'elle n'a même pas les moyens de se bercer de l'orgueil national ou du sentiment patriotique, elle se contente de la soupe populaire africaine et a décidé que son avenir est en Afrique. C'est ce que soutient le dernier rapport socialiste remis en février 2014 à François Hollande. Ce rêve d'une France désargentée ne peut être perçue que comme une déclaration de guerre aux Africains et à la diaspora africaine !

Raphaël ADJOBI

° Les images sont tirées du journal La Croix du mercredi 19 février 2014.

03/02/2014

Côte d'Ivoire : quand les petits partis se bousculent au portillon du dialogue direct avec le pouvoir !

Le petits partis de Côte d'Ivoire, Que cherchent les petitis partis, l'avenir des petits partis de Côte d'Ivoire


Depuis que le FPI, invité à un dialogue direct avec le pouvoir, a décidé intelligemment d’associer à cette discussion tous les leaders de l’opposition, les petits partis ont hissé leur fanion dans le ciel de la Côte d’Ivoire.

Après de longues années de silence et de prêches dans le désert, cette aubaine fait tourner les têtes. En effet, décimés par l’aveugle et violente répression des FRCI appuyés par le dogmatisme ethnique d’Alassane Ouattara, les petits partis, à l’instar du FPI, n’avaient d’existence que par la place que leur accordaient les journaux locaux dans leurs colonnes.

L’on comprend donc qu’ils considèrent tous comme du pain béni le désir du FPI de les associer à l’invitation qui lui a été faite. La soudaine effervescence qui les anime n’est donc pas étonnante. Pour exister, il leur faut déjà commencer par se faire entendre ! N’ayant pas, pour la plupart, de représentant à l’Assemblée nationale – même sous le couvert de l’étiquette « indépendant » - et donc pas d’existence dans le paysage politique du pays, ils ne peuvent qu’être reconnaissants au « grand frère » FPI qui leur offre une tribune.

Certes, le FPI non plus n’a pas de représentant à l’Assemblée nationale. Cependant, le score de son leader aux dernières élections présidentielles le positionne largement en tête des partis les plus puissants du pays. C’est sans doute ce rang incontesté qui lui permet de se montrer magnanime et donc point méprisant à l’égard de la poussière des petits partis. Mais cette magnanimité ne suffira sans doute pas pour que le parti de Laurent Gbagbo impose de manière unilatérale ses vues sur les mesures à prendre pour sortir la Côte d’Ivoire de l’impasse. Il lui faudra bien tenir compte des opinions de ces coquilles vides que sont ses petits amis tout simplement parce que certains pourraient s’avérer utiles à l’avenir. L’éclatement prévisible du RDR, considéré désormais comme le parti des étrangers et des ennemis de la Côte d'Ivoire, offrira certainement à quelques petits partis l’occasion de s’étoffer et de présenter un visage plus séduisant. N'oublions pas que la jeunesse ivoirienne est de plus en plus politisée et les partis au pouvoir (le RDR et le PDCI), sclérosés par l'ethnocentrisme, apparaissent presque comme des épouvantails. Par ailleurs, c’est très bien vu de la part du FPI de profiter adroitement de l’absence du bon sens diplomatique chez les partisans du RDR pour jouer le rassembleur. A l’opposé du rattrapage ethnique du RDR de Ouattara, le FPI a la sagesse de proposer le rassemblement des partis républicains en vue d’un consensus national.

Dans cet attelage audacieux et prometteur, ce sont donc les multiples petits partis qui risquent gros ! Déjà grisés par l’appel à la participation à ce qui apparaît comme les prémices du retour au jeu démocratique, certains fourbissent trop hâtivement leurs armes et pourraient se couper les doigts ou se tirer une balle dans le pied.

Oui, ce qui est à craindre, c’est que ces partis mettent plus l’accent sur la quête absolue des places d’honneur plutôt que sur la construction du pays par l’installation et la consolidation de leurs assises nationales. Un parti ne se résume pas à la notoriété d’un homme ! Ce qui est malheureusement le cas de presque tous les petits partis. Si demain, au lieu de faire confiance aux qualités de leurs coéquipiers pour les représenter valablement dans les structures nationales, les leaders abandonnaient le navire pour saisir les places d’honneur que pourraient leur offrir le pouvoir, ils condamneraient pour longtemps leurs partis à leur situation actuelle ; c’est-à-dire à l’état de balbutiement.

En effet, parce qu’un parti se construit patiemment autour d’un homme, celui-ci ne saurait trop vite l’abandonner sans ruiner sa construction et donc son avenir. Un parti ancré dans un gouvernement d’union doit apprendre à prêter au pouvoir ses meilleurs éléments afin de tirer les bénéfices de sa bonne contribution à l’œuvre nationale. En France, quand en 1981 François Mitterrand a appelé les communistes au pouvoir, Georges Marchais a eu l’intelligence de garder la maison plutôt que de l’abandonner pour saisir l’occasion qui lui était offerte de devenir ministre. En envoyant pour ainsi dire les meilleurs de son parti aux postes proposés par les socialistes, les communistes furent parmi les meilleurs ministres de François Mitterrand !

Tout le monde sait très bien qu’il est extrêmement difficile d’être à la fois au four et moulin, à la cuisine et faire la conversation à ses invités. Le leader qui entre dans un gouvernement ne peut à la fois servir la République et les intérêts de son parti ; il ne peut à la fois se soucier des affaires de l’Etat et celles de son parti. Si en Côte d’Ivoire les partis politiques demeurent toujours à l’état d’ébauche, c’est tout simplement parce qu’ils sont trop vite vidés de leurs forces vitales par souci d’intérêt personnel immédiat ; comme si on créait un mouvement politique pour s’ouvrir personnellement les portes du paradis sans se soucier de ce qu’il deviendra durant notre absence. Et quand on y revient, il faut bien sûr tout recommencer.

Par ailleurs, tous les partis doivent comprendre de façon claire que la présence de leur leader ou d’un de leurs lieutenants dans un gouvernement ne peut se baser sur leur notoriété mais sur l’ampleur de leur implantation dans le pays. Et pour cela, les élections législatives et municipales sont d’excellents baromètres. Oui, ce sont les représentations dans les structures politiques du pays – signes de leur implantation dans la population ivoirienne – qui doivent justifier la présence de tel ou tel parti dans un gouvernement d’union. Un parti sans élu à l’Assemblée et sans représentation dans les municipalités ne mérite pas de participer à un gouvernement d’union nationale. Quant à l’arbitraire du choix des acteurs des hautes fonctions administratives, il appartient à un jeu trop complexe pour oser ici quelques lignes directrices.

Il nous appartient à tous de méditer cette réflexion : avant de quitter un navire, le leader d’un parti doit absolument s’assurer de la bonne poursuite de la navigation. Si toutefois le navire vient à dériver après qu’il l’ait quitté, il en sera tenu pour seul responsable. Tant que cette précaution ne sera pas prise, la sagesse condamne le capitaine à demeurer à la barre et à se résoudre à envoyer des émissaires représenter son organisation dans les affaires nationales. Que chacun se le rappelle : un bon capitaine n’est jamais le premier à quitter le navire !

Raphaël ADJOBI