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24/10/2013

Qui a peur de Laurent Gbagbo ?


Laurent Gbagbo fait-il peur à Ouattara ? Laurent Gbagbo, le vieux lion, Ouattara et la libération de Gbagbo Quand les dirigeants et les partisans du RDR entendent parler de liberté provisoire pour le président Laurent Gbagbo, leur sang se fige dans les veines. Et aussitôt ils pensent à leurs vieilles méthodes pour le discréditer : semer le désordre, brandir des cadavres, montrer des images de femmes en pleurs parce que victimes des agressions de ses défenseurs. C'est le moyen qu'ils ont toujours utilisé pour être sûrs de voir leurs parrains français et onusiens brandir la menace contre Laurent Gbagbo et protéger Alassane Ouattara.

Depuis que des bruits courent annonçant l'imminente libération du célèbre prisonnier du goulag européen, les amis du pouvoir ivoirien ne dorment plus. Ils s'activent pour trouver le meilleur moyen de faire apparaître Laurent Gbagbo comme un lion dangereux aux yeux de l'opinion publique internationale ! Un lion qui, selon eux, doit absolument être tenu en cage pour la sécurité du citoyen ivoirien. Incapables de diriger un pays qui leur a été offert sur un plateau d'argent, ils veulent faire croire au monde entier que sa liberté est une entrave au bonheur qu'ils ont promis aux Ivoiriens.

Soyez tous certains que pour inventer des crimes dans le seul but de salir Laurent Gbagbo, le RDR et ses amis ne manqueront pas d'imagination. Si toutefois leurs inventions s'avèrent insuffisantes pour maintenir le prisonnier à la CPI, elles auront au moins le mérite de pousser l'Europe et l'Onu à protéger le régime en place. C'est du moins ce qu'ils espèrent. Aussi, dans les prochains jours, vous verrez des villages attaqués et brûlés, des violences faites aux personnes se multiplier à Abidjan et dans les villes de l'intérieur, des morts - tous partisans de Ouattara, bien entendu - joncher les rues. Et les seuls responsables de ces crimes, vous devinez bien, ce seront les Ivoiriens sanguinaires, xénophobes, antimusulmans, anti-nordistes, anti-Ouattara qui votent tous Laurent Gbagbo.

Soyons sûrs qu'on ne cessera pas de nous répéter que depuis La Haye Laurent Gbagbo empêchait le rétablissement de la paix entre les Ivoiriens. Une extraordinaire capacité à agir à distance qui en fait un dictateur dont il faut éviter le retour dans le pays. On nous dira aussi que, depuis sa prison, Laurent Gbagbo a manœuvré pour faire échouer les politiques économiques et sociales de Ouattara ; et laisser revenir un tel homme ne pourra que pousser les Ivoiriens, déjà exaspérés par la pauvreté, à s'entretuer.

Alors, bientôt peut-être, nous reverrons les chars et les hélicoptères français et onusiens dans les rues et le ciel d'Abidjan, prêts à protéger l'ami de l'Occident contre « le dictateur » Laurent Gbagbo. Sans doute reverrons-nous les journalistes français sur les bords de la lagune Ebrié pêchant des cadavres pour les exhiber au monde entier afin de condamner le célèbre prisonnier de La Haye. Les grands titres sont sans doute déjà prêts à Paris.

En Côte d'Ivoire, l'alerte maximale sera donc déclarée. A tous les coins de rue d'Abidjan, nous verrons les dozos et les FRCI plus solidaires que jamais pour traquer le moindre sourire, la moindre manifestation de joie. Non, il ne faut pas que la sortie de prison et le retour de Laurent Gbagbo troublent le paisible enfer qu'ils ont installé dans le pays. Pour cela, il ne faudra pas que les Ivoiriens se promènent pour faire la fête. Il faudra qu'ils se tiennent tranquilles chez eux, qu'ils fassent comme l'argent du pays qui ne circule pas mais dort parce qu'il travaille. Une théorie économique de Dramane Ouattara dont l'efficacité n'est prouvée nulle part ! Les seules personnes qui devront circuler, ce sont les dozos et les FRCI dans leurs 4x4 neufs, armes au point pour nous protéger de Laurent Gbagbo, le lion sauvage et sanguinaire.

Dans les prochains jours, chers Ivoiriens, il faudra donc vous montrer très attentifs aux mots d'ordre du gouvernement qui, pour votre bien, a tout fait - mais en vain - pour vous éviter la sortie de prison du « dangereux » Laurent Gbagbo. Une conduite spéciale à tenir vous sera communiquée le moment venu. Déjà, sachez qu'il ne faut ni chanter, ni danser à l'annonce de sa libération. Au contraire, mettez-vous à pleurer, à vous rouler par terre et à crier au secours. Des cameras du monde entier seront là pour filmer votre détresse. Dominique Ouattara a fait le nécessaire.

Si vous trouvez les alarmes, les recommandations et les mesures policières surprenantes et étouffantes parce que vous ne vous sentez pas concernés par cette peur panique que l'on redoute, alors dites-vous que c'est celui qui ne pense qu'à vous protéger qui a peur. Dites-vous que quand un vigile crie trop fort et invente des alarmes, c'est qu'il est un froussard, un trouillard indigne de s'occuper de votre sécurité.

Raphaël ADJOBI

09/10/2013

Konan Bédié, le PDCI et le dernier clou du cercueil de la République

H. Konan Bédié 0001.jpg Quand on ignore la honte, on devient criminel. Houphouët-Boigny est resté au pouvoir jusqu'à sa mort et n'a donc pu avec sérénité regarder le chemin qu'il a parcouru avec la Côte d'Ivoire. Comme un mauvais artiste, il est demeuré le nez collé à sa toile plutôt que de prendre de la distance pour apprécier l'oeuvre accomplie. Incapable de tirer profit de cette expérience qui a été fatale au pays, comme le cycliste fou pédalant les yeux fermés ne sachant où il va et où il en est, Henry Konan Bédié veut à son tour mourir à la tête du PDCI-RDA.

Le vieil homme dont la respiration devient désormais un râle à chacun de ses pas s'imagine-t-il encore que les militants de son parti ont besoin de lui ? Existerait-il encore en Côte d'Ivoire des Ivoiriens susceptibles de lui offrir l'occasion de prendre sa revanche aux prochaines élections présidentielles ? J'espère que personne n'y pense ! Même pas des Baoulés ! On peut tout au plus imaginer que, sans cesse flatté par Ouattara qui assure le gîte et le couvert aux différents membres de sa famille, Bédié a la ferme intention de travailler à le maintenir dans ses fonctions actuelles. Mais ne me dites pas que cet homme qui a son avenir derrière lui porte un semblant de projet pour l'avenir de la Côte d'Ivoire. Non, ne nous conduisez pas à un deuxième naufrage après celui que nous avons connu avec "le père de la nation" !

En se maintenant à la tête du pays jusqu'à sa mort, Houphouët-Boigny avait empêché la Côte d'Ivoire de renouveler ses forces et élaborer de nouvelles perspectives. Vieil homme presque sénile, il avait été incapable de distinguer un loup d'un chien de berger et a laissé l'animal carnassier entrer dans la bergerie, l'a nourri, puis l'a élevé au rang de plus beau gardien de son enclos. Bien sûr, la mort l'a empêché de voir la suite, de voir le carnage perpétré par son bel animal avec lequel il a condamné les Ivoiriens à vivre. Comme disent les Espagnols, quand on élève des corbeaux, ils finissent par vous crever un oeil. Mais cette fois, l'oeil était bien les pauvres Ivoiriens.

Bon sang, chers militants du PDCI, vous n'allez pas nous refaire le numéro du guide éternel ! N'est-il pas clair qu'en refusant de céder la direction du parti à des hommes plus jeunes que lui, en voulant absolument suivre la voie de l'étroite collaboration avec le RDR, Henri Konan Bédié continue à entretenir l'appétit du loup ? Il ne voit pas l'intérêt de s'allier avec les chiens de la maison pour donner la chasse à l'imposteur. Selon lui, l'animal des bois a pris quelques habitudes du logis et mérite que l'on s'en accommode vu que lui est capable d'en tirer un bon profit. Pourquoi donc les autres n'en feraient-ils pas autant ? Et outre l'intérêt, Konan Bédié a deux raisons supplémentaires de rester attaché à Alassane Ouattara : celle de se venger des Ivoiriens pour n'être pas descendus dans les rues pour le rappeler au pouvoir quand Robert Guéï l'a renversé, et celle d'avoir vu Laurent Gbagbo triompher dans les urnes. En d'autres termes, Konan Bédié a une dent contre les Ivoiriens et contre Laurent Gbagbo.

Rancunier comme un vieux bouc qui ne pense plus - en a-t-il encore la force cérébrale ? - et qui sait qu'il n'a plus d'avenir, il s'accroche à ses éternelles récriminations contre les Ivoiriens, contre Laurent Gbagbo qui forma le Front républicain avec le RDR pour boycotter les élections de 1995 qu'il avait organisées pour garder le pouvoir. Parce que Laurent Gbagbo s'est allié avec le RDR pour s'opposer à son régime, il a juré de perpétuer son alliance avec Ouattara pour se venger du fondateur du FPI et pour faire souffrir la Côte d'Ivoire entière. Dans sa vengeance, vendre son âme au diable est devenu une véritable jouissance qu'il ne voudrait pas voir se terminer tant que le ciel lui accordera des jours. Quel plaisir de voir les Ivoiriens souffrir ! Quel plaisir de voir les Ivoiriens contraints de vivre sous le joug de "l'étranger" dont il avait publiquement et vainement dénoncé l'imposture ! Ô quel plaisir de s'allier à l'ennemi d'hier, que dis-je, au diable, contre ses propres frères pour déverser les feux de l'enfer sur la Côte d'Ivoire ! Quelle plénitude ! Et voir tous ces idiots marcher gaiement dans sa stratégie vengeresse lui procure chaque nuit, sous son pagne kita, des fous rires qui ne cessent qu'au petit matin. Ah, qu'est-ce que ça fait du bien de voir à feu et à sang le pays qui n'a pas voulu de vous comme président ! Ô Néron, tu croyais n'avoir point d'égal ? Tu incendiais une ville. Moi, Henri Konan Bédié, c'est un pays que je livre aux armes des dozos et aux Burkinabés pour toujours !

Ne délirons pas ! Sachons raison garder et disons tout simplement que de tout ce qui précède, une chose est à retenir : si Houphouët-Boigny a péché par naïveté - et par sénilité aussi - Henri Konan Bédié pèche par pure sottise, par pur délire de vengeance ! Sa volonté de garder la direction du PDCI relève d'un calcul intéressé qui n'a rien à voir avec le bonheur du pays et du peuple ivoirien.

Devant l'égoïsme de Bédié, le sursaut populaire des militants du PDCI s'impose. Il leur appartient de s'éloigner massivement de ses ambitions personnelles et donner ainsi une chance au pays de vivre l'alternance démocratique au sein des mouvements politiques et espérer voir la même pratique s'établir au sommet de l'Etat. C'est au sein des mouvements politiques que s'apprend la démocratie. Quand on corrompt l'appareil d'un parti politique pour pouvoir en garder la direction, tout laisse croire que l'on est capable de faire la même chose avec le pays. Il vous appartient, militants du PDCI, d'arracher des mains de cet homme le marteau et le dernier clou qu'il s'apprête, aux prochaines élections, à planter dans le cercueil de la République au moment où la Résistance entamera la résurrection de l'âme de la Côte d'Ivoire. Retenez donc son bras ! Sachez bien que, demain, donner vos voix à Bédié, c'est enterrer la Côte d'Ivoire ou la livrer à jamais à l'oeuvre satanique de celui qui a juré de rendre ce pays ingouvernable par un Ivoirien.

Raphaël ADJOBI

01/10/2013

Retour sur les incohérences autour de la Syrie qui nous rappellent la Côte d'Ivoire


La guerre en Syrie, les mensonges autour de la guerre en syrie, Poutine gagne la bataille de Syrie, Obama et la Syrie, Le gaz de la Syrie Quel silence ! Et qu’est-ce que ça fait du bien quand le vacarme s’arrête ! Profitons-en pour analyser sereinement les événements concernant la Syrie que nous avons vécus trop intensément grâce à un battage médiatique extraordinaire.

Quand on écoutait les dirigeants occidentaux, il était difficile de cerner leurs raisonnements autour de ce pays. Si pour essayer de les comprendre on part à la source de toutes leurs déclarations sur la guerre civile qui y sévit (est-ce encore une guerre civile ?), un constat s'impose : la manière dont ils tentaient de mettre fin à ce conflit reposait sur la même logique que celle employée dans la crise postélectorale ivoirienne en 2010-2011. En d'autres termes, les Occidentaux ont refusé de passer par la case « dialogue ». Or, dans le règlement de tout conflit, il n'y a que ceux qui ont des intentions non avouées qui prennent un soin particulier à éviter cette case.

Il est donc permis de dire que cette logique employée en Côte d'Ivoire et reprise en Syrie donne foi aux analyses et aux conclusions du philosophe et géopoliticien syrien Imad Fawzi Shueibi sur les raisons de cette ferme volonté des Etats-Unis et de la France d’aller faire la guerre à la Syrie. Selon cet homme - qui est par ailleurs le président du Centre de documentation et d'études stratégiques à Damas – cette guerre se résume à « une guerre pour le gaz ». Une guerre pour rivaliser avec les deux projets russes « North Stream » (un gazoduc allant de la Russie en Allemagne via la mer Baltique, évitant ainsi les pays intermédiaires) et « South Stream » (un gazoduc allant de la Russie vers la France en passant par la Mer noire puis par différents pays comme la Bulgarie, la Serbie... et l'Italie)*.

Pour ne pas laisser à la Russie le monopole de la fourniture du gaz à l'Europe, les Etats-Unis ont lancé à leur tour un grand projet baptisé « Nabucco » qui doit leur permettre d'exploiter les zones gazières de l'Iran et de la Méditerranée orientale que se partagent la Syrie, le Liban et Israël. Seulement voilà : d’une part, le gazoduc iranien vers le Liban et la Méditerranée doit passer par la Syrie et d’autre part ce dernier pays se voit quelque peu dépossédé de ses gisements en Méditerranée. Devant le projet américain, la réticence de la Syrie qui ne veut pas devenir un simple centre stratégique fait désordre.

Une argumentation laborieuse

Mais laissons là ces considérations techniques et revenons à la ferme volonté des E.U. et de la France de bombarder la Syrie. Les raisons que ces deux pays avançaient pour justifier leur folle entreprise étaient bien sûr très loin des projets gaziers énoncés plus haut. Contentons-nous donc de ne suivre que leurs propres raisonnements et tâchons d’analyser leur logique indépendamment de toute autre considération que celles qu’ils avancent.

Pourquoi donc fallait-il, dès le départ, soutenir les rebelles syriens contre Bachar el-Assad ? Parce que c’est un dictateur, avaient répondu en chœur les E.U., la Grande Bretagne (avant qu’elle ne se retire de ce projet) et la France. Faut-il alors comprendre que les puissances occidentales ont décidé de déloger tous les chefs d’Etat de la terre qu’ils auront déclarés dictateurs ? Qui les charge de cette mission ? Avouons que ce jugement absolument subjectif se rapproche étrangement de ceux qui illustrent les fables et les contes dans lesquels la raison du plus fort est toujours la meilleure.

Devant l'indignation générale, nos trois puissances avaient changé d'argument et joué la corde humanitaire : si nous ne pouvons pas intervenir directement dans une affaire intérieure, la conscience humaine nous interdit de rester sans rien faire devant le massacre du peuple syrien, avaient-ils lancé. Il leur fallait donc, selon toute justice, livrer des armes aux rebelles. Et à ceux qui n'appréciaient pas de voir des armes européennes entre les mains des Islamistes qu'ils avaient combattus en Afghanistan, Laurent Fabius s'était chargé d'expliquer qu'il ne s'agissait que d'« armes défensives ».

Et les gradés de l'armée française de se tordre de rire en entendant ces mots. Des armes défensives ? Cela n'existe pas ! En effet, des armes qui ne tuent que ceux qui vous agressent et deviennent inoffensives quand vos intentions sont mauvaises ne sont qu'une pure invention de l'esprit du premier ministre français. Il fallait être fou pour avaler une telle sottise.

Après tout, pourquoi donc ces grandes puissances perdaient-elles tant de temps en conjectures alors qu'elles avaient la force avec elles ? Force qu'elles ne cessent de brandir en toutes circonstances pour punir les crimes de ce qu'elles appellent l'axe du mal. A regarder leur agitation de près, on comprend aujourd’hui que la tromperie américaine en Irak était dans tous les esprits. Une tromperie qui expliquait l'absence d’une béate unanimité autour du projet d'expédition occidentale en Syrie. Et c'est d'ailleurs ce sentiment qui a dominé chez les élus anglais qui n'ont pas voulu, une deuxième fois, donner leur caution à une entreprise qui n'avait pas l'aval des Nations-Unies et dont les objectifs étaient si peu clairs. Non, on ne les trompera pas une deuxième fois. Quant à la France, parce que sa démocratie repose sur le seul bon vouloir du président pour ce qui est des Affaires étrangères, elle regardait avec étonnement François Hollande attendre fiévreusement le mot d'ordre des E.U. pour se lancer dans la bataille.

Soudain, une nouvelle inespérée tomba du ciel et mit en branle Obama et Hollande : le régime de Bachar el-Assad a fait usage d'un gaz non conventionnel, ont-ils clamé ! Cette fois, hésiter d'intervenir serait un crime abominable que le Ciel ne peut pardonner à notre conscience. Et quand certains, comme l'ancien diplomate français Pierre Charasse*, avançaient que c'était les Occidentaux qui avaient fourni le gaz en question aux rebelles afin de hâter leur intervention en lui donnant une apparence de justice salvatrice, on n’a pas pu s'empêcher de penser au bombardement du cantonnement militaire français à Bouaké dont tout accuse l'Elysée de l'avoir ordonné. Les mêmes causes fallacieuses pour les mêmes effets immédiats et destructeurs. Dans les deux cas, la décision de punir l'accusé avait été prise avant toute éventuelle enquête. La seule différence, c'est qu'en Côte d'Ivoire elle a été immédiatement exécutée sans autre forme de procès.

Concernant la Syrie, à l’annonce de l’usage du gaz affreux par leur pire ennemi, Obama et Hollande convoquèrent tout le monde pour la grande décision qui devait sauver l'humanité du dangereux Bachar el-Assad ; au nom de la conscience que nous tenons de Dieu nous sommes obligés d'intervenir ! Rien que la mort n'est capable d'expier son forfait, dirait La Fontaine. Il faut le punir, répéta Hollande après Obama ; Hollande trop fier d'avoir supplanté le premier ministre anglais dans le cœur de l'allié américain. Mais voilà que le Saint-Père s'en mêle ! Quoi de plus normal en effet. Maintenant que l'on assure que c'est la conscience que nous tenons de Dieu qui doit nous diriger, qui mieux que le représentant de Saint-Pierre pour nous indiquer la voie à suivre ? Mais cet homme-là, cela fait très longtemps qu'on ne l'écoute plus, qu'on ne le consulte plus. Il suffit de ne pas regarder dans sa direction et courir à ses affaires criminelles pour échapper à l'enfer de la mauvaise conscience.

Cependant, au moment où nos chers amis croyaient toucher au but, voilà que sorti d'on ne sait où, Poutine eut l'idée géniale de mettre sous cloche toutes les armes chimiques de la Syrie afin de garantir la sécurité de l'humanité tout entière. Puisque c'est de l'usage de cette arme non conventionnelle que dépend désormais la punition de Bachar el-Assad - qui passe nécessairement par la mort de milliers de Syriens - cette judicieuse décision rend inopportune toute volonté de punition par la guerre. Tout à coup, en regardant le président russe, on eut l'impression de voir autour de sa tête une auréole divine. Ne serait-ce pas un ange envoyé par Dieu pour nous sauver du diable Obama qui s'évertuait à nous convaincre que Satan était à l'Est ? S’il n’est pas le diable, Obama est sûrement l'apôtre du Dieu vengeur, du Dieu qui a besoin de sang, celui qui ne pardonne pas le mal et qui par conséquent s'acharne à le punir. Face à lui, Poutine apparaît désormais comme celui qui annonce le Dieu protecteur qui assure qu'il y a toujours une possibilité d'aller à la paix. Avez-vous connaissance d’un dirigeant occidental qui aurait sauvé un pays de la guerre, de la furie d’une puissance étrangère par une proposition pacifique ? Cette personnalité capable de cette proposition rare, on vient de la trouver à l’Est en la personne de Poutine qui, grâce à son idée de génie, donne une leçon d’humanité aux E.U. et à la France.

La Syrie est-elle pour autant sauvée des griffes de l'ange du dieu vengeur ? N'oublions pas que ces messagers célestes qui ont les caractéristiques du diable ne lâchent jamais leur proie. La Côte d'Ivoire en sait quelque chose. Suite à la main tendue de Laurent Gbagbo saisie par les rebelles ivoiriens, une longue accalmie s’était installée dans le pays avant que l’ange destructeur n’accomplisse définitivement son forfait pour installer un régime conforme à ses aspirations. On peut peut-être croire que la Côte d’Ivoire a connu ce sort fatal parce qu'il lui a manqué un ange protecteur. Dans ce cas, il ne reste plus aux Syriens - et sans doute à bien d'autres peuples - qu'à se mettre à genoux et à dire « Saint-Poutine priez pour nous ». Et quand ils verront l'Amérique poindre son nez, ils devront crier « Vade retro, Obama ! » pardon « ...Satanas ».

Raphaël ADJOBI

* http://re.ivoire-blog.com/archive/2013/09/03/syrie-la-guerre-pour-le-gaz-429304.html#comments
* La lettre de Pierre Charasse à François Hollande datée du 2 septembre 2013, envoyée depuis le Mexique où il a pris sa retraite : http://regardscroises.ivoire-blog.com/archive/2013/09/15/syrie-la-lettre-d-un-ancien-ambassadeur-de-france-a-francois.html#comments.

09/09/2013

La crise morale des socialistes français et le camarade Laurent Gbagbo

Comment réinventer la France, Laurent Gbagbo et les socialistes français, Quans les socialistes français trahissaient Laurent Gbagbo, les Noirs de France et le parti socialiste


Nombreux étaient les Africains francophones qui, en 2012, lors des élections présidentielles françaises, avaient adressé des prières au ciel pour qu'il les débarrassât de Nicolas Sarkozy. Une fois leurs vœux exaucés, ils s'étaient mis à espérer une politique plus ferme de François Hollande à l'égard de la dictature qui commençait à se mettre en place en Côte d'Ivoire. Ils ont attendu. Ils n'ont rien vu venir. Certains se demandent s'il faut encore espérer.

Au regard de l'esprit actuel des socialistes, on est tenté de leur dire que l'espoir n'est pas permis sans un petit miracle. Car, au-delà de l'impasse économique dans laquelle se trouve la France et qui demande une autre voie d’étude - excellemment analysée par Fernand A. Dindé dans son article « La France doit se réinventer ou périr » - le mal français trouve aussi son explication dans l'éloignement des valeurs morales. Et ceux qui ont perdu quelque chose dans ce domaine, ce sont les socialistes. Quand Jean-Marc Ayrault clamait le 25 août 2013 à la clôture de l'université d'été des socialistes à La Rochelle qu'il leur faut « se réinventer », c'est qu'il était conscient que son parti s'est éloigné de ses valeurs premières. En effet, depuis quelques décennies, il paraît tout à fait évident – aussi bien sur le plan national que sur le plan international – que les socialistes ne portent plus aucun espoir, n’indiquent plus aucune voie à suivre. L'affaire du camarade Laurent Gbagbo et l'état actuel de la Côte d'Ivoire sont là pour nous montrer qu’ils ont perdu tous leurs repères. Peut-être qu'avant de penser à se réinventer économiquement – comme le leur conseille Ferdinand Dindé - il faudra d’abord qu'ils songent à retrouver leurs valeurs morales.

Car, si dans l'opinion commune le libéralisme a une connotation individualiste, le socialisme revêt indubitablement une idée de société plus égalitaire, distillant des valeurs humanistes. Le socialisme renvoie aux combats pour l'égalité et la fraternité humaines. Des idées apparemment utopiques, mais qui ont dans la pratique quelques consistances charmantes et galvanisantes qui font de l'homme un être cherchant à donner le meilleur de lui-même pour construire une humanité plus juste. Le socialisme évoque le combat des abolitionnistes du XIXe siècle, le combat de tous ceux qui, çà et là, sous tous les cieux, ont soutenu ou participé aux luttes des faibles contre les puissants, des pauvres contre les riches.

En mai 1981, avec l'arrivée de François Mitterrand à l'Elysée, nous nous sommes tous mis à rêver : Français blancs, Français noirs et anciens colonisés d'Afrique et d'ailleurs. Oui, les Noirs de France et d'Afrique francophone ont vu se lever un jour nouveau sur leur rêve d'une plus grande fraternité humaine en mai 1981. Par ailleurs, la personnalité même de François Mitterrand, homme cultivé pétri de connaissances humanistes, laissait augurer de belles choses pour les minorités françaises et anciens colonisés vivant dans une indépendance tronquée au sein d'un système de soumission et de prédation adroitement préparé par Charles de gaulle.

La grande désillusion

Malheureusement, François Mitterrand et les socialistes n’ont jamais adressé de signe fort aux minorités nationales pour entretenir leurs rêves. Certes, les discours plaidant pour une vie commune apaisée n'ont pas manqué. Certes, le racisme n'a jamais été aussi vivement dénoncé par les autorités politiques. Mais à aucun moment le pouvoir n'a accompli de geste significatif permettant une plus grande acceptation des minorités par la majorité blanche. Rivés au principe selon lequel il n'y a pas de communauté ethnique en France, les socialistes n'ont pas tenté d'analyser les souffrances des minorités pour y trouver des solutions particulières comme on le fait pour les femmes, les handicapés, les victimes de guerre, les homosexuels... Ils n'ont pas jugé que des gens sortant assez récemment tout de même de l'esclavage et de la colonisation - états dans lesquels ils n'ont connu que brimades et tâches avilissantes - avaient besoin d'être présentés différemment pour être mieux acceptés par leurs nouveaux concitoyens blancs. Aucun héros noir ne sera élevé à la gloire nationale. La discrimination positive tant rêvée ne sera jamais tentée parce que constamment soumise à des débats stériles. L'on se contentera par conséquent d'un seul Noir issu de l'immigration (comme on le disait déjà) au sein du gouvernement durant les quatorze années de pouvoir mitterrandiste-socialiste.

Il a donc fallu attendre que la droite revienne au pouvoir avec Nicolas Sarkozy, le moins amoureux des lettres et donc des humanités parmi les présidents de la cinquième république, pour voir un geste allant dans le sens d'une meilleure visibilité des minorités en terre de France. La maigre poignée de ministres noirs et d'origine maghrébine a créé l'événement durant son quinquennat. En 2012, la nomination d'un plus grand nombre de ministres issus des minorités par François Hollande est presque passée inaperçue. Et pour cause : en cinq ans, les Français se sont déjà quelque peu habitués à voir des personnes basanées dans les plus hautes fonctions politiques de l'Etat ! Chacun venait de comprendre que ce n’est pas le talent qui permet d’accéder aux hautes fonctions politiques et à la direction des grandes sociétés d’Etat mais l’arbitraire de la nomination et de la promotion.

Retenons donc que c'est la nouveauté qui effraie mais qu’en même temps « on ne peut rétablir confiance et espérance que si l’on indique une autre voie » (Edgar Morin, sociologue et philosophe). Il fallait donc oser la nouveauté pour que l’habitude, ou plutôt la confiance s’installe ! Retenons aussi que quand on manque d’audace, quand on a peur de la nouveauté, à force de mollesse, on finit par marcher dans les pas de ses adversaires. Les valeurs qui sont votre marque distinctive finissent par vous sembler encombrantes et vous finissez par les taire ou les cacher. Les socialistes se renient constamment et se contentent de faire comme les autres parce que, aujourd'hui, défendre les valeurs morales et humanistes est vu comme une faiblesse. Par contre, prôner la violence pour la violence, le châtiment pour la moindre offense, lever des armées pour combattre sous tous les cieux pour y apporter désolation et misère est vu comme une vertu. Qu'elle est déjà lointaine cette époque où les intellectuels socialistes descendaient dans les rues pour défendre les peuples opprimés par nos propres armées !

Quand les socialistes livraient Laurent Gbagbo à la droite

S’ils ont du mal à reconnaître et à défendre des valeurs humanistes en France, ce n’est pas en terre africaine qu’ils vont jouer les défenseurs de la veuve et de l’orphelin. Sur ce continent, ce sont les armes qu’il faut faire parler. On est sûr d’être applaudi par les médias qui se parfument à la dynamite, la guerre sous tous les cieux étant leur fond de commerce. N'est-ce pas à leurs exploits militaires en Afrique que le peuple français juge de la valeur de chacun de ses présidents ? Après le Mali qui lui a permis de grimper durant quelque temps dans les sondages, François Hollande ne s’est-il pas découvert une âme de guerrier ? L’Afrique comme terrain de jeu ne lui suffisant plus, il veut aller s’amuser en Syrie. Il faut croire que les socialistes ont perdu toutes leurs valeurs au point de ne plus savoir ce qu’ils disent et ce qu’ils font. Edgar Morin a bien raison de dire que « le parti [socialiste] a perdu sa pensée » parce que « nos hommes politiques ne se cultivent plus, ils n’ont plus le temps, leur connaissance du monde est fournie par des spécialistes et des experts dont la vue est évidemment bornée à un domaine clos et il n’y a personne pour faire la synthèse »*. N’étant plus éclairés par les humanités ils ne peuvent que tourner le dos aux valeurs qui nous unissaient au-delà de nos frontières respectives. On comprend mieux le crime des socialistes français à l’égard du camarade Laurent Gbagbo.

Car là où François Hollande et les socialistes ont fait preuve de la plus grande lâcheté et d’une mollesse inqualifiable et continuent à le démontrer, c’est avec l’affaire du camarade Laurent Gbagbo. Oui, l’ancien président ivoirien est un socialiste dont le parti était une des composantes de l’Internationale socialiste. Nous disons « était » et allons vous expliquer pourquoi nous nous exprimons au passé. L’Internationale socialiste exige une certaine cohésion entre ses membres sur certaines valeurs. Cela va de soit, dans toute organisation.

Toutefois, tenez-vous bien ! Alors qu’à la fin des années 90 Dominique Ouattara organisait des galas au nom d'une association ivoirienne d'aide à l'enfance dont on devine que les bénéfices ont servi à acheter des armes, au moment où elle faisait le tour des personnalités socialistes pour plaider la cause de son cher et tendre époux (propos de François Loncle, député socialiste de l’Eure*), aucun d’eux n’a jugé utile d’entendre un autre son de cloche pour essayer de comprendre la réalité du terrain ivoirien parce qu'ils ne voulaient pas avoir à soutenir le socialiste Laurent Gbagbo contre un projet français. Ils iront même plus loin.

Non contents de se murer dans le silence quand les valeurs humaines sont bafouées dans les anciennes colonies par l'armée française et les réseaux officiels de l’Elysée (la Françafrique n'est plus un réseau occulte*), les socialistes français vont aller jusqu’à se désolidariser officiellement, et donc publiquement, du démocrate Laurent Gbagbo au nom des intérêts de la France. Par un acte officiel intitulé « Appel : Gbagbo doit partir » daté du 22 décembre 2004 publié par le journal Le Nouvel Observateur, ils avaient lancé les premières signatures demandant l’exclusion de Laurent Gbagbo et du FPI de l’Internationale socialiste !

Cet appel est intervenu à la suite des événements de 2004 où, encerclé par les patriotes ivoiriens venus protéger la résidence de leur président contre tout éventuel coup d’état, l’armée française tira sur la foule. Cet événement, exceptionnel en Afrique noire – qu’Antoine Glaser et Stephen Smith comparèrent à la prise de la Bastille* - fut l’occasion pour les socialistes de se rapprocher davantage du gouvernement de Chirac et lui témoigner leur solidarité. Effectivement, pour eux, « les pouvoirs passent, les intérêts de la France demeurent », selon les termes de Laurent Fabius.

Quand de jeunes patriotes défient à mains nues une armée étrangère qui vient faire la loi sur leur sol, universellement, on y voit un acte héroïque. Malheureusement pour les socialistes français, un jeune Ivoirien qui meurt pour son pays est un affront à la France ; et cela mérite des représailles. Quelle perte énorme du sens des choses ! Qu’ils prennent le temps de méditer ces paroles pleines de vérité de Bernard Houdin, le Conseiller Spécial du président Laurent Gbagbo : « En France on perpétue la mémoire de [Guy Moquet], tombé sous les balles nazies […]. Mais a-t-on le même souci pour tous les "Guy Moquet" des luttes pour la souveraineté des peuples et qui sont, parfois, tombés sous les coups de ceux qui honorent, chez eux, "leurs Guy Moquet" ? Combien de Guy Moquet palestiniens, ivoiriens, congolais, vietnamiens, boliviens et autres ? »*

Et au moment où Nicolas Sarkozy avait besoin d'être officiellement approuvé pour mener la charge finale contre le palais présidentiel ivoirien et parachever l'œuvre commencée par Chirac, qui se chargea de déclarer le camarade Laurent Gbagbo « infréquentable » ? Le camarade François Hollande ! On n’est jamais mieux trahi que par les siens.

Aujourd’hui, plus personne ne cherche les valeurs humaines chères aux socialistes français d'antan. Depuis leur retour au pouvoir en 2012, François Hollande a purement et simplement chaussé les bottes impérialistes laissées sur le paillasson de l'Elysée par son prédécesseur pour aller défendre les intérêts français en Afrique sans une once d'attention à la dictature qui sévit en Côte d'Ivoire. Plus de 700 prisonniers politiques et plus de 200 militaires de l'ancien régime (Nouveau Courrier du 23/08) croupissent dans les geôles de Ouattara ; la plupart dans le nord du pays transformé en véritable Guantano impénétrable. Et Hollande se tait. Ceux qui sont laissés libres ont leur compte bancaire bloqué par Ouattara. Et Hollande se tait. Les exilés qui ont un peu de notoriété sont pourchassés avec la complicité des pays voisins et jetés en prison. Et Hollande ne dit mot. Les populations de l'ouest qui ont pris le chemin de l'exil après les massacres de Douékoué, Guitrozon et Nahibly sont remplacées par des populations venues du Burkina et du Mali. Pas un socialiste pour crier au scandale. Hollande se tait. Et quand officiellement Ouattara déclare que par la politique de rattrapage le sud de la Côte d'Ivoire est exclu de la gestion des affaires du pays, le président français se tait parce qu'il juge que cela ne porte nullement atteinte aux intérêts français.

Plus rien ne distingue une politique étrangère de la gauche d’une politique étrangère de la droite. Il est clair que pour le gouvernement socialiste, critiquer les agissements du pouvoir ivoirien installé avec force par la France réunifiée et solidaire équivaut à une remise en question de la politique africaine de la France. Après avoir chanté les louanges du burkinabé Ouattara et l'avoir imposé aux Ivoiriens comme leur sauveur, ce n'est sûrement pas un président français qui commettra le crime d'aller défaire ce que son prédécesseur a fait. Pourquoi aller parler de droits de l’homme et de démocratie à un dictateur installé par la France ? De toutes les façons, il n’est pas certain que les nègres aient assez de jugement pour distinguer démocratie et dictature.

De leur côté, sûrs de l'impossibilité pour la France de se renier, Alassane Ouattara et ses milices font la pluie et le beau temps depuis deux ans. Ils assurent haut et fort qu'ils sont en train de réussir la réconciliation nationale, de « rendre la démocratie irréversible en Côte d’Ivoire » (Le Monde du 4 février 2012), et leurs propos sont pris pour parole d'évangile en France. Ils assurent que tous ceux qui ont commis des crimes durant les périodes troubles du pays seront jugés et punis. Et François Hollande les croit, même si de toute évidence c’est un mensonge puisqu’il n'y a que Laurent Gbagbo et ses partisans qui subissent la loi du régime en place. Ni l'ONU, ni les Américains, ni la France ne juge tout cela inadmissible. Alors Ouattara passe son temps à voyager en Europe pour serrer des mains blanches qui sont autant de bénédictions qui l’innocentent des crimes de ses miliciens chargés de terroriser les populations pour éviter toute manifestation politique en Côte d'Ivoire. La peur est décidément devenue un gage de stabilité aux yeux de tous les observateurs étrangers.

Ou les socialistes se réveillent ou ils disparaissent

François Hollande le socialiste peut-il avoir une autre lecture de la relation entre la France et la Côte d'Ivoire ? Nicolas Sarkozy était l'ami d’Alassane Ouattara et il a mis l'armée française au service de son ami pour installer le pouvoir que nous connaissons aujourd'hui. François Hollande est-il capable de dire à Alassane Ouattara « moi aussi j'ai des amis et des valeurs à défendre avec eux » ? Non ! Il n'en est pas capable. Et c'est là que l'on reconnaît la gauche molle dans toute sa splendeur ! Elle n'est pas capable d'exiger le respect des valeurs chères à tous les socialistes du monde entier : un retour rapide à une vie politique normale afin de permettre des élections démocratiques honnêtes qui ne nécessitent pas l'intervention de l'armée française, de l'Onu et des Etats-Unis. Voilà le minimun que l’on attendrait d’un gouvernant socialiste. Si nous avons festoyé ensemble à la Bastille en agitant les drapeaux de divers pays de la terre lors de l'élection de François Hollande, c’était tout simplement pour lui demander qu’il nous permette de nous retrouver autour des valeurs simples comme la démocratie et le non-emprisonnement pour des opinions politiques.

A vrai dire, François Hollande et les socialistes français nous ont trahis. Ils vivent dans la peur d'incarner des valeurs pour lesquelles le monde entier lutte pour un mieux-vivre et un mieux-être. Ils ont peur d'agir parce qu’ils ont peur de la nouveauté. Alors, ils se contentent de gérer plutôt que de prendre des initiatives. Si François Hollande ne force pas immédiatement la main à Ouattara pour l’amener à une gestion plus humaine, plus démocratique et plus juste de la Côte d’Ivoire, alors ce dernier a de beaux jours devant lui. Grâce à ses dozos et à ses rebelles nordistes qui ont remplacé les forces régulières ivoiriennes plurirégionales – rattrapage ethnique oblige – et la naturalisation massive de ses anciens compatriotes burkinabés, il est certain d’avoir préparé le cocktail idéal pour remporter les élections de 2015 dans un carnaval de fraudes. Et quand la gauche aura perdu les prochaines élections présidentielles en France, l’homme fort d’Abidjan sera assuré de continuer à mépriser les appels à la démocratie, à l’instauration d’un état de droit, à une justice équitable pour tous et au non repeuplement de la Côte d’Ivoire.

C'est en Côte d'Ivoire, terrain d'injustice et de violations des droits de l'homme où la responsabilité entière de la France est engagée que les socialistes doivent "se réinventer" et non en Syrie. C'est là qu'ils doivent commencer - sur le plan international - le grand chantier moral qu'ils viennent de découvrir enfin. C'est au pied du mur ivoirien, où nous les attendions depuis si longtemps, qu'ils ne doivent pas mollir au risque de disparaître à jamais de la mémoire de leurs camarades de l'Internationale socialiste.

*le film de Patrick Benquet : Françafrique, 50 années sous le sceau du secret.
* Antoine Glaser et Stephen smith : Pourquoi la France a perdu l'Afrique. Calmann-Lévy, 2005.
* François Loncle, député socialiste de l’Eure, ancien président de la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée Nationale entre avril 2000 et juin 2002. http://www.youtube.com/watch?v=Yj7OJH_zH0c
* Bernard Houdin : hommage à Vergès, « Salut Jacques ! »

Raphaël ADJOBI

02/09/2013

Question à Alassane Ouattara : à quel corps d'armée appartiennent les dozos ?

Alassane Ouattara et les dozos, quand les dozos sont-ils apparus en Côte d'Ivoire, les dozos et les institutions ivoiriennes
L'omniprésence des dozos sur l'ensemble du territoire ivoirien non seulement inquiète - parce que source d'insécurité - mais suscite également des interrogations quant à leur rôle au sein du régime d'Alassane Ouattara. Une éventuelle recherche de la paix et de la cohésion sociale, une éventuelle réconciliation nationale et un éventuel rétablissement de la démocratie dans le pays exigent de l'Etat des mesures immédiates et radicales concernant les dozos.

Apparus sur la scène nationale dans les années 90 au moment où Alassane Ouattara venait de prendre ses fonctions de premier ministre d'Houphouët-Boigny, les dozos créèrent d'abord la stupeur et un climat d'insécurité. Puis, très vite - comme pour se faire accepter du public - ils se reconvertirent pour la plupart en agents de sécurité aussi bien auprès des particuliers que des sociétés privées. Selon Roselyne Hien, dans un article publié en novembre 2012*, Emile Constant Bombet, le ministre de l’Intérieur d'alors avait été le premier à soupçonner l'installation d'une force militaire parallèle par une main occulte. Quand il « entreprend alors de démanteler le réseau qui était en train de se mettre en place [...], ajoute-elle, curieusement, parmi les partis politiques, il s'en est trouvé un, le RDR, qui a estimé que les dozos étaient les bienvenus à Abidjan et s'est même fait le porte-voix de ceux-ci ». Le maillage de la Côte d’Ivoire par la future rébellion s’était alors poursuivi dans une totale impunité.

La suite, nous la connaissons tous, y compris la France, l'ONU, l'UA et toutes les ONG qui ont travaillé et travaillent en Côte d'Ivoire. Les dozos ont servi de supplétifs aux forces pro-Ouattara et ont combattu à leurs côtés pour la conquête du pouvoir à Abidjan. Ils ont été très fiers de faire du pays - et particulièrement l'Ouest - un vaste terrain de chasse à l'homme. Les exactions, les massacres, les pillages, les expropriations et les actes de torture devinrent ensuite leurs activités favorites.
Alassane Ouattara et les dozos, quand les dozos sont-ils apparus en Côte d'Ivoire, les dozos et les institutions ivoiriennes
Depuis qu'en novembre 2012 le régime a reconnu officiellement, par la voix de son ministre de l'intérieur Hamed Bakayoko, que les dozos sont une branche militaire du RDR, la Côte d'Ivoire vit dans la consternation. Aux côtés des FRCI qu'ils considèrent comme leurs frères d'armes, on les voit parader à tous les déplacements d’Alassane Ouattara et de ses ministres. Les soldats de l'ONU, comme ceux de la France au sein de la Licorne, les côtoient sans mot dire. Arme à la main ou en bandoulière, on les voit circuler librement dans les rues des villes et des villages. Lorsque les paysans se rendant à leur champ les croisent sur leur chemin, ils sont chaque fois pris de frayeur. Les dozos sont omniprésents. Et on évite de croiser leur regard ; surtout si on n'est pas du nord du pays.

La question que la grande majorité des Ivoiriens attachés aux valeurs et aux symboles républicains pose à M. Ouattara est la suivante : à quel corps d'armée appartiennent les dozos ? La République de Côte d'Ivoire voudrait savoir. Cette force armée supplémentaire dans le paysage public inquiète et est même intolérable.

Nous renvoyons les conseillers blancs de Ouattara et tous ceux qui se plaisent à faire l'apologie de ces hommes sortis des siècles obscurs de l'Afrique et louent leurs traditions ancestrales à méditer sérieusement la réalité des traditions en Côte d'Ivoire. Toutes les ethnies du pays, sans exception, ont dans leurs traditions des institutions guerrières qu'elles entretiennent aujourd’hui sous une forme festive qui appartient au folklore national sans jamais envahir l'espace public dévolu aux forces républicaines. Aucun groupe ethnique ne peut par conséquent se permettre, sans manquement grave aux règles de la république, de donner ordre à une institution ethnique ou régionale à vocation guerrière de jouer le rôle de l'armée, de la gendarmerie ou de la police nationale.

Aussi, au moment où le régime commence à comprendre qu'il ne peut y avoir ni réconciliation ni démocratie avec des hommes politiques de l'opposition emprisonnés, exilés et privés de leurs biens, il serait très utile que Ouattara mette de l'ordre là où il a semé le désordre. Qu'il montre à tout le monde qu'il veille à ce que les valeurs républicaines ne soient pas parasitées par des phénomènes qui ont émergé avec son arrivée en Côte d'Ivoire et sa prise du pouvoir. L'armée, la gendarmerie et la police - institutions républicaines - ne sauraient souffrir la cohabitation avec une confrérie sortie de l'ère de la traite négrière. Non, on ne peut tolérer que les dozos poursuivent leur métier de chasse à l'homme au XXIe siècle aux yeux des institutions internationales qui ont pour but de garantir les valeurs humanistes. Nous, Ivoiriens de toutes les autres zones ethniques de Côte d’Ivoire, au nom des valeurs républicaines, demandons pour notre part la disparition rapide et totale des dozos.

* Côte d'Ivoire : enfin la vérité sur les dozos.

Raphaël ADJOBI