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24/01/2014

Hollande n'est pas garçon ! Le plan de Ouattara pour le dribler en 2015


numérisation0002.jpg Tous les indicateurs des relations entre la Côte d’Ivoire et la France sont aujourd’hui favorables à Alassane Ouattara. Tous les journaux français, majoritairement ancrés à droite – parce qu’appartenant à des hommes d’affaire ou groupes financiers de droite – lui sont acquis. Aucun homme politique n’est ouvertement favorable au retour au pouvoir des amis de Laurent Gbagbo. On pourrait même ajouter que personne en France – mis à part Jean-Luc Mélenchon – n’a encore ouvertement formulé des reproches à Ouattara ; et personne n’est prêt à en formuler.

Dans ces conditions, il n’y a aucune raison pour que le pouvoir actuel vive dans la peur d’un vent contraire à celui qui l’a porté au pouvoir ! La pression que François Hollande exerce sur Ouattara n’est donc rien d’autre qu’une querelle entre deux gouvernants ; querelle qui est loin d’ébranler les relations entre les deux hommes et encore moins entre les deux pays. D’ailleurs, jamais la France n’a été aussi bien installée dans l’administration des affaires économiques et politiques de la Côte d’Ivoire. Il est donc difficile de croire que la France veuille se tirer une balle dans le pied avec des exigences très fermes de François Hollande.

Et pourtant, depuis le début du mois d’août 2013, suite à la libération de quelques ténors du FPI sous la pression de la France – état de chose qui a contribué à détendre quelque peu l'atmosphère – toute l'opposition s’est mise à rêver d'un retour au jeu politique démocratique ordinaire. Le FPI a commencé à donner de la voix et les petits partis à fourbir leurs armes pour des lendemains qui chantent.

Malheureusement pour tout le monde, Alassane Ouattara n’envisage pas les choses de la même façon. Ce rêve d’un jeu démocratique ordinaire n’est pas dans ses objectifs ! C’est pourquoi toute cette agitation le laisse indifférent ; il en rit même parfois. Il n'est pas fou ! Il ne va tout de même pas offrir à ses adversaires le moyen de le détrôner ! Il sait très bien que le schéma d'une élection dans des conditions démocratiques équitables ne lui est pas favorable. Il n’a pas oublié que c'est par un coup d'état de ses amis qu'il a le pouvoir ivoirien entre les mains. Pour pouvoir passer allègrement le cap de 2015, il sait qu’il n’a qu’une seule solution : emmener ses adversaires dans un état de faiblesse aux élections ; c'est-à-dire, ne pas libérer tous les prisonniers ou les libérer au dernier moment et tout faire pour que les exilés ne reviennent pas en grand nombre gonfler l'effectif des électeurs qui leur sont favorables. Raison pour laquelle ses nombreux appels au retour des exilés ne prévoient pas des mesures d'accompagnement pour faciliter et sécuriser leur installation. Une opposition désorganisée privée d’une bonne partie de son électorat lui permettra de justifier les scores de demain. D'autre part, éviter absolument les états généraux ou la justice transitionnelle que proposent ses adversaires pour une réconciliation préalable aux élections peut, selon lui, l’aider. En effet, un pays demeuré dans le schéma d’une opposition entre le Nord le sud – état de chose qui l’a conduit au pouvoir – lui semble un fonds de commerce électoral encore exploitable.

Au regard de ce calcul, vous conviendrez avec moi que le scénario d’une nouvelle crise postélectorale se profile à l’horizon 2015. Eh bien oui ! Et c’est justement ce à quoi Dramane Ouattara se prépare et voudrait conduire ses adversaires. Il est intimement persuadé depuis fort longtemps que c’est de cette situation que viendra son salut. Car sa plus grande certitude repose sur la fidélité du pouvoir militaire. Constitués d’une part de rebelles ayant officiellement reconnu avoir été armés par lui et d’autre part d’une foule d’étrangers nouvellement naturalisés, les FRCI demeureront de son côté dans tous les cas de figure en 2015. Si l’opposition conteste sa victoire, ils seront là pour le défendre. Si les institutions nationales reconnaissent par miracle la victoire de l’opposition et qu’Alassane Ouattara la conteste, ses FRCI et ses dozos ne pourront que défendre sa position. Car de sa survie dépend la leur.

En effet, les FRCI savent qu’aucun pouvoir autre que celui de Ouattara ne peut conserver les forces militaires actuelles en l’état. Aucun pouvoir autre que celui de Ouattara ne peut gouverner le pays avec une armée née du banditisme, des assassinats gratuits et du massacre de population ; une armée qui a été le bourreau de tous les opposants à ce régime ; une armée formée exceptionnellement pour un régime exceptionnel, une armée non républicaine avec ses supplétifs dozos ayant leurs entrées à tous les étages de l’administration politique du pays.

Eviter Hollande en attendant Sarkozy

Maintenant, au regard de tout ce qui précède, cherchez la porte d’entrée ou de sortie de François Hollande dans cette affaire. A vrai dire, la seule chose qu’il peut faire afin de s’illustrer honorablement dans le problème ivoirien, c’est d’exiger et obtenir absolument le rétablissement sur l’ensemble du territoire des conditions justes et équitables pour des élections démocratiques en 2015 ? Si avant la fin du premier trimestre 2014, tous les prisonniers politiques ne sont pas libérés et tous les exilés rétablis sur leurs terres et dans leurs biens, il sera trop tard ! C’est donc maintenant ou jamais qu’il doit faire preuve de volonté.

Ouattara et François Hollande, L'ombre de Sarkozy sur la Côte d'Ivoire, Ouattara et les élections de 2015, Comment Ouattara va gagner en 2015


Malheureusement personne ne sait les véritables intentions de François Hollande concernant Ouattara et la Côte d’Ivoire. Il n’a jamais dit qu’il faisait siennes les promesses formulées par la France de Sarkozy au moment où elle délogeait Laurent Gbagbo du pouvoir au point de se sentir obligé de les réaliser. Lui n’a pas promis rendre la démocratie irréversible en Côte d’ivoire ! Intention réitérée par Ouattara lui-même comme une promesse à la France qui lui a confié les rênes du pouvoir ivoirien. Hollande n’a jamais dit publiquement qu’il exigerait de Ouattara la libération de tous les prisonniers politiques et le retour des exilés. Non, Hollande n’a jamais dit cela ! Hollande n’a jamais donné aux Ivoiriens la preuve que la France s’était engagée aux côtés de Ouattara pour un projet politique allant dans le sens de la construction de leur bonheur.

Avec cette inertie ou ce total abandon devant le chaos actuel d’un pays en ruine politiquement, socialement et économiquement, on imagine aisément que jamais François Hollande n’osera détrôner Ouattara si celui-ci refuse de céder le pouvoir après des élections perdues. Comment peut-on imaginer l’armée française attaquant et désarmant ceux qu’elle a mis plusieurs années à équiper et à habiller pour installer les amis de Laurent Gbagbo au pouvoir ? Pour que cela soit possible, il faut que François Hollande décide de se faire violence, qu’il devienne sans scrupule comme Nicolas Sarkozy.

Comme les ivoiriens aiment les miracles, ils peuvent se mettre à rêver et à brûler des cierges dans leurs cités mariales et leurs mosquées. Sincèrement, on peut croire que le mieux pour eux serait qu’ils se prennent en charge un jour et encoure le risque de mourir pour conquérir leur liberté comme l’ont fait les Centrafricains.

Quant à Alassane Ouattara, après avoir conduit François Hollande dans l’impasse où il ne pourra pas prendre la terrible décision d’un coup d’état à la Sarkozy, il ne pourra qu’attendre sagement le retour de la droite et des amis de son mentor au pouvoir en France. Car outre la foi en la fidélité des FRCI, Ouattara a la ferme conviction que François Hollande n’obtiendra jamais un deuxième mandat des Français ! A partir de là, il sera le chef incontesté de la Côte d’Ivoire qu’il condamnera à plusieurs années de dictature sous les bottes des FRCI et des dozos et sous le regard indulgent de la droite française !

En attendant que ce rêve se réalise, il joue au chat et la souris avec François Hollande. C'est à qui épiera le mieux l'autre afin d'éviter ou de prévoir ses réactions. En Afrique du sud, aux obsèques de Nelson Mandela, afin d’éviter une nouvelle demande de libération de prisonniers, Ouattara s’est refugié dans les bras de son parrain Sarkozy durant toute la cérémonie.

Ah, de toute évidence, réussir l’installation de la « démocratie irréversible » semble plus difficile pour la France que de bombarder des chèvres, des dunes de sable et quelques Africains démunis au Mali et en Centrafrique !

Raphaël ADJOBI

20/12/2013

Un nouveau gouvernement de cohabitation en Côte d'Ivoire ? Non, merci !

La cohabitation en Côte d'Ivoire, gouvenement d'union nationale, Que propose Ouattara, ce que veut Ouattara, Le FPI et les propositions de Ouattara


Depuis un an, depuis l'arrestation de Blé Goudé que beaucoup avaient d'abord interprétée comme un retour « volontaire » pour une éventuelle collaboration avec le régime de Ouattara, l'idée d'un gouvernement d'union nationale ou de cohabitation s'était répandue dans la population. Cette idée était apparue encore plus précise lorsque le FPI a apporté son soutien à Ouattara au moment où celui-ci engageait la Côte d'Ivoire dans le combat pour la reconquête du Nord-Mali. Et quand Modeste Lago, membre du comité central du parti du célèbre prisonnier de La Haye, a affirmé que les « militants [...] sont au FPI, non pas pour un homme, fut-il Laurent Gbagbo, mais bien plus pour son idéologie et sa vision d'avenir » (Le Nouveau Courrier du mardi 22 janvier 2013) - et cela au moment même où son parti engageait un dialogue direct avec le pouvoir - tout le monde à commencé à se demander sérieusement si les socialistes ivoiriens ne finiraient pas par entrer dans le gouvernement pour une nouvelle cohabitation.

Cela fait donc un an que cette idée agite les consciences sans soulever des débats. En effet, moins de douze mois après le 11 avril 2011, parler d’une réunion du FPI et de la coalition RDR-PDCI au sein d'un gouvernement paraissait totalement incongru, irréel, voire insultant. Imaginer les socialistes ivoiriens oubliant leurs camarades prisonniers et leur familles exilées dans les pays voisins se mettre à travailler avec leurs bourreaux était tout simplement inconcevable ! La leçon du peuple ivoirien à Mamadou Coulibaly qui a voulu trop vite pactiser avec le pouvoir était encore trop fraîche dans les mémoires. Aujourd'hui, avec la libération de quelques prisonniers – parmi lesquels les grandes figures du FPI – certains Ivoiriens se demandent ouvertement si le partage du pouvoir avec les coalisés - RDR et PDCI- ne serait pas une voie qui conduirait à la fois à la normalisation de la vie politique et à la paix.

Flairant la belle occasion, Ouattara a vite fait d’abandonner le mouvement de normalisation qu’il avait entamé : la libération de tous les prisonniers politiques et la facilitation du retour des exilés sur leurs terres comme l’exigeait l’opposition et le recommandaient certaines ONG. De toute évidence, il a décidé de changer de méthode et préfère désormais faire du chantage à ses adversaires : « entrez dans mon gouvernement, et tout le reste suivra », semble-t-il leur dire. Aussi, s'adressant récemment à eux, il disait : « Nous ne [vous] considérons pas comme des opposants. Nous [vous] considérons comme des frères qui vont nous rejoindre bientôt. » (Discours du mercredi 11 décembre à Didiévi).

Puis, voyant que le FPI ne l’entend pas de cette oreille, le chef du RDR se montre moins péremptoire. Toutefois, s’il change de ton, l’intention reste ferme. Un gouvernement d’union nationale demeure désormais la seule solution qu'il propose à ses adversaires politiques et présente comme la voie de sortie de crise à ses parrains français et onusiens des mains desquels il tient son pouvoir. Il se dit que tout ce qui lui reste à faire c’est convaincre Affi N'Guessan et ses camarades. Si les socialistes s’obstinent à refuser la cohabitation, il pourra clamer sous tous les cieux que les amis de Laurent Gbagbo bloquent la réconciliation et l’organisation des élections présidentielles de 2015.

Partager le pouvoir pour quoi faire ?

Sûr de son stratagème, il se permet même des insolences à l’adresse de l’ONU en clamant ouvertement pour la première fois qu’il n’est pas content de son représentant en Côte d’Ivoire et des manières de ses experts dont le dernier rapport ne lui est pas favorable. L’élève se rebellerait-il subitement contre les leçons du maître ? L’élève aurait-il oublié au nom de quel idéal l’ONU a autorisé la France à bombarder le palais présidentiel ivoirien pour en extraire Laurent Gbagbo et à faucher des centaines de jeunes gens qui couraient le protéger de leur corps comme ils l’avaient fait en 2004 ?

Nous voudrions ici rappeler à Alassane Ouattara la belle promesse faite devant les gouvernants et les médias français en février 2012 quand il affirmait être « déterminé à faire en sorte que la démocratie devienne irréversible en Côte d’Ivoire » (Le Monde du samedi 4 février 2012). Les Ivoiriens attendent que cette promesse qui rejoint les intentions clairement affichées par la France et l’ONU soit enfin mise en application devant la terre entière. Nous pensons d’ailleurs que la France et l’ONU devraient faire de la poursuite de cet objectif et de sa réalisation le critère de crédibilité à accorder à Alassane Ouattara. Car c’est exactement le rétablissement des conditions de la réalisation d’une vie démocratique claire et irréversible que tous les Ivoiriens attendent. Pour l’heure la détermination clamée ressemble plutôt à de la mollesse et à de la duperie.

Nous disons donc clairement à Alassane Ouattara qu’il n’est pas question d’accepter une nouvelle cohabitation comme moyen de régler les problèmes du pays. Nous refusons une nouvelle cohabitation qui serait de toute évidence une façon de cacher ou de partager l’incompétence de son régime. Nous avons tiré les leçons de cette manière de diriger qui n’est rien d’autre qu’une foire aux voleurs conduisant au gel du programme de gouvernement puisque par principe c’est l’antagonisme qui y prévaut.

La première cohabitation ne devait-elle pas mettre fin à la ligne de séparation entre le nord et le sud ? Ne devait-elle pas aboutir au désarmement des rebelles et de leurs supplétifs dozos ? Ne devait-elle pas œuvrer au rétablissement du pouvoir de l’Etat et de son administration sur l’ensemble du territoire ? Cette première cohabitation, malgré ce beau programme de sortie de crise, avait échoué. Et pourquoi donc ? Parce que vous, M. Ouattara et vos amis, l’aviez voulu ainsi. Et les années de cohabitation avaient fini par ruiner le pays. Celui-ci n’était plus qu’un navire en perdition qu’un courageux capitaine avait sauvé du naufrage avant les élections de 2010.

Vous nous proposez la cohabitation pour que tout le monde se mette à faire du trafic illicite et empêche l’argent des matières premières vendues d’arriver dans les caisses de l’Etat ? Non, merci ! Serait-ce pour aider à la chasse aux opposants et au maintien des exilés dans les pays voisins ? Non, merci ! Serait-ce pour travailler avec les dozos et les FRCI à l’organisation des élections dans un environnement chaotique où ils seront les maîtres des bureaux de vote ? Non, merci ! Prenez vos responsabilités, dirigez le pays et étalez votre incompétence aux yeux de tous afin d’être jugé par tous à votre juste valeur !

Ce que nous exigeons de vous, c’est ce que vous avez promis à la suite de la France et de l’ONU : les conditions idéales pour une démocratie irréversible ! Vous avez le pouvoir politique, le pouvoir économique, le pouvoir militaire, le pouvoir des miliciens dozos, vous avez le silence des Ivoiriens. Dans le pays, personne ne manifeste contre vous. Aucune assemblée ne contient d’opposants pour vous gêner dans votre tâche. Vous avez bloqué les comptes bancaires de tous vos adversaires et les avez réduits à la misère et au silence. Tout est entre vos mains. Si avec tout cela vous êtes incapable de réaliser la paix et la démocratie, alors vous pouvez vous poser de sérieuses questions sur vos réels talents d’homme politique. Les Ivoiriens exigent donc des conditions d'élections justes pour vous juger valablement.

La tâche qui revient au FPI

Cet objectif devenant pressant, nous demandons à tous les démocrates ivoiriens de se joindre au FPI et à son président Affi N'Guessan pour une véritable campagne de sensibilisation des gouvernants européens et des institutions internationales autour du rétablissement des conditions équitables nécessaires à des élections transparentes et satisfaisantes pour tous les partis et pour tous les Ivoiriens. Ceux-ci ne veulent pas être condamnés au partage du pouvoir. Nous sommes des démocrates. Nous estimons donc que la seule façon d'être valablement jugés par notre peuple est l'exercice du pouvoir avec un programme qui lui aura été auparavant proposé. Nous n'entendons nullement le pouvoir comme un droit ou un gâteau à partager entre coalisés. La démocratie exige de nous que nous placions les problèmes du pays au centre de nos préoccupations et non point nos intérêts personnels.

Libre au RDR de refuser les états généraux que proposent Affi N'Guessan et ses camarades. Libre à Ouattara de refuser que les Ivoiriens s'expriment pour dire clairement ce qui les a réellement opposés les uns aux autres au point de les avoir conduits dans l'impasse où ils sont. Libre à lui de refuser que les Ivoiriens se réconcilient avant les débats politiques et les joutes électorales. Mais en aucune façon, Alassane Dramane Ouattara ne peut se permettre de proposer des élections présidentielles dans l'état actuel de la Côte d'Ivoire qui ressemble à tout sauf à un état de droit, à un pays respectable. Faire cohabiter tous les partis politiques pour aller aux élections dans des conditions aussi catastrophiques, c'est comme faire la fête en se tenant le nez autour d'un gâteau pourri.

Raphaël ADJOBI

24/10/2013

Qui a peur de Laurent Gbagbo ?


Laurent Gbagbo fait-il peur à Ouattara ? Laurent Gbagbo, le vieux lion, Ouattara et la libération de Gbagbo Quand les dirigeants et les partisans du RDR entendent parler de liberté provisoire pour le président Laurent Gbagbo, leur sang se fige dans les veines. Et aussitôt ils pensent à leurs vieilles méthodes pour le discréditer : semer le désordre, brandir des cadavres, montrer des images de femmes en pleurs parce que victimes des agressions de ses défenseurs. C'est le moyen qu'ils ont toujours utilisé pour être sûrs de voir leurs parrains français et onusiens brandir la menace contre Laurent Gbagbo et protéger Alassane Ouattara.

Depuis que des bruits courent annonçant l'imminente libération du célèbre prisonnier du goulag européen, les amis du pouvoir ivoirien ne dorment plus. Ils s'activent pour trouver le meilleur moyen de faire apparaître Laurent Gbagbo comme un lion dangereux aux yeux de l'opinion publique internationale ! Un lion qui, selon eux, doit absolument être tenu en cage pour la sécurité du citoyen ivoirien. Incapables de diriger un pays qui leur a été offert sur un plateau d'argent, ils veulent faire croire au monde entier que sa liberté est une entrave au bonheur qu'ils ont promis aux Ivoiriens.

Soyez tous certains que pour inventer des crimes dans le seul but de salir Laurent Gbagbo, le RDR et ses amis ne manqueront pas d'imagination. Si toutefois leurs inventions s'avèrent insuffisantes pour maintenir le prisonnier à la CPI, elles auront au moins le mérite de pousser l'Europe et l'Onu à protéger le régime en place. C'est du moins ce qu'ils espèrent. Aussi, dans les prochains jours, vous verrez des villages attaqués et brûlés, des violences faites aux personnes se multiplier à Abidjan et dans les villes de l'intérieur, des morts - tous partisans de Ouattara, bien entendu - joncher les rues. Et les seuls responsables de ces crimes, vous devinez bien, ce seront les Ivoiriens sanguinaires, xénophobes, antimusulmans, anti-nordistes, anti-Ouattara qui votent tous Laurent Gbagbo.

Soyons sûrs qu'on ne cessera pas de nous répéter que depuis La Haye Laurent Gbagbo empêchait le rétablissement de la paix entre les Ivoiriens. Une extraordinaire capacité à agir à distance qui en fait un dictateur dont il faut éviter le retour dans le pays. On nous dira aussi que, depuis sa prison, Laurent Gbagbo a manœuvré pour faire échouer les politiques économiques et sociales de Ouattara ; et laisser revenir un tel homme ne pourra que pousser les Ivoiriens, déjà exaspérés par la pauvreté, à s'entretuer.

Alors, bientôt peut-être, nous reverrons les chars et les hélicoptères français et onusiens dans les rues et le ciel d'Abidjan, prêts à protéger l'ami de l'Occident contre « le dictateur » Laurent Gbagbo. Sans doute reverrons-nous les journalistes français sur les bords de la lagune Ebrié pêchant des cadavres pour les exhiber au monde entier afin de condamner le célèbre prisonnier de La Haye. Les grands titres sont sans doute déjà prêts à Paris.

En Côte d'Ivoire, l'alerte maximale sera donc déclarée. A tous les coins de rue d'Abidjan, nous verrons les dozos et les FRCI plus solidaires que jamais pour traquer le moindre sourire, la moindre manifestation de joie. Non, il ne faut pas que la sortie de prison et le retour de Laurent Gbagbo troublent le paisible enfer qu'ils ont installé dans le pays. Pour cela, il ne faudra pas que les Ivoiriens se promènent pour faire la fête. Il faudra qu'ils se tiennent tranquilles chez eux, qu'ils fassent comme l'argent du pays qui ne circule pas mais dort parce qu'il travaille. Une théorie économique de Dramane Ouattara dont l'efficacité n'est prouvée nulle part ! Les seules personnes qui devront circuler, ce sont les dozos et les FRCI dans leurs 4x4 neufs, armes au point pour nous protéger de Laurent Gbagbo, le lion sauvage et sanguinaire.

Dans les prochains jours, chers Ivoiriens, il faudra donc vous montrer très attentifs aux mots d'ordre du gouvernement qui, pour votre bien, a tout fait - mais en vain - pour vous éviter la sortie de prison du « dangereux » Laurent Gbagbo. Une conduite spéciale à tenir vous sera communiquée le moment venu. Déjà, sachez qu'il ne faut ni chanter, ni danser à l'annonce de sa libération. Au contraire, mettez-vous à pleurer, à vous rouler par terre et à crier au secours. Des cameras du monde entier seront là pour filmer votre détresse. Dominique Ouattara a fait le nécessaire.

Si vous trouvez les alarmes, les recommandations et les mesures policières surprenantes et étouffantes parce que vous ne vous sentez pas concernés par cette peur panique que l'on redoute, alors dites-vous que c'est celui qui ne pense qu'à vous protéger qui a peur. Dites-vous que quand un vigile crie trop fort et invente des alarmes, c'est qu'il est un froussard, un trouillard indigne de s'occuper de votre sécurité.

Raphaël ADJOBI

09/10/2013

Konan Bédié, le PDCI et le dernier clou du cercueil de la République

H. Konan Bédié 0001.jpg Quand on ignore la honte, on devient criminel. Houphouët-Boigny est resté au pouvoir jusqu'à sa mort et n'a donc pu avec sérénité regarder le chemin qu'il a parcouru avec la Côte d'Ivoire. Comme un mauvais artiste, il est demeuré le nez collé à sa toile plutôt que de prendre de la distance pour apprécier l'oeuvre accomplie. Incapable de tirer profit de cette expérience qui a été fatale au pays, comme le cycliste fou pédalant les yeux fermés ne sachant où il va et où il en est, Henry Konan Bédié veut à son tour mourir à la tête du PDCI-RDA.

Le vieil homme dont la respiration devient désormais un râle à chacun de ses pas s'imagine-t-il encore que les militants de son parti ont besoin de lui ? Existerait-il encore en Côte d'Ivoire des Ivoiriens susceptibles de lui offrir l'occasion de prendre sa revanche aux prochaines élections présidentielles ? J'espère que personne n'y pense ! Même pas des Baoulés ! On peut tout au plus imaginer que, sans cesse flatté par Ouattara qui assure le gîte et le couvert aux différents membres de sa famille, Bédié a la ferme intention de travailler à le maintenir dans ses fonctions actuelles. Mais ne me dites pas que cet homme qui a son avenir derrière lui porte un semblant de projet pour l'avenir de la Côte d'Ivoire. Non, ne nous conduisez pas à un deuxième naufrage après celui que nous avons connu avec "le père de la nation" !

En se maintenant à la tête du pays jusqu'à sa mort, Houphouët-Boigny avait empêché la Côte d'Ivoire de renouveler ses forces et élaborer de nouvelles perspectives. Vieil homme presque sénile, il avait été incapable de distinguer un loup d'un chien de berger et a laissé l'animal carnassier entrer dans la bergerie, l'a nourri, puis l'a élevé au rang de plus beau gardien de son enclos. Bien sûr, la mort l'a empêché de voir la suite, de voir le carnage perpétré par son bel animal avec lequel il a condamné les Ivoiriens à vivre. Comme disent les Espagnols, quand on élève des corbeaux, ils finissent par vous crever un oeil. Mais cette fois, l'oeil était bien les pauvres Ivoiriens.

Bon sang, chers militants du PDCI, vous n'allez pas nous refaire le numéro du guide éternel ! N'est-il pas clair qu'en refusant de céder la direction du parti à des hommes plus jeunes que lui, en voulant absolument suivre la voie de l'étroite collaboration avec le RDR, Henri Konan Bédié continue à entretenir l'appétit du loup ? Il ne voit pas l'intérêt de s'allier avec les chiens de la maison pour donner la chasse à l'imposteur. Selon lui, l'animal des bois a pris quelques habitudes du logis et mérite que l'on s'en accommode vu que lui est capable d'en tirer un bon profit. Pourquoi donc les autres n'en feraient-ils pas autant ? Et outre l'intérêt, Konan Bédié a deux raisons supplémentaires de rester attaché à Alassane Ouattara : celle de se venger des Ivoiriens pour n'être pas descendus dans les rues pour le rappeler au pouvoir quand Robert Guéï l'a renversé, et celle d'avoir vu Laurent Gbagbo triompher dans les urnes. En d'autres termes, Konan Bédié a une dent contre les Ivoiriens et contre Laurent Gbagbo.

Rancunier comme un vieux bouc qui ne pense plus - en a-t-il encore la force cérébrale ? - et qui sait qu'il n'a plus d'avenir, il s'accroche à ses éternelles récriminations contre les Ivoiriens, contre Laurent Gbagbo qui forma le Front républicain avec le RDR pour boycotter les élections de 1995 qu'il avait organisées pour garder le pouvoir. Parce que Laurent Gbagbo s'est allié avec le RDR pour s'opposer à son régime, il a juré de perpétuer son alliance avec Ouattara pour se venger du fondateur du FPI et pour faire souffrir la Côte d'Ivoire entière. Dans sa vengeance, vendre son âme au diable est devenu une véritable jouissance qu'il ne voudrait pas voir se terminer tant que le ciel lui accordera des jours. Quel plaisir de voir les Ivoiriens souffrir ! Quel plaisir de voir les Ivoiriens contraints de vivre sous le joug de "l'étranger" dont il avait publiquement et vainement dénoncé l'imposture ! Ô quel plaisir de s'allier à l'ennemi d'hier, que dis-je, au diable, contre ses propres frères pour déverser les feux de l'enfer sur la Côte d'Ivoire ! Quelle plénitude ! Et voir tous ces idiots marcher gaiement dans sa stratégie vengeresse lui procure chaque nuit, sous son pagne kita, des fous rires qui ne cessent qu'au petit matin. Ah, qu'est-ce que ça fait du bien de voir à feu et à sang le pays qui n'a pas voulu de vous comme président ! Ô Néron, tu croyais n'avoir point d'égal ? Tu incendiais une ville. Moi, Henri Konan Bédié, c'est un pays que je livre aux armes des dozos et aux Burkinabés pour toujours !

Ne délirons pas ! Sachons raison garder et disons tout simplement que de tout ce qui précède, une chose est à retenir : si Houphouët-Boigny a péché par naïveté - et par sénilité aussi - Henri Konan Bédié pèche par pure sottise, par pur délire de vengeance ! Sa volonté de garder la direction du PDCI relève d'un calcul intéressé qui n'a rien à voir avec le bonheur du pays et du peuple ivoirien.

Devant l'égoïsme de Bédié, le sursaut populaire des militants du PDCI s'impose. Il leur appartient de s'éloigner massivement de ses ambitions personnelles et donner ainsi une chance au pays de vivre l'alternance démocratique au sein des mouvements politiques et espérer voir la même pratique s'établir au sommet de l'Etat. C'est au sein des mouvements politiques que s'apprend la démocratie. Quand on corrompt l'appareil d'un parti politique pour pouvoir en garder la direction, tout laisse croire que l'on est capable de faire la même chose avec le pays. Il vous appartient, militants du PDCI, d'arracher des mains de cet homme le marteau et le dernier clou qu'il s'apprête, aux prochaines élections, à planter dans le cercueil de la République au moment où la Résistance entamera la résurrection de l'âme de la Côte d'Ivoire. Retenez donc son bras ! Sachez bien que, demain, donner vos voix à Bédié, c'est enterrer la Côte d'Ivoire ou la livrer à jamais à l'oeuvre satanique de celui qui a juré de rendre ce pays ingouvernable par un Ivoirien.

Raphaël ADJOBI

01/10/2013

Retour sur les incohérences autour de la Syrie qui nous rappellent la Côte d'Ivoire


La guerre en Syrie, les mensonges autour de la guerre en syrie, Poutine gagne la bataille de Syrie, Obama et la Syrie, Le gaz de la Syrie Quel silence ! Et qu’est-ce que ça fait du bien quand le vacarme s’arrête ! Profitons-en pour analyser sereinement les événements concernant la Syrie que nous avons vécus trop intensément grâce à un battage médiatique extraordinaire.

Quand on écoutait les dirigeants occidentaux, il était difficile de cerner leurs raisonnements autour de ce pays. Si pour essayer de les comprendre on part à la source de toutes leurs déclarations sur la guerre civile qui y sévit (est-ce encore une guerre civile ?), un constat s'impose : la manière dont ils tentaient de mettre fin à ce conflit reposait sur la même logique que celle employée dans la crise postélectorale ivoirienne en 2010-2011. En d'autres termes, les Occidentaux ont refusé de passer par la case « dialogue ». Or, dans le règlement de tout conflit, il n'y a que ceux qui ont des intentions non avouées qui prennent un soin particulier à éviter cette case.

Il est donc permis de dire que cette logique employée en Côte d'Ivoire et reprise en Syrie donne foi aux analyses et aux conclusions du philosophe et géopoliticien syrien Imad Fawzi Shueibi sur les raisons de cette ferme volonté des Etats-Unis et de la France d’aller faire la guerre à la Syrie. Selon cet homme - qui est par ailleurs le président du Centre de documentation et d'études stratégiques à Damas – cette guerre se résume à « une guerre pour le gaz ». Une guerre pour rivaliser avec les deux projets russes « North Stream » (un gazoduc allant de la Russie en Allemagne via la mer Baltique, évitant ainsi les pays intermédiaires) et « South Stream » (un gazoduc allant de la Russie vers la France en passant par la Mer noire puis par différents pays comme la Bulgarie, la Serbie... et l'Italie)*.

Pour ne pas laisser à la Russie le monopole de la fourniture du gaz à l'Europe, les Etats-Unis ont lancé à leur tour un grand projet baptisé « Nabucco » qui doit leur permettre d'exploiter les zones gazières de l'Iran et de la Méditerranée orientale que se partagent la Syrie, le Liban et Israël. Seulement voilà : d’une part, le gazoduc iranien vers le Liban et la Méditerranée doit passer par la Syrie et d’autre part ce dernier pays se voit quelque peu dépossédé de ses gisements en Méditerranée. Devant le projet américain, la réticence de la Syrie qui ne veut pas devenir un simple centre stratégique fait désordre.

Une argumentation laborieuse

Mais laissons là ces considérations techniques et revenons à la ferme volonté des E.U. et de la France de bombarder la Syrie. Les raisons que ces deux pays avançaient pour justifier leur folle entreprise étaient bien sûr très loin des projets gaziers énoncés plus haut. Contentons-nous donc de ne suivre que leurs propres raisonnements et tâchons d’analyser leur logique indépendamment de toute autre considération que celles qu’ils avancent.

Pourquoi donc fallait-il, dès le départ, soutenir les rebelles syriens contre Bachar el-Assad ? Parce que c’est un dictateur, avaient répondu en chœur les E.U., la Grande Bretagne (avant qu’elle ne se retire de ce projet) et la France. Faut-il alors comprendre que les puissances occidentales ont décidé de déloger tous les chefs d’Etat de la terre qu’ils auront déclarés dictateurs ? Qui les charge de cette mission ? Avouons que ce jugement absolument subjectif se rapproche étrangement de ceux qui illustrent les fables et les contes dans lesquels la raison du plus fort est toujours la meilleure.

Devant l'indignation générale, nos trois puissances avaient changé d'argument et joué la corde humanitaire : si nous ne pouvons pas intervenir directement dans une affaire intérieure, la conscience humaine nous interdit de rester sans rien faire devant le massacre du peuple syrien, avaient-ils lancé. Il leur fallait donc, selon toute justice, livrer des armes aux rebelles. Et à ceux qui n'appréciaient pas de voir des armes européennes entre les mains des Islamistes qu'ils avaient combattus en Afghanistan, Laurent Fabius s'était chargé d'expliquer qu'il ne s'agissait que d'« armes défensives ».

Et les gradés de l'armée française de se tordre de rire en entendant ces mots. Des armes défensives ? Cela n'existe pas ! En effet, des armes qui ne tuent que ceux qui vous agressent et deviennent inoffensives quand vos intentions sont mauvaises ne sont qu'une pure invention de l'esprit du premier ministre français. Il fallait être fou pour avaler une telle sottise.

Après tout, pourquoi donc ces grandes puissances perdaient-elles tant de temps en conjectures alors qu'elles avaient la force avec elles ? Force qu'elles ne cessent de brandir en toutes circonstances pour punir les crimes de ce qu'elles appellent l'axe du mal. A regarder leur agitation de près, on comprend aujourd’hui que la tromperie américaine en Irak était dans tous les esprits. Une tromperie qui expliquait l'absence d’une béate unanimité autour du projet d'expédition occidentale en Syrie. Et c'est d'ailleurs ce sentiment qui a dominé chez les élus anglais qui n'ont pas voulu, une deuxième fois, donner leur caution à une entreprise qui n'avait pas l'aval des Nations-Unies et dont les objectifs étaient si peu clairs. Non, on ne les trompera pas une deuxième fois. Quant à la France, parce que sa démocratie repose sur le seul bon vouloir du président pour ce qui est des Affaires étrangères, elle regardait avec étonnement François Hollande attendre fiévreusement le mot d'ordre des E.U. pour se lancer dans la bataille.

Soudain, une nouvelle inespérée tomba du ciel et mit en branle Obama et Hollande : le régime de Bachar el-Assad a fait usage d'un gaz non conventionnel, ont-ils clamé ! Cette fois, hésiter d'intervenir serait un crime abominable que le Ciel ne peut pardonner à notre conscience. Et quand certains, comme l'ancien diplomate français Pierre Charasse*, avançaient que c'était les Occidentaux qui avaient fourni le gaz en question aux rebelles afin de hâter leur intervention en lui donnant une apparence de justice salvatrice, on n’a pas pu s'empêcher de penser au bombardement du cantonnement militaire français à Bouaké dont tout accuse l'Elysée de l'avoir ordonné. Les mêmes causes fallacieuses pour les mêmes effets immédiats et destructeurs. Dans les deux cas, la décision de punir l'accusé avait été prise avant toute éventuelle enquête. La seule différence, c'est qu'en Côte d'Ivoire elle a été immédiatement exécutée sans autre forme de procès.

Concernant la Syrie, à l’annonce de l’usage du gaz affreux par leur pire ennemi, Obama et Hollande convoquèrent tout le monde pour la grande décision qui devait sauver l'humanité du dangereux Bachar el-Assad ; au nom de la conscience que nous tenons de Dieu nous sommes obligés d'intervenir ! Rien que la mort n'est capable d'expier son forfait, dirait La Fontaine. Il faut le punir, répéta Hollande après Obama ; Hollande trop fier d'avoir supplanté le premier ministre anglais dans le cœur de l'allié américain. Mais voilà que le Saint-Père s'en mêle ! Quoi de plus normal en effet. Maintenant que l'on assure que c'est la conscience que nous tenons de Dieu qui doit nous diriger, qui mieux que le représentant de Saint-Pierre pour nous indiquer la voie à suivre ? Mais cet homme-là, cela fait très longtemps qu'on ne l'écoute plus, qu'on ne le consulte plus. Il suffit de ne pas regarder dans sa direction et courir à ses affaires criminelles pour échapper à l'enfer de la mauvaise conscience.

Cependant, au moment où nos chers amis croyaient toucher au but, voilà que sorti d'on ne sait où, Poutine eut l'idée géniale de mettre sous cloche toutes les armes chimiques de la Syrie afin de garantir la sécurité de l'humanité tout entière. Puisque c'est de l'usage de cette arme non conventionnelle que dépend désormais la punition de Bachar el-Assad - qui passe nécessairement par la mort de milliers de Syriens - cette judicieuse décision rend inopportune toute volonté de punition par la guerre. Tout à coup, en regardant le président russe, on eut l'impression de voir autour de sa tête une auréole divine. Ne serait-ce pas un ange envoyé par Dieu pour nous sauver du diable Obama qui s'évertuait à nous convaincre que Satan était à l'Est ? S’il n’est pas le diable, Obama est sûrement l'apôtre du Dieu vengeur, du Dieu qui a besoin de sang, celui qui ne pardonne pas le mal et qui par conséquent s'acharne à le punir. Face à lui, Poutine apparaît désormais comme celui qui annonce le Dieu protecteur qui assure qu'il y a toujours une possibilité d'aller à la paix. Avez-vous connaissance d’un dirigeant occidental qui aurait sauvé un pays de la guerre, de la furie d’une puissance étrangère par une proposition pacifique ? Cette personnalité capable de cette proposition rare, on vient de la trouver à l’Est en la personne de Poutine qui, grâce à son idée de génie, donne une leçon d’humanité aux E.U. et à la France.

La Syrie est-elle pour autant sauvée des griffes de l'ange du dieu vengeur ? N'oublions pas que ces messagers célestes qui ont les caractéristiques du diable ne lâchent jamais leur proie. La Côte d'Ivoire en sait quelque chose. Suite à la main tendue de Laurent Gbagbo saisie par les rebelles ivoiriens, une longue accalmie s’était installée dans le pays avant que l’ange destructeur n’accomplisse définitivement son forfait pour installer un régime conforme à ses aspirations. On peut peut-être croire que la Côte d’Ivoire a connu ce sort fatal parce qu'il lui a manqué un ange protecteur. Dans ce cas, il ne reste plus aux Syriens - et sans doute à bien d'autres peuples - qu'à se mettre à genoux et à dire « Saint-Poutine priez pour nous ». Et quand ils verront l'Amérique poindre son nez, ils devront crier « Vade retro, Obama ! » pardon « ...Satanas ».

Raphaël ADJOBI

* http://re.ivoire-blog.com/archive/2013/09/03/syrie-la-guerre-pour-le-gaz-429304.html#comments
* La lettre de Pierre Charasse à François Hollande datée du 2 septembre 2013, envoyée depuis le Mexique où il a pris sa retraite : http://regardscroises.ivoire-blog.com/archive/2013/09/15/syrie-la-lettre-d-un-ancien-ambassadeur-de-france-a-francois.html#comments.