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02/09/2013

Question à Alassane Ouattara : à quel corps d'armée appartiennent les dozos ?

Alassane Ouattara et les dozos, quand les dozos sont-ils apparus en Côte d'Ivoire, les dozos et les institutions ivoiriennes
L'omniprésence des dozos sur l'ensemble du territoire ivoirien non seulement inquiète - parce que source d'insécurité - mais suscite également des interrogations quant à leur rôle au sein du régime d'Alassane Ouattara. Une éventuelle recherche de la paix et de la cohésion sociale, une éventuelle réconciliation nationale et un éventuel rétablissement de la démocratie dans le pays exigent de l'Etat des mesures immédiates et radicales concernant les dozos.

Apparus sur la scène nationale dans les années 90 au moment où Alassane Ouattara venait de prendre ses fonctions de premier ministre d'Houphouët-Boigny, les dozos créèrent d'abord la stupeur et un climat d'insécurité. Puis, très vite - comme pour se faire accepter du public - ils se reconvertirent pour la plupart en agents de sécurité aussi bien auprès des particuliers que des sociétés privées. Selon Roselyne Hien, dans un article publié en novembre 2012*, Emile Constant Bombet, le ministre de l’Intérieur d'alors avait été le premier à soupçonner l'installation d'une force militaire parallèle par une main occulte. Quand il « entreprend alors de démanteler le réseau qui était en train de se mettre en place [...], ajoute-elle, curieusement, parmi les partis politiques, il s'en est trouvé un, le RDR, qui a estimé que les dozos étaient les bienvenus à Abidjan et s'est même fait le porte-voix de ceux-ci ». Le maillage de la Côte d’Ivoire par la future rébellion s’était alors poursuivi dans une totale impunité.

La suite, nous la connaissons tous, y compris la France, l'ONU, l'UA et toutes les ONG qui ont travaillé et travaillent en Côte d'Ivoire. Les dozos ont servi de supplétifs aux forces pro-Ouattara et ont combattu à leurs côtés pour la conquête du pouvoir à Abidjan. Ils ont été très fiers de faire du pays - et particulièrement l'Ouest - un vaste terrain de chasse à l'homme. Les exactions, les massacres, les pillages, les expropriations et les actes de torture devinrent ensuite leurs activités favorites.
Alassane Ouattara et les dozos, quand les dozos sont-ils apparus en Côte d'Ivoire, les dozos et les institutions ivoiriennes
Depuis qu'en novembre 2012 le régime a reconnu officiellement, par la voix de son ministre de l'intérieur Hamed Bakayoko, que les dozos sont une branche militaire du RDR, la Côte d'Ivoire vit dans la consternation. Aux côtés des FRCI qu'ils considèrent comme leurs frères d'armes, on les voit parader à tous les déplacements d’Alassane Ouattara et de ses ministres. Les soldats de l'ONU, comme ceux de la France au sein de la Licorne, les côtoient sans mot dire. Arme à la main ou en bandoulière, on les voit circuler librement dans les rues des villes et des villages. Lorsque les paysans se rendant à leur champ les croisent sur leur chemin, ils sont chaque fois pris de frayeur. Les dozos sont omniprésents. Et on évite de croiser leur regard ; surtout si on n'est pas du nord du pays.

La question que la grande majorité des Ivoiriens attachés aux valeurs et aux symboles républicains pose à M. Ouattara est la suivante : à quel corps d'armée appartiennent les dozos ? La République de Côte d'Ivoire voudrait savoir. Cette force armée supplémentaire dans le paysage public inquiète et est même intolérable.

Nous renvoyons les conseillers blancs de Ouattara et tous ceux qui se plaisent à faire l'apologie de ces hommes sortis des siècles obscurs de l'Afrique et louent leurs traditions ancestrales à méditer sérieusement la réalité des traditions en Côte d'Ivoire. Toutes les ethnies du pays, sans exception, ont dans leurs traditions des institutions guerrières qu'elles entretiennent aujourd’hui sous une forme festive qui appartient au folklore national sans jamais envahir l'espace public dévolu aux forces républicaines. Aucun groupe ethnique ne peut par conséquent se permettre, sans manquement grave aux règles de la république, de donner ordre à une institution ethnique ou régionale à vocation guerrière de jouer le rôle de l'armée, de la gendarmerie ou de la police nationale.

Aussi, au moment où le régime commence à comprendre qu'il ne peut y avoir ni réconciliation ni démocratie avec des hommes politiques de l'opposition emprisonnés, exilés et privés de leurs biens, il serait très utile que Ouattara mette de l'ordre là où il a semé le désordre. Qu'il montre à tout le monde qu'il veille à ce que les valeurs républicaines ne soient pas parasitées par des phénomènes qui ont émergé avec son arrivée en Côte d'Ivoire et sa prise du pouvoir. L'armée, la gendarmerie et la police - institutions républicaines - ne sauraient souffrir la cohabitation avec une confrérie sortie de l'ère de la traite négrière. Non, on ne peut tolérer que les dozos poursuivent leur métier de chasse à l'homme au XXIe siècle aux yeux des institutions internationales qui ont pour but de garantir les valeurs humanistes. Nous, Ivoiriens de toutes les autres zones ethniques de Côte d’Ivoire, au nom des valeurs républicaines, demandons pour notre part la disparition rapide et totale des dozos.

* Côte d'Ivoire : enfin la vérité sur les dozos.

Raphaël ADJOBI

06/08/2013

Certains sites africains d'information sur Internet seraient-ils incompétents ou malhonnêtes ?


numérisation0003.jpg De toute évidence, il y a des sites comme Ivoirebusiness.net, globosahoua.blogpost, en-Afrique.info et Lynx Togo qui refusent de reconnaître les talents des Africains. Je ne veux pour preuve que la reprise de mon article "Laurent Gbagbo, la nouvelle étoile de la Résistance africaine face à l'injustice des Occidentaux" qu'ils ont attribué au quotidien français en ligne Médiapart.

Le 4 juillet dernier, Nicole Guihaumé avait en effet repris pour le club Médiapart cet article publié le 30 juin sur mon blog politique. Elle n'a pas oublié de mentionner mon nom et un lien menant à mon blog ; c'est-à-dire la source de l'information. Quand la dépêche d'Abidjan.info, Abidjantalk.com et la vingtaine d'autres sites et blogs reprendront ce billet, ils feront preuve de la même honnêteté.

Ce qui est surprenant et écoeurant, c'est qu'Ivoirebusiness.net, globosahoua.blogpost et Lynx Togo ont eux aussi repris mon article mais tout en prenant soin d'effacer mon nom et le remplacer par celui de "Médiapart" ; par la même occasion, ils ont fait disparaître l'adresse de mon blog signalée par Nicole Guihaumé. En d'autres termes, ils ont trouvé que c'est plus valorisant - pour eux ! - d'attribuer l'article à ce journal devenu célèbre pour avoir révélé l'existence du compte suisse d'un ministre français. Un article signé Raphaël ADJOBI ne fait pas assez "classe" à leur yeux. Ivoire business pour sa part, a publié l'article deux fois : il l'a une fois attribué à Médiapart, et l'a signalé une autre fois comme ma contribution à un blog ami ; c'est à-dire en mentionnant mon nom.

Messieurs, apprenez tout simplement qu'aucun journaliste français n'a affirmé que Laurent Gbagbo est devenu la nouvelle étoile de la Résistance africaine face à l'injustice des Occidentaux. Et Médiapart ne revendique pas la paternité de l'article. Sans doute, ce journal français reconnaît tout simplement, par cette reprise faite par un membre de son club, la justesse de l'analyse et le talent de l'auteur que vous refusez de voir ou de reconnaître. Ce n'est certainement pas au club du Nouvel Observateur, où l'on manie allègrement la censure, que vous trouverez des articles et des commentaires qui montrent la France du doigt concernant la tragédie ivoirienne ou l'injustice faite à Laurent Gbagbo. Notre ami Delugio en sait quelque chose ; et moi aussi d'ailleurs.

Le blog de Nicole 0005.jpg C'est la deuxième fois que Nicole Guihaumé reprend un de mes articles. Il suffit de visiter son blog (Le blog de Nicole) pour bien comprendre sa position sur les événements concernant la Côte d'Ivoire. A l'avenir, soyez plus attentifs pour la devancer, si vous voulez. Montrez-lui que vous aussi vous avez du flair pour repérer les bons articles. Mais surtout, évitez de les attribuer à des illustres écrivains ou journalistes français. Il n'y a aucune gloire à tirer en agissant de la sorte. On se couvre plutôt de ridicule, à défaut d'être taxé de malhonnête. Le combat de la vérité que nous menons ensemble doit nous inciter à l'honnêteté, à la reconnaissance des talents des uns et des autres et non pas à de petites méchancetés. Les journaux officiels ivoiriens ne tombent pas dans ce travers parce qu'ils savent qu'ils ont besoin des blogueurs autant que ceux-ci ont besoin d'eux pour mener ce combat qui nous oppose à nos adversaires sachant mieux manier la violence physique et la falsification de documents que l'écriture.

Comprenez donc tous que je n'ai nullement l'intention de faire un long procès à nos amis pour ce qui doit sans doute être pris pour des erreurs et non pas des pratiques habituelles. Cependant on ne peut cacher combien il est déplaisant de se voir dépossédé de son oeuvre comme l'avaient déjà fait Abidjandirect et un certain Zoé Narwali sur psychologie.com en reprenant mon billet sur "Comment la France a perdu l'Afrique" (livre de Stephen Smith et Antoine Glaser) sans mentionner ni mon nom ni mon blog.

Raphaël ADJOBI

° http://www.ivoirebusiness.net/?q=articles/selon-mediapart-laurent-gbagbo-est-la-nouvelle-%C3%A9toile-de-la-r%C3%A9sistance-africaine-face-%C3%A0#sthash.Wqs4YaHq.dpuf
° http://gbodosahoua-gbodosahoua.blogspot.fr/2013/07/la-nouvelle-etoile-de-la-resistance.html
° http://www.lynxtogo.info/oeil-du-lynx/afrique/4087-mediapart-qlaurent-gbagbo-est-la-nouvelle-etoile-de-la-resistance-africaine-face-a-linjustice-des-occidentauxq.html
Concernant mon article sur le livre "Comment la France a perdu l'Afriqueé"
° http://abidjandirect.net/index2.php?page=livr&id=7315

30/06/2013

Laurent Gbagbo, la nouvelle étoile de la Résistance africaine face à l'injustice des Occidentaux

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Enlevé de son pays dans l'indifférence de ses pairs africains - quand ils n'ont pas contribué à sa chute aux côtés de la France - Laurent Gbagbo est devenu, après deux ans de détention dans le goulag de l'Europe occidentale, l'étoile de la résistance africaine, l'étendard de ralliement des défenseurs des institutions africaines et de l'indépendance des choix économiques des nations. Au moment où Nelson Mandela, la dernière idole de la résistance à l'injustice et au racisme s'apprête à nous quitter, l'Afrique entière se réjouit de voir la relève bien assurée.

Entre son arrestation sous les bombes françaises le 11 avril 2011 et son transfert à la Cour pénale internationale à La Haye, durant ses huit mois de détention à Khorogo, il n'y avait guère que de simples citoyens ivoiriens, camerounais et autres Africains à le défendre sans relâche. Dès le 16 avril 2011, ils manifestaient à Paris, place de la Bastille, pour lui crier leur solidarité. Quant aux rares personnalités politiques ayant pris sa défense avant sa chute, elles s'étaient alors murées dans le silence pour ne pas déplaire à la France, qui fêtait en une grande pompe l'avènement de son préfet nègre réintégrant la Côte d'Ivoire dans le giron françafricain d'où Laurent Gbagbo avait péniblement tenté de l'en extraire. La Côte d'Ivoire était revenue à son point de départ.

Les visages de la résistance à l'injustice

Il a donc fallu la ténacité de ces groupuscules d'Ivoiriens et d'Africains, mus par une même volonté, unis dans un même combat, arpentant les rues des villes européennes et faisant des émules aux Etats-Unis et au Canada, pour que le séjour de Laurent Gbagbo à La Haye ne se déroule pas dans le silence et l'indifférence des nations du monde entier. Il a fallu aussi le talent et l'habileté des journaliste d'investigation (1) comme Théophile Kouamouo, Charles Onana ou Grégory Protche, pour peindre la profonde injustice dont était victime le prisonnier de la CPI ; il a fallu le talent et l'habileté d'une petite mais ardente armée de blogueurs pour que les crimes passés et actuels du nouveau pouvoir ivoirien circulent à travers le monde entier et deviennent même des éléments de référence dans la défense de l'illustre prisonnier.

Dans leur dur et long combat, ces défenseurs de Laurent Gbagbo et du respect de la constitution ivoirienne seront réconfortés par deux excellents films-documentaires. Le premier, Laurent Gbagbo dans le tourbillon du Golfe de Guinée, diffusé en mars 2011, un mois avant sa chute, démontrait de manière éclatante la rapacité de la France sur les immenses richesses encore inexploitées du pays, et sa volonté de contrecarrer le plan d'indépendance économique prôné par le président ivoirien. Le deuxième est venu d'Italie, curieuse de savoir ce qui s'était passé dans l'ouest ivoirien. A travers les témoignages locaux, ce film nous permet de découvrir comment s'est opérée la complicité de la France dans les massacres de Douékoué et de ses environs, et l'on comprend pourquoi les journalistes français refusent de voir la vérité sur cet épisode de la guerre postélectorale. Galvanisés par la flagrante injustice, convaincus de la nécessité de porter la vérité jusqu'à ce que la lumière la rende visible à tous, les Ivoiriens, les panafricanistes et leurs rares amis européens n'ont pas baissé les bras et n'ont eu de cesse de multiplier les manifestations en France, en Italie et devant la Cour pénale internationale à La Haye.

On peut affirmer que jamais, dans l'histoire, un leader noir n'a bénéficié d'autant de soutiens de la diaspora africaine et d'autant de sympathie de la part des populations d'Afrique noire. Patrice Lumumba, Kwamé Nkrumah, Sékou Touré, sont morts dans le silence, même si de nombreux Africains les portaient dans leur coeur. Durant ses 27 années de prison, jamais Nelson Mandela n'a bénéficié d'une telle sympathie populaire. Il faut dire que les temps ont changé : grâce à Internet, l'information circule plus rapidement, les mensonges sont plus vite signalés et démontrés. Ce que l'on tente de cacher se retrouve rapidement porté sur la place publique parce que tous les citoyens, partout dans le monde, sont devenus des informateurs. Plus personne n'a le monopole de l'information. Voilà pourquoi le grossier coup d'état contre Laurent Gbagbo, présenté par la France et l'ONU comme une entreprise de salut public, a fait de lui, en moins de deux ans, le héros africain de la résistance à l'impérialisme européen.

L'accélération de la dénonciation de l'injustice faite à L. Gbagbo

On peut même dire que la forte offensive de la résistance au nouveau pouvoir et au mur du mensonge qui cachait la vérité sur le drame ivoirien a surpris les commanditaires et acteurs européens du coup d’état du 11 avril 2011. La popularité de Laurent Gbagbo, fortement ancrée dans le paysage politique de ce début du XXIe siècle, a forcé de nombreuses personnalités politiques à considérer de plus près la manière dont le pouvoir lui a été arraché et les conséquences de ce forfait. Dans l'introduction du livre de Charles Onana (Côte d'Ivoire, le coup d'Etat), publié en novembre 2011, M. Tabo Mbeki, l'ancien président sud-africain - l'un des premiers médiateurs entre les deux parties du conflit ivoirien - a clairement démontré la ferme intention de la France de se débarrasser de Laurent Gbagbo et le soutien précieux dont elle a bénéficié de l'ONU. En septembre 2012, lors du congrès de l'Internationale Socialiste, en Afrique du Sud, le Ghanéen Kofi Awoonor avait à son tour fustigé la passivité des socialistes français devant le sort réservé à Laurent Gbagbo. En décembre 2012, enfin, un socialiste - François Loncle - révèle l'activisme corrupteur de madame Alassane Ouattara auprès des hommes politiques français ; dans la même période, Georges Peillon, ancien porte-parole de la force Licorne (l'armée française impliquée dans le conflit ivoirien) reconnaissait le parti pris du pouvoir et des médias français dans la vie politique de la Côte d'Ivoire depuis 2002.

Si les aveux et les critiques étaient devenus de plus en plus nombreux et fragilisaient le pouvoir ivoirien tout en mettant à mal le soutien que lui apportait la France, ce pouvoir demeurait solide aux yeux de l'Europe grâce au mutisme des médias et du gouvernement socialiste qui avait revêtu les habits impérialistes laissés par Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy. C'est finalement à partir de février 2013 que le procès devant confirmer ou infirmer les charges du procureur de la CPI contre Laurent Gbagbo va donner un nouveau souffle à la Résistance ivoirienne et africaine et commencer à ébranler le pouvoir en place et les certitudes des commanditaires onusiens et français. Ce procès se révéla, en effet, une belle occasion de démontrer que les accusateurs de Laurent Gbagbo manquaient d'arguments pour le faire condamner. Quand on mène pendant dix ans une rébellion contre un pouvoir légal en tuant femmes et enfants, quand avec l'aide de forces étrangères on mène une charge finale sanglante pour s'emparer du pouvoir, cela apparaît en effet ignoble d'accuser celui qui a été défait d'avoir résisté. Oui, c'est ignoble d'accuser le vaincu de vous avoir obligé, par sa résistance, à tuer femmes et enfants dans votre conquête du pouvoir. Toutes les images de l'attaque d'Abidjan ne révélant que des crimes commis par les assaillants et leurs soutiens, le procureur a dû se tourner vers des documents étrangers pour illustrer son argumentation, la fragilisant par la même occasion. Comment peut-on, dans ces conditions, condamner un homme ou même le garder en prison ?

Dès lors, avant même que les juges de la Cour pénale internationale ne déclarent insuffisantes les preuves présentées par le procureur demandant la condamnation de Laurent Gbagbo, il était difficile aux instruments de la propagande étrangère de cacher la vérité. Les ONG entrèrent donc dans la danse, au début du mois d'avril 2013, et dénoncèrent « la justice des vainqueurs » tout en soulignant les crimes ethniques, les exécutions sommaires, les chasses à l'homme et les emprisonnements arbitraires des partisans de Laurent Gbagbo - œuvres du pouvoir actuel, de son armée et de ses milices. Indiscutablement, l'impunité des hommes du nouveau régime blesse la conscience humaine ! Condamner Laurent Gbagbo pour avoir résisté à l'assaut de l'ennemi et voir les vrais bourreaux du peuple ivoirien se pavaner effrontément, alors que les médias africains et les blogueurs étalent quotidiennement les images de leurs crimes, apparaît comme une blessante injustice !

A la suite des ONG, comme si la parole était enfin libérée, ce sont les hommes politiques africains, jusque-là muets, qui vont donner de la voix. Au sommet de l'UA, à la fin de mai 2013, le Premier ministre éthiopien, Hailemariam Desalegn, président de cette organisation, a qualifié la CPI d'instrument raciste au service des occidentaux : « Lors de la création de la CPI, l'objectif était d'éviter toutes sortes d'impunités ; mais, désormais, le processus a dégénéré en une sorte de chasse raciale ». Effectivement, la trentaine d'hommes politiques africains poursuivis par cette institution ne laisse pas penser autre chose. Le 15 juin, au Gabon, lors d'un débat consacré à « l'indépendance » en Afrique, la ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, a vivement contesté les dires du procureure Bensouda en accusant les Européens d'utiliser la CPI pour manipuler la politique des nations africaines : "C'est malheureux, qu'un grand nombre de conclusions ait été réduit à la manipulation politique [...] Il n'est pas honnête de dire que la CPI ne s'acharne pas contre l'Afrique. Je ne suis pas d'accord avec ma soeur Bensouda". Puis la ministre a demandé à celle-ci de ne pas dire "que les Africains viennent la voir [la CPI] pour être jugés. C'est faux, car l'Afrique ne veut pas de colonialisme judiciaire".

La position des hommes politiques africains sur la Cour pénale internationale est donc plus que claire : elle n'est pas impartiale ; elle n'est pas crédible ; elle est raciste. Et, à partir du 3 juin 2013, après l'ajournement du procès et le renvoi de la procureure à la recherche de preuves plus convaincantes, les Européens aussi se laissent gagner par le doute quant à l'impartialité de cette institution. Les journaux français qui, jusque-là, n'ont fait aucun cas ni des nombreuses marches de soutien à Laurent Gbagbo à Paris ou à La Haye, ni des pluies de critiques contre l'injustice du pouvoir actuel concernant l'analyse des crimes commis avant et après les élections, se sont tout à coup mis à faire le procès de la CPI. Pour la première fois depuis 2002, le journal La Croix ne fait ni l'apologie de l'élu de la France ni la critique de l'ennemi juré des journalistes français. Marianne de son côté juge le procès de la CPI fait par les africanistes tout à fait justifié. C'est à croire que pour tout le monde le mensonge qui fait de Laurent Gbagbo le seul responsable des morts avant et après les élections présidentielles de 2010 ne peut plus être défendu.

La preuve que le vent a tourné et dévoile peu à peu la vérité, c'est que même les muets parlent en France ! Qui a déjà entendu Koffi Yamgnane réagir aux injonctions méprisantes et injustes adressées à Laurent Gbagbo avant et après les dernières élections présidentielles en Côte d'Ivoire ? Qui l'a entendu parler de Laurent Gbagbo ou lui témoigner la moindre sympathie depuis qu'il a été arrêté dans le palais présidentiel par l'armée française ? Incapable de la moindre indépendance de parole, voilà qu'il profite de l'indignation de Bernard Houdin (conseiller de Laurent Gbagbo) pour dire tout simplement que lui aussi pense que « trop, c'est trop », que l'injustice contre Laurent Gbagbo ne peut plus continuer. Mais attendons de voir s'il ira plus loin que la simple indignation partagée. De son côté, la présidente du Mouvement des Africains-Français, qui s'est toujours opposée aux marches de soutien à Laurent Gbagbo et n'y a jamais participé, entreprend enfin une action précise dans la lutte contre l'impartialité de la CPI : elle lance une pétition pour le retrait des nations africaines de cette institution. L'intention est bonne, mais elle ignore que le combat politique se mène dans la persévérance et non pas périodiquement.

Dans tous les cas, Laurent Gbagbo ne laisse plus personne indifférent puisque ce qui était censé être son procès s'est transformé en procès de l'institution chargée de le juger. Quel retournement de situation ! N'est-ce pas déjà la victoire de la vérité sur le mensonge ? En clair, la CPI se discréditerait complètement aux yeux du monde en maintenant sa volonté de juger Laurent Gbagbo. Elle se trouve dans l'obligation de le libérer et prendre le temps de revoir son fonctionnement par rapport à l'analyse des crimes et des supposés criminels qu'elle doit juger. Les nouvelles preuves du procureur contre Laurent Gbagbo sont d'avance jugées par l'opinion publique internationale comme irrecevables ; et un éventuel procès serait considéré comme une injustice. Arrêter des partisans de l'actuel président de la Côte d'Ivoire et les traduire devant la CPI afin de justifier la poursuite du procès serait désormais inacceptable. Cette dernière entreprise serait perçue par tous comme l'aveu de l'injustice dont est victime Laurent Gbagbo depuis deux ans, voire depuis dix ans.

Quel long combat ! Mais quel combat magnifique et enthousiasmant quand, comme par miracle, tout le monde le trouve juste ! Après Nelson Mandela, toutes les nations reconnaîtraient-elles l'injustice faite à Laurent Gbagbo ? Quelle belle victoire en perspective ! Ses partisans, les panafricanistes, les journalistes activistes soucieux de la vérité, les infatigables blogueurs, les amis Français - en particulier Guy Labertit, Michel Galy, Bernard Houdin et Albert Burgi - et ses admirateurs anonymes qui vivaient dans la peur, sont aujourd'hui fiers de leur combat et heureux de voir ça et là des appels à sa libération pure et simple. Un homme qui, par son seul amour de la vérité, un homme qui a juré d'aller jusqu'au bout et parvient par sa ténacité à renverser l'opinion publique et la machine judiciaire internationale qui s'acharnait à le perdre, ne mérite que l'admiration et les éloges. L'ancien Premier ministre du Togo (1991-1994), Joseph Kokou Koffigoh, et l'artiste béninois Yokula (reggaeman) l'ont bien compris. Ils ne sont pas restés insensibles à cet amour de la vérité attaché au coeur du prisonnier de La Haye. L'un vient de lui consacrer un très beau poème demandant sa libération « des mains de l'infamie » et l'autre une chanson qui clame son amour pour la légalité constitutionnelle.

Laurent Gbagbo est entré dans l'Histoire parce qu'il a donné sa vie pour la vérité, pour le respect de la constitution de son pays ; il est entré dans l'Histoire parce que l'Afrique a reconnu dans son combat le sien. En s'accrochant à la vérité et au droit, Laurent Gbagbo a accepté de subir l'infamie de l'emprisonnement dans le goulag des puissances occidentales. Comme tous ceux qui ont consacré leur vie aux grands idéaux humains pour que leurs semblables grandissent sous un jour nouveau, l'heure de sa rédemption viendra. Quant à toi, lecteur, n'oublie pas qu'un jour tu devras répondre à cette question : qu'as-tu fait pour soutenir le combat de l’homme que l'on admire aujourd'hui ?

Raphaël ADJOBI

1. J'accuse Ouattara, édit. Le Gri-gri (Théophile Kouamouo) ; Côte d'Ivoire, le coup d'état, édit. Duboiris (Charles Onana) ; On a gagné les élections mais on a perdu la guerre, édit. Le Gri-gri (Grégory Protche).

22/05/2013

La chute de Ouérémi marque-t-elle le début de l'autorité de l'état sur les zones qui lui échappent ?


Ouérémi, Ouattara et les Burkinabés, Les Burkinabésd dans l'ouest ivoirien Personne en Côte d'Ivoire, en Afrique et en France ne peut croire qu'un jeune illettré avec quelques fusils ait pu durant plus de deux ans s'approprier tout un pan du territoire ivoirien en résistant à l'armée de ouattara que l'on dit avoir miraculeusement vaincu les FDS et fait exploser le palais présidentiel pour en extraire Laurent Gbagbo. Non, personne ne peut croire qu'il y avait depuis deux ans une volonté manifeste de Ouattara de punir les Burkinabés récemment et illégalement installés à l'ouest afin de restituer aux Ivoiriens exilés leurs terres.

Tout le monde savait - jusque chez le parrain français - qu'à défaut d'encouragement, Ouattara fermait les yeux sur l'installation massive de ses désormais demi-compatriotes burkinabés dans l'ouest de la Côte d'Ivoire. C'était de toute évidence la récompense de leur effort de guerre contre la Côte d'Ivoire. Ouérémi combattait dans les forces rebelles puis dans les forces FRCI. Il en portait l'uniforme. Il recevait l'aide et les conseils de l'armée française, comme en témoignent quelques images. Il n'est donc pas un élément étranger aux forces qui ont conquis le pouvoir ivoirien au profit de Ouattara.

La seule question que l'on peut se poser, suite à l'arrestation de l'homme à qui l'on enlève son butin de guerre, est la suivante : le pouvoir va-t-il le déférer devant un tribunal ? Et pour répondre de quel crime ? Celui d'avoir fait son travail de mercenaire et de s'être récompensé comme tous les autres burkinabés installés dans l'ouest ? Est-ce pour avoir vu trop grand dans l'expropriation des Ivoiriens ? S'il est renvoyé chez lui, au Burkina Faso, sans jugement, Ouattara devra être poursuivi pour être un protecteur de criminels burkinabés. S'il est envoyé à La Haye, alors Ouattara ne sera pas seulement ridicule ; il sera risible, parce qu'il aura élevé Ouérémi au même rang que Laurent Gbagbo.

Le mercenaire Ouérémi tombe. En toute justice, il doit emporter son maître dans sa chute. Mais, en Côte d'Ivoire, nous ne sommes pas dans un monde de justice. Il ne faut pas s'attendre à ce que le parrain français voie en cet homme un lien criminel avec Ouattara. Car selon l'Onu, la France, et les ONG à leur solde, ni les dozos, ni Ouérémi, ni "IB" n'ont aucun lien clair avec le pouvoir de Ouattatara. Pour l'ONU et la France, ce dernier est un saint, un démocrate.

Nous voulons tout simplement espérer que si le parrain français a poussé son filleul à se défaire d'un de ses meilleurs mercenaires, il le poussera à poursuivre sur cette voie en arrachant l'ouest et le nord du pays aux hordes de pilleurs qui empêchent par leur violence et leur justice expéditive l'établissement de l'autorité de l'état limitée à la seule zone sud. La réunification du pays sera déclarée complète quand tous les citoyens pourront évoluer librement dans l'ouest et le nord, y tenir sans risque des réunions politiques et y voter. Elle sera complète quand les exilés retrouveront leur toit et leurs terres. Tout pan du pays qui échappe à l'autorité de l'état est une marque de sa fragilité et de son impuissance. Personne ne peut comprendre comment, en l'absence de toute opposition armée, l'ouest et le nord restent coupés du pays deux ans après la prise de pouvoir de Ouattara. Personne ne comprend son impuissance à asseoir son autorité sur ses propres hommes ou partisans. Ouattara est-il si nul que cela ?

Raphaël ADJOBI

20/05/2013

Mamadou Koulibaly, l'opposant toléré


Que veut Mamadou Koulibaly, La dictature en Côte d'Ivoire, Mamadou Koulibaly est-il encore un espoir ? L'union de l'opposition ivoirienne  Depuis l'installation d'Alassane Ouattara à la tête de la Côte d'Ivoire, le seul homme politique ne faisant pas partie de son équipe qui n'a jamais souffert de représailles est indiscutablement Mamadou Koulibaly. Ses voyages, ses prises de parole, ses projets politiques ne suscitent ni inquiétude ni indignation. Est-il victime du dédain de Ouattara ou l'opposant que celui-ci tolère pour faire croire aux Européens que la démocratie existe sous son règne ?

Plus que tous les autres hommes politiques ivoiriens se réclamant de l'opposition, Mamadou Koulibaly est celui qui a largement profité de son patronyme nordiste comme un passeport d'intouchable. D'autre part, en regardant son action sous le régime actuel, on constate qu'il a toujours pris soin de ne l'attaquer que dans ses projets économiques de grande envergure, rarement dans ses actions politiques écoeurantes qui indignent une grande majorité des Ivoiriens. Comme récompense de sa molle opposition qui néglige les crimes, les exactions contre les populations et les emprisonnements arbitraires, Ouattara lui pardonne tout. Nous sommes tentés de lui demander : « Koul, es-tu encore des nôtres ? » Avec Ouattara, celui qui ne prend pas la défense de Laurent Gbagbo n'est pas un ennemi. Et Mamadou Koulibaly prend soin de ne jamais défendre Laurent Gbagbo et les Ivoiriens qui lui sont restés fidèles s'exposant ainsi aux représailles de toutes sortes. Mais que représente-t-il vraiment dans le paysage politique ivoirien ?

Depuis l'échec cuisant de son parti créé pour tracer un chemin loin du FPI, de Laurent Gbagbo et des souffrances qu'endurent les Ivoiriens, Mamadou Koulibaly ne disserte que via les médias et les conférences à l'étranger. Si sa liberté de parole le fait apparaître comme l'unique opposant à Alassane Ouattara, l'homme demeure étonnamment seul : son parti (Lider) est une coquille vide de représentants du peuple et ses déplacements à l'intérieur du pays n'intéressent plus personne. Il n'y a, répétons-le, que les médias ivoiriens qui s'appliquent à lui fabriquer un peu de notoriété. A l'allure où vont les choses, notre homme ne sera plus qu'une photo de magazine à défaut d'être un homme du peuple.

La crise au sein de la coalition PDCI-RDR, née des querelles qui ont accompagné les fraudes lors des dernières élections, laisse espérer une nouvelle distribution des forces sur l'échiquier politique du pays. Si toutefois la France n'intervient pas pour demander à Henri Konan Bédié - l'éternel dupé - de calmer ses amis afin que son œuvre se poursuive en Côte d'Ivoire sous la houlette de Ouattara, la jeunesse du PDCI pourrait demain devenir l'arbitre des élections présidentielles. S'il n'y a plus de coalition PDCI-RDR, non seulement le gouvernement devient bancal, mais encore Ouattara ne peut espérer garder le pouvoir que par les tueries de ses FRCI. Ce qui pourrait un jour finir par exaspérer ses amis français.

L'avenir pourrait donc être plus clair pour tous les partis politiques et aussi pour tous les Ivoiriens qui ne savent plus où ils en sont et où va le pays. Quelles sont véritablement, aujourd’hui, les forces en présence sur le champ politique ivoirien ? D'un côté, nous avons la coalition PDCI-RDR au pouvoir et leurs élus à l'assemblée et dans les localités du pays. De l'autre – en face de cette coalition – c’est le vide absolu : le Lider de Mamadou Koulibali n'a pas d'assise nationale puisqu'il n'a aucun élu à l'Assemblée ; en l'absence de règles démocratiques claires, face à la violence dans les régions qui échappent à l'autorité de l'état, et devant le manque de volonté de résoudre le problème des emprisonnements arbitraires des politiques ainsi que la restitution des terres aux exilés, le FPI s'est abstenu de toute élection. En d'autres termes, il n'y a pas d'opposition politique réelle en Côte d'Ivoire. Tous ceux qui se disent dans l'opposition ne bénéficient pas d'un cadre où ils peuvent débattre avec la coalition PDCI-RDR et faire entendre leur voix ou rejeter tel ou tel projet du pouvoir en place. En l'absence d'élus n'appartenant pas aux partis au pouvoir – ce qui rend le débat contradictoire impossible dans le cadre de l’Assemblée – on peut affirmer qu'il n'y a ni opposition ni démocratie en Côte d'Ivoire.

Que reste-t-il à faire à Koulibaly, au FPI et aux jeunes du PDCI qui estiment le divorce avec leur allié RDR - reconnu comme le diable - sérieusement engagé ? Il leur faudra, avant toute chose, se mettre d'accord sur les préalables à exiger d'Alassane Ouattara et de la France pour qu’une vie politique vraie s’installe dans le pays. En effet, il ne faut pas oublier le rôle de la France, parce que c'est d'elle que Ouattara tient son pouvoir ; et c'est elle qui lui donne le sentiment que rien ne peut lui arriver s'il fait ce qu'elle veut. Que Mamadou Koulibaly, le FPI et les jeunes du PDCI soumettent donc à Ouattara et à la France des exigences communes sans la satisfaction desquelles ils pourraient déclarer la faillite de la vie politique en Côte d'Ivoire et l'isolement définitif de Ouattara. Peut-on croire dans ce pays qu'il est possible - tout en gardant sa chapelle - d'aboutir à des revendications essentielles pouvant sauver la Côte d'Ivoire ?

Pour que le destin du pays entre enfin dans une période d’éclaircie, Mamadou Koulibaly doit cesser de jouer le solitaire au-dessus des problèmes des Ivoiriens et des autres partis, surtout le FPI. Ne voit-il pas qu’en restant fidèles à leurs convictions, les leaders de ce parti, qui apparaissaient hier comme des entêtés incapables d’évoluer, sortent grandis de deux ans de refus de la dictature ouattariste ? Aujourd’hui où tout le monde reconnaît que l’on ne peut rien espérer du RDR, que le diable n’est pas à La Haye mais sur le siège présidentiel, Mamadou Koulibaly doit avoir le courage et la sagesse de leur donner raison et se rapprocher d’eux. Ses dernières déclarations qui semblent aller dans le bon sens - même si elles arrivent un peu tard - doivent l'encourager à franchir le pas du contact franc et permanent avec ceux qui se sont désolidarisés du pouvoir et ceux qui envisagent de le faire. Il doit cesser de nous laisser penser qu'il est plus proche de Ouattara que de Laurent Gbagbo ou encore qu'il a la certitude de conquérir la présidence de la république en méprisant la main tendue de la veuve et de l'orphelin, parce que lui suffit la notoriété que lui confèrent les médias ivoiriens.

Raphaël ADJOBI