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20/05/2013

Mamadou Koulibaly, l'opposant toléré


Que veut Mamadou Koulibaly, La dictature en Côte d'Ivoire, Mamadou Koulibaly est-il encore un espoir ? L'union de l'opposition ivoirienne  Depuis l'installation d'Alassane Ouattara à la tête de la Côte d'Ivoire, le seul homme politique ne faisant pas partie de son équipe qui n'a jamais souffert de représailles est indiscutablement Mamadou Koulibaly. Ses voyages, ses prises de parole, ses projets politiques ne suscitent ni inquiétude ni indignation. Est-il victime du dédain de Ouattara ou l'opposant que celui-ci tolère pour faire croire aux Européens que la démocratie existe sous son règne ?

Plus que tous les autres hommes politiques ivoiriens se réclamant de l'opposition, Mamadou Koulibaly est celui qui a largement profité de son patronyme nordiste comme un passeport d'intouchable. D'autre part, en regardant son action sous le régime actuel, on constate qu'il a toujours pris soin de ne l'attaquer que dans ses projets économiques de grande envergure, rarement dans ses actions politiques écoeurantes qui indignent une grande majorité des Ivoiriens. Comme récompense de sa molle opposition qui néglige les crimes, les exactions contre les populations et les emprisonnements arbitraires, Ouattara lui pardonne tout. Nous sommes tentés de lui demander : « Koul, es-tu encore des nôtres ? » Avec Ouattara, celui qui ne prend pas la défense de Laurent Gbagbo n'est pas un ennemi. Et Mamadou Koulibaly prend soin de ne jamais défendre Laurent Gbagbo et les Ivoiriens qui lui sont restés fidèles s'exposant ainsi aux représailles de toutes sortes. Mais que représente-t-il vraiment dans le paysage politique ivoirien ?

Depuis l'échec cuisant de son parti créé pour tracer un chemin loin du FPI, de Laurent Gbagbo et des souffrances qu'endurent les Ivoiriens, Mamadou Koulibaly ne disserte que via les médias et les conférences à l'étranger. Si sa liberté de parole le fait apparaître comme l'unique opposant à Alassane Ouattara, l'homme demeure étonnamment seul : son parti (Lider) est une coquille vide de représentants du peuple et ses déplacements à l'intérieur du pays n'intéressent plus personne. Il n'y a, répétons-le, que les médias ivoiriens qui s'appliquent à lui fabriquer un peu de notoriété. A l'allure où vont les choses, notre homme ne sera plus qu'une photo de magazine à défaut d'être un homme du peuple.

La crise au sein de la coalition PDCI-RDR, née des querelles qui ont accompagné les fraudes lors des dernières élections, laisse espérer une nouvelle distribution des forces sur l'échiquier politique du pays. Si toutefois la France n'intervient pas pour demander à Henri Konan Bédié - l'éternel dupé - de calmer ses amis afin que son œuvre se poursuive en Côte d'Ivoire sous la houlette de Ouattara, la jeunesse du PDCI pourrait demain devenir l'arbitre des élections présidentielles. S'il n'y a plus de coalition PDCI-RDR, non seulement le gouvernement devient bancal, mais encore Ouattara ne peut espérer garder le pouvoir que par les tueries de ses FRCI. Ce qui pourrait un jour finir par exaspérer ses amis français.

L'avenir pourrait donc être plus clair pour tous les partis politiques et aussi pour tous les Ivoiriens qui ne savent plus où ils en sont et où va le pays. Quelles sont véritablement, aujourd’hui, les forces en présence sur le champ politique ivoirien ? D'un côté, nous avons la coalition PDCI-RDR au pouvoir et leurs élus à l'assemblée et dans les localités du pays. De l'autre – en face de cette coalition – c’est le vide absolu : le Lider de Mamadou Koulibali n'a pas d'assise nationale puisqu'il n'a aucun élu à l'Assemblée ; en l'absence de règles démocratiques claires, face à la violence dans les régions qui échappent à l'autorité de l'état, et devant le manque de volonté de résoudre le problème des emprisonnements arbitraires des politiques ainsi que la restitution des terres aux exilés, le FPI s'est abstenu de toute élection. En d'autres termes, il n'y a pas d'opposition politique réelle en Côte d'Ivoire. Tous ceux qui se disent dans l'opposition ne bénéficient pas d'un cadre où ils peuvent débattre avec la coalition PDCI-RDR et faire entendre leur voix ou rejeter tel ou tel projet du pouvoir en place. En l'absence d'élus n'appartenant pas aux partis au pouvoir – ce qui rend le débat contradictoire impossible dans le cadre de l’Assemblée – on peut affirmer qu'il n'y a ni opposition ni démocratie en Côte d'Ivoire.

Que reste-t-il à faire à Koulibaly, au FPI et aux jeunes du PDCI qui estiment le divorce avec leur allié RDR - reconnu comme le diable - sérieusement engagé ? Il leur faudra, avant toute chose, se mettre d'accord sur les préalables à exiger d'Alassane Ouattara et de la France pour qu’une vie politique vraie s’installe dans le pays. En effet, il ne faut pas oublier le rôle de la France, parce que c'est d'elle que Ouattara tient son pouvoir ; et c'est elle qui lui donne le sentiment que rien ne peut lui arriver s'il fait ce qu'elle veut. Que Mamadou Koulibaly, le FPI et les jeunes du PDCI soumettent donc à Ouattara et à la France des exigences communes sans la satisfaction desquelles ils pourraient déclarer la faillite de la vie politique en Côte d'Ivoire et l'isolement définitif de Ouattara. Peut-on croire dans ce pays qu'il est possible - tout en gardant sa chapelle - d'aboutir à des revendications essentielles pouvant sauver la Côte d'Ivoire ?

Pour que le destin du pays entre enfin dans une période d’éclaircie, Mamadou Koulibaly doit cesser de jouer le solitaire au-dessus des problèmes des Ivoiriens et des autres partis, surtout le FPI. Ne voit-il pas qu’en restant fidèles à leurs convictions, les leaders de ce parti, qui apparaissaient hier comme des entêtés incapables d’évoluer, sortent grandis de deux ans de refus de la dictature ouattariste ? Aujourd’hui où tout le monde reconnaît que l’on ne peut rien espérer du RDR, que le diable n’est pas à La Haye mais sur le siège présidentiel, Mamadou Koulibaly doit avoir le courage et la sagesse de leur donner raison et se rapprocher d’eux. Ses dernières déclarations qui semblent aller dans le bon sens - même si elles arrivent un peu tard - doivent l'encourager à franchir le pas du contact franc et permanent avec ceux qui se sont désolidarisés du pouvoir et ceux qui envisagent de le faire. Il doit cesser de nous laisser penser qu'il est plus proche de Ouattara que de Laurent Gbagbo ou encore qu'il a la certitude de conquérir la présidence de la république en méprisant la main tendue de la veuve et de l'orphelin, parce que lui suffit la notoriété que lui confèrent les médias ivoiriens.

Raphaël ADJOBI

09/05/2013

Après l'incendie du camp de refugiés d'Avepozo : l'Afrique aurait-elle perdu son humanité au Togo ?


Avepozo, Refugiés ivoiriens au Togo, les Africains sont-ils encore humains ? Incendie d'Avepozo Maintenant que les cris d'horreur et d'étonnement ont fait place à une profonde indignation, penchons-nous sérieusement sur l'attaque et l'incendie du camp de refugiés ivoiriens d'Avepozo par l'armée togolaise. Pour bien comprendre à quelle Afrique nous sommes parvenus, il importe - en se fiant aux faits - que chacun se pose des questions sur les sentiments que les Noirs d'Afrique nourrissent les uns à l'égard des autres au-delà des frontières nationales.

Aucun Africain n'ignore l'intensité du drame qui a frappé la Côte d'Ivoire suite aux élections de 2010. Aucun Africain n'ignore comment un président déclaré élu par la constitution de son pays a été remplacé par celui que la France et l'ONU avaient choisi. Aucun Africain n'ignore la chasse à l'homme déclarée par Alassane Ouattara - puisque c'est de lui qu'il s'agit - contre tous ceux qu'il juge partisan de celui qu'il a destiné aux geôles de l'Europe. Enfin, personne n'ignore les massacres de Douékoué , ceux du camp de refugiés de Nahibly et l'occupation des terres de l'ouest par les Burkinabés en récompense de leur contribution à la guerre contre Laurent Gbagbo ; trois faits qui sont à l'origine de l'exil de milliers d'Ivoiriens au Ghana, au Libéria et au Togo.

En partant de cette idée que nous n'ignorons pas cette actualité et plus particulièrement l'état d'exilé d'un grand nombre de personnes, nous pouvons nous demander ce qui explique ou justifie l'incendie du camp d'Avepozo et la violence exercée par les forces militaires togolaises à l'encontre des refugiés ivoiriens. Représentaient-ils une menace pour les populations togolaises ? Menaçaient-ils l'emploi ou la sécurité des togolais ? Ce camp de refugiés était-il devenu un lieu de trafic de quelque produit illicite à une échelle telle que seuls le feu et la violence physique sont capables d'éradiquer le mal ? Il serait bon que les gouvernants togolais s'expriment sur l'événement en prenant en compte le sentiment d'étonnement des Africains. Je dis bien le sentiment d'étonnement des Africains et non pas seulement celui des Ivoiriens.

Pour l'heure, tous les observateurs attentifs s'en tiennent à une seule réalité des faits : les refugiés ivoiriens dans le camp officiel du UNHCR - et donc pas un camp clandestin - n'ont commis d'autre crime que de dénoncer la privation de nourriture et de soin dont ils étaient frappés. Tout être intelligent sait très bien que dénoncer un état de privation signifie simplement réclamer de la nourriture et des soins. Ce cri de détresse méritait-il une telle violence comme réponse ? Il serait bon, il serait digne de la part des autorités togolaises de ne pas rester muettes sur un tel acte frappant une population étrangère reconnue officiellement sur son sol par une institution des Nations Unies. Oui, messieurs les gouvernants togolais, vous avez le devoir de parler pour la dignité de l'Afrique que nous réclamons de tous nos voeux. Ne demeurez pas dans le silence qui ferait croire à une éternelle faiblesse de l'homme noir devant les faits politiques majeurs. Personne ne peut se contenter de l'idée que les refugiés ont revêtu l'uniforme de l'armée togolaise pour ensuite mettre le feu aux tentes et aux cabanes avant de se flageller. Rompez avec l'habitude de vous murer dans le silence inhumain qui n'est rien qu'une fuite des responsabilités pour un état.

On peut par ailleurs constater que malgré la gravité de l'événement, aucune organisation africaine émanant de la société civile n'a daigné interpeller le gouvernement togolais. Certes, nous savons tous que la plus grande et la plus illustre organisation africaine qu'est l'U.A. est devenue un organe politique fantôme dont aucun peuple africain ne peut tirer quelque bénéfice dans une situation moralement dramatique ou matériellement catastrophique. Mais force est de constater qu'au sein des nations africaines, l'absence d'organisations civiles capables d'interpeller les autorités nationales ou internationales sur des faits touchant une catégorie sociale est une carence inadmissible. Cela aboutit forcément à une indifférence générale à l'égard des malheurs d'autrui. On est tenté de crier : Afrique, où est ta légendaire humanité ?

De toute évidence, l'incendie du camp d'Avepozo et la violence subie par des refugiés Ivoiriens posent la question de l'hospitalité et de l'humanité africaines en cas de drame nécessitant un asile sûr. Dans presque toutes les sociétés africaines, il est de coutume que celui qui fuit un lynchage, quel que soit la gravité de son forfait, s'il réussit à se refugier aux pieds d'un vieil homme - donc dans le sein d'une autorité - bénéficie automatiquement de la protection officielle des sages de la localité jusqu'à l'heure de son jugement. Jamais, au grand jamais, celui dont le fugitif a embrassé les pieds en signe de demande de refuge ne le livre à la vindicte populaire. L'incendie d'Avepozo est donc une désacralisation de l'hospitalité et surtout de l'humanité africaine. Ce qui constitue une raison supplémentaire pour exiger des autorités togolaises des explications officielles. C'est également une raison supplémentaire pour les organisations de la société civile togolaise - si elles existent - de demander des comptes à leurs autorités. On devrait même en pareille circonstance entendre les voix des élus du peuple togolais.

Cette relation pacifique entre les organisations de la société civile et les gouvernants d'une part, et celle entre les élus et le pouvoir exécutif d'autre part devrait permettre aux sociétés africaines d'aller vers plus de justice et plus d'humanité en cas de drame humain. Il n'est pas bon, disons-le sincèrement, il n'est pas bon que dans les pays africains, quiconque prend la parole et interroge les gouvernants apparaisse à leurs yeux comme un adversaire ou un ennemi qui ne cherche qu'à prendre leur place. Non seulement une attitude aussi puérile n'honore pas l'Afrique mais elle est le frein essentiel à l'émergence des idées, de la réflexion et de l'évolution des mentalités.

Raphaël ADJOBI

23/04/2013

Elections municipales et régionales 2013 : le FPI sauve sa peau !


Eections ivoiriennes de 2013, le FPI et les élections de 2013, Violences postélectorales, Ouattara est-il un dictateur ? Le FPI évite la mort politique Ce que l’on peut retenir des violences qui ont accompagné les élections municipales et régionales de cette année 2013 - les premières sous la dictature ouattariste – c’est qu’elles blanchissent le FPI des troubles postélectoraux de 2010. Désormais, tout le monde sait qu’en l’absence de ce parti, les meilleurs amis – le RDR et le PDCI – sont capables de se battre comme des chiens enragés parce qu’incapables de respecter les règles d’une élection qu’ils ont organisée à deux pour se partager la gestion du pays.

La décision de ne pas participer à ces deux élections conjointes n’a pas été facile à prendre au sein du FPI. Nombreux étaient ses membres qui regardaient le manque à gagner plutôt que l’idéal démocratique cher à Laurent Gbagbo. Ils ont, un moment, voulu tourner le dos au combat dans lequel est résolument engagée la grande majorité des ivoiriens à l’intérieur comme à l’extérieur du pays ; à savoir, d’une part, la dénonciation de l’injustice faite aux Ivoiriens emprisonnés, exilés, expropriés, et d’autre part, l’exigence de la création des conditions nécessaires à une véritable réconciliation et à des élections réellement démocratiques.

Le FPI a donc évité un deuxième engagement dans une course électorale n’ayant pas réuni les conditions démocratiques attendues. Il a évité de se salir pour donner bonne conscience au pouvoir en place. Il n’a pas accordé au RDR et au PDCI le sceau de la légitimité nationale qu’ils espéraient depuis deux ans. Effectivement, si tous les partis avaient participé au jeu de ces dernières élections, cela aurait signifié qu’ils étaient tous d’accord avec les règles et les conditions. Or, ni en 2010, ni en 2013, les conditions d’une élection démocratique n’avaient été réunies. Hier, pressés par la communauté internationale voulant satisfaire les intentions inavouées du RDR, le FPI et Laurent Gbagbo avaient fait un faux pas suicidaire. Aujourd’hui, libre de toute pression, la réflexion a évité à ce parti l’engrenage du ridicule. Et cadeau inattendu, il a évité d’être à nouveau impliqué dans des troubles postélectoraux.

Bravo donc au FPI. Maintenant, il faudra gagner le combat de la création des conditions nécessaires à la fois au débat démocratique et aux élections de la même étoffe. Pour ce faire, le parti ne devra pas négliger la campagne de communication à l’intérieure et surtout à l’extérieur du pays. Il faudra tout mettre en œuvre pour que ce qui n’a pas été fait avant 2010 soit fait aujourd’hui. Il s’agira de convaincre, de pousser ceux qui ont donné leur bénédiction au pouvoir actuel à ouvrir les yeux sur les plaies du pays. Si la dictature ouattariste se poursuit, au moins plus personne ici ou ailleurs ne pourra dire « je ne savais pas ». L’urgence, ce n’est pas l’économique ; dans ce domaine les Ivoiriens n'attendent rien de particulier puisque Ouattara ne s’est pas révélé meilleur que Laurent Gbagbo l’historien. L’urgence ce sont le politique et le social. Il faut donc - avec l’aide de ceux qui l’ont installé au pouvoir et qui semblent désormais entrés dans le doute - obliger Ouattara à aller vers la table de la vraie réconciliation et de la vraie démocratie dont sa venue a interrompu la marche.

Raphaël ADJOBI

13/03/2013

Hugo Chavez, héros des actualités en Europe

Hugo Chavez, actualités en Erope, Chavez vu d'Europe, Le Venezuela et les Etats-Unis, Chavez et les Etats-Unis La personnalité politique ayant occupé le devant de la scène en France et ailleurs en Europe au début de ce mois de Mars 2013 est incontestablement Hugo Chavez. Pourquoi la mort a-t-elle fait de lui, subitement, l'objet de toutes les attentions des pays occidentaux ? La pluie d'informations sur Chavez et le Venezuela qui tombe sur l'Europe finit par susciter des interrogations.

Tout le monde retient du président vénézuélien sa farouche opposition à la politique des Etats-Unis en Amérique du sud. Cela a suffi pour faire de lui un antidémocrate dans les milieux européens et un dictateur aux yeux de leurs journalistes. Même si Hugo Chavez était un président démocratiquement élu, sa ferme opposition à la politique du géant américains sur ses voisins du sud a obligé tous les méfias français à se demander si Hugo Chavez était un démocrate. Question bien troublante, avouons-le, car elle laisse croire qu'un démocrate ne peut être ennemi d'un pays démocratique.

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Si tous les commentateurs sont d'accord pour assurer que, grâce à sa politique, Hugo Chavez a éradiqué l'analphabétisme et favorisé l'accès à l'enseignement supérieur au plus grand nombre de ses jeunes concitoyens, qu'il a donné confiance aux plus démunis par un programme social et sanitaire sans équivalent dans un pays sous-développé, personne ne lui épargne les critiques sur la gestion de l'argent du pétrole dont son pays est l'un des grands producteurs mondiaux. Heureusement, on ne manque pas de souligner qu'il est aimé, voire adoré par son peuple ; mais on lui reproche d'être trop dirigiste et trop populiste. Toutes ces critiques qui accompagnent ces éloges sont-elles vraiment suffisantes pour faire de l'homme un dictateur, un antidémocrate ?

L'animosité des européens à son égard semble ailleurs que dans le "bilan mitigé" qu'ils dressent du pouvoir d'Hugo Chavez. En France, quand le général de Gaulle jouissait d'une incontestable popularité, n'en avait-t-il pas profité pour s'octroyer les pleins pouvoirs dans bien des domaines, notamment dans la politique étrangère de son pays ? N'était-il pas dirigiste, laissant peu de place à ses amis et à ses opposants ? N'était-il pas alors un dictateur et un antidémocrate ? Certaines personnalités françaises le considéraient d'ailleurs comme tel. Souvenons-nous du "coup d'état permanent" de François Mitterrand qualifiant son régime ; souvenons-nous de Pierre Mendès France le traitant de "monarchie non héréditaire". Aujourd'hui, certaines voix - trop faibles certes, mais qui existent quand même - n'hésitent pas à dire que le pouvoir, en France, - héritage de ce qui a été dessiné par Charles de Gaulle - s'apparente beaucoup à une oligarchie, un pouvoir limité à une élite formée dans les mêmes cercles, fréquentant les mêmes milieux. Victorin Lurel, le ministre français des Outre-Mer de François Hollande, a donc vu juste quand, répondant à toutes ces critiques, il a rapproché le pouvoir de Chavez à celui du général de Gaulle.

A vrai dire, si Hugo Chavez n'est pas assez démocrate pour les démocraties européennes, c'est parce qu'il a réussi à préserver le pétrole de son pays de toute emprise étrangère. Il le gère mal peut-être. Mais est-ce une raison pour le laisser en des mains étrangères ? N'oublions pas que ELF, l'outil françafricain de la France a subi un cuisant échec dans sa tentative de corrompre les vénézuéliens pour s'introduire dans l'exploitation et la gestion de leur pétrole (1). De toute évidence, l'indépendance de ce pays par rapport aux grandes sociétés occidentales ne plaît guère. Forcément, ce souci d'indépendance ne faisait pas d'Hugo Chavez un ami parce qu'il n'était pas leur allié mais celui des Russes et des Chinois et aussi parce qu'on lui prêtait une entente cordiale avec Kadhafi et le syrien Bachar el Assad. C'est bien connu : l'ami de mes adversaires et de mes ennemis est toujours suspect ou carrément un ennemi.

Hugo Chavez quitte la scène politique de son pays et du monde la tête haute et le coeur tranquille. Il a réussi ce que peu de dirigeants des pays sous-développés ont été capables de réaliser : il a redonné à son peuple sa fierté, son identité face au géant américain qui, dans le passé, exerçait son autorité sur le Venezuela. Chavez est un Indien et non un fils de colon espagnol. Il est la victoire des opprimés, des anciens esclaves sur les colons. Cela, il le savait et son peuple le sait. Et cela expliquait clairement son attachement à l'émancipation économique des pays africains. Mais parce que les Européens voient, avec sa mort, l'opportunité de tenter une nouvelle incursion au Venezuela, ils minimisent cette victoire de l'homme pour mieux souligner ses insuffisances.

(1) : Nicolas Lambert qui s'est passionné pour le procès Elf en a fait un spectacle qui tourne avec succès depuis 2003 ("Elf, la pompe Afrique").

Raphaël ADJOBI

20/12/2012

A quoi servent les O.N.G. ?


les o.n.g. et le tiers monde,les o.n.g. sont-elles des espions ? qui profite des o.n.g ?« Les O.N.G. sont en train de s’en aller. Je m’en félicite. A cause d’elles, les loyers ont explosé et deviennent inaccessibles aux Haïtiens. Il n’y a plus de bons profs dans nos lycées parce qu’ils sont débauchés par les O.N.G. Pour beaucoup, les Haïtiens ne sont qu’un troupeau. Les organisations véhiculent une politique de compassion qui s’oppose à la logique structurante dont nous aurions besoin. Même si les individus sont parfois de bonne foi, elles luttent souvent d’abord pour leur visibilité, et trop de paumés viennent ici justifier leur existence. »*

Ce sont là quelques lignes des propos du journaliste, écrivain et professeur de lettres haïtien Lyonnel Trouillot faisant le bilan de l’action des O.N.G. dans son pays. Dans ces paroles, nous pouvons aisément relever deux constantes des reproches faites aux Organisations Non Gouvernementales qui agissent dans les pays du tiers monde pour des causes toutes qualifiées d’humanitaires : la lutte acharnée pour leur visibilité et le recrutement d’une armée de paumés pour qui le tiers monde est un salvateur exutoire.

Une armée de paumés au service d’un sigle

En novembre 2012, l’association française SNEHASADAN - qui œuvre pour sortir les enfants des rues indiennes - a collaboré avec un groupe de trois artistes dijonnais dénommé Hypothèse 222 pour réaliser et présenter un petit documentaire fort intéressant au public de la bibliothèque de Saint-Apollinaire. Dans ce film, le responsable indien de SNEHASADAN soulignait sans détour la grande manie, sinon le souci principal des O.N.G, qui est la lutte pour la suprématie ; état de chose qui incite les enfants à une sorte de chantage pour attiser la concurrence entre les différentes organisations.

De toute évidence la notion de chiffre et la recherche de la notoriété sont les grandes préoccupations des O.N.G. et non point l’efficacité de l’action auprès des victimes et des démunis auxquels elles sont censés apporter réconfort et soulagement. Certes, personne ne nie la bonne foi de nombreux engagés au service de ces organisations. Et personne n’ira chercher chez ces employés une âme plus humaine que le commun des mortels. Leur engagement est motivé avant tout par le travail rémunéré et l’aventure. Deux préoccupations tout à fait humaines et louables. Le sentiment d’être utile aux autres peut être aussi considéré comme une motivation pour certains d’entre eux. En d’autres termes, une certaine bonne foi en la fraternité humaine peut éclairer l’action de certains de ces employés de l’humanitaire. Mais d’une façon générale, ce sont des rêveurs ou des paumés à la recherche d’un sens à leur existence qui deviennent, sans le savoir, la main séculière de tout un système souvent prédateur comme l’a si bien montré l’affaire de l’Arche de Zoé.

D’ailleurs, personne n’est dupe. Dès que l’on remonte un peu au sommet de la structure de chacune des grandes O.N.G., on perd de vue les principes humanitaires pour ne toucher que les soucis de notoriété et d’influence locale ou internationale. On peut affirmer que dans le domaine de l’humanitaire, quand on est un petit groupe insignifiant, on privilégie l’aide à l’autre ; et quand on devient influent, on privilégie l’information et la communication avec les grandes structures politiques des grandes puissances mondiales. C’est donc clairement aux grandes puissances que profite l’action des O.N.G.

Les O.N.G. espions des grandes puissances mondiales

On les appelle communément des Organisations Non Gouvernementales. Cependant, elles ne sont pas exemptes des aides des nations européennes et nord-américaines. A la fin de novembre 2012, le gouvernement français a dit qu’il réviserait à la hausse son aide aux O.N.G. Il est difficile de savoir exactement ce qu’obtient chacune des organisations qui vivent des bonnes grâces des états ou des grandes fortunes de ce monde, ou encore du lobbying des stars du rock qui entretiennent toujours des rapports ambigus avec les politiques. Mais il faut convenir que tout cela ne se fait pas sans contrepartie.

Comment croyez-vous que L’ONU et la CPI – pour ne citer que celles-là – obtiennent des informations et des statistiques sur les situations humaines les plus inimaginables ? Comment se fait-il que certaines informations sont très vite publiées par les O.N.G. alors que celles-ci ne font jamais cas de situations affreuses qui nous tiennent en haleine ? Aujourd’hui où certains groupes de presse hésitent - pour des raisons financières, disent-ils - à envoyer des reporters dans les différents coins du monde pour recueillir des informations, les journaux européens se contentent très souvent des témoignages des organisations dites humanitaires. Moyennant finance, celles-ci passent de plus en plus de temps au traitement de l’information sur les lieux où elles opèrent plutôt que de se consacrer purement à l’aide aux populations. N’entend-on pas souvent louer ça et là l’activisme des O.N.G. qui aident à dénoncer les maux des "dictatures" ? En perdant ainsi leur caractère humanitaire, les O.N.G. se comportent en véritables espions travaillant au profit des nations puissantes. Et, comme les casques bleus qui quittent rarement un pays qu’ils ont envahi sous le prétexte d’action humanitaire, les O.N.G. profitent des crises au sein des nations pauvres pour installer durablement leur emprise et y faire la loi dans bien des domaines grâce à leur pouvoir financier.

« On a récemment rasé le Palais national, dit encore Lyonnel Trouillot. Cette mesure a été très mal vécue par le peuple, pour qui le palais, même endommagé, restait une source de grande fierté. Pourquoi avoir finalement attendu deux ans, pour qu’à la fin Sean Penn le démolisse ? [ C’est l’ONG de la star qui est en charge du chantier] Je voudrais que ne restent ici que les organisations qui répondent à une demande haïtienne. »* Malheureusement pour Lyonnel Trouillot et pour les peuples du tiers monde, il ne leur appartient pas de dire quelle O.N.G. doit s’implanter dans tel ou tel pays. Ces organisations non gouvernementales font penser aux rôles que jouaient certaines missions religieuses dans les colonies. Derrière la bonne conscience que procure l’aide officielle accordée aux pauvres par la multitude des O.N.G., s’active la main rampante des puissances étrangères qui pillent les matières premières africaines, marchandent leur entrée dans diverses structures des états et confisquent des pans entiers de l’économie des pays du tiers monde.

* Propos recueillis par Hubert Prolongeau et publiés dans Télérama n° 3279 du 17 au 23 novembre 2012.

Raphaël ADJOBI