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09/05/2013

Après l'incendie du camp de refugiés d'Avepozo : l'Afrique aurait-elle perdu son humanité au Togo ?


Avepozo, Refugiés ivoiriens au Togo, les Africains sont-ils encore humains ? Incendie d'Avepozo Maintenant que les cris d'horreur et d'étonnement ont fait place à une profonde indignation, penchons-nous sérieusement sur l'attaque et l'incendie du camp de refugiés ivoiriens d'Avepozo par l'armée togolaise. Pour bien comprendre à quelle Afrique nous sommes parvenus, il importe - en se fiant aux faits - que chacun se pose des questions sur les sentiments que les Noirs d'Afrique nourrissent les uns à l'égard des autres au-delà des frontières nationales.

Aucun Africain n'ignore l'intensité du drame qui a frappé la Côte d'Ivoire suite aux élections de 2010. Aucun Africain n'ignore comment un président déclaré élu par la constitution de son pays a été remplacé par celui que la France et l'ONU avaient choisi. Aucun Africain n'ignore la chasse à l'homme déclarée par Alassane Ouattara - puisque c'est de lui qu'il s'agit - contre tous ceux qu'il juge partisan de celui qu'il a destiné aux geôles de l'Europe. Enfin, personne n'ignore les massacres de Douékoué , ceux du camp de refugiés de Nahibly et l'occupation des terres de l'ouest par les Burkinabés en récompense de leur contribution à la guerre contre Laurent Gbagbo ; trois faits qui sont à l'origine de l'exil de milliers d'Ivoiriens au Ghana, au Libéria et au Togo.

En partant de cette idée que nous n'ignorons pas cette actualité et plus particulièrement l'état d'exilé d'un grand nombre de personnes, nous pouvons nous demander ce qui explique ou justifie l'incendie du camp d'Avepozo et la violence exercée par les forces militaires togolaises à l'encontre des refugiés ivoiriens. Représentaient-ils une menace pour les populations togolaises ? Menaçaient-ils l'emploi ou la sécurité des togolais ? Ce camp de refugiés était-il devenu un lieu de trafic de quelque produit illicite à une échelle telle que seuls le feu et la violence physique sont capables d'éradiquer le mal ? Il serait bon que les gouvernants togolais s'expriment sur l'événement en prenant en compte le sentiment d'étonnement des Africains. Je dis bien le sentiment d'étonnement des Africains et non pas seulement celui des Ivoiriens.

Pour l'heure, tous les observateurs attentifs s'en tiennent à une seule réalité des faits : les refugiés ivoiriens dans le camp officiel du UNHCR - et donc pas un camp clandestin - n'ont commis d'autre crime que de dénoncer la privation de nourriture et de soin dont ils étaient frappés. Tout être intelligent sait très bien que dénoncer un état de privation signifie simplement réclamer de la nourriture et des soins. Ce cri de détresse méritait-il une telle violence comme réponse ? Il serait bon, il serait digne de la part des autorités togolaises de ne pas rester muettes sur un tel acte frappant une population étrangère reconnue officiellement sur son sol par une institution des Nations Unies. Oui, messieurs les gouvernants togolais, vous avez le devoir de parler pour la dignité de l'Afrique que nous réclamons de tous nos voeux. Ne demeurez pas dans le silence qui ferait croire à une éternelle faiblesse de l'homme noir devant les faits politiques majeurs. Personne ne peut se contenter de l'idée que les refugiés ont revêtu l'uniforme de l'armée togolaise pour ensuite mettre le feu aux tentes et aux cabanes avant de se flageller. Rompez avec l'habitude de vous murer dans le silence inhumain qui n'est rien qu'une fuite des responsabilités pour un état.

On peut par ailleurs constater que malgré la gravité de l'événement, aucune organisation africaine émanant de la société civile n'a daigné interpeller le gouvernement togolais. Certes, nous savons tous que la plus grande et la plus illustre organisation africaine qu'est l'U.A. est devenue un organe politique fantôme dont aucun peuple africain ne peut tirer quelque bénéfice dans une situation moralement dramatique ou matériellement catastrophique. Mais force est de constater qu'au sein des nations africaines, l'absence d'organisations civiles capables d'interpeller les autorités nationales ou internationales sur des faits touchant une catégorie sociale est une carence inadmissible. Cela aboutit forcément à une indifférence générale à l'égard des malheurs d'autrui. On est tenté de crier : Afrique, où est ta légendaire humanité ?

De toute évidence, l'incendie du camp d'Avepozo et la violence subie par des refugiés Ivoiriens posent la question de l'hospitalité et de l'humanité africaines en cas de drame nécessitant un asile sûr. Dans presque toutes les sociétés africaines, il est de coutume que celui qui fuit un lynchage, quel que soit la gravité de son forfait, s'il réussit à se refugier aux pieds d'un vieil homme - donc dans le sein d'une autorité - bénéficie automatiquement de la protection officielle des sages de la localité jusqu'à l'heure de son jugement. Jamais, au grand jamais, celui dont le fugitif a embrassé les pieds en signe de demande de refuge ne le livre à la vindicte populaire. L'incendie d'Avepozo est donc une désacralisation de l'hospitalité et surtout de l'humanité africaine. Ce qui constitue une raison supplémentaire pour exiger des autorités togolaises des explications officielles. C'est également une raison supplémentaire pour les organisations de la société civile togolaise - si elles existent - de demander des comptes à leurs autorités. On devrait même en pareille circonstance entendre les voix des élus du peuple togolais.

Cette relation pacifique entre les organisations de la société civile et les gouvernants d'une part, et celle entre les élus et le pouvoir exécutif d'autre part devrait permettre aux sociétés africaines d'aller vers plus de justice et plus d'humanité en cas de drame humain. Il n'est pas bon, disons-le sincèrement, il n'est pas bon que dans les pays africains, quiconque prend la parole et interroge les gouvernants apparaisse à leurs yeux comme un adversaire ou un ennemi qui ne cherche qu'à prendre leur place. Non seulement une attitude aussi puérile n'honore pas l'Afrique mais elle est le frein essentiel à l'émergence des idées, de la réflexion et de l'évolution des mentalités.

Raphaël ADJOBI

23/04/2013

Elections municipales et régionales 2013 : le FPI sauve sa peau !


Eections ivoiriennes de 2013, le FPI et les élections de 2013, Violences postélectorales, Ouattara est-il un dictateur ? Le FPI évite la mort politique Ce que l’on peut retenir des violences qui ont accompagné les élections municipales et régionales de cette année 2013 - les premières sous la dictature ouattariste – c’est qu’elles blanchissent le FPI des troubles postélectoraux de 2010. Désormais, tout le monde sait qu’en l’absence de ce parti, les meilleurs amis – le RDR et le PDCI – sont capables de se battre comme des chiens enragés parce qu’incapables de respecter les règles d’une élection qu’ils ont organisée à deux pour se partager la gestion du pays.

La décision de ne pas participer à ces deux élections conjointes n’a pas été facile à prendre au sein du FPI. Nombreux étaient ses membres qui regardaient le manque à gagner plutôt que l’idéal démocratique cher à Laurent Gbagbo. Ils ont, un moment, voulu tourner le dos au combat dans lequel est résolument engagée la grande majorité des ivoiriens à l’intérieur comme à l’extérieur du pays ; à savoir, d’une part, la dénonciation de l’injustice faite aux Ivoiriens emprisonnés, exilés, expropriés, et d’autre part, l’exigence de la création des conditions nécessaires à une véritable réconciliation et à des élections réellement démocratiques.

Le FPI a donc évité un deuxième engagement dans une course électorale n’ayant pas réuni les conditions démocratiques attendues. Il a évité de se salir pour donner bonne conscience au pouvoir en place. Il n’a pas accordé au RDR et au PDCI le sceau de la légitimité nationale qu’ils espéraient depuis deux ans. Effectivement, si tous les partis avaient participé au jeu de ces dernières élections, cela aurait signifié qu’ils étaient tous d’accord avec les règles et les conditions. Or, ni en 2010, ni en 2013, les conditions d’une élection démocratique n’avaient été réunies. Hier, pressés par la communauté internationale voulant satisfaire les intentions inavouées du RDR, le FPI et Laurent Gbagbo avaient fait un faux pas suicidaire. Aujourd’hui, libre de toute pression, la réflexion a évité à ce parti l’engrenage du ridicule. Et cadeau inattendu, il a évité d’être à nouveau impliqué dans des troubles postélectoraux.

Bravo donc au FPI. Maintenant, il faudra gagner le combat de la création des conditions nécessaires à la fois au débat démocratique et aux élections de la même étoffe. Pour ce faire, le parti ne devra pas négliger la campagne de communication à l’intérieure et surtout à l’extérieur du pays. Il faudra tout mettre en œuvre pour que ce qui n’a pas été fait avant 2010 soit fait aujourd’hui. Il s’agira de convaincre, de pousser ceux qui ont donné leur bénédiction au pouvoir actuel à ouvrir les yeux sur les plaies du pays. Si la dictature ouattariste se poursuit, au moins plus personne ici ou ailleurs ne pourra dire « je ne savais pas ». L’urgence, ce n’est pas l’économique ; dans ce domaine les Ivoiriens n'attendent rien de particulier puisque Ouattara ne s’est pas révélé meilleur que Laurent Gbagbo l’historien. L’urgence ce sont le politique et le social. Il faut donc - avec l’aide de ceux qui l’ont installé au pouvoir et qui semblent désormais entrés dans le doute - obliger Ouattara à aller vers la table de la vraie réconciliation et de la vraie démocratie dont sa venue a interrompu la marche.

Raphaël ADJOBI

13/03/2013

Hugo Chavez, héros des actualités en Europe

Hugo Chavez, actualités en Erope, Chavez vu d'Europe, Le Venezuela et les Etats-Unis, Chavez et les Etats-Unis La personnalité politique ayant occupé le devant de la scène en France et ailleurs en Europe au début de ce mois de Mars 2013 est incontestablement Hugo Chavez. Pourquoi la mort a-t-elle fait de lui, subitement, l'objet de toutes les attentions des pays occidentaux ? La pluie d'informations sur Chavez et le Venezuela qui tombe sur l'Europe finit par susciter des interrogations.

Tout le monde retient du président vénézuélien sa farouche opposition à la politique des Etats-Unis en Amérique du sud. Cela a suffi pour faire de lui un antidémocrate dans les milieux européens et un dictateur aux yeux de leurs journalistes. Même si Hugo Chavez était un président démocratiquement élu, sa ferme opposition à la politique du géant américains sur ses voisins du sud a obligé tous les méfias français à se demander si Hugo Chavez était un démocrate. Question bien troublante, avouons-le, car elle laisse croire qu'un démocrate ne peut être ennemi d'un pays démocratique.

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Si tous les commentateurs sont d'accord pour assurer que, grâce à sa politique, Hugo Chavez a éradiqué l'analphabétisme et favorisé l'accès à l'enseignement supérieur au plus grand nombre de ses jeunes concitoyens, qu'il a donné confiance aux plus démunis par un programme social et sanitaire sans équivalent dans un pays sous-développé, personne ne lui épargne les critiques sur la gestion de l'argent du pétrole dont son pays est l'un des grands producteurs mondiaux. Heureusement, on ne manque pas de souligner qu'il est aimé, voire adoré par son peuple ; mais on lui reproche d'être trop dirigiste et trop populiste. Toutes ces critiques qui accompagnent ces éloges sont-elles vraiment suffisantes pour faire de l'homme un dictateur, un antidémocrate ?

L'animosité des européens à son égard semble ailleurs que dans le "bilan mitigé" qu'ils dressent du pouvoir d'Hugo Chavez. En France, quand le général de Gaulle jouissait d'une incontestable popularité, n'en avait-t-il pas profité pour s'octroyer les pleins pouvoirs dans bien des domaines, notamment dans la politique étrangère de son pays ? N'était-il pas dirigiste, laissant peu de place à ses amis et à ses opposants ? N'était-il pas alors un dictateur et un antidémocrate ? Certaines personnalités françaises le considéraient d'ailleurs comme tel. Souvenons-nous du "coup d'état permanent" de François Mitterrand qualifiant son régime ; souvenons-nous de Pierre Mendès France le traitant de "monarchie non héréditaire". Aujourd'hui, certaines voix - trop faibles certes, mais qui existent quand même - n'hésitent pas à dire que le pouvoir, en France, - héritage de ce qui a été dessiné par Charles de Gaulle - s'apparente beaucoup à une oligarchie, un pouvoir limité à une élite formée dans les mêmes cercles, fréquentant les mêmes milieux. Victorin Lurel, le ministre français des Outre-Mer de François Hollande, a donc vu juste quand, répondant à toutes ces critiques, il a rapproché le pouvoir de Chavez à celui du général de Gaulle.

A vrai dire, si Hugo Chavez n'est pas assez démocrate pour les démocraties européennes, c'est parce qu'il a réussi à préserver le pétrole de son pays de toute emprise étrangère. Il le gère mal peut-être. Mais est-ce une raison pour le laisser en des mains étrangères ? N'oublions pas que ELF, l'outil françafricain de la France a subi un cuisant échec dans sa tentative de corrompre les vénézuéliens pour s'introduire dans l'exploitation et la gestion de leur pétrole (1). De toute évidence, l'indépendance de ce pays par rapport aux grandes sociétés occidentales ne plaît guère. Forcément, ce souci d'indépendance ne faisait pas d'Hugo Chavez un ami parce qu'il n'était pas leur allié mais celui des Russes et des Chinois et aussi parce qu'on lui prêtait une entente cordiale avec Kadhafi et le syrien Bachar el Assad. C'est bien connu : l'ami de mes adversaires et de mes ennemis est toujours suspect ou carrément un ennemi.

Hugo Chavez quitte la scène politique de son pays et du monde la tête haute et le coeur tranquille. Il a réussi ce que peu de dirigeants des pays sous-développés ont été capables de réaliser : il a redonné à son peuple sa fierté, son identité face au géant américain qui, dans le passé, exerçait son autorité sur le Venezuela. Chavez est un Indien et non un fils de colon espagnol. Il est la victoire des opprimés, des anciens esclaves sur les colons. Cela, il le savait et son peuple le sait. Et cela expliquait clairement son attachement à l'émancipation économique des pays africains. Mais parce que les Européens voient, avec sa mort, l'opportunité de tenter une nouvelle incursion au Venezuela, ils minimisent cette victoire de l'homme pour mieux souligner ses insuffisances.

(1) : Nicolas Lambert qui s'est passionné pour le procès Elf en a fait un spectacle qui tourne avec succès depuis 2003 ("Elf, la pompe Afrique").

Raphaël ADJOBI

20/12/2012

A quoi servent les O.N.G. ?


les o.n.g. et le tiers monde,les o.n.g. sont-elles des espions ? qui profite des o.n.g ?« Les O.N.G. sont en train de s’en aller. Je m’en félicite. A cause d’elles, les loyers ont explosé et deviennent inaccessibles aux Haïtiens. Il n’y a plus de bons profs dans nos lycées parce qu’ils sont débauchés par les O.N.G. Pour beaucoup, les Haïtiens ne sont qu’un troupeau. Les organisations véhiculent une politique de compassion qui s’oppose à la logique structurante dont nous aurions besoin. Même si les individus sont parfois de bonne foi, elles luttent souvent d’abord pour leur visibilité, et trop de paumés viennent ici justifier leur existence. »*

Ce sont là quelques lignes des propos du journaliste, écrivain et professeur de lettres haïtien Lyonnel Trouillot faisant le bilan de l’action des O.N.G. dans son pays. Dans ces paroles, nous pouvons aisément relever deux constantes des reproches faites aux Organisations Non Gouvernementales qui agissent dans les pays du tiers monde pour des causes toutes qualifiées d’humanitaires : la lutte acharnée pour leur visibilité et le recrutement d’une armée de paumés pour qui le tiers monde est un salvateur exutoire.

Une armée de paumés au service d’un sigle

En novembre 2012, l’association française SNEHASADAN - qui œuvre pour sortir les enfants des rues indiennes - a collaboré avec un groupe de trois artistes dijonnais dénommé Hypothèse 222 pour réaliser et présenter un petit documentaire fort intéressant au public de la bibliothèque de Saint-Apollinaire. Dans ce film, le responsable indien de SNEHASADAN soulignait sans détour la grande manie, sinon le souci principal des O.N.G, qui est la lutte pour la suprématie ; état de chose qui incite les enfants à une sorte de chantage pour attiser la concurrence entre les différentes organisations.

De toute évidence la notion de chiffre et la recherche de la notoriété sont les grandes préoccupations des O.N.G. et non point l’efficacité de l’action auprès des victimes et des démunis auxquels elles sont censés apporter réconfort et soulagement. Certes, personne ne nie la bonne foi de nombreux engagés au service de ces organisations. Et personne n’ira chercher chez ces employés une âme plus humaine que le commun des mortels. Leur engagement est motivé avant tout par le travail rémunéré et l’aventure. Deux préoccupations tout à fait humaines et louables. Le sentiment d’être utile aux autres peut être aussi considéré comme une motivation pour certains d’entre eux. En d’autres termes, une certaine bonne foi en la fraternité humaine peut éclairer l’action de certains de ces employés de l’humanitaire. Mais d’une façon générale, ce sont des rêveurs ou des paumés à la recherche d’un sens à leur existence qui deviennent, sans le savoir, la main séculière de tout un système souvent prédateur comme l’a si bien montré l’affaire de l’Arche de Zoé.

D’ailleurs, personne n’est dupe. Dès que l’on remonte un peu au sommet de la structure de chacune des grandes O.N.G., on perd de vue les principes humanitaires pour ne toucher que les soucis de notoriété et d’influence locale ou internationale. On peut affirmer que dans le domaine de l’humanitaire, quand on est un petit groupe insignifiant, on privilégie l’aide à l’autre ; et quand on devient influent, on privilégie l’information et la communication avec les grandes structures politiques des grandes puissances mondiales. C’est donc clairement aux grandes puissances que profite l’action des O.N.G.

Les O.N.G. espions des grandes puissances mondiales

On les appelle communément des Organisations Non Gouvernementales. Cependant, elles ne sont pas exemptes des aides des nations européennes et nord-américaines. A la fin de novembre 2012, le gouvernement français a dit qu’il réviserait à la hausse son aide aux O.N.G. Il est difficile de savoir exactement ce qu’obtient chacune des organisations qui vivent des bonnes grâces des états ou des grandes fortunes de ce monde, ou encore du lobbying des stars du rock qui entretiennent toujours des rapports ambigus avec les politiques. Mais il faut convenir que tout cela ne se fait pas sans contrepartie.

Comment croyez-vous que L’ONU et la CPI – pour ne citer que celles-là – obtiennent des informations et des statistiques sur les situations humaines les plus inimaginables ? Comment se fait-il que certaines informations sont très vite publiées par les O.N.G. alors que celles-ci ne font jamais cas de situations affreuses qui nous tiennent en haleine ? Aujourd’hui où certains groupes de presse hésitent - pour des raisons financières, disent-ils - à envoyer des reporters dans les différents coins du monde pour recueillir des informations, les journaux européens se contentent très souvent des témoignages des organisations dites humanitaires. Moyennant finance, celles-ci passent de plus en plus de temps au traitement de l’information sur les lieux où elles opèrent plutôt que de se consacrer purement à l’aide aux populations. N’entend-on pas souvent louer ça et là l’activisme des O.N.G. qui aident à dénoncer les maux des "dictatures" ? En perdant ainsi leur caractère humanitaire, les O.N.G. se comportent en véritables espions travaillant au profit des nations puissantes. Et, comme les casques bleus qui quittent rarement un pays qu’ils ont envahi sous le prétexte d’action humanitaire, les O.N.G. profitent des crises au sein des nations pauvres pour installer durablement leur emprise et y faire la loi dans bien des domaines grâce à leur pouvoir financier.

« On a récemment rasé le Palais national, dit encore Lyonnel Trouillot. Cette mesure a été très mal vécue par le peuple, pour qui le palais, même endommagé, restait une source de grande fierté. Pourquoi avoir finalement attendu deux ans, pour qu’à la fin Sean Penn le démolisse ? [ C’est l’ONG de la star qui est en charge du chantier] Je voudrais que ne restent ici que les organisations qui répondent à une demande haïtienne. »* Malheureusement pour Lyonnel Trouillot et pour les peuples du tiers monde, il ne leur appartient pas de dire quelle O.N.G. doit s’implanter dans tel ou tel pays. Ces organisations non gouvernementales font penser aux rôles que jouaient certaines missions religieuses dans les colonies. Derrière la bonne conscience que procure l’aide officielle accordée aux pauvres par la multitude des O.N.G., s’active la main rampante des puissances étrangères qui pillent les matières premières africaines, marchandent leur entrée dans diverses structures des états et confisquent des pans entiers de l’économie des pays du tiers monde.

* Propos recueillis par Hubert Prolongeau et publiés dans Télérama n° 3279 du 17 au 23 novembre 2012.

Raphaël ADJOBI

25/11/2012

L'U.M.P, la Côte d'Ivoire et l'expérience de la démocratie

L'occasion est belle pour les Ivoiriens et même pour certaines personnalités politiques françaises de parler du bien-fondé du bombardement du palais présidentiel ivoirien puis du transfèrement de Laurent Gbagbo à La Haye. Ce qui était arrivé en Côte d'Ivoire s'était déjà produit ailleurs. Même une vieille démocratie comme celle des Etats-Unis a connu ce couac en 2000 quand George Bush et Al Gore concouraient à la présidence de ce pays. La France se rend compte brutalement que ça n'arrive pas qu'aux autres.

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A vrai dire, la droite française - et plus singulièrement l'U.M.P. - ignore tout de l'expérience démocratique en son sein. Elle n'a jamais connu les débats houleux qui ont toujours eu lieu à gauche où socialistes, communistes, écologistes et militants d'extrême-gauche ne cessent de se déchirer puis de se réconcilier. Nous avons toujours eu d'un côté la gauche plurielle et de l'autre la droite monolithique. A gauche, au sein même du parti socialiste, on ne se gêne pas d'installer des débats houleux. Ainsi, récemment, ce parti avait décidé d'instaurer des primaires pour le choix de son candidat aux élections présidentielles. Sarkozy, Fillon, Copé et tout l'U.M.P avaient alors beaucoup ri. Quoi ? Prêter le flanc à la critique populaire ? Quelle honte ! Puis, devant le succès de cette expérience largement approuvée par l'opinion publique française, voilà que la droite s'est mise à rêver de démocratie. Mais on ne devient pas démocrate du jour au lendemain.

L'U.M.P. se déchire, L'expérience démocratique, La droite française et Laurent Gbagbo, La droite Française et la démocratie, la droite est-elle démocratique ? Si la droite au pouvoir s'est permise d'aller bombarder le palais présidentiel en Côte d'Ivoire pour en déloger Laurent Gbagbo malgré sa proposition de recompter les voix afin de juger le vrai du faux, c'est justement parce qu'elle n'a jamais connu que la pratique du copinage et des liens incestueux avec les pouvoirs de l'argent. Dans ce milieu politique, on ne marche qu'avec ceux dont la bourse est bien pleine ou qui peuvent contribuer à remplir celle du clan. Gbagbo pensait aux intérêts de la Côte d'Ivoire et Ouattara à ceux de la France. Le choix de la droite française était vite fait. L'expérience de la démocratie que la Côte d'Ivoire vivait alors était le dernier des soucis de Sarkozy et de l'U.M.P. Laurent Gbagbo avait proposé les mêmes voies de recherche de la vérité avancées aujourd'hui en France : recompter les voix, s'en remettre à une commission indépendante. On se souvient qu'il s'était remis en toute confiance entre les mains de ses pairs africains qui se sont finalement montrés indignes de cette tâche parce que pressés par Sarkozy de lui obéir. Laurent Gbagbo s'était montré un homme sage et avisé ; mais il avait le tort d'être un nègre et de surcroît un Africain. Quand Fillon clame que l'UM.P. ne peut pas vivre sur un mensonge, il faut entendre que la Côte d'Ivoire peut se contenter d'un pouvoir né du mensonge. Et quand il affirme qu'il y a une rupture morale et politique au sein de son parti, c'est-à-dire qu'une partie de l'U.M.P s'est fait siennes les thèses de l'extrême-droite s'écartant ainsi de l'idéal commun, il faut entendre qu'une partie de la Côte d'ivoire peut se vendre sans honte à la France sans que cela constitue une rupture politique et morale pour les Ivoiriens. L'U.M.P. et ses leaders découvrent tout à coup des pans nouveaux de la démocratie et leurs propos sont comme un écho à ceux de Laurent Gbagbo et du F.P.I. qu'ils ont traités avec beaucoup de mépris. Tout le monde découvre donc que l'ancien président ivoirien était démocrate avant tous les leaders politiques de la droite française ! Aujourd'hui, ces derniers marchent dans ses traces pour trouver une solution digne et démocratique à la crise de leur parti.

Assurément, la droite balbutie parce qu'elle n'a jamais aimé la démocratie et ne l'a jamais pratiquée. Celle-ci lui a été imposée progressivement à partir du XIXe siècle alors qu'elle était fermement accrochée à l'aristocratie et à la grande bourgeoisie. En France, la démocratie a été une conquête progressive, une expérience parfois douloureuse, parfois injuste quand elle ne reconnaissait que le vote masculin. Aujourd'hui, vu le souci de clarté au niveau du dépouillement des bulletins, aucune élection se voulant démocratique n'est à l'abri des contestations et des demandes d'une vérification supplémentaire ; surtout quand les scores apparaissent serrés. C'est une règle qui devient fondamentale dans tout processus démocratique. Il n'y a donc aucune honte à la mettre en pratique comme on a bien voulu nous le faire croire quand cela est arrivé en Côte d'Ivoire.

Si l'éveil à la démocratie est douloureux pour la droite française, les dirigeants africains et leurs peuples doivent être totalement perdus en voyant leurs maîtres ès démocratie empêtrés dans leurs cours. Quand ils lisent que dans un pays comme la France, une élection à échelle réduite produit 30 % de fautes ou fraudes (25% de fautes mineures et 5% de fautes graves), ils s'imaginent aisément l'ampleur des fraudes dans les élections présidentielles européennes. Oui, ils découvrent que les Blancs aussi sont des tricheurs, des voleurs. Et pourtant, ce sont ceux-là qui leur enseignent outre la démocratie, la bonne foi, l'impartialité et la bonne gouvernance.

Question : quand Fillon demandait la constitution d'une commission indépendante pour superviser les vérifications, avait-il un moment pensé à des personnalités qui ne seraient pas membres de l'U.M.P. ? Pourquoi n'avait-il pas faire appel à Alassane Ouattara, Abdoulaye Wade, Blaise Compaoré et Ali Bongo ? Ce sont bien des facilitateurs agréés par la France et qui ont acquis leur expérience sous sa houlette.

Raphaël ADJOBI