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24/09/2012

Tombouctou, mon amour

L'Azawad et nous, Les Maliens et l'Azawad, Tomouctou et l'Azawad, Sidiki Kaba. De toutes les anciennes villes noires de l’ère moderne, Tombouctou, cité sahélienne, située en plein cœur de l’Afrique occidentale, est certainement la plus connue à travers le monde. Tombouctou rime avec commerce caravanier, Tombouctou est synonyme de jonction entre l’Afrique noire et le monde arabe, Tombouctou évoque aussi l’Afrique des intellectuels et des échanges culturels avec l’Afrique du Nord. Dans l’esprit des Français d’une certaine époque, Tombouctou était un nom mythique grâce à René Caillé.

Que reste-t-il aujourd’hui de Tombouctou ? Presque rien ! Mais ce qui nous reste est sans doute l’essentiel : nos rêves, notre amour ! Couchée sous le soleil accablant à la lisière du désert, il ne reste de vie à cette ville que les palpitations de son cœur savamment entretenue : sa mosquée ! De temps à autre, comme pour entretenir le faible amour qui dort encore en nous pour cette cité, une main poussiéreuse brandissait devant nos yeux une pile de manuscrits sans grand intérêt parce que ne renfermant que des comptes de marchands, de charlatans et de trafiquants de tous horizons. Avec sa mosquée et ses manuscrits en lambeaux, Tombouctou n’était plus depuis très longtemps en effet que la seule marque vivante et visible d’un passé à jamais révolu de l’immense Afrique occidentale. Et c’est justement pour cette unique raison que les récents événements qui ont touché le pays qui l’abrite ont fait taire les querelles entre Africains et Européens et poussé les uns et les autres à ne penser qu’à sauver la petite flamme que nous avons encore dans notre cœur pour elle.

L'Azawad et nous, Les Maliens et l'Azawad, Tomouctou et l'Azawad, Sidiki Kaba.



Le Mali qui a envoyé des centaines de bandits guerroyer en Côte d’Ivoire* et couper ce pays en deux trouve anormal d’être coupé en deux ! En Côte d’Ivoire, la ligne qui pendant un temps a partagé le pays était le fait de la guerre et non pas le résultat d’une revendication territoriale. De ce fait, une grande partie du territoire des sudistes était restée sous les armes nordistes au point que les populations prisonnières demandaient à être rattachées à leurs semblables. Au Mali, les Touaregs disent se contenter de leur territoire habituel et n’ont jamais montré leur intention d’en revendiquer d’autres. Les Maliens du sud n’ont d’ailleurs à aucun moment crié à un partage inadéquat. Dès lors, je me demande pourquoi les peuples du sud de ce pays veulent absolument vivre avec les Touaregs qui refusent leur compagnie ?

Que l’on ne cherche nullement dans cette question une quelconque malignité. Ma démarche a pour but de comprendre comment et pourquoi les hommes se fabriquent des raisons pour se faire la guerre quand ils ont des solutions pour l’éviter. S’il n’est question que d’un désaccord quant au partage du territoire tel qu’il est dessiné par les Touaregs, je pense qu’il y a moyen de discuter et parvenir à un accord. On peut aussi se battre jusqu’à récupérer la partie que l’on estime sienne. Dans ce cas, nul besoin d’ameuter le monde entier. C’est aux Maliens d’assumer leur guerre civile. S’il n’y a pas de désaccord sur le partage du territoire, je juge tout à fait criminel de forcer l’autre à vivre avec vous alors qu’il ne le désire pas et ne le souhaite pas.

Que peuvent raisonnablement avancer les Maliens du sud pour obliger les Touaregs à former une seule nation avec eux ? Est-ce parce que le colon a donné des limites à ce pays qu’il leur faut s’y accrocher comme à la prunelle de leurs yeux ? Est-ce parce qu’en cinquante ans ils ont le sentiment qu’ils sont devenus un peuple indivisible ? Si ceux du sud estiment éprouver ce sentiment, croient-ils raisonnable d’obliger les autres à le partager ? Que l’on m’explique - comme on le ferait pour l’intelligence d’un garçon de dix ans – ce qui pousse un camp à refuser le divorce que l’autre lui impose si le contrat de séparation ne contient pas de vice territorial.

Quant aux raisons pour l’heure invoquées et reprises à travers le monde entier pour susciter la compassion de l’ancien colonisateur et de l’ONU, elles ne me semblent pas peser plus lourd qu’une poignée de sable fin du désert. Appeler tous les peuples puissants à aller combattre les Touaregs parce qu’ils ont instauré la charia est-elle une raison suffisante ? N’a-t-on plus le droit de vivre comme on le veut chez soi ? Est-ce seulement les Touaregs qui pratiquent la charia dans le monde ? Combat-on tous les pays qui ont inscrit cette pratique dans leur constitution ? Combat-on les pays qui pratiquent la peine de mort ? Tous les pays qui pratiquent ces barbaries ont des raisons pour cela. Bien sûr que leurs pratiques choquent notre entendement ; mais ils se moquent bien de notre avis. Et de ce point de vue, ils ont raison. Il ne nous appartient pas de choisir sous quelles lois ils doivent vivre.

Pour ce qui est des vestiges du passé qui ont été saccagés, il convient d’aller au-delà de la grande émotion qui s’est emparé de nous pour analyser plus calmement l’évènement. Rares sont les révolutions qui n’ont pas abattu les vestiges qui rappelaient les anciens maîtres. Presque tous les édifices religieux de France – cathédrales et églises – portent aujourd’hui encore les stigmates des saccages des révoltés : statues de saints décapitées ou estropiées, anges aux ailes brisées, et parfois même des façades totalement privées de leurs multiples bas-reliefs. Aujourd’hui, ces traces de la colère des révoltés font même partie du patrimoine national que personne n’envisage d’effacer.

Dans le même ordre d’idée, on peut citer le cas de certains pays africains qui ont délibérément choisi de remplacer les édifices coloniaux par des constructions nationales pour ne pas avoir des mauvais souvenirs constamment devant leurs yeux. C’est le cas de la Côte d’Ivoire où les maisons coloniales ont disparu d’Abidjan ou ont été laissées en ruines à Grand-Bassam, la première capitale. Ailleurs, comme en Afghanistan, des immenses statues millénaires sont parties en poussière ; en Centrafrique comme en Iran, on a pillé ou brûlé tout ce qui rappelait l’ancien régime. Ces agissements choquent toujours et suscitent naturellement beaucoup d’émotion. Mais ne font-ils pas partie de la vie ordinaire des peuples et des nations ? Allons-nous déclarer la guerre à ces pays parce qu’ils détruisent ou laissent se détruire des pans entiers du patrimoine de l’humanité ?

Si vraiment le Mali estime être partiellement occupé par une force étrangère, qu’il active les contrats qui le lient aux armées étrangères chargées de sa protection ou demande une condamnation puis une aide de l’ONU pour retrouver son intégrité. Cependant, nous savons tous que les Touaregs séparatistes sont des Maliens ; par conséquent, leur décision de constituer une nation indépendante n’est nullement condamnable et n’autorise aucune puissance étrangère à les condamner à vivre avec les autres Maliens.

La seule chose qui rendrait les Touaregs condamnables, ce serait d’obliger les populations qui aimeraient vivre sous le régime du Sud à demeurer dans le Nord. Eux non plus n’ont pas le droit de condamner d’autres à vivre sous leur pouvoir. Seule une demande de certaines populations désireuses de quitter les Touaregs pourrait donc justifier un regard compatissant. Mais quand M. SIDIKI Kaba, l’ancien Président de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme, clame avec le régime malien actuel qu’il faut « organiser la reconquête militaire pour que le Mali retrouve son intégrité territoriale (parce que) les groupes armés y appliquent un islam médiéval qui s’inscrit contre le droit des gens, (que) les djihadistes sont les ennemis des droits de l’homme » (La Croix, 12/09/2012), il me semble tenir un discours creux parce qu’inapplicable dans toutes les contrées du monde où le droit de l’homme n’est pas respecté. D’autre part, on peut prendre des mesures pour obliger un pays à respecter les droits de l’homme sans forcément aller lui faire la guerre. Que l’on applique donc à l’Azawad la même politique qu’à la Chine et l’on parlera de justice équitable concernant l’ONU.

Il faudra trouver d’autres arguments que ceux qu’avancent depuis quelques années les grandes puissances pour s’emparer des biens des peuples africains. Que Monsieur SIDIKI Kaba nous dise si ce qui se passe en Côte d’Ivoire se fait dans le respect des droits de l’homme. Si vous voulez vous battre, battez-vous ; mais de grâce ne cherchez pas à inventer de fausses raisons. Ne cherchez pas à caresser l’amour que nous avons pour Tombouctou afin de nous entraîner dans une guerre qui n’a pas lieu d’être.

*La chanteuse malienne Rokia Traoré estime que "la recrudescence du banditisme armé avec le retour des mercenaires de Côte d'Ivoire" a contribué à la crise au Mali (Télérama du 4/04/12)° 1ère photo : La mosquée de Djinguereber fondée à Tombouctou au XIVe siècle.
° 2e photo : La grande mosquée de Djenné, 1907.

Raphaël ADJOBI

24/08/2012

Ouattara a perdu le volant* de la Côte d'Ivoire, ou quand le peuple découvre les porteurs du trône du préfet


Ouattara et l'armée française, ouattara a perdu le contrôle de la Côte d'Ivoire, la Côte d'Ivoire sous Ouattara Depuis que les attaques se multiplient contre son armée, le commun du peuple ivoirien commence à distinguer plus clairement les contours du pouvoir qui rend Alassane Ouattara si serein, si imperturbable. A force de lever la tête pour suivre son président paisiblement installé sur son trône que l'on promène çà et là, il n'avait pas eu l'idée de regarder les porteurs de l'illustre préfet. Toutes les critiques des internautes et de quelques journaux locaux - comme Notre voie et Le Nouveau Courrier - lui semblaient relever du ressentiment et de la jalousie. Et puis, tout à coup, sous le trône qui avance d'un pas serein, est apparu sous ses yeux l'armée française ! Non il ne peut pas se tromper ! Il la voit de ses propres yeux !

Grand Dieu, comment cela est-il possible ? Comment le trône de Côte d'Ivoire peut-il être porté à bout de bras par des forces étrangères ? Les FRCI ne seraient donc que de simples vigiles chargés de dégager le peuple de la voie pour faciliter le passage du convoi préfectoral ? Ainsi donc la dictature de Ouattara ne serait même pas totalement ivoirienne ? Même sur le plan local son assise serait étrangère ? Mon Dieu, quelle humiliation ! Même le parti unique d’Houphouët-Boigny n’avait pas montré un soutien étranger aussi visible à son pouvoir.

Après avoir vu cela, le commun des Ivoiriens commence à comprendre qu'Alassane Ouattara n'a jamais été un homme politique mais un simple argentier, un gérant d’une affaire commerciale. Il comprend que pour cet homme, gouverner veut dire acheter et vendre parce qu’il n’est en réalité qu’un commerçant, un boutiquier. Or il ne suffit pas d’être un marchand de nattes (tapis tressé de roseaux) ou de cacao, d’arachide ou de cola pour diriger un pays. Pour cette dernière fonction, il faut d’autres qualités que notre homme n’a pas. Il n'a jamais appris - parce que comme son mentor Sarkozy il n'a rien d'un intellectuel - qu'un vrai politicien doit faire porter le trône sur lequel il est assis par son peuple.

L’Ivoirien comprend pourquoi Ouattara a toujours le regard fuyant, l’élocution incertaine et se contredit souvent devant les médias. Cet homme ignore tout de la politique, c’est-à-dire tout de la gestion d’un peuple, de l’aménagement du territoire, de l’organisation des structures sociales et sanitaires, de la sécurité des citoyens et du souci du bon fonctionnement des institutions. Être un homme politique est moins simple qu’être un argentier, un boutiquier. Être un homme politique ne veut pas dire se transformer en machine à sous, mais se montrer un humain pour son peuple ; «c’est plus difficile, ça demande plus de force et de bravoure. C’est un processus où n’intervient pas seulement la capacité à se défendre, à faire la guerre, à tuer s’il le faut, donc l’exercice de la violence, mais au contraire et plus fondamentalement la capacité à prendre soin d’autrui. La compassion. Le souci de l’autre » (Toni Morrison, écrivain noir Sud-Américain). La fibre politique est fondamentalement humaine et tient compte du souci de la sécurité et du bien-être de son peuple, de chacun de ses concitoyens. En oubliant cela, Ouattara a perdu le contrôle de la Côte d’Ivoire, « il a perdu le volant ! » se dit désormais chaque Ivoirien.

C'est vrai, - et chacun le sait - ce n'est pas le peuple qui l'a installé, mais le puissant chef blanc arrivé dans son grand oiseau de fer qui l’a intronisé puis lui a donné l'accolade. Cela a suffi à notre chef pour se passer de notre bénédiction. Cela lui a suffi pour ne pas nous découvrir la vérité des urnes et ne pas passer par l’acceptation de la couronne de gardien de nos traditions que nous tendions au vainqueur. Tout ce qui émanait du peuple lui apparaissait tout à coup trop barbare. Ouattara était devenu un Blanc. Il n'écoutait que les Blancs et ne parlait qu'à des Blancs. Abrité dans son nouvel avion au luxe digne de son rang, son seul souci était de courir le monde pour serrer des mains blanches. Les histoires de nègres ne le regardaient pas !

C'est vrai, - et chacun le sait aussi - le peuple n'est pas toujours fidèle. Il est d'humeur changeante. Sa marche n'est jamais bien ordonnée. Le laisser porter le trône, c'est soumettre le chef au roulis ou au tangage de sa démarche incertaine. Le chef risque d'avoir le vertige ; et cela n'est pas très agréable. Par contre, avec une armée, vous avez une marche sûre, bien cadencée. C'est plus solide. Et si elle est étrangère et blanche, c'est encore mieux ; c'est la preuve que vous avez toutes les puissances du monde avec vous. Et de toute évidence, Ouattara a compris cela ; et c’est le choix qu’il a fait !

Cependant, grand Dieu ! toutes ces luttes pour l'indépendance, puis pour le multipartisme et des élections libres pour aboutir à ça ! Quel gâchis ! Monsieur Ouattara devrait toutefois se dire une chose : quand ils portent ainsi votre trône pour le protéger du roulis du peuple, les Blancs n'aiment pas beaucoup que celui-ci se mette à crier trop fort. Cela fait désordre. Ils redoutent aussi les petits malins qui peuvent tirer sur les jolis galons de leurs soldats et leur faire mordre la poussière. Parce que si le peuple français commence à voir ses enfants bousculés et des trous dans leur joli costume comme en Afghanistan, il pourrait leur demander de rentrer au bercail. Et alors, attention au trône !

*« Perdre le volant » = perdre le contrôle d’une situation ; « Il n’y a personne à la barre », dirait-on en France.

Raphaël ADJOBI

30/07/2012

Côte d'Ivoire : qui espérait se réconcilier avec qui ?


numérisation0005.jpg Allons, cessons d'être tous de mauvaise foi ! Franchement, qui parmi nous dans son for intérieur avait - ne serait-ce qu'un seul instant - placé sa confiance en cette Commission Vérité Réconciliation ivoirienne ? Au moment de la création de cet organe, nous avions tous en mémoire le réel consensus qui prévalait autour d'élections bien organisées et démocratiquement menées pour aboutir à une véritable paix sociale. La réconciliation nationale était alors l'affaire de tous et profondément désirée. Dès lors que ce rendez-vous manqué a été conclu par un coup de force ayant imposé l'une des parties au pouvoir, pouvait-on fonder la réconciliation sur les bases d'une injustice qui perdure ? N'est-il pas normal que les brutalités et les morts qui accompagnent encore ce coup de force pour obtenir le silence de l'autre moitié des Ivoiriens contribuent quotidiennement à renforcer ce sentiment d'injustice ?

Or, depuis la mise en place de la Commission de Réconciliation, jamais il n'a été question d'identifier de manière claire les parties de la Côte d'Ivoire à réconcilier. Ce faisant, il était impossible de connaître la faute commise exigeant repentance, qui l'a commise, qui doit solliciter le pardon et qui doit l'accorder pour que la réconciliation s'accomplisse. La commission était donc restée dans un flou total, se limitant à clamer çà et là - pour se donner bonne contenance - qu'elle était dans la phase de prélèvement des indices et des témoignages susceptibles de l'aider dans sa tâche. Elle a cru bon de satisfaire l'attente publique en organisant une cérémonie pseudo-traditionnelle destinée à demander pardon aux "esprits" de la Côte d'Ivoire. Un ridicule exercice de désenvoûtement en quelque sorte. Quel sacrifice demandait le dieu Côte d'Ivoire en échange de notre pardon ? Que nous a apporté la seule prière à genoux de notre prêtre Banny ? Nul ne le sait. Nous aurions peut-être un peu plus avancé si Konan Banny avait expié nos fautes en acceptant de subir le châtiment qui s'imposait. Pas de victime expiatoire, pas de pardon du dieu Côte d'Ivoire !

Konan Banny, chasseur de prime !

L'histoire nous apprend que pour qu'il y ait réconciliation, les parties à réconcilier doivent se présenter devant le tribunal de Dieu ou des hommes et avouer la faute commise. La fable "Les animaux malades de la peste" de La fontaine nous enseigne une pratique communément admise par le genre humain quand un sort incompréhensible s'abat sur la société. Dans le cas d'un conflit entre les humains, de multiples tribunaux comme le jugement de Salomon ou la Commission Vérité et Réconciliation sud-africaine ont su réunir les deux parties qui s'accusaient mutuellement et devaient être réconciliées pour une "vie ensemble" apaisée.

Concernant la Côte d'Ivoire, les parties à réconcilier n'ont pas été identifiées pour être convoquées ! La commission "réconciliation" est dès lors apparue comme un chasseur de prime devant absolument ramener au pied de l'autel du pouvoir Ouattara les partisans de Laurent Gbagbo pour expier par la mort les crimes de Douékoué, de Bouaké, du charnier de Yopougon, du carnage d'Abobo et les diverses exactions postélectorales.

Le premier pas vainement attendu

Mais que redoutait-on au sein de la Commission Vérité et réconciliation pour avoir stagné si longtemps et enfin jeter les armes ? Que craignait le pouvoir en place pour ne pas lui avoir accordé des prérogatives suffisantes lui permettant de convoquer les parties à entendre ? Le peuple ivoirien se doutait bien que rien de bon ne sortirait de cette commission. Mais la seule convocation des parties à réconcilier aurait certainement suscité en lui un certain intérêt pour le travail confié à Charles Konan Banny. Malheureusement, ce premier pas n'a pas été franchi ! Et l'opinion publique n'a été ni émue ni troublée parce qu'elle n'attendait pas un miracle comme lors des élections de 2010.

Est-ce la peur de la désignation d'une victime et d'un bourreau qui a poussé le pouvoir à ne pas encourager les travaux de cette commission qu'il a lui-même installée ? En d'autres termes, est-ce parce que le pouvoir était convaincu de ne point apparaître la victime de la guerre et de ses crimes qu'il n'a pas voulu cette convocation des parties à réconcilier ?

Au fait, la réconciliation suppose-t-elle forcément la reconnaissance d'un fautif et d'un châtiment ? Dans la fable de La Fontaine citée plus haut, "le plus coupable" (et non "Le coupable") a été reconnu et châtié. Dans le jugement de Salomon, le roi s'est fié au sentiment de la femme qui a fait preuve de plus d'humanité pour lui confier l'éducation de l'enfant que se disputaient les deux parties. L'histoire ne nous dit pas si l'autre femme a subi une punition supplémentaire en plus d'être privée de ce qu'elle revendiquait. Rien ne nous dit non plus que celle qui a reçu l'enfant était la vraie mère. Raison lui a été donnée sur la seule base de son humanité manifestée. Le roi a tranché et le peuple a jugé sa décision sage. Dans le cas du tribunal "Vérité et Réconciliation" de l' Afrique du Sud, l'oppresseur et l'oppressé étaient clairement connus et reconnus dès le départ. Mais l'on a jugé nécessaire d'évacuer les haines et les rancoeurs par des confessions et des témoignages publics des bourreaux et des victimes. Le but recherché était clairement la paix des coeurs ; de telle sorte que le paiement d'une offrande symbolique que l'Europe demande au fautif en pareille circonstance n'a même pas été exigée en Afrique du Sud.

Ce précédent sur la scène internationale, dont le théâtre était l'Afrique, aurait pu inspirer la Commission Réconciliation de Côte d'Ivoire. Elle aurait pu exiger cette comparution préalable qui aurait permis au pays de ne pas construire les institutions nationales dans le haine de l'autre. En ne faisant pas de la réconciliation un principe de reconstruction nationale ni un auxiliaire de la paix sociale, la commission est apparue comme un simple divertissement public pour ne pas dire un élément de diversion des consciences. Et le pouvoir ne l'a nullement aidée dans sa tâche parce qu'il n'a jamais montré sa volonté d'apaiser les esprits. Jamais il n'a jugé nécessaire de démontrer la vérité des urnes afin d'asseoir sa légitimité dans l'esprit de tous. Jamais il n'a jugé nécessaire d'éloigner les milices de tous les horizons de l'armée nationale. Enfin, jamais il n'a pris en compte l'impérieuse nécessité de rétablir les exilés dans leur foyer. Parce que l'absence de ces signes d'apaisement continue à nourrir la méfiance et le ressentiment dans le coeur d'un très grand nombre d'Ivoiriens, la réconciliation ne pouvait en aucune façon être l'affaire de tous et profondément désirée. Gare au pouvoir qui feint d'ignorer qu'un peuple qui gronde par le fait de l'injustice subie est son pire ennemi !

Raphaël ADJOBI

09/06/2012

Alassane Ouattara cherche désespérément une opposition pour redorer son image


Sur Afrik.com, l'internaute Macaire Dagry clame que « la Côte d'Ivoire cherche désespérément une opposition à Alassane Ouattara ». Selon lui, le président Laurent Gbagbo « a fermé les yeux sur les nombreux abus et détournements de fonds publics (...) autour de lui pour mieux renforcer la dépendance (de ses collaborateurs et alliés politiques) à sa personne, de manière à être toujours incontournable politiquement ». C'est pourquoi, ajoute-t-il, « un an après la chute du président Laurent Gbagbo, l’ex majorité présidentielle (LMP) est toujours inexistante de la scène politique ivoirienne, en dépit des nombreuses sollicitations du nouveau pouvoir ».

Que le sieur Macaire Dagry se rassure : la Côte d'Ivoire ne cherche pas à avoir sur l'échiquier politique une opposition à Alassane Ouattara. Fourbir ses armes politiques sans entrer dans l'arène est pour l'heure la stratégie que doit poursuivre le FPI. C'est d'ailleurs ce que le peuple semble recommander aux leaders de ce parti au regard de l'échec cuisant de Mamadou Koulibaly qui s'est précipité, tête baissée, dans les dernières élections pour un poste à l'assemblée nationale. Le FPI et une très grande partie du peuple ivoirien ont compris que leur participation à la vie politique du pays serait la claire légitimation du pouvoir d'Alassane Ouattara. C'est d'ailleurs le but que celui-ci veut atteindre par ses « nombreuses sollicitations ». Alassane Ouattara cherche désespérément par tous les moyens à donner l'impression aux investisseurs étrangers et à l'opinion internationale qu'il y a une vie démocratique en Côte d'Ivoire en mettant en selle une opposition boiteuse privée de l'essentiel de ses hommes. Or, son pouvoir ne mérite en aucune façon l'onction du FPI parce que sa légitimité n'a pas été prouvée et aussi parce qu'il est dans son expression une dictature.

En effet, après son installation officielle au pouvoir grâce à la France, Alassane Ouattara n'a pas donné au peuple ivoirien la preuve qu'il a gagné les élections. Nous n'avons pas la preuve qu'il a accédé au pouvoir par le verdict des urnes, par la voie démocratique. Jusqu'à la démonstration de sa légitimité, il reste un usurpateur ! Par ailleurs, dans la réalité des faits, son pouvoir n'a aucune assise nationale réelle puisqu'il ne tient que grâce au soutien de l'armée française et à l'engagement à ses côtés d'administrateurs français. Même son armée, les FRCI, ne constitue pas pour lui une force sûre pouvant devenir une armée nationale capable de gagner la confiance des Ivoiriens. Il se retrouve subitement bien seul avec "ses Français" dans une Côte d'Ivoire bien trop grande ; surtout depuis le départ de l’Elysée de son ami Sarkozy. Dans ces conditions, il risque de devenir bientôt trop encombrant pour la France.

Avez-vous réellement, M. Macaire Dagry et vos amis, le désir de voir une opposition à Alassane Ouattara ? Alors commencez par libérer du goulag nordiste les partisans de Laurent Gbagbo ainsi que les militaires qui lui étaient restés fidèles. Cessez de les traquer jusque dans les pays voisins d’où vous les ramenez dans vos geôles mains et pieds liés. C’est aussi simple que cela !

Vous voulez voir une opposition à Alassane Ouattara ? Cessez donc de battre jusqu'au sang, sinon à la mort, ceux qui osent exprimer publiquement leur joie quand celui-ci pleure pour un match de football perdu.

Vous voulez voir une opposition au pouvoir en place ? Cessez donc d'assassiner ceux qui osent sortir de l'ombre pour tenir des réunions publiques.

Vous voulez voir une opposition en Côte d'Ivoire ? Il suffit de créer les conditions d'un retour d'exil pour tous ceux dont les maisons et les plantations sont occupées par des nordistes ivoiriens, des Burkinabé et des Maliens dans l'ouest du pays. Faites en sorte que chaque Ivoirien retrouve son toit !

En clair, si vous voulez une opposition démocratique en Côte d'Ivoire, il vous faut créer les conditions d'une vie démocratique : pas de prisonniers politiques, pas de chasse à l'homme obligeant à un exil forcé, liberté d'opinion et de presse, liberté de manifester et de tenir des meetings publics, institution d'une armée nationale et non point tribale ; enfin pas d'armée étrangère garante de la légitimité du pouvoir en place.

Si après avoir rempli ces conditions, Alassane Ouattara est capable de soutenir assez longtemps le regard et la volonté des Ivoiriens, alors son pouvoir aura l'apparence d'une certaine légitimité. En effet, le vrai gouvernant démocrate est celui qui n'a pas peur d'offrir au peuple l'occasion de lui dire ce qu'il pense.

Enfin, que Macaire Dagry se dise que le combat que mènent les Ivoiriens, les Africains et leurs amis Européens pour la libération de Laurent Gbagbo n'est nullement motivé par une quelconque reconnaissance des avantages ou bienfaits reçus. Il s'agit tout simplement d'une question de justice. Si lui estime que Laurent Gbagbo mérite le goulag européen pour avoir exigé que les bulletins électoraux soient recomptés, qu'il se dise que nous sommes nombreux à refuser de vivre sous des règles aussi iniques.

Finissons par ceci : tant que le pouvoir actuel ne libèrera pas les prisonniers politiques, tant qu'il n'assurera pas aux citoyens une plus grande sécurité au point de placer leur confiance en une armée nationale, tant que les milices dozos continueront à faire la loi sur l'ensemble du territoire et particulièrement dans l'ouest, Alassane Ouattara se condamne à un statut de dictateur. Dans ces conditions, il passera ses jours à se demander comment il finira et donc quels moyens encore plus iniques mettre en place pour survivre.

Raphaël ADJOBI

19/05/2012

France : la fin du pouvoir des incultes

On raconte dans les demeures françaises qu'une famille en visite touristique en Egypte a fait une découverte insoupçonnée. Sur un site ancien, elle fut introduite dans une chambre funéraire par un guide. Celui-ci, comptant sur les connaissances des enfants, leur montra une pierre tombale avec son couvercle richement décoré en ces termes : "et ceci, les enfants, vous reconnaissez bien un ... ?" Pas de réponse des enfants. Pour les aider, le guide reprit : "un sarco... ?" Aussitôt la réponse fusa de la bouche du plus petit des garçons : "Sarkozy !"

La famille française venait de découvrir que le nom du président Nicolas Sarkozy était totalement désacralisé dans le monde des enfants. Elle apprendra plus tard que ce nom était même une injure dans les cours de récréation ! Un nom désacralisé devenu donc impopulaire. Quelle tristesse !

Trop de signes extérieurs d'inculture

Mais il faut reconnaître que cette impopularité n'est pas usurpée. A force de traiter ses concitoyens de "racailles" et de "pauvres cons", il était descendu de son piédestal de haut dignitaire de la République pour choir parmi ceux que l'on appelle vulgairement la populace. Il était désormais un personnage de jeux d'enfants, une espèce de clown pour chambre de bébés, celui dont on écoutait les aventures comme celles du Petit Nicolas. Si pour la police nationale il a été Speedy Gonzalez au début de son mandat, pour l'ensemble des adultes il demeure le président inculte. D'ailleurs, cette dernière image s'est étendue à tous les gens de son bord politique aux dires des Espagnols et des Américains qui font de l'inculture l'une des caractéristiques de la droite française.

Nicolas Sarkozy n'a en effet aucune commune stature intellectuelle avec ses prédécesseurs ; notamment avec François Mitterand qui reste, de loin dans l'esprit de tous, le président pétri de culture et dont la prestance même inspirait le respect. Il faut dire qu'affirmer publiquement que la culture n'est pas nécessaire pour être institutrice ou infirmière, c'est faire preuve d'une immense maladresse de la part d'un président de la République. A vrai dire, si l'homme s'est vite révélé coutumier des maladresses, c'est à cause de son défaut de culture. Après l'aveu de sa méconnaissance de la princesse de Clèves, c'est en Afrique - le berceau de l'humanité reconnu par tous et enseigné sur les bancs des écoles du monde entier - qu'il est parti clamer haut et fort que "l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire (parce que) depuis des millénaires [...] il ne connaît que [...] la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles". C'est encore lui qui ignorant que Roland Barthes n'a rien à voir avec le footballeur Barthès l'a appelé Roland Barthès ! C'est enfin lui qui, visitant un musée, s'est enquis de la valeur des tableaux plutôt que de les admirer. Assurément, il n'a jamais goûté la sagesse latine qui dit que "fou est celui qui, au moment d'acheter un cheval, regarde la selle et non pas le mors".

Un hyper-président aux allures de dictateur

La deuxième image qui restera collée au nom de Sarkozy est celle de l'opportuniste pressé, en d'autres termes, de l'hyper-président ; image que certains ont cherché à remplacer par celle de chevalier sans peur. Pour lui, toutes les occasions étaient bonnes pour prendre une décision d'envergure nationale réalisable immédiatement. Avec lui, il semblait qu'il n'y avait plus de procédure juridique ni loi en France. Tout venait de l'Elysée et devait être immédiatement appliqué.

Dès son élection, sa première sortie de chef d'état fut marquée par la décision de faire de Guy Môquet un héros national dont les faits devaient être obligatoirement enseignés aux petits Français des écoles et des collèges. Dans le même temps, les Afro-Français avaient montré leur ferme intention de faire de la commémoration de l'abolition de l'esclavage un temps fort de la vie nationale. Afin que cette idée ne prenne pas trop d'importance dans l'esprit de ces concitoyens, il la couvrit d'une décision géniale qui allait embraser tout le pays, au grand plaisir de ses partisans : la déclaration officielle d'inscrire aux programmes de l'enseignement les bienfaits de la colonisation française ! En clair, c'était désormais le président de la République qui décidait des programmes scolaires sans aucune consultation préalable. Et les commentaires de cette décision avaient complètement occulté le débat sur la place à accorder à la commémoration de l'esclavage en France.

Le premier succès de cette stratégie, qui consiste à susciter un nouveau débat chaque fois qu'un sujet lancé sur la place publique devient embarrassant, le convaincra d'avoir trouvé son arme idéale de combat. Durant tout son mandat, il ne la quittera jamais ! Il était devenu le roi de la communication et par cette stratégie allait imposer sa volonté en toutes circonstances. Un fou vient-il de commettre un crime abominable ? Hyper-président annonce une loi pour palier à ce genre de situation. Des musulmans prient-ils dans des rues de Paris ? Hyper-président va trouver une loi pour interdire cette pratique. Et chaque fois, c'est le bien-fondé ou l'efficacité des mesures prises par le président qui faisait débat ! L'analyse du problème social était vite oubliée.

Puisqu'il était à la fois au four et au moulin, il valait mieux qu'il s'organisât pour tout avoir sous la main ! Tout sera donc dirigé depuis l'Elysée. Aussi incroyable que cela puisse paraître, tous les ministres du gouvernement ont été pilotés depuis l'Elysée et non par Matignon comme cela est inscrit dans la Constitution de la cinquième République. Cette hyper-présidence a donc eu pour effet d'effacer l'importance du Premier Ministre dans le système de l'Etat français. Durant le mandat de M. Sarkozy, seules quelques fortes personnalités comme Rama Yade, Jean-Louis Borloo et plus récemment Alain Juppé ont réussi à se faire remarquer. Par exemple, tous les dossiers de la culture et de la communication - signes apparents du savoir - ont été directement gérés par une petite cellule de l'Elysée. Aussi, durant ces cinq dernières années, on n' a presque jamais entendu parler de la Culture. Sur les outils publics de communication, le président Sarkozy a clairement fait savoir à tous, dès le début de son quinquennat, que le patron de toutes les structures qui appartiennent à l'état, c'était lui. Par conséquent, personne n'avait à critiquer ses nominations et la manière dont il entendait faire fonctionner les choses. Certes, il n'avait pas tort ; mais jusque là, avec ses prédécesseurs, tout se passait dans une relative indépendance sur les différentes chaînes publiques. Ainsi, vite domestiquée, la presse française a passé cinq années à la botte du président. Pour éviter cette mainmise trop visible de l'état sur les médias, François Hollande projette d'élargir quelque peu leur marge de liberté en cédant la nomination des patrons des chaînes à une commission indépendante constituée de personnes choisies par les députés et les sénateurs.

Dans le domaine des relations extérieures, l'on se souvient avec amusement de la première sortie de Nicolas Sarkozy en Allemagne. Il y était arrivé en bouledogue déboulant dans les bras d'une Angela Merkel surprise de voir tant de familiarité. Il fut nécessaire à la chancelière allemande de calmer un peu l'impétuosité de l'homme afin de souffrir sa présence les années suivantes. Quant à la rage dont il a fait montre dans ses relations avec les chefs d'états africains, il faut avouer que la Constitution de la cinquième République lui offrait toutes les prérogatives pour se faire plaisir, pour faire valoir son goût immodéré de tout décider. Puisque les élus du peuple français n'ont pas besoin d'être consultés pour que le chef de l'Etat engage l'armée nationale dans des opérations en terres étrangères, il fait bombarder la résidence du président ivoirien et le livre à son ami Alassane Ouattara. A quelque temps de là, il fait attaquer la LIbye et aide à la capture de Mouammar Kadhafi qui mourra aussitôt assassiné. Au début, ces faits d'armes - si on peut le dire ainsi - avaient fait de lui un justicier aux yeux de nombreux de ses compatriotes. Malheureusement pour lui, très vite, le chaos puis l'anarchie que ces guerres dites démocratiques ont installés dans ces pays vont faire fondre l'espoir de la reconnaissance nationale escomptée. Pire, dans la conscience populaire des peuples d'Afrique - et certainement ailleurs - il a rejoint George Bush au panthéon des présidents sataniques.

Le président des riches en course contre une impopularité record

Comment peut-on ne pas être impopulaire après tant d'actions contestées ? Comment peut-on ne pas être impopulaire après l'étalage de tant d'omnipotence ? Mais, sur le plan national, le clou de cette impopularité qui va le perdre est sans conteste l'image que lui-même a voulu incarner : le président des riches ! Oui, il a voulu que tout le monde sache qu'il est riche, qu'il est l'ami des riches et que tout le monde peut être riche comme lui ! Il avait d'abord montré cette volonté dans sa campagne de 2007, en demandant aux Français de travailler plus pour gagner plus. Puis il y a eu l'insolent épisode du Fouquet's suivi de sa sortie sur le yacht de son ami Bolloré. Il reconnaîtra plus tard que ces deux derniers épisodes étaient des erreurs de sa part. Malheureusement, on est ce que l'on est ! Nicolas Sarkozy a une nature qui lui est propre. Sa vraie erreur c'est d'avoir voulu en faire un idéal social pour ses compatriotes. Cela, il l'a montré durant tout son mandat.

Si le slogan "travailler plus pour gagner plus" reste de loin sa ligne politique qui retiendra l'attention de tous, on n'oubliera pas non plus qu'il est le président qui s'est appliqué à diviser les Français. Comment peut-on croire que tout le monde peut faire des heures supplémentaires pour gagner plus ? De toute évidence, cette politique n'est pas favorable à ceux qui cherchent un emploi. Ainsi, dans l'Education Nationale, les enseignants qui se sont surchargés de travail en se ruant sur les heures supplémentaires ont empêché l'embauche de nouveaux professeurs. Dans la police, Nicolas Sarkozy a distribué des primes pour faire du chiffre, donnant l'impression que le pouvoir fait du bon travail. Dans ce corps de métier, durant cinq ans, il n'était question que de carrière, primes, intéressements, pourcentages, mais jamais d'évaluation du bien être des populations pour juger de leur besoin en présence policière.

Pire, par des propos presqu'insultants, Nicolas Sarkozy avait installé dans l'esprit de tous deux catégories de Français : ceux qui se lèvent tôt et les autres ; ou encore les vrais travailleurs et les autres. Avec lui, il y avait d'un côté la France des vrais travailleurs et de l'autre celle des profiteurs. A chacun de juger dans quelle catégorie il se trouvait ; à chacun de reconnaître dans quelle catégorie se situait son voisin. Signalons enfin, que lors de la campagne présidentielle, quand François Hollande a proposé de taxer les hauts revenus, Nicolas Sarkozy l'a violemment critiqué confirmant dans l'esprit de tous qu'il était le protecteur des riches. Il avait oublié que sans justice sociale, les efforts que l'on demande au peuple apparaissent forcément intolérables.

Durant toute la campagne électorale, Nicolas Sarkozy courra derrière cette impopularité pour essayer de la dissiper. Il a exactement mené sa campagne comme il a gouverné ; c'est-à-dire au pas de course ! Pour cela, il a constitué un véritable commando de technocrates constamment penchés sur les statistiques et les techniques de combat, perdant complètement de vue les problèmes réels des Français. Il n'a pas cessé de "droitiser" la campagne, de faire peur aux plus pauvres, en leur faisant croire que sans lui et les riches ils perdront le peu qu'ils possèdent. Il a passé son temps à jouer sur les clivages de la société pour espérer garder le pouvoir.

Il s'en va donc, Sarkozy, après avoir passé cinq ans à courir. Et nous n'en pouvions plus d'avoir le vertige de le voir courir. Il courait après quoi au fait ? En tout cas, nous allons désormais apprendre à vivre. Oui, c'est exactement ce qui nous faisait défaut : apprendre à vivre et à vivre ensemble. L'homme n'est pas fait que de chair ; il est aussi esprit. Il ne vit pas que de pain ; mais aussi de rêves. C'est pour cela que nous avons les congés payés. C'est pour cela que la gauche avait créé le ministère du Temps Libre sous Mitterrand. Sarkozy n'est pas une machine à rêves, mais une machine à sous. A force de ne voir que le capital, il a oublié le social où se construit le rêve des Français.

En définitive, toute la différence entre un pouvoir de droite et un pouvoir de gauche réside dans la différence des priorités que chacun se fixe au regard des idéaux. Quant aux idéaux eux-mêmes, nous savons qu'il est illusoire de les saisir à bras le corps. Cependant, il importe de chercher à s'en approcher et non pas se contenter d'en faire un simple étendard de combat.

Raphaël ADJOBI