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25/11/2012

L'U.M.P, la Côte d'Ivoire et l'expérience de la démocratie

L'occasion est belle pour les Ivoiriens et même pour certaines personnalités politiques françaises de parler du bien-fondé du bombardement du palais présidentiel ivoirien puis du transfèrement de Laurent Gbagbo à La Haye. Ce qui était arrivé en Côte d'Ivoire s'était déjà produit ailleurs. Même une vieille démocratie comme celle des Etats-Unis a connu ce couac en 2000 quand George Bush et Al Gore concouraient à la présidence de ce pays. La France se rend compte brutalement que ça n'arrive pas qu'aux autres.

L'U.M.P. se déchire, L'expérience démocratique, La droite française et Laurent Gbagbo, La droite Française et la démocratie, la droite est-elle démocratique ?


A vrai dire, la droite française - et plus singulièrement l'U.M.P. - ignore tout de l'expérience démocratique en son sein. Elle n'a jamais connu les débats houleux qui ont toujours eu lieu à gauche où socialistes, communistes, écologistes et militants d'extrême-gauche ne cessent de se déchirer puis de se réconcilier. Nous avons toujours eu d'un côté la gauche plurielle et de l'autre la droite monolithique. A gauche, au sein même du parti socialiste, on ne se gêne pas d'installer des débats houleux. Ainsi, récemment, ce parti avait décidé d'instaurer des primaires pour le choix de son candidat aux élections présidentielles. Sarkozy, Fillon, Copé et tout l'U.M.P avaient alors beaucoup ri. Quoi ? Prêter le flanc à la critique populaire ? Quelle honte ! Puis, devant le succès de cette expérience largement approuvée par l'opinion publique française, voilà que la droite s'est mise à rêver de démocratie. Mais on ne devient pas démocrate du jour au lendemain.

L'U.M.P. se déchire, L'expérience démocratique, La droite française et Laurent Gbagbo, La droite Française et la démocratie, la droite est-elle démocratique ? Si la droite au pouvoir s'est permise d'aller bombarder le palais présidentiel en Côte d'Ivoire pour en déloger Laurent Gbagbo malgré sa proposition de recompter les voix afin de juger le vrai du faux, c'est justement parce qu'elle n'a jamais connu que la pratique du copinage et des liens incestueux avec les pouvoirs de l'argent. Dans ce milieu politique, on ne marche qu'avec ceux dont la bourse est bien pleine ou qui peuvent contribuer à remplir celle du clan. Gbagbo pensait aux intérêts de la Côte d'Ivoire et Ouattara à ceux de la France. Le choix de la droite française était vite fait. L'expérience de la démocratie que la Côte d'Ivoire vivait alors était le dernier des soucis de Sarkozy et de l'U.M.P. Laurent Gbagbo avait proposé les mêmes voies de recherche de la vérité avancées aujourd'hui en France : recompter les voix, s'en remettre à une commission indépendante. On se souvient qu'il s'était remis en toute confiance entre les mains de ses pairs africains qui se sont finalement montrés indignes de cette tâche parce que pressés par Sarkozy de lui obéir. Laurent Gbagbo s'était montré un homme sage et avisé ; mais il avait le tort d'être un nègre et de surcroît un Africain. Quand Fillon clame que l'UM.P. ne peut pas vivre sur un mensonge, il faut entendre que la Côte d'Ivoire peut se contenter d'un pouvoir né du mensonge. Et quand il affirme qu'il y a une rupture morale et politique au sein de son parti, c'est-à-dire qu'une partie de l'U.M.P s'est fait siennes les thèses de l'extrême-droite s'écartant ainsi de l'idéal commun, il faut entendre qu'une partie de la Côte d'ivoire peut se vendre sans honte à la France sans que cela constitue une rupture politique et morale pour les Ivoiriens. L'U.M.P. et ses leaders découvrent tout à coup des pans nouveaux de la démocratie et leurs propos sont comme un écho à ceux de Laurent Gbagbo et du F.P.I. qu'ils ont traités avec beaucoup de mépris. Tout le monde découvre donc que l'ancien président ivoirien était démocrate avant tous les leaders politiques de la droite française ! Aujourd'hui, ces derniers marchent dans ses traces pour trouver une solution digne et démocratique à la crise de leur parti.

Assurément, la droite balbutie parce qu'elle n'a jamais aimé la démocratie et ne l'a jamais pratiquée. Celle-ci lui a été imposée progressivement à partir du XIXe siècle alors qu'elle était fermement accrochée à l'aristocratie et à la grande bourgeoisie. En France, la démocratie a été une conquête progressive, une expérience parfois douloureuse, parfois injuste quand elle ne reconnaissait que le vote masculin. Aujourd'hui, vu le souci de clarté au niveau du dépouillement des bulletins, aucune élection se voulant démocratique n'est à l'abri des contestations et des demandes d'une vérification supplémentaire ; surtout quand les scores apparaissent serrés. C'est une règle qui devient fondamentale dans tout processus démocratique. Il n'y a donc aucune honte à la mettre en pratique comme on a bien voulu nous le faire croire quand cela est arrivé en Côte d'Ivoire.

Si l'éveil à la démocratie est douloureux pour la droite française, les dirigeants africains et leurs peuples doivent être totalement perdus en voyant leurs maîtres ès démocratie empêtrés dans leurs cours. Quand ils lisent que dans un pays comme la France, une élection à échelle réduite produit 30 % de fautes ou fraudes (25% de fautes mineures et 5% de fautes graves), ils s'imaginent aisément l'ampleur des fraudes dans les élections présidentielles européennes. Oui, ils découvrent que les Blancs aussi sont des tricheurs, des voleurs. Et pourtant, ce sont ceux-là qui leur enseignent outre la démocratie, la bonne foi, l'impartialité et la bonne gouvernance.

Question : quand Fillon demandait la constitution d'une commission indépendante pour superviser les vérifications, avait-il un moment pensé à des personnalités qui ne seraient pas membres de l'U.M.P. ? Pourquoi n'avait-il pas faire appel à Alassane Ouattara, Abdoulaye Wade, Blaise Compaoré et Ali Bongo ? Ce sont bien des facilitateurs agréés par la France et qui ont acquis leur expérience sous sa houlette.

Raphaël ADJOBI

15/11/2012

François Hollande et la Syrie


numérisation0008.jpg Comme chacun le sait depuis peu, François Hollande est le seul chef d'Etat européen a avoir reconnu officiellement la coalition des opposants à Bachar el-Assad dès l'annonce de sa constitution. Suite à cette onction présidentielle, Laurent Fabius, le ministre des affaires étrangères, a demandé à l'Union Européenne la levée de l'embargo sur "les armes de défense".

Un peu curieux cette fois, un journaliste de France Inter a essayé de savoir ce qu'est exactement une "arme de défense" au sein de l'armée. Selon lui, le haut gradé approché s'est mis à rire en s'éloignant. Toutefois, celui-ci avait lâché d'un ton moqueur et exaspéré : "les armes de défense n'existent pas ! vous croyez qu'on livre à des soldats au front des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc ? On va aller livrer des armes aux barbus en Syrie alors qu'on les combat en Afghanistan ?"

Par ces quelques mots, tout est dit. Hollande cherche à faire sa guerre pour s'illustrer sur le plan international ! Pour y parvenir, il a trouvé le subterfuge susceptible de convaincre l'opinion publique internationale, c'est-à-dire les imbéciles qui croient que la démocratie s'exporte comme un meuble en kit que l'on achète dans une grande surface et que l'on monte dans son salon pour éblouir ses visiteurs. Son argument pour convaincre les imbéciles, dis-je, c'est faire croire qu'il existe des armes qui ne tuent pas la population civile qui vit du côté de l'ennemi parce que les balles de ces armes servent uniquement à se protéger contre les bombes adverses. Maintenant que ces armes magiques ont été inventées par la France de Hollande et Fabius, l'U.E peut donner son feu vert pour une livraison d'armes françaises aux barbus syriens qui ne rêvent que de démocratie à la Française. Une démocratie qui octroie au président de la république le droit absolu d'envoyer son armée à l'étranger bombarder qui il veut sans que les élus des citoyens aient leur mot à dire. Une démocratie avec une survivance de la monarchie quoi ! Et puis, soit dit en passant, puisque nous sommes les premiers à avoir reconnu cette coalition d'opposants, nous pouvons exiger d'elle l'achat d'armes françaises essentiellement et la première place dans le projet de reconstruction de la Syrie. Cette fois, pas question de nous laisser doubler par les Américains ! Il n' y a pas qu'eux qui ont besoin de faire tourner leurs usines et résorber leur chômage.

Pour une fois, rendons hommage à un journaliste français car dans son métier il n'est pas courant que l'on se mêle de trop près des affaires de l'Elysée quand il s'agit d'affaires étrangères. Oser aller vérifier une information donnée par le gouvernement, et de surcroît une information relative à la politique étrangère, quel crime abominable ! Sa curiosité est absolument bien irrévérencieuse ! Cependant, c'est le meilleur moyen de joueur son rôle d'informateur de la population et faire de nous des citoyens moins bêtes.

Raphaël ADJOBI

François Hollande et la Syrie

Comme chacun le sait depuis peu, François Hollande est le seul chef d'Etat européen a avoir reconnu officiellement la coalition des opposants à Bachar el-Assad dès l'annonce de sa constitution. Suite à cette onction présidentielle, Laurent Fabius, le ministre des affaires étrangères, a demandé à l'Union Européenne la levée de l'embargo sur "les armes de défense".

Un peu curieux cette fois, un journaliste de France Inter a essayé de savoir ce qu'est exactement une "arme de défense" au sein de l'armée. Selon lui, le haut gradé approché s'est mis à rire en s'éloignant. Toutefois, celui-ci avait lâché d'un ton moqueur et exaspéré : "les armes de défense n'existent pas ! vous croyez qu'on livre à des soldats au front des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc ? On va aller livrer des armes aux barbus en Syrie alors qu'on les combat en Afghanistan ?"

Par ces quelques mots, tout est dit. Hollande cherche à faire sa guerre pour s'illustrer sur le plan international ! Pour y parvenir, il a trouvé le subterfuge susceptible de convaincre l'opinion publique internationale, c'est-à-dire les imbéciles qui croient que la démocratie s'exporte comme un meuble en kit que l'on achète dans une grande surface et que l'on monte dans son salon pour éblouir ses visiteurs. Son argument pour convaincre les imbéciles, dis-je, c'est faire croire qu'il existe des armes qui ne tuent pas la population civile qui vit du côté de l'ennemi parce que les balles de ces armes servent uniquement à se protéger contre les bombes adverses. Maintenant que ces armes magiques ont été inventées par la France de Hollande et Fabius, l'U.E peut donner son feu vert pour une livraison d'armes françaises aux barbus syriens qui ne rêvent que de démocratie à la Française. Une démocratie qui octroie au président de la république le droit absolu d'envoyer son armée à l'étranger bombarder qui il veut sans que les élus des citoyens aient leur mot à dire. Une démocratie avec une survivance de la monarchie quoi ! Et puis, soit dit en passant, puisque nous sommes les premiers à avoir reconnu cette coalition d'opposants, nous pouvons exiger d'elle l'achat d'armes françaises essentiellement et la première place dans le projet de reconstruction de la Syrie. Cette fois, pas question de nous laisser doubler par les Américains ! Il n' y a pas qu'eux qui ont besoin de faire tourner leurs usines et résorber leur chômage.

Pour une fois, rendons hommage à un journaliste français car dans son métier il n'est pas courant que l'on se mêle de trop près des affaires de l'Elysée quand il s'agit d'affaires étrangères. Oser aller vérifier une information donnée par le gouvernement, et de surcroît une information relative à la politique étrangère, quel crime abominable ! Sa curiosité est absolument bien irrévérencieuse ! Cependant, c'est le meilleur moyen de joueur son rôle d'informateur de la population et faire de nous des citoyens moins bêtes.

Raphaël ADJOBI

24/09/2012

Tombouctou, mon amour

L'Azawad et nous, Les Maliens et l'Azawad, Tomouctou et l'Azawad, Sidiki Kaba. De toutes les anciennes villes noires de l’ère moderne, Tombouctou, cité sahélienne, située en plein cœur de l’Afrique occidentale, est certainement la plus connue à travers le monde. Tombouctou rime avec commerce caravanier, Tombouctou est synonyme de jonction entre l’Afrique noire et le monde arabe, Tombouctou évoque aussi l’Afrique des intellectuels et des échanges culturels avec l’Afrique du Nord. Dans l’esprit des Français d’une certaine époque, Tombouctou était un nom mythique grâce à René Caillé.

Que reste-t-il aujourd’hui de Tombouctou ? Presque rien ! Mais ce qui nous reste est sans doute l’essentiel : nos rêves, notre amour ! Couchée sous le soleil accablant à la lisière du désert, il ne reste de vie à cette ville que les palpitations de son cœur savamment entretenue : sa mosquée ! De temps à autre, comme pour entretenir le faible amour qui dort encore en nous pour cette cité, une main poussiéreuse brandissait devant nos yeux une pile de manuscrits sans grand intérêt parce que ne renfermant que des comptes de marchands, de charlatans et de trafiquants de tous horizons. Avec sa mosquée et ses manuscrits en lambeaux, Tombouctou n’était plus depuis très longtemps en effet que la seule marque vivante et visible d’un passé à jamais révolu de l’immense Afrique occidentale. Et c’est justement pour cette unique raison que les récents événements qui ont touché le pays qui l’abrite ont fait taire les querelles entre Africains et Européens et poussé les uns et les autres à ne penser qu’à sauver la petite flamme que nous avons encore dans notre cœur pour elle.

L'Azawad et nous, Les Maliens et l'Azawad, Tomouctou et l'Azawad, Sidiki Kaba.



Le Mali qui a envoyé des centaines de bandits guerroyer en Côte d’Ivoire* et couper ce pays en deux trouve anormal d’être coupé en deux ! En Côte d’Ivoire, la ligne qui pendant un temps a partagé le pays était le fait de la guerre et non pas le résultat d’une revendication territoriale. De ce fait, une grande partie du territoire des sudistes était restée sous les armes nordistes au point que les populations prisonnières demandaient à être rattachées à leurs semblables. Au Mali, les Touaregs disent se contenter de leur territoire habituel et n’ont jamais montré leur intention d’en revendiquer d’autres. Les Maliens du sud n’ont d’ailleurs à aucun moment crié à un partage inadéquat. Dès lors, je me demande pourquoi les peuples du sud de ce pays veulent absolument vivre avec les Touaregs qui refusent leur compagnie ?

Que l’on ne cherche nullement dans cette question une quelconque malignité. Ma démarche a pour but de comprendre comment et pourquoi les hommes se fabriquent des raisons pour se faire la guerre quand ils ont des solutions pour l’éviter. S’il n’est question que d’un désaccord quant au partage du territoire tel qu’il est dessiné par les Touaregs, je pense qu’il y a moyen de discuter et parvenir à un accord. On peut aussi se battre jusqu’à récupérer la partie que l’on estime sienne. Dans ce cas, nul besoin d’ameuter le monde entier. C’est aux Maliens d’assumer leur guerre civile. S’il n’y a pas de désaccord sur le partage du territoire, je juge tout à fait criminel de forcer l’autre à vivre avec vous alors qu’il ne le désire pas et ne le souhaite pas.

Que peuvent raisonnablement avancer les Maliens du sud pour obliger les Touaregs à former une seule nation avec eux ? Est-ce parce que le colon a donné des limites à ce pays qu’il leur faut s’y accrocher comme à la prunelle de leurs yeux ? Est-ce parce qu’en cinquante ans ils ont le sentiment qu’ils sont devenus un peuple indivisible ? Si ceux du sud estiment éprouver ce sentiment, croient-ils raisonnable d’obliger les autres à le partager ? Que l’on m’explique - comme on le ferait pour l’intelligence d’un garçon de dix ans – ce qui pousse un camp à refuser le divorce que l’autre lui impose si le contrat de séparation ne contient pas de vice territorial.

Quant aux raisons pour l’heure invoquées et reprises à travers le monde entier pour susciter la compassion de l’ancien colonisateur et de l’ONU, elles ne me semblent pas peser plus lourd qu’une poignée de sable fin du désert. Appeler tous les peuples puissants à aller combattre les Touaregs parce qu’ils ont instauré la charia est-elle une raison suffisante ? N’a-t-on plus le droit de vivre comme on le veut chez soi ? Est-ce seulement les Touaregs qui pratiquent la charia dans le monde ? Combat-on tous les pays qui ont inscrit cette pratique dans leur constitution ? Combat-on les pays qui pratiquent la peine de mort ? Tous les pays qui pratiquent ces barbaries ont des raisons pour cela. Bien sûr que leurs pratiques choquent notre entendement ; mais ils se moquent bien de notre avis. Et de ce point de vue, ils ont raison. Il ne nous appartient pas de choisir sous quelles lois ils doivent vivre.

Pour ce qui est des vestiges du passé qui ont été saccagés, il convient d’aller au-delà de la grande émotion qui s’est emparé de nous pour analyser plus calmement l’évènement. Rares sont les révolutions qui n’ont pas abattu les vestiges qui rappelaient les anciens maîtres. Presque tous les édifices religieux de France – cathédrales et églises – portent aujourd’hui encore les stigmates des saccages des révoltés : statues de saints décapitées ou estropiées, anges aux ailes brisées, et parfois même des façades totalement privées de leurs multiples bas-reliefs. Aujourd’hui, ces traces de la colère des révoltés font même partie du patrimoine national que personne n’envisage d’effacer.

Dans le même ordre d’idée, on peut citer le cas de certains pays africains qui ont délibérément choisi de remplacer les édifices coloniaux par des constructions nationales pour ne pas avoir des mauvais souvenirs constamment devant leurs yeux. C’est le cas de la Côte d’Ivoire où les maisons coloniales ont disparu d’Abidjan ou ont été laissées en ruines à Grand-Bassam, la première capitale. Ailleurs, comme en Afghanistan, des immenses statues millénaires sont parties en poussière ; en Centrafrique comme en Iran, on a pillé ou brûlé tout ce qui rappelait l’ancien régime. Ces agissements choquent toujours et suscitent naturellement beaucoup d’émotion. Mais ne font-ils pas partie de la vie ordinaire des peuples et des nations ? Allons-nous déclarer la guerre à ces pays parce qu’ils détruisent ou laissent se détruire des pans entiers du patrimoine de l’humanité ?

Si vraiment le Mali estime être partiellement occupé par une force étrangère, qu’il active les contrats qui le lient aux armées étrangères chargées de sa protection ou demande une condamnation puis une aide de l’ONU pour retrouver son intégrité. Cependant, nous savons tous que les Touaregs séparatistes sont des Maliens ; par conséquent, leur décision de constituer une nation indépendante n’est nullement condamnable et n’autorise aucune puissance étrangère à les condamner à vivre avec les autres Maliens.

La seule chose qui rendrait les Touaregs condamnables, ce serait d’obliger les populations qui aimeraient vivre sous le régime du Sud à demeurer dans le Nord. Eux non plus n’ont pas le droit de condamner d’autres à vivre sous leur pouvoir. Seule une demande de certaines populations désireuses de quitter les Touaregs pourrait donc justifier un regard compatissant. Mais quand M. SIDIKI Kaba, l’ancien Président de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme, clame avec le régime malien actuel qu’il faut « organiser la reconquête militaire pour que le Mali retrouve son intégrité territoriale (parce que) les groupes armés y appliquent un islam médiéval qui s’inscrit contre le droit des gens, (que) les djihadistes sont les ennemis des droits de l’homme » (La Croix, 12/09/2012), il me semble tenir un discours creux parce qu’inapplicable dans toutes les contrées du monde où le droit de l’homme n’est pas respecté. D’autre part, on peut prendre des mesures pour obliger un pays à respecter les droits de l’homme sans forcément aller lui faire la guerre. Que l’on applique donc à l’Azawad la même politique qu’à la Chine et l’on parlera de justice équitable concernant l’ONU.

Il faudra trouver d’autres arguments que ceux qu’avancent depuis quelques années les grandes puissances pour s’emparer des biens des peuples africains. Que Monsieur SIDIKI Kaba nous dise si ce qui se passe en Côte d’Ivoire se fait dans le respect des droits de l’homme. Si vous voulez vous battre, battez-vous ; mais de grâce ne cherchez pas à inventer de fausses raisons. Ne cherchez pas à caresser l’amour que nous avons pour Tombouctou afin de nous entraîner dans une guerre qui n’a pas lieu d’être.

*La chanteuse malienne Rokia Traoré estime que "la recrudescence du banditisme armé avec le retour des mercenaires de Côte d'Ivoire" a contribué à la crise au Mali (Télérama du 4/04/12)° 1ère photo : La mosquée de Djinguereber fondée à Tombouctou au XIVe siècle.
° 2e photo : La grande mosquée de Djenné, 1907.

Raphaël ADJOBI

24/08/2012

Ouattara a perdu le volant* de la Côte d'Ivoire, ou quand le peuple découvre les porteurs du trône du préfet


Ouattara et l'armée française, ouattara a perdu le contrôle de la Côte d'Ivoire, la Côte d'Ivoire sous Ouattara Depuis que les attaques se multiplient contre son armée, le commun du peuple ivoirien commence à distinguer plus clairement les contours du pouvoir qui rend Alassane Ouattara si serein, si imperturbable. A force de lever la tête pour suivre son président paisiblement installé sur son trône que l'on promène çà et là, il n'avait pas eu l'idée de regarder les porteurs de l'illustre préfet. Toutes les critiques des internautes et de quelques journaux locaux - comme Notre voie et Le Nouveau Courrier - lui semblaient relever du ressentiment et de la jalousie. Et puis, tout à coup, sous le trône qui avance d'un pas serein, est apparu sous ses yeux l'armée française ! Non il ne peut pas se tromper ! Il la voit de ses propres yeux !

Grand Dieu, comment cela est-il possible ? Comment le trône de Côte d'Ivoire peut-il être porté à bout de bras par des forces étrangères ? Les FRCI ne seraient donc que de simples vigiles chargés de dégager le peuple de la voie pour faciliter le passage du convoi préfectoral ? Ainsi donc la dictature de Ouattara ne serait même pas totalement ivoirienne ? Même sur le plan local son assise serait étrangère ? Mon Dieu, quelle humiliation ! Même le parti unique d’Houphouët-Boigny n’avait pas montré un soutien étranger aussi visible à son pouvoir.

Après avoir vu cela, le commun des Ivoiriens commence à comprendre qu'Alassane Ouattara n'a jamais été un homme politique mais un simple argentier, un gérant d’une affaire commerciale. Il comprend que pour cet homme, gouverner veut dire acheter et vendre parce qu’il n’est en réalité qu’un commerçant, un boutiquier. Or il ne suffit pas d’être un marchand de nattes (tapis tressé de roseaux) ou de cacao, d’arachide ou de cola pour diriger un pays. Pour cette dernière fonction, il faut d’autres qualités que notre homme n’a pas. Il n'a jamais appris - parce que comme son mentor Sarkozy il n'a rien d'un intellectuel - qu'un vrai politicien doit faire porter le trône sur lequel il est assis par son peuple.

L’Ivoirien comprend pourquoi Ouattara a toujours le regard fuyant, l’élocution incertaine et se contredit souvent devant les médias. Cet homme ignore tout de la politique, c’est-à-dire tout de la gestion d’un peuple, de l’aménagement du territoire, de l’organisation des structures sociales et sanitaires, de la sécurité des citoyens et du souci du bon fonctionnement des institutions. Être un homme politique est moins simple qu’être un argentier, un boutiquier. Être un homme politique ne veut pas dire se transformer en machine à sous, mais se montrer un humain pour son peuple ; «c’est plus difficile, ça demande plus de force et de bravoure. C’est un processus où n’intervient pas seulement la capacité à se défendre, à faire la guerre, à tuer s’il le faut, donc l’exercice de la violence, mais au contraire et plus fondamentalement la capacité à prendre soin d’autrui. La compassion. Le souci de l’autre » (Toni Morrison, écrivain noir Sud-Américain). La fibre politique est fondamentalement humaine et tient compte du souci de la sécurité et du bien-être de son peuple, de chacun de ses concitoyens. En oubliant cela, Ouattara a perdu le contrôle de la Côte d’Ivoire, « il a perdu le volant ! » se dit désormais chaque Ivoirien.

C'est vrai, - et chacun le sait - ce n'est pas le peuple qui l'a installé, mais le puissant chef blanc arrivé dans son grand oiseau de fer qui l’a intronisé puis lui a donné l'accolade. Cela a suffi à notre chef pour se passer de notre bénédiction. Cela lui a suffi pour ne pas nous découvrir la vérité des urnes et ne pas passer par l’acceptation de la couronne de gardien de nos traditions que nous tendions au vainqueur. Tout ce qui émanait du peuple lui apparaissait tout à coup trop barbare. Ouattara était devenu un Blanc. Il n'écoutait que les Blancs et ne parlait qu'à des Blancs. Abrité dans son nouvel avion au luxe digne de son rang, son seul souci était de courir le monde pour serrer des mains blanches. Les histoires de nègres ne le regardaient pas !

C'est vrai, - et chacun le sait aussi - le peuple n'est pas toujours fidèle. Il est d'humeur changeante. Sa marche n'est jamais bien ordonnée. Le laisser porter le trône, c'est soumettre le chef au roulis ou au tangage de sa démarche incertaine. Le chef risque d'avoir le vertige ; et cela n'est pas très agréable. Par contre, avec une armée, vous avez une marche sûre, bien cadencée. C'est plus solide. Et si elle est étrangère et blanche, c'est encore mieux ; c'est la preuve que vous avez toutes les puissances du monde avec vous. Et de toute évidence, Ouattara a compris cela ; et c’est le choix qu’il a fait !

Cependant, grand Dieu ! toutes ces luttes pour l'indépendance, puis pour le multipartisme et des élections libres pour aboutir à ça ! Quel gâchis ! Monsieur Ouattara devrait toutefois se dire une chose : quand ils portent ainsi votre trône pour le protéger du roulis du peuple, les Blancs n'aiment pas beaucoup que celui-ci se mette à crier trop fort. Cela fait désordre. Ils redoutent aussi les petits malins qui peuvent tirer sur les jolis galons de leurs soldats et leur faire mordre la poussière. Parce que si le peuple français commence à voir ses enfants bousculés et des trous dans leur joli costume comme en Afghanistan, il pourrait leur demander de rentrer au bercail. Et alors, attention au trône !

*« Perdre le volant » = perdre le contrôle d’une situation ; « Il n’y a personne à la barre », dirait-on en France.

Raphaël ADJOBI