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13/08/2016

Des ministères à durée déterminée ou ministères temporaires en Côte d'Ivoire ?

Des ministères temporaires, Faire des économies grâce à des ministres temporaires. Des ministères à durée déterminée en Côte d'IvoireNotre amie Shlomit Abel juge cette idée géniale. Si Dramane Ouattara qui l'a trouvée la généralisait, elle lui permettrait de payer à la France la facture d'électricité que les Ivoiriens estiment excessivement salée.

Selon l'Agence de Presse Africaine, l’actuel Gouverneur d'Abidjan, Robert Beugré Mambe, a été nommé “ministre temporaire” auprès du Président de la République, chargé de l'organisation des Jeux de la Francophonie 2017.

C'est probablement lors de la disgrâce d'Affi N'guessan, opposant patenté, avec rang de ministre que cette catégorie a été crée, un ministère doté d'un chronomètre et d'un compte à rebours, avec dans ses placards, un bâton et quelques carottes. Si cette catégorie de ministère temporaire est sérieusement crée dans la durée, à cause des restrictions budgétaires, il faut suggérer à madame Kandia Kamara de se retirer de sa fonction de ministre permanente de l'Education nationale, les mois d'été où les enfants sont en congé. Et notre président, pourrait aussi, dès son 145 ème voyage à l’Etranger bénéficier de ce statut de président temporaire, lorsqu’il est en déplacement, soit près de six mois par an hors de Côte d’Ivoire.

Mais revenons aux joies du cirque, non accompagnées de pain, austérité oblige. Plus de trois mille athlètes et artistes sont attendus au pays de l’Emergence, toujours campée sur sa ligne de fuite. Après le succès des jeux de Nice en 2013, voici Abidjan-la sale, capitale mondiale des ordures non ramassées qui va briller de mille papiers gras et mouches flamboyantes, dans les quartiers désertés par les touristes; de même, ses quartiers rasés, ses habitants sans toit, ses enfants désœuvrés ne seront pas sur le passage des officiels de la Francophonie. Abidjan la belle, la cité des lumières, celle toute illuminée qui n’a pas besoin de régler sa facture d’électricité va briller de mille paillettes et de mille sourires. L’ambassadrice de charme, autre intermittente du spectacle politique, Dominique Ouattara offrira à ses hôtes un scénario grandiose d’une Côte d’Ivoire à son zénith.

Selon les journaux, le gouvernement ivoirien aurait déjà remis à niveau certaines infrastructures sportives existantes, dont celles du campus universitaire de Cocody, -à la grande joie des étudiants expulsés!!!- et du palais des sports de Treichville. Selon jeune Afrique, citant Alain Lobognon, le ministre des sports en janvier 2015, "Pour la première fois depuis plus de trente ans, l’État a prévu un budget d’investissement pour réhabiliter et construire des infrastructures sportives. Des appels d’offres ont donc été lancés cette année en vue de la réhabilitation complète des complexes sportifs de Yopougon, Abobo, Angré, Bingerville et de la piscine d’État de Treichville", La plupart de ces projets seront conduits dans le cadre de partenariats public-privé (PPP).

Ainsi, voyant grand, toujours très grand, notre grand-couturier qui sait prendre des mesures, sans les traduire en actes, a proposé la Côte d'Ivoire en voie d'émergence pour accueillir la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2021. "Après une année consacrée au montage technique et financier du projet estimé à 47,1 milliards de F CFA (71,8 millions d’euros), la construction du complexe olympique d’Abobo (Abidjan-Nord) commencera en 2015. Si le délai de livraison est respecté, le stade pourrait être prêt pour les Jeux de la Francophonie 2017" nous disait encore Lobognon ce 6 janvier 2015, espérant trouver une fève inimaginable - un oeuf d'or rescapé de la poule ivoire égorgée sur l’autel des intérêts françafricains- dans cette galette des rois de plus en plus rétrécie.

Où en sommes-nous du projet? La nomination très tardive d'un spécialiste du bâtiment public, à six mois de 2017 nous révèle que le projet est encore au niveau des plans, du bâtis et des coupes (budgétaires), le couturier n'a pas encore monté l'ensemble. La pluie de milliards tellement attendue, au mois d’août ne nous déversera qu'une pluie d'étoiles filantes, temporaires, comme ces nouveaux ministres-CDD...

Shlomit Abel 27 juillet 2016

28/03/2016

La nausée, version 2016, par Nicolas Sarkozy

A force de trop vite tourner les pages de l'Histoire africaine, de se mêler de tout et de raconter des bêtises sans aucun scrupule, l'homme finit par nous faire vomir sur sa personne. Un billet de Shlomit Abel.

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Les journaux ivoiriens ont relevé quelques perles égrainées par Nicolas Sarkozy lors de son passage express en Côte d'Ivoire à la suite de l’attaque “djihadiste” à Grand-Bassam. Je viens de les relire, et j'en ai la nausée. En 2010, en Côte d'Ivoire, « la France n'avait pas de candidat. C'est à la demande des nations unies que la France est intervenues pour détruire les armes » (...) « La France n'a pas vocation à s'ingérer dans les affaires intérieures des autres » (...) D'ailleurs le chef de file des Républicains pense que la Côte d'Ivoire a été attaquée parce que c'est un symbole de démocratie et de développement. (...) « C'est le succès de l'Afrique qui fera reculer le cancer djihadiste ». « l'Afrique et l'Europe vont relever ce défi ensemble » (...) Celui qui en mars/avril 2011 a fait bombarder l'usine de la Sotra pour obliger la Côte d'Ivoire d'importer ses bus, ose dire à Abidjan: « ça ne suffit pas d'avoir 8 à 10 % de taux de croissance, il faut faire en sorte que le développement soit moins dépendant de l'exportation » !!!

Quelques phrases assassines encore, de quoi vous écœurer durablement, tellement c'est abject :« Il faut tourner la page du compassionnel pour aller vers d'autres stratégies. Nous devons changer d'ambition et de stratégie. Le secteur privé doit générer des emplois (…) je souhaite que la politique française en Afrique soit le développement » (...) « nous, la France, nous avons fait de grandes choses, mais nous avons commis des erreurs. Le passé, c'est du passé. Ce qui compte, c'est l'avenir »
Et pourtant, je devrais me réjouir, parce que depuis ce matin, Nicolas Sarkozy, alias Paul Bismuth est de nouveau replongé dans une affaire qui risque de mettre à mal son avenir politique. En effet, la Cour de cassation vient de valider les écoutes de Nicolas Sarkozy en marge de l'affaire Bettencourt : il est de nouveau redevenu justiciable. Mais cet homme est d'un cynisme effrayant. Comme beaucoup d'hommes politiques, il est avocat d'affaire, il sait bien comment contourner la justice et gagner du temps en ralentissant les procédures. Dans notre monde corrompu, il est presque impératif que les hommes politiques pour percer et s'imposer soient avocats. Ils pourront être encore plus retord que les retords qui les ennuient ! « Nous, la France, nous avons fait de grandes choses, mais nous avons commis des erreurs. Le passé, c'est du passé. Ce qui compte, c'est l'avenir ». Les victimes passées, présentes et à l'avenir compromis en Côte d'Ivoire seront heureuses de ce "nous la France" qui avons juste commis des erreurs; pas des fautes, pas des crimes, des erreurs ! C'est "nous, les Français", pas lui tout seul ! Comme s'il s'était soucié d'expliquer à ses concitoyens les vrais enjeux de la Françafrique et de l'assassinat de Khadhafi! Que nenni, son discours n'a pas dépassé le stade infantile de l'évocation des méchants dictateurs qui s'accrochent à leur siège, qu'il faut éradiquer afin de voler à coup de bombes au secours de leurs citoyens !
Mais ne nous attardons pas sur les 200 victimes jamais retrouvées du chef libyen, et qu'il a si bien vengées en offrant à Moloch deux cent mille victimes. Comme il l'a dit, "tournons la page du compassionnel ". Parce que Sarkozy aime tourner les pages. Il marche sur des ruines fumantes, sans état d'âme, persuadé que d'elles sortiront des royaumes émergents où la justice de la CPI fleurira comme un jardin d'Eden. Encore un de ces "grands du monde" à l'humanité rétrécie, qui ne sent même plus son cœur battre au dedans de lui, tellement il est pétrifié. Quelques heures après les attentats de Bruxelles, il écrivait "Face à l’effroi des attentats terroristes meurtriers qui viennent de frapper la Belgique, sa capitale et le peuple belge, je veux exprimer ma solidarité et rappeler tout mon soutien aux autorités gouvernementales belges qui font face à une attaque coordonnée d’une grande ampleur. Mes pensées vont aux victimes, à leurs proches et à leurs familles. Après la France, la Belgique est directement ciblée. Nos démocraties doivent faire face à une menace intérieure et extérieure qui n’a jamais été si élevée. Dans ces circonstances tragiques, nos dispositifs de sécurité doivent être adaptés et nos partenariats de renseignement renforcés. C’est un impératif absolu. -NS "

Cet impératif de l'actualité vient à point nommé pour appliquer une voile d'ombre rafraichissante sur son passé de délinquant en col blanc avéré. Grâce à la tragédie belge, il ne fera pas la une du journal télévisé ce soir !

Pour finir, je vous avouerai que j'ai un gros problème avec sa signature "NS". Dans le catholicisme, ce sigle bien souvent, -et c'est comme cela que je le lis à chaque fois que je le rencontre-, désigne "Notre Seigneur". Cette appellation accolée au nom de l’ancien président, m'insupporte au plus haut point. C'est subjectif, me direz vous; moi je ne peux m'y soustraire. Mon livre de chevet a été pendant de longues années "l'Imitation de Jésus-Christ", ce petit chef d’œuvre de piété du Moyen-Age où justement NS est à l'honneur, le vrai, le droit, le juste, le compatissant, le dévoué, l'ami, le consolateur. Pas celui qui a repris les même initiales et qui ressemble d'avantage à son sosie d’en-bas, sa copie/version dévoyée, celle du mal, de celui qui divise, déchire et qui semble avoir définitivement accroché son âme au vestiaire. Mais il est vrai que Seigneur et Satan commencent aussi par la même lettre...

Shlomit Abel, 22 mars 2016

02/03/2016

Quand les témoignages tournent à la farce à la CPI* (Un joili texte moqueur de notre amie Shlomit ABEL)


L'intérêt du texte que je vous propose ici n'est pas dans son contenu - par ailleurs très simple - mais dans sa forme qui lui confère une portée encore plus grande. Faisons simple pour mes lecteurs Européens souvent ignorants des affaires africaines (de la France) : nous savons qu'à grand renfort de messages médiatiques, la France a fait de Laurent Gbagbo - dont presqu'aucun Français ne saurait reconnaître la tête - un dictateur qu'il lui a fallu destituer à coups de canons. Figurez-vous que depuis que la France et le préfet nègre qu'elle a installé en Côte d'ivoire ont chargé la Cour pénale internationale sise à la Haye (Pays-Bas) de punir ce président - ce qui n'est pas la tasse de thé des Français - ils ont toutes les peines du monde à démontrer son caractère dictatorial. Depuis bientôt cinq ans, la puissante France cherche vainement des preuves pour faire condamner Laurent Gbagbo et en finir définitivement avec lui. Par le passé, en 2004 - les pauvres Français à la mémoire courte ne s'en souviennent plus - les autorités françaises avaient fait assassiner 9 militaires français à Bouaké pour se fabriquer une preuve convaincante leur permettant de le destituer et plus tard le faire condamner. Malheureusement, les familles des victimes ont vu la supercherie et ont porté plainte, lavant ainsi Laurent Gbagbo de tout soupçon. Alors, la douce France décide en janvier 2016 d'aider le gouvernement franco-ivoirien - parce qu'il y a un ministre Français blanc dans le gouvernement de ce pays - de tenter le tout pour le tout : convoyer des témoins à La Haye avec dans leurs bagages des promesses et l'assurance de l'anonymat total. J'avoue ignorer s'il est usuel en Europe et ailleurs de témoigner sous l'anonymat.
Pauvre France, le stratagème n'a pas fonctionné parce que quatre des témoins ont voulu profiter de l'occasion pour rompre avec leur pays et leur gouvernants imposés par la France.
Si je vous propose le récit de notre amie Shlomit Abel, c'est qu'il est tout simplement savoureux. L'écriture, c'est aussi du plaisir. Un texte amusant à déguster ! Maintenant que personne ne croit que justice peut être rendue à La Haye, amusons-nous du ridicule des hommes.
Bonne lecture.

* Cour pénale internationale à La Haye (Pays-Bas).
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Témoin, t'es moins faux qu'un vrai proc : c'est pis

2688946781.jpg«Vous allez entendre des chercheurs, des cinéastes. Vous allez entendre des témoins de l’entourage immédiat des accusés, notamment des hommes politiques, des membres des Fds, des membres des jeunes pro-Gbagbo, des milices et des groupes de mercenaires ».
Non ce n'est pas le discours inaugural d'un festival du cinéma, d'un gala de bienfaisance. C'est notre procureure gambienne qui dévoilait, lors de la reprise du procès à la Haye, la diversité des 138 témoins à charge attendus à la barre. Nous en aurons eu quatre, en "perpétuel danger de mort", avec leur voix totalement déformée, au point que l'on ne distingue pas un homme d'une femme. Mesure de protection supplémentaire : ils pourront s'exprimer en dioula, un interprète se chargeant de traduire leurs propos. Mille précautions donc, visant à préserver l'anonymat des témoins : mille précautions plus que suffisantes, mais virant manifestement au superflu lorsque certains, de dioula, se mettent, – ô miracle – à parler français, alors qu'ils sont censés ignorer la langue des troubadours et des fous du roi de France !

Témoignages, contre-interrogatoires, le temps s'étire, l'écoute s'avère fastidieuse... Et là, coup de théâtre, les membres de la Cour sont invités à ramasser leurs cartables deux jours plus tôt que prévu, non pour cause de défection de tel ou tel juriste, mais parce qu'il n'y a plus rien à tirer de ces témoins, selon maître Altit. La défense de Blé Goudé a même préféré s'abstenir de se fatiguer à les fatiguer davantage, en renonçant à les interroger plus avant.
Nous savions déjà que les dossiers d'inscription des victimes voulant témoigner à la Haye se retiraient au siège du RDR; mieux, que les dossiers étaient remplis avec l'aide d'assistants-sociaux un peu particuliers, ayant en réalité pour tâche de "peaufiner" le témoignage en fonction du but recherché : noircir le Président Gbagbo par tous les moyens, fût-ce au prix de scénarios peu crédibles et mal ficelés. Selon un ami, ces témoins auraient été recrutés pour la plupart dans le quartier Wassakara, un nom qui ne m'a pas frappée lors de la période de la dite crise post-électorale.

Au départ, les travailleurs sociaux étaient français, leur cabinet se trouvant à l'ambassade de France. Quoi de plus normal que de vérifier si les personnes candidates à l'obtention de ce précieux visa-sésame pour la France de Hollande et la Hollande de la CPI, étaient des personnes dignes de foi : celle qui consiste à être doté de l'aplomb nécessaire à enfoncer LG ! Par la suite, c'est le siège du RDR, via le téléphone dioula, qui est devenu une sorte de "pôle-emploi" spécialisé pour l'étranger, une agence de recrutement provisoire pour intérimaires disposés à convoler en justes émigrations. Les témoins qui ont eu la chance d'arriver à La Haye avant la reprise du procès, après avoir goûté aux joies des musées et canaux hollandais, ont appelé leurs proches à Paris, lesquels leur ont conseillé de voir plus grand – la mère patrie de la liberté, de l'égalité et de la fraternité ! –, et de ne viser désormais rien moins que le Louvre, et les bateaux mouche sur la Seine! Et ceux qui avaient entendu parler du conseiller franco-bété de Ouattara avec rang de ministre, Ser(e)y-Eiffel, ont bien entendu tenu à voir l'ouvrage de son aïeul !

De gratuit au départ, pour quelques élus dorlotés par la France, les élus du RDR ont imaginé un témoignage/permis de sortie payant – qu'est-ce que 1,5 million de francs CFA quand un visa normal peut coûter, au bas mot, entre 2 et 4 millions pour un séjour prolongé à l'étranger ! – "Officiellement, tu témoignes; officieusement, tu te fais la malle!" C'est la consigne que les faux travailleurs sociaux-fonctionnaires véreux ont vendue à leur clientèle RDR, certifiant même aux candidats à l'immigration qu'ils avaient la bénédiction de la CPI ! Aux dires de certains, on a même pu voir des agents de l'Onuci apporter leur concours au fonctionnement de cette filière de (faux)-témoins, perpétuant quant à eux la lignée des braconniers chercheurs d'ivoire ou de bois précieux, des soldats braqueurs d'agences de la BCAO. Ici, leur mission consistait à favoriser la candidature de non Ivoiriens : Maliens, Guinéens Burkinabés, étrangers comme eux, et de prouver que ces étrangers naturalisés aux vies multiples – vie passée dans un pays de la sous-région, vie présente en Côte d'Ivoire –, peuvent sereinement envisager leur troisième vie à venir en Europe, grâce à leurs noms et prénoms à consonances "nordiques".

Déjà, lors de l'ouverture du procès, quelques témoins avaient disparu dans la nature. Partis plus tôt en "permission", juste pour embrasser la famille, ils n'ont pas pu s'arracher à de si douces retrouvailles ! Fatou Ben Souda aurait bien aimé un réaménagement du temps de passage de ses protégés restant, le temps de retrouver les premiers, mais le juge austro-italien avait dit niet. Le premier lot servi – quatre témoins – a été surveillé de près, afin que, malgré la proximité de la mer, nos témoins restent sourds à l'appel du large, et s'abstiennent d'aller grossir le nombre des témoins déjà en cavale. Après leur prestation, et leur supplice devant les questions du contre interrogatoire, ce voyage, qui devait être l'aventure de leur vie, s'est terminé à l'aéroport, direction Abidjan, encadré par la police. Brandissant leur contrat de séjour signé avec les cadres RDR, ils ont dû déchanter et comprendre qu'une fois de plus la parole d'un RDR ne vaut de loin pas la parole d'un scout ! Que vont-ils faire, une fois rentrés au pays ? Certaines oreilles indiscrètes qui ont pu entendre l'avis de la belle sœur du voisin de l'oncle de l'un de ces témoins aigris affirmer qu'ils ne vont pas se gêner et déballer sur la place publique et dans les médias la manière dont le RDR les a grugés ! Ceux qui sont encore en liberté, auraient menacé de témoigner pour Gbagbo si on voulait leur réserver le même sort que celui des rapatriés de force.

Il semblerait en bref que la CPI, avec son appareil à couper les têtes de dirigeants africains encombrants, soit prise au piège de sa façon trop carrée d'analyser la situation. Comment concilier bâton et carotte dans cette affaire de témoin ? Comment maintenir la crédibilité d'une cour occidentale visiblement aux prises avec les subtilités de la culture dioula et la corruption endémique prévalant aujourd'hui en Côte d'Ivoire ? Notre gambienne, spécialiste du droit maritime, ne risque pas de trouver dans ses livres et corrigés de cours la solution à ces problèmes. Maître Altit, quant à lui, viendrait aussi d'entrer en résistance, en refusant d'abandonner le titre de Président conféré de droit à SEM Laurent Gbagbo. Voilà l'honneur du juge mis à mal, mais ne fallait-il pas s'y attendre ? A force de déclarer noir ce qui est blanc et vice-versa, comment cette Cour n'en viendrait-elle pas à perdre tous ses repères ?

Merci donc aux témoins – corrompus, certes – mais pas au point d'endosser une fois de plus le rôle de dindons d'une farce françafricaine à bout de souffle. Merci à l'équipe de la défense, qui, en dépit de son impuissance à faire prévaloir le droit du faible innocent sur la loi du plus fort – ce Moloch insatiable dévoreur de justice –, ridiculise brillamment la "cour", et en balaye soigneusement les dernières traces de fausse dignité.

Shlomit Abel, le 24 février 2016

26/04/2015

La marche panafricaine du 11 avril 2015 et les constitutions africaines (Une réflexion d'Eliahou Abel)

J'avais lu cet article d'Eliahou avec beaucoup d'attention. Le retard de sa reprise ici est seulement dû à l'analyse personnelle que je voulais y joindre. Je ne suis nullement juriste pour chercher dans les droits africains les vices qui les rendent pliables à merci comme leurs modèles européens. Toutefois, la légalisation du pouvoir d'Alassane Ouattara par le Conseil constitutionnel ivoirien qui avait préalablement déclaré Laurent Gbagbo élu rend l'analyse d'Eliahou Abel et la solution qu'il propose dignes d'intérêt. Bonne lecture.

Eliahou Abel, la marche panafricaine du 11 avril 2015


A l'occasion de cette journée du 11 avril, officiellement consacrée au thème du respect des constitutions africaines, permettez-moi de vous adresser cette ébauche de réflexion sur ce qui m'apparaît comme le fond du problème.

La difficulté inhérente au concept même de "Constitutions africaines", c'est qu'il s'adosse à la prise en compte de modèles occidentaux tenus pour fiables, non seulement quant à la définition du contenu de ces constitutions, mais quant à la définition du cadre général de leur fonctionnement : cadre théorique de leur normativité, cadre pratique de leur mise en application.

Or il y a longtemps qu'en Occident, le droit en tant que science a dégénéré en une machine conceptuelle et argumentaire exclusivement destinée à contrer l'adversaire, c'est-à-dire à faire dans bien des cas barrage à l'exercice de la vraie justice.

Cela se vérifie dans la sphère privée, comme en témoigne la dérive américaine de la chasse aux vices de procédure, permettant à de puissants cabinets d'avocats d'assurer à coup sûr la victoire au plus riche – le délinquant de haut vol – sur un ministère public en situation d'infériorité financière chronique.

Cela se vérifie également et plus encore dans la sphère publique, où les rôles sont inversés : le Parquet disposant, comme on le constate à la Cour pénale internationale de la Haye, de moyens illimités pour faire traîner les procédures et déployer à l'infini le zèle de son acharnement juridique à l'encontre de prévenus innocents, tels SEM le Président Laurent Gbagbo.

En un mot, les conditions d'exercice de la justice et d'application du droit dont l'Occident travaille à imposer à tous les peuples la soi-disant exemplarité ne profitent en réalité qu'aux grands prédateurs de la finance et à leurs exécutants gouvernementaux, commanditaires objectifs de décisions ne reflétant que l'impuissance des lois à déjouer les manœuvres de ceux qui, avec le pouvoir d'intimider ou de corrompre les juges, se sont arrogé celui d'en décliner les implications au gré de leur bon vouloir.

Ce sont aujourd'hui les maîtres de l'arbitraire qui, à défaut de faire La Loi, la disent.
C'est la raison pour laquelle, en l'état actuel de dépendance intellectuelle – totalement infondée – des élites africaines à l'égard de leurs mentors occidentaux, le combat pour le "respect" des Constitutions me paraît être un combat d'arrière-garde.

Certes, le coup d'Etat du 11 avril 2011 n'a pu réussir qu'au prix d'une violation flagrante de la Constitution ivoirienne, mais le pire n'est pas là : le pire réside dans la manière dont une armée franco-ivoirienne de juristes au service du pouvoir ont réussi à légitimer constitutionnellement a posteriori l'innommable de ce viol collectif de la nation ivoirienne.
D'ailleurs, si les Français sont si fiers du mot le plus long de leur dictionnaire, "anticonstitutionnellement" – d'autant plus fiers qu'ils ne réfléchissent jamais à sa signification – n'est-ce pas justement parce qu'ils savent intuitivement, pour l'avoir expérimenté, que la Constitution, parce qu'elle cautionne l'insertion progressive des rouages législatifs permettant aux puissants de l'adapter aux exigences du moment – c'est-à-dire bien souvent de la contourner au détriment des intérêts du peuple –, porte en elle-même les germes de sa propre négation ?

En important le fruit hexagonal de leurs Constitutions respectives, les nations africaines se condamnent inexorablement à en voir le ver les ronger de l'intérieur, comme c'est précisément le cas de la constitution ivoirienne, violée hier et devenue aujourd'hui l'alibi hautement revendiqué de ses violeurs.

Tant que les Africains ne se seront pas décidés à réinventer, sinon le droit, mais tout au moins le cadre politique et social de sa mise en pratique; tant qu'ils n'auront pas érigé autour de leurs législations une muraille infranchissable : celle de leur refus catégorique de recevoir le moindre conseil émanant de l'une des officines de leurs "anciens" colonisateurs, le mot même de "respect" continuera à fonctionner comme le plus subtil des pièges tendu à leur crédulité par le diable en personne.

De cette décision dépend en partie l'avenir du monde où nous vivons. Frères ivoiriens, frères africains, nous avons besoin de vous, pour tourner, nous aussi, la page du droit du plus fort, et nous extraire du bourbier où nous ont enlisés ces vertueux manipulateurs de grands principes, qui, la main sur le cœur, nous mènent avec vous – en toute légalité, et au nom du "respect" des droits de l'homme ! – à l'abattoir.

Eliahou Abel

15/01/2015

Sound of silence (par Shlomit Abel)

Une belle analyse critique de la manifestation parisienne suite à l'attentat survenu dans les locaux de Charlie Hebdo. A lire et à relire avec une extrême attention. Cet excellent article de notre amie Shlomit invite tout le monde à regarder d'un œil un peu plus critique l'événement du 7 janvier 2015 à Paris et la marche ayant pour but de le sacraliser. De la réflexion, rien que de la réflexion. C'est tout ce que l'on attend en pareille circonstance.

Shlomit Abel, Charlie Hebdo et après, La vérité sur charlie hebdo

L'attentat n'est pas survenu un 11 du mois, mais la manif est à cette date...11 septembre 11 avril, 11 janvier : simple coïncidence ? « Paris, capitale du monde ! » claironne le premier des François, notre Coq national.

Et pourtant, on est dans l'éphémère, comme dans le conte des frères Grimm avant les 12 coups de minuit, lorsque Cendrillon était encore en chaussons de vair avec carrosse et laquais... Et ensuite ? On va retrouver la grisaille, la morosité ambiante, le chômage, la difficulté des Français à boucler leurs fins de mois... Mais heureusement les gallinacés François, Emmanuel, et surtout Nicolas qui rêve de revenir au plus vite pour veiller sur ses poulettes dociles, vont engranger quelques points de satisfecit, arrivant artificiellement à unifier le peuple derrière leur bannière faussement pacifique. Car ne l'oublions pas, tous ces Occidentaux qui en appellent à l’union sacrée face à la barbarie en sont les artisans, certes à l'Etranger, jamais chez eux : Afghanistan, Iraq, Lybie, Côte d'Ivoire, Mali, et j'en passe. Faut-il s'offusquer maintenant de ce que le balai des apprentis sorciers se retourne contre eux ? Comment parler de paix, alors que l'Occident ne cesse depuis des années, de financer et d’équiper des hordes sauvages de groupuscules armés, chargés de déstabiliser des pays réputés "pauvres", mais au sol et sous-sol regorgeant de promesses pour eux, les prédateurs ?

La France pays des droits de l'homme, oui, c'est ce que l'on voit, la partie émergée de l'iceberg, celle que l’on exhibe au journal de 20 heures où nous voyons cette foule de Français unis, toutes classes sociales et politiques confondues, pleurer sur ces libertés qui ne sont plus, sur cette barbarie à nos portes et dans nos murs. Pendant que nos hommes politiques solidaires - puisque pas moins de 50 chefs d'état et de gouvernement défilent à cette marche pour la démocratie - afin de faire bloc devant la menace du terrorisme. Et pourtant personne n’a protesté lorsqu’une loi visant la réglementation et la réduction des libertés individuelles sur le net a été votée en cette fin d’année 2014. Personne ne s’offusque de ce que tout citoyen peut être espionné dans ses mails, ses SMS, ses communications téléphoniques. Que l’on prenne provisoirement ce genre de dispositions après un méga attentat de type 11 septembre pourrait éventuellement se comprendre, mais là c’était avant l’épisode Charlie hebdo.

Déjà le premier juillet 2011 a paru au journal officiel un décret permettant de réprimer des manifestations populaires à balles réelles si les forces de l’ordre étaient menacées. Là encore personne n’avait protesté, c’était l’été, il faisait chaud, les spécialistes de l’information spectacle préféraient montrer les Français à la plage, plutôt que d’analyser ce décret.

Charlie Hebdo devient le symbole de la France humiliée, assassinée, et pourtant peu de gens connaissaient vraiment cette revue satyrique, aux dessins très souvent d'un gout douteux, ridiculisant au nom de la libre pensée ceux qui n’avaient pas la même conception de l’athéisme, par des dessins, des caricatures, mais sans pousser bien loin la réflexion de fond. La critique du religieux, grossière, vulgaire très souvent, était rendue dans la catégorie très française de la "blague cochonne" où l’on fornique allègrement, même avec Dieu et ses envoyés.

Je comprends tout à fait que l'on se rassemble pour exprimer sa révolte face à des hommes pour qui la vie n'a plus de valeur et qui s’arrogent le droit de l'enlever à d'autres, de semer le chaos et les larmes. Mais là on en fait trop. Même les américains après le 11 septembre n’ont rien imaginé d’autre que le recueillement silencieux sur les lieux de l’horreur.

Aujourd'hui les Français descendent dans la rue, un rassemblement d'une ampleur «sans précédent». Les manifestants se promettant de ne pas stigmatiser l'autre, le gentil musulman à ne pas confondre avec le méchant, le radical. Et pourtant, quand on regarde bien, les musulmans dits extrémistes ne sont bien souvent que des exécutants manipulés et instrumentalisés par l'Occident, préposés aux basses œuvres dans les pays à déstabiliser : des Musulmans de façade, dont la foi se résume à la violence aux cris d’Allah Hou Akbar ; ce sont les tenants de cet islam d'importation, défouloir des pulsions les plus bestiales, que l'on agite comme un épouvantail, à seule fin de pousser à bout les Musulmans de nos pays, pour que de soupçon en dénonciation, de méfiance en incitation à la haine, les générations actuelles ghettoïsées à dessein, sans travail et privées d'avenir en viennent à se solidariser de ce pseudo-islam radical, nourri par l'Occident des sucs de son propre fumier : tout cela pour parvenir à la réalisation du scénario apocalyptique dont ils nous rebattent les oreilles, celui d’une France phagocytée par l’islam, d’un occident « civilisé » confronté à la plus grande menace de son histoire, à ce « choc des civilisations » dont le bilan se soldera par des pertes infiniment plus lourdes que celles de cette fin de semaine.

Ce soir encore, le journal de 20h s’est transformé en une séance entièrement consacrée à la « marche du siècle ». Le monde s’est arrêté de tourner. Pourtant, au cours de la même semaine, au Nigéria, une fillette s’est fait exploser en plein marché, causant la mort d’au moins vingt personnes, avant qu’un nouveau déchaînement de Boko Haram  autre marionnette franco-occidentale  ne se traduise, toujours au Nigéria, par le massacre de 2000 hommes, femmes, et enfants. 16 villages anéantis ! Mais une telle information ne mérite pas d’être qualifiées de majeure ; ces morts-là n’intéressent personne, en tout cas pas le gouvernement français et ses médias aux ordres ! Pensez donc 17 morts sur le sol français, face à deux mille Africains égorgés et violés... La balance penchera toujours du même côté. Sur le net circulait hier cette phrase "si Charlie mérite le silence, alors le Congo mérite qu'on se taise à jamais : plus de 6 millions de morts…" Je m’arrête ici, tout ce tapage médiatique n’ayant qu’un objectif : imposer silence au vrai silence, empêcher tous ces Français au cœur généreux d’entendre enfin la voix des dizaines de milliers d’hommes, femmes et enfants assassinés sur commande par leurs dirigeants  Afghanistan, Irak, Côte d’Ivoire, Lybie, Syrie, Mali, Ukraine  ; empêcher la foule authentique des citoyens de bonne volonté d’entendre ce « sound of silence » de la mort, rumeur assourdissante en quête d’une réponse adéquate fondée sur le retour à la vérité dite et entendue. Dire, entendre, écouter : rien à voir avec l’unanimisme d’une mascarade où se shlomit abel,charlie hebdo et après,la vérité sur charlie hebdocongratulent grands et petits maîtres du monde soi-disant « libre » ; libre de continuer à vivre au prix de l’asservissement de tout peuple cumulant les malchances d’être riche en ressources, et de ne pas adhérer aux critères de survie de l’axe du bien.

Shlomit Abel, 12 janvier 2015