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15/03/2016

La Côte d'Ivoire appelait Ben Laden ; il est venu à Bassam sans tarder !

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Les Ivoiriens auraient-ils la mémoire courte ? Ne se souviennent-ils plus des cris rageurs des rebelles nordistes dans les rues d'Abidjan au cri de El Akhbar en 2000 ? Cris aussitôt relayés en France dans les colonnes du journal La Croix qui clamait la scission entre le Nord musulman et le Sud catholique ? Les Ivoiriens auraient-ils oublié ces rebelles nordistes qui, à l'imitation de Ben Laden et des djihadistes, se laissaient pousser une barbe hirsute ? Les Ivoiriens ont-ils oubliés qu'un des chefs rebelles a choisi de se surnommer Ben Laden en hommage à l'épouvantail que cet homme représentait dans la conscience collective ? Auraient-ils oublié les rebelles portant des T-shirts avec le portrait de Ben Laden ? Les Ivoiriens auraient-ils oublié que ceux qui gouvernent leur pays ont exécuté froidement des milliers d'Ivoiriens non-armés dans tous les coins du pays ?

Quand on appelle Ben Laden, il vient sans tarder. C'est dans les foyers de l'extrémisme musulman qu'a été nourrie la rébellion ivoirienne au Burkina Faso ! C'est là que tous les musulmans djihadistes se sont donné la main pour dépecer la Côte d'Ivoire. C'est au dernier moment que la France leur a conseillé de couper les barbes et d'abandonner les slogans islamistes pour se fabriquer une étiquette républicaine. Elle leur avait même fourni des habits neufs pour leur donner un semblant de respectabilité.

C'est donc sous ce vernis républicain que la horde de voyous de tous les horizons musulmans de l'Afrique de l'ouest se fondit sur la Côte d'Ivoire dans les pas d'une France sûre de tirer un grand profit du triomphe de cette invasion. Les rebelles ont gaiement tué à Bouaké des gendarmes ivoiriens. Il ont exécuté avec le même sang froid les populations de l'ouest avant de s'emparer d'Abidjan. Pour une si belle opération, tous les supplétifs étrangers ne cessent depuis 2011 de demander leur salaire.

L'idéal djihadiste ne dort jamais quand on a pactisé avec lui. Un pouvoir musulman, entièrement musulman, voilà ce que l'on attendait des rebelles qui avaient entonné le El Akhbar de 2000. Les djihadistes de l'Afrique de l'ouest et du reste du monde n'acceptent pas que leurs amis les trahissent en allant forniquer avec les Français. On leur avait promis une république musulmane. Et voilà que les rebelles ivoiriens qui ont été à leur école leur font des infidélités. Il est donc normal que la leçon tombe un jour. Et ce fut Grand-Bassam !

Quel est l'ivoirien qui aurait l'indécence de qualifier l'attaque de l'ancienne capitale d'acte barbare ? Ce qui vient de se passer est très loin d'atteindre les crimes de Bouaké, du Nord, de l'ouest et même ceux qui se déroulent encore aujourd'hui dans les prisons ivoiriennes. Y a-t-il une différence entre mourir assassiné par un djihadiste ivoirien et mourir assassiné par un djihadiste de l'Afrique de l'ouest ? Quand on introduit la violence des armes dans un pays, il faut s'attendre à ce que les conflits se règlent à coup de fusils ou de canons. Les rebelles du gouvernement en place savent très bien que les morts de Grand-Bassam sont si peu de chose au regard de leurs mémorables prouesses dont ils se vantent dans les vidéos qui circulent sur Internet. Ils sont tous risibles en prêtant un visage attristé devant les caméras. Les Ivoiriens devraient avoir la sagesse de ne pas partager leur peine avec les rebelles qui assassinent leurs parents dans les prisons.

La diaspora ivoirienne qui a été prompte a clamer qu'elle est plus ivoirienne que jamais devrait avoir honte de se retrouver à l'unisson avec les bourreaux de leur pays qui le dirigent depuis que la France le leur a offert sur un plateau.

Raphaël ADJOBI


30/06/2015

Côte d'Ivoire : les nouveaux riches alimentent les paradis fiscaux

(émission de France Inter du 29 juin 2015 à 11h50)

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Sur France Inter, le 29 juin 2015, une petite phrase n'a pas échappé à tout le monde pendant l'émission consacrée à "L'évasion fiscale". Selon l'animateur de l'émission - propos confirmés par des éminents invités - l'évasion fiscale ne concerne pas seulement les pays riches. Les pays du Tiers-monde sont également de grands amateurs des paradis fiscaux. Et à la grande surprise des auditeurs, c'est la Côte d'Ivoire d'Alassane Ouattara qui a été citée en exemple : ces dernières années, "379 nouvelles fortunes ont fait fuir 169 millions d'euros vers les paradis fiscaux ; l'équivalent de 40 % du budget de la santé de la Côte d'ivoire".

Non seulement, le gouvernement des rebelles et du rattrapage ethnique endette le pays sans tenir compte de ce qui se passe en Grèce mais encore il entasse tout ce qu'il peut ramasser à l'étranger. Demain, tout cet argent sera confisqué par les européen qui le déclareront "argent sale".

Raphaël ADJOBI

19/02/2015

Sale temps pour les enfants d'Eburnie

Disparition des enfants en Côte d'Ivoire, Crimes d'enfants, mutilation des enfants, poème sur les enfants ivoiriens, les crimes de Ouattara


Depuis que de la savane profonde
La terreur s'est répandue sur Eburnie,
S'exhale de nos terres un parfum de mort.
Dans les champs, les récoltes sont tachées de sang.

Des plaines sèches, chaque jour,
L'épouvante enfle, moutonne et vient
Au sein de l'Ebrié déverser sa macabre moisson
De corps d'enfants affreusement mutilés.

Comme un souffle de l'harmattan,
Les égorgeurs ont prospéré dans les bois du sud ;
Et l'art de verser le sang a fait d'eux d'excellents maîtres.
Les statues de leurs criminels enseignements font foi.

Ce matin encore, on frappa à la porte. On ouvrit.
Sur le seuil, un fossoyeur qui sourit.
- Je ne suis pas encore prêt, dit l'enfant.
- Il est déjà temps de partir, déclara l'ange moissonneur.

Le garçon fit son rot en souvenir de son dernier repas ;
L'intérêt de l'autre ne pouvait attendre.
Les autels ont besoin de sang, on le crie.
Il faut à la préférence ethnique cinq ans de garantie.

Combien d'enfants encore faudra-t-il sacrifier ?
Ici, un père veille son fils sans tête ni main.
Là, une mère pleure une tête sans corps.
Et nos sanglots interrogent le ciel et les palais muets.

Parfois, du fond de nos cœurs, un espoir s'éveille ;
Puis, de sa marche lente et pesante
S'en va mourir dans l'Ebrié comme
Accompagnant le voyage funèbre de nos tendres enfants.

Raphaël ADJOBI
(15 février 2015)

22/11/2013

Pourquoi assassine-t-on les journalistes ?


Désiré Oué, Ouattara et les journalistes, Ghislaine Dupont, Claude Verlon, deux journalistes français tués au Mali, Le président malien pleure les journalistes français tués  Image sidérante : en 2013, un chef d’Etat de l’Afrique noire pleure l’assassinat de deux journalistes français comme l’avait fait plusieurs décennies plus tôt le valet Jean Bedel Bokassa lors de l’enterrement du général de Gaulle. A quelques jours de là, un autre gouvernant africain décrit sans vergogne son amitié avec l’une des deux victimes au moment où il s’était retranché dans sa République de l’Hôtel du Golf protégée par l’ONU au plus fort du conflit postélectoral ivoirien. Voilà deux attitudes qui nous laissent sans voix ! Mais quand dans le pays de ce dernier, un journaliste est assassiné par les forces dites républicaines sans que les autorités et les journaux officiels qui ont pleuré les deux Français s’en indignent, on ne peut qu’être écoeuré et crier aux « fils vendus de l’Afrique » !

Quoi ? En Côte d’Ivoire, un chef d’Etat et un journaliste qui lui est attaché – suivez mon regard du côté de Fraternité matin – peuvent pleurer des inconnus de leur peuple et se murer dans le silence quand un enfant du pays exerçant la même profession est abattu par les forces armées nationales ? Non, cela ne se peut, à moins d’avouer par ce silence qu’on s’en réjouit.

Dans aucun pays l’armée ne peut se permettre de donner la mort à un citoyen sans aucune explication des autorités nationales. Or, ce qui s’est passé dans la nuit du 14 au 15 novembre, où le jeune journaliste chrétien Désiré Oué a été tué, n’a rien à voir avec une bavure policière. Ce n’était d’ailleurs pas la police qui l’avait visité mais bien l’armée nationale ; ce qui suppose que l’Etat ivoirien se sentait visé par quelque complot extraordinaire dépassant les compétences de la police. Il ne s’agissait pas non plus d’un accrochage avec un excité de l’armée qui aurait laissé libre cours à sa haine de tout adversaire du pouvoir. Il s’agissait bel et bien d’un commando militaire venu rendre ses comptes à un citoyen ivoirien. Au nom de quoi ? Au nom de qui ? La Côte d’Ivoire s’attendait donc à des explications officielles des autorités nationales pour ne pas vivre dans la peur de tout ce qui ressemble à des FRCI. Mais rien n’est venu.

Non, personne ne peut croire aux explications des journaux proches du pouvoir. Personne ne peut croire qu’un jeune journaliste qui couvrait même les manifestations du RDR soit tout à coup abattu et présenté comme un milicien vivant en cachette depuis 2011, environné d’armes de guerre. Ne nous dites pas, messieurs les gouvernants et vous les journalistes choisis pour porter leurs paroles, que vous avez mis deux ans pour trouver le domicile de Désiré Oué. Vous n’êtes pas si nuls que cela ! Non, ne prenez pas les Ivoiriens pour des imbéciles ! Avouez que vous êtes incapables de justifier ou de dénoncer ce crime parce que c’est à vous qu’il profite.

D’un commun accord, posons-nous cette question : qui de l’Ivoirien ou des deux Français méritaient d’être pleurés par le président de la Côte d’Ivoire et par ses journalistes officiels ? Pour le savoir, il nous faut tous prendre le temps de réfléchir aux motifs qui auraient justifié l’assassinat de Ghislaine Dupont et Claude Verlon en mission au Mali, et celui de Désiré Oué à son domicile à Abidjan.

De la neutralité des journalistes parmi nous

Quand on parle de journaliste assassiné ou pris en otage, on pense tout de suite à un reporter en terre étrangère. Et cela est tout à fait normal puisque ce sont les reporters qui travaillent au plus près des conflits qui secouent le monde. Pendant longtemps, leurs seules peurs dans l’exercice de leur métier étaient les bombes et la malchance. Aussi, prenaient-ils soin de se distinguer des soldats par le mot « PRESS » qu’ils arboraient sur leur poitrine, dans leur dos et sur leurs voitures. Pendant longtemps, cela leur a souvent évité d’être pris pour des cibles par les belligérants. Aujourd’hui, ces précautions apparaissent inutiles et parfois mêmes dangereuses quand on sait que des groupuscules monnaient leur capture quand ils ne les abattent pas froidement pour ce qu’ils sont.

Travailler en terre étrangère est donc devenu de toute évidence très dangereux. Selon un article de Télérama publié récemment, devant un tel constat, le président de « Reporters sans frontière » appelle le Conseil de sécurité des Nations unies à « s’engager plus activement pour [leur] protection »*. A l’opposé de cette proposition, il nous semble très intéressant de rappeler celle de Florence Aubenas, présidente du comité de soutien aux otages, qui suggère plutôt une réflexion collective à ses confrères. « Si le respect de notre profession s’est à ce point perdu, il faut se poser des questions », assure-t-elle.

Nous convenons avec Florence Aubenas que cette réflexion est nécessaire. D’ailleurs, chacun de son côté peut la faire pour essayer de comprendre pourquoi les journalistes occidentaux – et même parfois les humanitaires – sont sauvagement abattus loin de leur pays ; pourquoi ils sont pris en chasse en Syrie ; pourquoi dans le Nord-Mali deux journalistes ont été exécutés par ceux à qui ils allaient tendre leur micro pour récolter des témoignages et des avis.

La réponse est tout simplement dans le fait que le journalisme international n’est plus un espace neutre. Les journalistes européens sont des missionnaires des pouvoirs financiers ou politiques. Quand ils se permettent d’avoir une analyse différente des événements se déroulant à l’autre bout du monde, ils sont ou inquiétés ou remerciés par leur employeur. C’est ainsi que le seul journaliste européen qui a osé aller faire un reportage dans l’ouest de la Côte d’Ivoire après le conflit postélectoral – l’italien Sylvestro Montanaro* – a été purement et simplement mis en congé avec la suppression de son émission « C’era una volta » (Il était une fois).

D’autre part, en Europe, trop souvent si l’information n’est pas tronquée, elle est manipulée. Et cela se sait désormais. Par exemple, tous les médias français boivent à la même source : l’AFP (Agence France Presse). Celle-ci trie et choisit les informations qu’elle veut bien mettre à la disposition des médias. Elle peut ne pas mentionner la mort du journaliste ivoirien Désiré Oué pour ne pas pousser ses confrères français à crier au scandale et à lui témoigner leur solidarité par des réactions indignées. Elle peut aussi faire passer l’information en mentionnant que c’est un ancien milicien pro-Gbagbo recherché par le régime, comme l’ont fait les journaux proches du pouvoir ivoirien. A partir de là, toute la France ne pourra qu’applaudir le pouvoir en place plutôt que de s’indigner du crime. On voit bien que la décision de l’AFP peut être très orientée. Et c’est souvent ce qui arrive concernant l’Afrique.

L’actualité récente nous a laissé un très bel exemple de manipulation que nous ne pouvons taire. Tout le monde a eu des échos de François Hollande hué et sifflé le 11 novembre 2013. Figurez-vous que la chaîne Canal Plus a démontré que TF1 s’est rendue coupable de falsification ou trucage d’images ! Oui, Canal Plus a montré que les images du président de la République descendant de sa voiture sous les huées du public n’étaient pas la réalité. Au moment où François Hollande descendait de sa voiture, les huées avaient déjà cessé laissant place à quelques maigres applaudissements. Malheureusement, par le biais de TF1, le mal était fait dans l’opinion publique française.

Inutile d’insister sur le soutien unanime des médias français au parti pris de leur gouvernement et de leur armée dans les opérations en Afrique. En 2011 en Côte d’Ivoire et en Libye, et en 2013 au Mali, la France s’est chaque fois engagée militairement aux côtés d’une partie du pays contre l’autre partie. Et chaque fois, unanimement, les journalistes français ont salué les bombardements d’une partie de la population civile qu’ils traitaient de terroriste. Personne ne peut dire le contraire, à moins de mentir.

Comment voulez-vous qu’après cela les pays étrangers fassent confiance aux journalistes européens. Comment voulez-vous que les journalistes français qui ont applaudi sans retenue l’implication de la France au Mali soient reçus comme des informateurs neutres par les rebelles ? Comment voulez-vous qu’à l’autre bout du monde les soldats syriens accueillent à bras ouverts les journalistes européens qui pendant plus d’un an n’ont pas cessé d’encourager leurs dirigeants à intervenir aux côtés des rebelles ? Comment voulez-vous qu’en Syrie ou au Mali, tout le monde fasse confiance aux journalistes européens quand toute l’Europe s’était mise d’accord pour intervenir contre une partie de la population ? Il ne faut tout de même pas prendre les peuples – Touaregs, Syriens ou autres – pour des imbéciles ! Les autres peuples ont aussi le droit de détester ceux qui les haïssent ! Non, il n’est pas interdit de haïr ceux qui souhaitent votre mort et qui y travaillent !

C’est à cette neutralité perdue des journalistes face aux multiples conflits du monde qu’il faut réfléchir. Quand dans une guerre ouverte on prend résolument parti pour un camp, on ne va pas se jeter dans la gueule du lion pour ensuite crier au scandale. Aujourd’hui, répétons-le, tous les reporters sur les fronts de guerre sont en mission politique ou financière. On ne découvre les reportages des rares journalistes neutres – c’est-à-dire, soucieux de comprendre – que longtemps après les conflits. Si leurs images ou leurs articles ne nous sont jamais montrés durant les conflits, c’est tout simplement parce que le système auquel ils appartiennent les juge contraires à leur intérêt politique ou financier.

Aussi, on ne peut que rester sidéré devant l’ignorance ou la naïveté qui éclate ici dans l’apologie de RFI que fait un Français en écrivant à propos des deux journalistes tués au Mali : « Ils étaient deux messagers de l’information, celle qui est proche des humains, celle qui n’est pas mise en scène, celle qui donne à entendre toutes les voix discordantes, celle qui vous donne des idées pour comprendre la complexité de ce qui se passe dans le monde, le contraire du prêt-à-penser, la marque RFI quoi ! »* Que de qualificatifs élogieux pour une radio d’Etat que les Africains appellent la voix de la France, la voix de la propagande française au service de ses intérêts en Afrique ! Quelle ignorance ! Les journalistes de RFI ne sont rien d’autre que des messagers de la France. RFI est une radio univoque, un « prêt-à-penser » formant les citoyens à la pensée unique du pouvoir français. Le propos cité plus haut n’est donc que le résultat de ce mensonge d’état que l’on nous sert tous les jours comme parole d’évangile.

Que chacun sache donc que mis à part la commune humanité qui les unit et pousse les uns et les autres à regretter leur assassinat, il y a une grande différence d’appréciation à faire entre la mort de Ghislaine Dupont et Claude Verlon d’une part, et celle de Désiré Oué d’autre part. Les premiers étaient en mission, en période de guerre, chez l’ennemi dangereux que nous a toujours présenté RFI qui les employait. Le dernier est mort chez lui, tout simplement parce que ses idées déplaisaient à la main armée de ses adversaires politiques. Or aucun journaliste, comme tout autre être humain, ne doit dans son pays mourir pour avoir exprimé ses idées politiques.

Nous savons tous que la dépendance des journalistes à ce que l’on pourrait prosaïquement appeler une chapelle est également valable à l’intérieur des nations. Mais nous savons aussi que dans tous les pays non totalitaires, ils jouissent de la totale liberté de soutenir tel ou tel parti, tel ou tel idéal politique ; même si des circonstances particulières peuvent parfois les contraindre à ne pas le montrer.

C’est pourquoi on peut affirmer qu’un policier ou un militaire fou ou zélé qui tue un journaliste de son pays jette d’une façon ou d’une autre la suspicion ou le discrédit sur son corps d’armée et même sur les autorités légales. Cela n’est jamais très agréable pour les gouvernants. Mais quand il s’agit d’une opération militaire qui met fin à la vie d’un homme qui aurait exprimé une opinion différente de celle du pouvoir, dans n’importe quel coin du monde cela s’appelle un crime d’Etat. Car c’est bien l’Etat qui autorise les patrouilles militaires en ville pour répondre à des besoins de sécurité particulière. De tels crimes ne se voient que sous les régimes totalitaires. La mort de Désiré Oué s’apparente donc aux crimes des dictatures qui sont toujours commis par des militaires en service ; un assassinat pur et simple pour crime de lèse-majesté.

Raphaël ADJOBI

* Cité par Emmanuel Anizon dans Télérama du 16 au 22 novembre 2013, n° 3331.
* Sylvestro Montanaro, auteur du documentaire « La Francia in nero » (La France en noir).
* Le courrier du lecteur de Télérama du 16 au 22 novembre 2013, n° 3331.

28/03/2013

La France empoisonne les Antilles au sucre


numérisation0009.jpg Le mercredi 27 mars, les radios françaises annoncent que les boissons rafraîchissantes et les produits laitiers destinés aux départements d'Outre-mer contiennent deux fois plus de sucre. Elles expliquent que c'est, pour les industriels, une manière habile de rendre les Antillais dépendants de leurs produits sans se soucier de l'obésité que cet état de chose provoque chez cette population. Quant à l'industrie agroalimentaire, elle prétend qu'elle s'est tout simplement adaptée au goût des Antillais qui, selon elle, aiment manger et boire très sucré.

Après les plats cuisinés à la viande de cheval à la place de la viande de boeuf, voilà donc l'empoissonnement de consommateurs français au sucre. Dans le premier cas, il s'agissait d'une simple tromperie sur la marchandise, donc un délit, et dans le deuxième cas une atteinte à la santé d'autrui, donc un crime. Et puisque ce crime vise une catégorie de la population, on peut même parler d'acte raciste ; même si dans l'affaire, quelques Blancs ont certainement consommé ces produits. Quelques sacrifiés.

Durant de nombreuses années, en France métropolitaine, les associations n'ont cessé de dénoncer l'ajout d'alcool et de produits spéciaux aux boissons qui ont la préférence des jeunes. Elles savaient que les fabricants rusaient ainsi afin de les rendre progressivement dépendants des boissons hautement alcoolisées quand ils seront adultes. Une campagne a vite été menée pour prévenir les familles ; et l'état a tiré l'oreille aux industriels. Les distributeurs automatiques de sodas et de barres chocolatées ont donc disparu des collèges et de bon nombre de lycées en prévention de l'obésité et de l'addiction à l'alcool.

De toute évidence cette campagne de santé auprès des familles et les lois imposées aux établissements scolaires et à l'industrie agroalimentaire n'ont pas été jugées applicables aux Antilles. Pire, devant l'impunité, les industriels ont choisi le sucre plutôt que l'alcool - trop perceptible - pour poursuivre leur sale besogne là-bas. Et pendant que les Antillais, perfusés au sucre, grossissaient comme des immenses ballons - multipliant les maladies cardiovasculaires et le diabète - de nombreux métropolitains cherchaient l'explication de ce phénomène dans la proximité de leurs moeurs alimentaires avec celles des Américains.

A vrai dire, les causes profondes de cette propension à l'obésité des Antillais - surtout des Antillaises - étaient connues depuis 2011. Des particuliers avaient révélé la teneur excessive de sucre dans le pain et les croissants et avaient jeté un doute sur la formation des boulangers. A quel crime les poussait-on ? Très vite, on s'était rendu compte que les produits alimentaires venus de France avaient une teneur en sucre deux fois supérieure à ceux consommés en métropole. Le député de la Guadeloupe, Victorin Lurel - aujourd'hui ministre - avait alors proposé une loi pour ramener ce taux au même niveau que dans l'hexagone. Mais comme à Paris rien n'est urgent quand il s'agit des Antilles, il a fallu attendre la crise de la viande de cheval à la place de la viande de boeuf pour qu'en mars 2013 les chaînes nationales reconnaissent enfin que les criminels ne sont point les Américains mais bien les industriels français.

Raphaël ADJOBI