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15/03/2016

La Côte d'Ivoire appelait Ben Laden ; il est venu à Bassam sans tarder !

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Les Ivoiriens auraient-ils la mémoire courte ? Ne se souviennent-ils plus des cris rageurs des rebelles nordistes dans les rues d'Abidjan au cri de El Akhbar en 2000 ? Cris aussitôt relayés en France dans les colonnes du journal La Croix qui clamait la scission entre le Nord musulman et le Sud catholique ? Les Ivoiriens auraient-ils oublié ces rebelles nordistes qui, à l'imitation de Ben Laden et des djihadistes, se laissaient pousser une barbe hirsute ? Les Ivoiriens ont-ils oubliés qu'un des chefs rebelles a choisi de se surnommer Ben Laden en hommage à l'épouvantail que cet homme représentait dans la conscience collective ? Auraient-ils oublié les rebelles portant des T-shirts avec le portrait de Ben Laden ? Les Ivoiriens auraient-ils oublié que ceux qui gouvernent leur pays ont exécuté froidement des milliers d'Ivoiriens non-armés dans tous les coins du pays ?

Quand on appelle Ben Laden, il vient sans tarder. C'est dans les foyers de l'extrémisme musulman qu'a été nourrie la rébellion ivoirienne au Burkina Faso ! C'est là que tous les musulmans djihadistes se sont donné la main pour dépecer la Côte d'Ivoire. C'est au dernier moment que la France leur a conseillé de couper les barbes et d'abandonner les slogans islamistes pour se fabriquer une étiquette républicaine. Elle leur avait même fourni des habits neufs pour leur donner un semblant de respectabilité.

C'est donc sous ce vernis républicain que la horde de voyous de tous les horizons musulmans de l'Afrique de l'ouest se fondit sur la Côte d'Ivoire dans les pas d'une France sûre de tirer un grand profit du triomphe de cette invasion. Les rebelles ont gaiement tué à Bouaké des gendarmes ivoiriens. Il ont exécuté avec le même sang froid les populations de l'ouest avant de s'emparer d'Abidjan. Pour une si belle opération, tous les supplétifs étrangers ne cessent depuis 2011 de demander leur salaire.

L'idéal djihadiste ne dort jamais quand on a pactisé avec lui. Un pouvoir musulman, entièrement musulman, voilà ce que l'on attendait des rebelles qui avaient entonné le El Akhbar de 2000. Les djihadistes de l'Afrique de l'ouest et du reste du monde n'acceptent pas que leurs amis les trahissent en allant forniquer avec les Français. On leur avait promis une république musulmane. Et voilà que les rebelles ivoiriens qui ont été à leur école leur font des infidélités. Il est donc normal que la leçon tombe un jour. Et ce fut Grand-Bassam !

Quel est l'ivoirien qui aurait l'indécence de qualifier l'attaque de l'ancienne capitale d'acte barbare ? Ce qui vient de se passer est très loin d'atteindre les crimes de Bouaké, du Nord, de l'ouest et même ceux qui se déroulent encore aujourd'hui dans les prisons ivoiriennes. Y a-t-il une différence entre mourir assassiné par un djihadiste ivoirien et mourir assassiné par un djihadiste de l'Afrique de l'ouest ? Quand on introduit la violence des armes dans un pays, il faut s'attendre à ce que les conflits se règlent à coup de fusils ou de canons. Les rebelles du gouvernement en place savent très bien que les morts de Grand-Bassam sont si peu de chose au regard de leurs mémorables prouesses dont ils se vantent dans les vidéos qui circulent sur Internet. Ils sont tous risibles en prêtant un visage attristé devant les caméras. Les Ivoiriens devraient avoir la sagesse de ne pas partager leur peine avec les rebelles qui assassinent leurs parents dans les prisons.

La diaspora ivoirienne qui a été prompte a clamer qu'elle est plus ivoirienne que jamais devrait avoir honte de se retrouver à l'unisson avec les bourreaux de leur pays qui le dirigent depuis que la France le leur a offert sur un plateau.

Raphaël ADJOBI


02/03/2016

Quand les témoignages tournent à la farce à la CPI* (Un joili texte moqueur de notre amie Shlomit ABEL)


L'intérêt du texte que je vous propose ici n'est pas dans son contenu - par ailleurs très simple - mais dans sa forme qui lui confère une portée encore plus grande. Faisons simple pour mes lecteurs Européens souvent ignorants des affaires africaines (de la France) : nous savons qu'à grand renfort de messages médiatiques, la France a fait de Laurent Gbagbo - dont presqu'aucun Français ne saurait reconnaître la tête - un dictateur qu'il lui a fallu destituer à coups de canons. Figurez-vous que depuis que la France et le préfet nègre qu'elle a installé en Côte d'ivoire ont chargé la Cour pénale internationale sise à la Haye (Pays-Bas) de punir ce président - ce qui n'est pas la tasse de thé des Français - ils ont toutes les peines du monde à démontrer son caractère dictatorial. Depuis bientôt cinq ans, la puissante France cherche vainement des preuves pour faire condamner Laurent Gbagbo et en finir définitivement avec lui. Par le passé, en 2004 - les pauvres Français à la mémoire courte ne s'en souviennent plus - les autorités françaises avaient fait assassiner 9 militaires français à Bouaké pour se fabriquer une preuve convaincante leur permettant de le destituer et plus tard le faire condamner. Malheureusement, les familles des victimes ont vu la supercherie et ont porté plainte, lavant ainsi Laurent Gbagbo de tout soupçon. Alors, la douce France décide en janvier 2016 d'aider le gouvernement franco-ivoirien - parce qu'il y a un ministre Français blanc dans le gouvernement de ce pays - de tenter le tout pour le tout : convoyer des témoins à La Haye avec dans leurs bagages des promesses et l'assurance de l'anonymat total. J'avoue ignorer s'il est usuel en Europe et ailleurs de témoigner sous l'anonymat.
Pauvre France, le stratagème n'a pas fonctionné parce que quatre des témoins ont voulu profiter de l'occasion pour rompre avec leur pays et leur gouvernants imposés par la France.
Si je vous propose le récit de notre amie Shlomit Abel, c'est qu'il est tout simplement savoureux. L'écriture, c'est aussi du plaisir. Un texte amusant à déguster ! Maintenant que personne ne croit que justice peut être rendue à La Haye, amusons-nous du ridicule des hommes.
Bonne lecture.

* Cour pénale internationale à La Haye (Pays-Bas).
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Témoin, t'es moins faux qu'un vrai proc : c'est pis

2688946781.jpg«Vous allez entendre des chercheurs, des cinéastes. Vous allez entendre des témoins de l’entourage immédiat des accusés, notamment des hommes politiques, des membres des Fds, des membres des jeunes pro-Gbagbo, des milices et des groupes de mercenaires ».
Non ce n'est pas le discours inaugural d'un festival du cinéma, d'un gala de bienfaisance. C'est notre procureure gambienne qui dévoilait, lors de la reprise du procès à la Haye, la diversité des 138 témoins à charge attendus à la barre. Nous en aurons eu quatre, en "perpétuel danger de mort", avec leur voix totalement déformée, au point que l'on ne distingue pas un homme d'une femme. Mesure de protection supplémentaire : ils pourront s'exprimer en dioula, un interprète se chargeant de traduire leurs propos. Mille précautions donc, visant à préserver l'anonymat des témoins : mille précautions plus que suffisantes, mais virant manifestement au superflu lorsque certains, de dioula, se mettent, – ô miracle – à parler français, alors qu'ils sont censés ignorer la langue des troubadours et des fous du roi de France !

Témoignages, contre-interrogatoires, le temps s'étire, l'écoute s'avère fastidieuse... Et là, coup de théâtre, les membres de la Cour sont invités à ramasser leurs cartables deux jours plus tôt que prévu, non pour cause de défection de tel ou tel juriste, mais parce qu'il n'y a plus rien à tirer de ces témoins, selon maître Altit. La défense de Blé Goudé a même préféré s'abstenir de se fatiguer à les fatiguer davantage, en renonçant à les interroger plus avant.
Nous savions déjà que les dossiers d'inscription des victimes voulant témoigner à la Haye se retiraient au siège du RDR; mieux, que les dossiers étaient remplis avec l'aide d'assistants-sociaux un peu particuliers, ayant en réalité pour tâche de "peaufiner" le témoignage en fonction du but recherché : noircir le Président Gbagbo par tous les moyens, fût-ce au prix de scénarios peu crédibles et mal ficelés. Selon un ami, ces témoins auraient été recrutés pour la plupart dans le quartier Wassakara, un nom qui ne m'a pas frappée lors de la période de la dite crise post-électorale.

Au départ, les travailleurs sociaux étaient français, leur cabinet se trouvant à l'ambassade de France. Quoi de plus normal que de vérifier si les personnes candidates à l'obtention de ce précieux visa-sésame pour la France de Hollande et la Hollande de la CPI, étaient des personnes dignes de foi : celle qui consiste à être doté de l'aplomb nécessaire à enfoncer LG ! Par la suite, c'est le siège du RDR, via le téléphone dioula, qui est devenu une sorte de "pôle-emploi" spécialisé pour l'étranger, une agence de recrutement provisoire pour intérimaires disposés à convoler en justes émigrations. Les témoins qui ont eu la chance d'arriver à La Haye avant la reprise du procès, après avoir goûté aux joies des musées et canaux hollandais, ont appelé leurs proches à Paris, lesquels leur ont conseillé de voir plus grand – la mère patrie de la liberté, de l'égalité et de la fraternité ! –, et de ne viser désormais rien moins que le Louvre, et les bateaux mouche sur la Seine! Et ceux qui avaient entendu parler du conseiller franco-bété de Ouattara avec rang de ministre, Ser(e)y-Eiffel, ont bien entendu tenu à voir l'ouvrage de son aïeul !

De gratuit au départ, pour quelques élus dorlotés par la France, les élus du RDR ont imaginé un témoignage/permis de sortie payant – qu'est-ce que 1,5 million de francs CFA quand un visa normal peut coûter, au bas mot, entre 2 et 4 millions pour un séjour prolongé à l'étranger ! – "Officiellement, tu témoignes; officieusement, tu te fais la malle!" C'est la consigne que les faux travailleurs sociaux-fonctionnaires véreux ont vendue à leur clientèle RDR, certifiant même aux candidats à l'immigration qu'ils avaient la bénédiction de la CPI ! Aux dires de certains, on a même pu voir des agents de l'Onuci apporter leur concours au fonctionnement de cette filière de (faux)-témoins, perpétuant quant à eux la lignée des braconniers chercheurs d'ivoire ou de bois précieux, des soldats braqueurs d'agences de la BCAO. Ici, leur mission consistait à favoriser la candidature de non Ivoiriens : Maliens, Guinéens Burkinabés, étrangers comme eux, et de prouver que ces étrangers naturalisés aux vies multiples – vie passée dans un pays de la sous-région, vie présente en Côte d'Ivoire –, peuvent sereinement envisager leur troisième vie à venir en Europe, grâce à leurs noms et prénoms à consonances "nordiques".

Déjà, lors de l'ouverture du procès, quelques témoins avaient disparu dans la nature. Partis plus tôt en "permission", juste pour embrasser la famille, ils n'ont pas pu s'arracher à de si douces retrouvailles ! Fatou Ben Souda aurait bien aimé un réaménagement du temps de passage de ses protégés restant, le temps de retrouver les premiers, mais le juge austro-italien avait dit niet. Le premier lot servi – quatre témoins – a été surveillé de près, afin que, malgré la proximité de la mer, nos témoins restent sourds à l'appel du large, et s'abstiennent d'aller grossir le nombre des témoins déjà en cavale. Après leur prestation, et leur supplice devant les questions du contre interrogatoire, ce voyage, qui devait être l'aventure de leur vie, s'est terminé à l'aéroport, direction Abidjan, encadré par la police. Brandissant leur contrat de séjour signé avec les cadres RDR, ils ont dû déchanter et comprendre qu'une fois de plus la parole d'un RDR ne vaut de loin pas la parole d'un scout ! Que vont-ils faire, une fois rentrés au pays ? Certaines oreilles indiscrètes qui ont pu entendre l'avis de la belle sœur du voisin de l'oncle de l'un de ces témoins aigris affirmer qu'ils ne vont pas se gêner et déballer sur la place publique et dans les médias la manière dont le RDR les a grugés ! Ceux qui sont encore en liberté, auraient menacé de témoigner pour Gbagbo si on voulait leur réserver le même sort que celui des rapatriés de force.

Il semblerait en bref que la CPI, avec son appareil à couper les têtes de dirigeants africains encombrants, soit prise au piège de sa façon trop carrée d'analyser la situation. Comment concilier bâton et carotte dans cette affaire de témoin ? Comment maintenir la crédibilité d'une cour occidentale visiblement aux prises avec les subtilités de la culture dioula et la corruption endémique prévalant aujourd'hui en Côte d'Ivoire ? Notre gambienne, spécialiste du droit maritime, ne risque pas de trouver dans ses livres et corrigés de cours la solution à ces problèmes. Maître Altit, quant à lui, viendrait aussi d'entrer en résistance, en refusant d'abandonner le titre de Président conféré de droit à SEM Laurent Gbagbo. Voilà l'honneur du juge mis à mal, mais ne fallait-il pas s'y attendre ? A force de déclarer noir ce qui est blanc et vice-versa, comment cette Cour n'en viendrait-elle pas à perdre tous ses repères ?

Merci donc aux témoins – corrompus, certes – mais pas au point d'endosser une fois de plus le rôle de dindons d'une farce françafricaine à bout de souffle. Merci à l'équipe de la défense, qui, en dépit de son impuissance à faire prévaloir le droit du faible innocent sur la loi du plus fort – ce Moloch insatiable dévoreur de justice –, ridiculise brillamment la "cour", et en balaye soigneusement les dernières traces de fausse dignité.

Shlomit Abel, le 24 février 2016

27/02/2016

Laurent Gbagbo, la CPI et la crise de la conscience africaine

Les Africains et la CPI, Ce que les Africains pensent de la CPI, Qu'est-ce que la CPI


Ordinairement, les bruits des bottes coloniales de l'Europe piétinant l'Afrique ne nous parviennent pas ou nous parviennent étouffés, déformés. Pire, les Africains qui en sont les victimes ignorent souvent l'identité du porteur de ces bottes au point parfois de les attribuer à un dieu salvateur. C'est ainsi que dans le silence et l'ignorance prospère le colonialisme français. Cachant les véritables raisons de sa présence en Afrique, la France s'applique depuis toujours à diaboliser les opposants locaux à ses entreprises, à entretenir les foyers de discorde provoquant ainsi des heurts afin d'avoir des raisons de maintenir ses armées sur place.

Depuis la première moitié du XIXe siècle, ce scénario bien réglé que Just-Jean-Etienne Roy* a admirablement détaillé dans sa magnifique Histoire des colonies françaises - un manuel destiné à l'enseignement catholique et enregistré à la bibliothèque des écoles chrétiennes en 1860 - a toujours si bien fonctionné que nul ne s'avise à le voir changer. La France a même fini par persuader l'Afrique francophone que c'est le sort naturel qui lui est assigné dans le concert des nations. Aussi celle-ci voit-elle ses enfants déportés, martyrisés, injustement accusés et tués par les mains coloniales tout en fermant les yeux pour ne pas avoir à réfléchir et à exprimer des sentiments qui seront aussitôt causes d'autres châtiments. Terrorisée, recroquevillée sur elle-même, l'Afrique francophone a donc pris l'habitude de laisser à la main coloniale le soin de lui choisir ses dirigeants ; et chaque fois, elle pavoise de la manière la plus bruyante possible pour mieux cacher sa peur.

La goutte d'eau qui a fait déborder le vase

C'est donc sûr de son impunité et de son pouvoir de propagande pour diaboliser les Africains opposés à ses projets et donc à ses intérêts que la France et son préfet nègre font emprisonner Laurent Gbagbo à la prison internationale de La Haye en 2011, après avoir bombardé durant plusieurs jours sa résidence à Abidjan puis l’en avoir extirpé.

En notre âme et conscience, quel Français, quel Européen, quel Africain n'était pas certain que Laurent Gbagbo serait vite oublié dans les geôles de l'Europe ? Quel Français, quel Européen, quel Africain avait cru qu'une poignée de personnes réussiraient à faire de lui l'étendard de ralliement d'une grande majorité des peuples d'Afrique et le caillou dans la botte coloniale française ? Si aujourd'hui Laurent Gbagbo passionne l'Afrique toute entière et bouscule les consciences en Europe, c'est sûrement parce que le continent noir refuse d'être cette image d'Epinal que la France a plantée dans l'esprit de ses citoyens. En d'autres termes, si la coupe a débordé, c'est sûrement parce qu'elle était pleine. Etat de chose que nous montrerons plus loin.

Force est de reconnaître dès maintenant qu'en janvier 2016, lors de la réouverture du procès de l'illustre prisonnier – procès ajourné en 2013 pour preuves insuffisantes contre le prévenu mais non accompagné de sa libération provisoire ! – la procureure Fatou Bensouda, venue de la profonde Afrique et chargée de remplir l'un des plateaux de la balance judiciaire des maux devant décider définitivement du sort de Laurent Gbagbo, récita avec tant d'exactitude le chapelet des préjugés coloniaux contre les Noirs qu'elle indigna l'Afrique entière. A l'heure où – grâce aux nombreux documentaires révélant la main manipulatrice de l'Europe dans toutes leurs affaires – les Africains sacralisent pour ainsi dire les combats de Patrice Lumumba, de Thomas Sankara, de Sekou Touré et de Kouamé N'kruma, dire devant cette Cour internationale, suivie par des millions de Noirs, que Laurent Gbagbo a lutté et accédé au pouvoir en 2000 pour le conserver par tous les moyens, c'est travestir toute l'histoire de la lutte pour le multipartisme et la démocratie en Côte d'Ivoire et par la même occasion celle des luttes pour l'indépendance économique de l'Afrique ! Demander la condamnation du prévenu en soutenant devant la Cour pénale internationale que c'est son refus de quitter le pouvoir qui est la cause des violences et des crimes du conflit postélectoral, c'est n'attacher aucune considération aux constitutions africaines qui, comme ailleurs dans le monde, confèrent le pouvoir de président de la République à l'élu du peuple. Cette interprétation fallacieuse de la réalité de l'Histoire africaine par une Africaine – qui ne faisait rien d'autre que répéter la décision unilatérale des Occidentaux en marge des règles d'un pays du continent noir – est apparue tout à fait insupportable aux Africains ! Ceux-ci ont eu le net sentiment de revivre les heures tristes des temps anciens où le colon était l'heureux spectateur du nègre donnant avec beaucoup d'application le fouet à un autre nègre !

L’affirmation de madame Bensouda selon laquelle Laurent Gbagbo s'est accroché au pouvoir est un discours éminemment politique. Car c'est faire entendre qu'il a perdu le pouvoir mais n'a pas voulu le céder. Et quand on sait que personne n'a pu donner la preuve que Laurent Gbagbo avait effectivement perdu les élections, personne – surtout pas une cour de justice internationale – ne doit s'autoriser à insinuer une pareille accusation pour condamner le prévenu. Procéder de la sorte, c'est transformer la CPI en un nouveau Nuremberg* où les alliés se réunissent pour condamner purement et simplement le perdant.

Puisque Madame la procureure Bensouda a par ailleurs clamé haut et fort que la Cour pénale internationale n'a pas à se prononcer sur « qui a gagné les élections de 2010 et qui les ont perdues » mais sur les crimes survenus après les élections, il convient de retenir une fois pour toutes que Laurent Gbagbo était officiellement le président de la république reconnu par les institutions de la Côte d'Ivoire au moment des faits. Dès lors, il appartient à la CPI de répondre à ces questions : quel tribunal humain est en droit de condamner un chef d'Etat qui défend l'intégrité de son pays contre un adversaire armé ? Même en supposant que ni l'une ni l'autre des deux parties n'avait de légalité constitutionnelle, quel tribunal humain a le droit de dire que parmi les victimes d'une telle confrontation, celles-ci sont plus importantes que celles-là ?

La CPI, une cour de justice ou une cour de vengeance ?

Nous disions plus haut que le discours de madame la procureure n'était qu'une somme des préjugés européens à l'égard de l'Afrique. Nous pouvons ajouter à cela que le jugement qui va être rendu à La Haye se fera selon la conception européenne de l'humanité. Oui, de même que l'Europe a décrété en 2010 que le président qu'elle a choisi et imposé en Côte d'Ivoire est le seul choix démocratique possible – parce que Europe égale démocratie et Afrique égale barbarie – de même dans ce procès, l'Europe a décrété dès le départ que seule la mort des partisans de M. Ouattara est un crime contre l'humanité. L'Europe, accrochée à sa vieille habitude impérialiste, continue de se voir comme représentant l'humanité toute entière et donc en droit de dire ce qui est humain et ce qui ne l'est pas. Que la CPI sache que le monde entier, en son âme et conscience, estime – en reprenant les termes du philosophe Alain Badiou* – qu’il est absolument « scandaleux, du point de vue de la justice élémentaire, de laisser entendre, même sans le vouloir, même indirectement, qu'il y a des parties de l'humanité qui sont plus humaines que d'autres ».

En effet, au lieu de voir le malheur à l'échelle de la Côte d'Ivoire, voire même à l'échelle de l'humanité toute entière, les déclarations de madame Bensouda l'ont restreint à la seule identité des dioulas qui auraient été fauchés sur le marché d'Abobo et ailleurs. En d'autres termes, ce qui compte aux yeux de la procureure et de ceux qui la soutiennent dans son argumentation pour condamner Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, ce n'est point le malheur lui-même, mais l'identité des victimes. « Or, ajoute Alain Badiou, l'idée que ce qui compte dans un malheur est seulement l'identité des victimes est une perception périlleuse de l'événement tragique lui-même, parce qu'inévitablement cette idée transforme la justice en vengeance ».

Que la CPI et l'Europe retiennent donc que la sentence qui sera prononcée contre Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé sera regardée par toute l'Afrique et les penseurs européens comme une vengeance du camp d'Alassane Ouattara et du pouvoir impérial français. Et comme telle, elle ne peut que préparer des lendemains sombres ; car « la vengeance, loin d'être une action de justice, ouvre toujours un cycle d'atrocités ».

Quand l'ignorance devient européenne et la connaissance africaine

Le procès qui a lieu à La Haye depuis 2013 ne peut raisonnablement occulter le contexte socio-politique de l'Afrique francophone en général et de la Côte d'Ivoire en particulier, où l'omniprésence de la France constitue une influence politique et militaire considérable. Non, ce procès ne peut être raisonnablement mené sans tenir compte du triomphe du capitalisme mondialisé et de la contribution de la France à ses méfaits. Ce qui s'est passé en Côte d'Ivoire ne se résume pas à une simple contestation d'une élection ayant conduit à des troubles avec d'innombrables victimes ; c’est surtout la marque violente de la mise en œuvre de nouvelles pratiques impériales que met en place l'occident pour étendre mondialement le capitalisme.

La déstabilisation systématique des états lointains par l'Europe est désormais connue. L'Irak, la Libye, la Tunisie, le Mali, la Centrafrique, la Syrie, le Yémen sont présents dans l'esprit de tous. Malheureusement en Europe et particulièrement en France, hormis quelques penseurs, la géopolitique laisse les peuples indifférents. Seuls ont de l'importance à leurs yeux l’emploi et la consommation. Hormis les Grecs, la décrépitude des états sous les coups de boutoir du capitalisme qui voudrait tout privatiser en portant atteinte aux conquêtes sociales ne suscite guère de réactions de masse chez les Européens. En France cette passivité est particulièrement favorisée par un système politique qui, mettant pour ainsi dire le peuple sous cloche, autorise le seul président de la république à s'aventurer à l'extérieur les armes à la main pour assurer à tous la pitance quotidienne. Pendant que les Français sont ainsi enfermés dans leur caverne et refusent de voir la lumière extérieure et le terrain de chasse de leur président qu'ils ont pourvu de toutes les armes modernes, les Africains n'ont cessé depuis une décennie – et plus intensivement encore depuis 2010 – de disséquer et d'analyser les relations entre la France et l'Afrique pour en tirer des conclusions justifiant aujourd'hui leurs regards et leurs discours très critiques.

Partout en Afrique, partout en Europe, hommes et femmes multiplient les échanges d'informations sur la politique africaine de la France. Sur les réseaux sociaux, ils postent des vidéos fustigeant l'obligation que la France fait aux pays francophones de laisser plus de la moitié de leurs gains financiers sur la vente de leurs produits d'exportation à la Banque de France. Tous sont conscients de cette confiscation de l'argent de leur pays et la considèrent comme une injustice, un braquage institutionnalisé. Etat de fait que presque tous les Français ignorent. Aujourd'hui, n'importe quel Africain francophone sait que l'indépendance d'un pays est inséparable de la maîtrise de sa propre monnaie. Par conséquent, chacun sait que le franc des colonies françaises d'Afrique (Fcfa) – toujours frappé en France, à Chamalières (Puy-de-Dôme) – imposé comme monnaie d'échange à l'intérieur des pays francophones est une marque de dépendance désormais insupportable. Au nom de sa dignité bafouée par ces dispositions, tout Africain de ce XXIe siècle regarde la France avec animosité et non plus avec crainte. Pendant ce temps, parce qu’aucune institution ne contrôle les actions extérieures du président, le peuple français demeure ignorant de son histoire avec l'Afrique et donc du sentiment que l'on nourrit contre son système prédateur.

Pour tous les Africains francophones, l'immixtion de la France dans le choix de leurs dirigeants est devenue désormais intolérable pour une raison simple : ils savent reconnaître ceux qui sont porteurs de leur aspiration à une véritable indépendance économique et au respect de leur dignité. Les Africains savent que les deux éléments cités plus haut – la confiscation d’une partie des gains de leurs exportations et le franc cfa – joints à l'installation d'un pouvoir par la main coloniale, sont les grands facteurs du pillage de leurs matières premières. Voilà le nerf de la guerre qui a suivi les élections présidentielles ivoiriennes de 2010. L'Afrique refuse désormais que l'Europe continue à se considérer le représentant de l'humanité toute entière. L'Afrique refuse à l'Europe ce persistant héritage impérialiste qui fait de sa parole une parole d'évangile.

La Cour pénale internationale ne peut pas se permettre de juger Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé en excluant l'histoire de la marche laborieuse de la Côte d'Ivoire et de l'Afrique vers le multipartisme et le respect des institutions. Elle ne peut pas non plus juger Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé en ignorant le poids du capitalisme français qui pèse sur l'Afrique durant cette ère de mondialisation du capital qui déstabilise de nombreux états. Les autorités de la France de 2004, qui avaient faussement accusé Laurent Gbagbo d'avoir bombardé leur camp militaire à Bouaké et tué neuf soldats pour justifier leur volonté de le chasser du pouvoir, sont aujourd'hui poursuivies par les familles des victimes qui les accusent d'être les vrais instigateurs de cette tuerie. En janvier 2016, un Français est entré dans le gouvernement ivoirien pour prendre la direction des grands travaux, c’est-à-dire attribuer les grands chantiers du pays aux entrepreneurs qu'on imagine forcément français. Ce sont là deux faits évidents qui illustrent la présence de la main manipulatrice de la France sur la vie politique de la Côte d’Ivoire.

Ce serait faire preuve d'une grossière ignorance ou d'un insultant mépris de l'Afrique que de juger Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé en marge de données historiquement connues et vérifiables justifiant des actions étrangères dans les événements ivoiriens et africains. Enfin, condamner Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé parce qu'ils auraient tué des dioulas serait transformer la CPI en une arme vengeresse.
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* Just-Jean-Etienne Roy : Histoire des colonies françaises, 1860 ; édit. Mame et compagnie.
* Nuremberg : ville allemande choisie par les alliés pour y juger, devant un tribunal militaire international, 24 hauts dignitaires et 8 organisations du régime nazi, entre le 20 novembre 1945 et le 1er octobre 1946.
* Alain Badiou : Notre mal vient de plus loin ; penser les tueries du 13 novembre ; Ouvertures Fayard, 2016.

Raphaël ADJOBI


03/02/2016

Burkina Faso : une leçon africaine (Pierre Boutry)

IMG_07121.jpgEn attendant de vous présenter un jour l'AFPA (Alliance des Forces Progressistes pour l'Afrique), je vous propose ici un article du représentant du Parti de gauche, Pierre Boutry. au sein de cette nouvelle coalition dans le paysage politique Europe-Afrique.

Burkina Faso : une leçon africaine

Raphaël ADJOBI

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22/10/2015

Konan Banny, Affi N'Guessan : à qui François Hollande va-t-il donner le pouvoir ?

Konan Banny et Affi N'Guessan


Depuis que M. Affi N'Guessan a cessé subitement d'être le porte-parole du FPI pour se préparer aux élections présidentielles, tout le monde a compris qu'il est plus attentif aux promesses venues d'ailleurs qu'aux convictions de son parti. Au regard de la grande déception créée dans les milieux politiques français par Ouattara, on lui avait demandé de se positionner sagement. Mais voilà que Konan Banny a été poussé au-devant de la scène nationale au point d'apparaître une carte jouable aux yeux de la France ; et cela grâce au discours de Daoukro* qui a fait naître la fronde au sein du PDCI permettant ensuite la création de la CNC dont il est devenu le premier président.

Depuis qu'ils ont le sentiment d'avoir des ailes d'ange taillées par l'Elysée, ces deux candidats - qui savent très bien que la compétition n'a aucun élément permettant une issue démocratique - refusent de se retirer comme leurs anciens camarades avec lesquels ils avaient en chœur fustigé les mesures dictatoriales de M. Ouattara. Ils savent très bien qu'ils ne peuvent pas espérer un soulèvement de la population dans le cas où le président sortant leur volerait la victoire. Ils savent aussi qu'ils n'auront aucun moyen de vérifier la véracité des résultats s'ils se croyaient victimes d'une injustice.

Toutefois, leur espoir est si admirable à voir ! Quel es cet espoir qui les anime ? Que la France annonce un résultat - comme elle sait si bien le faire - et qu'elle intervienne pour déloger Alassane Ouattara ! C'est aussi simple que cela. Il appartient maintenant à François Hollande de montrer qu'il est garçon*, que ce que Sarkozy a fait, il peut le faire aussi ! La seule inconnue dans ce scénario, c'est que nous ignorons qui est le vrai filleul ou le préféré de François Hollande entre nos deux candidats. Mais il n'est pas non plus interdit de se demander si François Hollande va oser. Ou bien nous aurons la France molle, ou bien nous aurons la France qui tentera de réparer une injustice qu'elle a contribué a créer.

* Discours de Daoukro : discours dans lequel Konan Bédié a annoncé que le PDCI-RDA ne présentera pas de candidat contre le candidat du RDR, c'est-à- dire M. Ouattara.
* Être garçon : en France, être un homme, "avoir des couilles".

Raphaël ADJOBI