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31/07/2015

La CNC, un attelage hétéroclite condamné à faire oeuvre de salut public

La Coalition Nationale pour le Changement, les frondeurs du PDCI-RDA, qui appartient à la CNC, Les partis de la CNC


De toute évidence, la Coalition Nationale pour le Changement (CNC), née en mai 2015, à 5 mois des élections présidentielles, n'a fait que se substituer à l'Alliance des Forces Démocratiques (AFD) puisqu'elle reprend les mêmes objectifs essentiels : le rétablissement des conditions d'élections justes, transparentes et démocratiques, et la réalisation de la réconciliation nationale.

La seule différence - et elle est de taille - c'est que l'AFD n'était formée que du FPI et de ses alliés traditionnels qui sont les partis progressistes, alors que la CNC inclut - outre le FPI et ses alliés - les candidats déclarés aux élections présidentielles de 2015 issus pour la plupart du Rassemblement des Houphétistes (RHDP) au pouvoir avec Alassane Dramane Ouattara. On y compte aussi quelques personnalités dont la vertu consiste à toujours compter sur leur bonne étoile.

Nous constatons pour notre part que la CNC, qui est venue demander la même chose que demandaient le FPI et ses alliés depuis la sortie de prison d'une partie de ses dirigeants, est clairement un attelage trop hétéroclite pour être viable à long terme.

Dans cet attelage, il y a en effet les habituels sympathisants du pouvoir qui jouissaient de la mansuétude de M. Ouattara et faisaient office d'opposants officiels non encombrants. De 2011 à 2013, leur rôle d'opposant officiel toléré se limitait à la critique de la politique économique du gouvernement. Ils ont vécu des années dans l'ignorance des emprisonnements arbitraires et des condamnations à l'exil de leurs compatriotes. En d'autres termes, ils ont vécu dans le mépris de la veuve et de l'orphelin lorsque ceux-ci avaient besoin d'être consolés. Et c'est bien tard qu'ils ont commencé à dénoncer le rattrapage ethnique et l'entretien d'une armée prétorienne en Côte d'Ivoire, pour enfin rejoindre le FPI dans la CNC.

Quant à ceux qui nous viennent du PDCI-RDA, nous savons tous dans quelle équipe ils jouaient. Ils sont tous issus du RHDP qui gouverne le pays depuis bientôt cinq ans. Or, le RHDP (PDCI-RDA et RDR) est synonyme de rattrapage ethnique, d'emprisonnement des opposants, du maintien d'une armée prétorienne et de l'absence de politique de retour des exilés de l'Ouest sur leurs terres.

Le discours de Daoukro a redistribué les cartes

C'est à partir du discours de Daoukro où le président du PDCI-RDA avait décidé que son parti ne présenterait pas de candidat contre M. Ouattara, que M. Kouadio Konan Bertin, M. Charles Konan Banny et les autres ont endossé l'étiquette de frondeurs et quitté l'équipe poussive, arrogante et brutale de M. Ouattara.

Si M. Henri Konan Bédié avait assuré aux militants du PDCI-RDA que leur parti aurait son propre candidat aux prochaines élections présidentielles, M. Banny, M. Kouadio Bertin et les autres n'auraient pas changé leurs habitudes et auraient continué à suivre la politique destructrice prônée par M. Ouattara depuis 2011.

N'oublions jamais que le but initial du PDCI-RDA et du RDR était de jouer l'alternance au pouvoir uniquement au sein du RHDP. C'est-à-dire qu'ils se sont fait la promesse de confisquer le pouvoir en faisant en sorte qu'il reste toujours entre leurs deux partis. Voilà le vrai visage des personnalités qui ont rejoint l'opposition traditionnelle dans une alliance qui se veut de salut public.

Malgré ce visage très hétéroclite et très incohérent de la CNC, un calcul à court terme nous contraints à taire nos divergences et même nos différences : d'une part, le FPI jouit de l'indéfectible fidélité de son électorat ; le président du LIDER l'a amèrement constaté à ses dépens en 2011. D'autre part, la scission du PDCI-RDA laisse croire que les frondeurs de ce parti rejoignent le FPI avec un électorat suffisant pour faire pencher la balance du côté de la Coalition Nationale pour le Changement en cas d'élection. Il n' y a pas photo, comme disent les Ivoiriens. Nous pouvons donc raisonnablement, au regard des forces en présence désormais, espérer arracher le pouvoir à ce qui reste du RHDP. En nous imposant le devoir de ne pas être trop regardant avec ceux qui gardent encore dans la bouche un reste de leur dernier repas pris avec M. Ouattara, nous pouvons redresser la Côte d'Ivoire en gagnant les élections de 2015.

Malheureusement, de même que dans le domaine de la justice on ne gagne pas un procès avec la bonne foi, de même en politique on ne gagne pas une élection à l'applaudimètre. M. Ouattara peut être publiquement vomi par les populations, il peut ne jamais remplir un stade là où ses adversaires font le plein, il peut même n'avoir qu'une centaine de bulletins de vote à son nom dans les urnes et gagner les élections parce qu'il connaît les bonnes personnes qui annoncent les résultats et les certifient.

Voilà la réalité des élections qui ne respectent pas les conditions justes, transparentes et équitables ! Maintenant que tous les partis réunis au sein de la CNC savent cela et conviennent de ne pas participer aux élections parce que les conditions ne sont pas réunies, que faisons-nous ? Une seule voie s'offre à nous : parce que M. Alassane Ouattara refuse la formation d'un gouvernement de transition qui aura pour objectif de mettre en place les mesures manquantes nécessaires à des élections démocratiques, il faut appeler le peuple à lui forcer la main afin d'obliger ses maîtres à s'en séparer comme d'un animal indésirable qu'on éloigne sans scrupule. C'est cela faire œuvre de salut public !

Raphaël ADJOBI


30/06/2015

Côte d'Ivoire : les nouveaux riches alimentent les paradis fiscaux

(émission de France Inter du 29 juin 2015 à 11h50)

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Sur France Inter, le 29 juin 2015, une petite phrase n'a pas échappé à tout le monde pendant l'émission consacrée à "L'évasion fiscale". Selon l'animateur de l'émission - propos confirmés par des éminents invités - l'évasion fiscale ne concerne pas seulement les pays riches. Les pays du Tiers-monde sont également de grands amateurs des paradis fiscaux. Et à la grande surprise des auditeurs, c'est la Côte d'Ivoire d'Alassane Ouattara qui a été citée en exemple : ces dernières années, "379 nouvelles fortunes ont fait fuir 169 millions d'euros vers les paradis fiscaux ; l'équivalent de 40 % du budget de la santé de la Côte d'ivoire".

Non seulement, le gouvernement des rebelles et du rattrapage ethnique endette le pays sans tenir compte de ce qui se passe en Grèce mais encore il entasse tout ce qu'il peut ramasser à l'étranger. Demain, tout cet argent sera confisqué par les européen qui le déclareront "argent sale".

Raphaël ADJOBI

05/05/2015

L'insécurité galopante au Mali met les pays du Sahel sous tension

La france au mali, Manéka au Mali, L'Algérie et le conflit au Mali


Ils avaient acclamé la France et appelé sur elle toutes les bénédictions du ciel. Ils avaient vu en elle l'ange vengeur envoyé par la divine main pour les délivrer des hordes de barbares touaregs et de groupuscules aux dessins douteux qui décimaient le Nord de leur pays et menaçaient de le soumettre dans sa totalité. Avec l'intervention de l'armée française de janvier 2013, les Maliens avaient sincèrement cru à l'avènement d'une nouvelle ère de totale sécurité.

Malheureusement, après la fête et les longues embrassades fraternelles, malgré la multiplication des bases militaires françaises au nom de cette totale sécurité, la réalité a étendu de nouveau son manteau sur le pays. Nous devrions plutôt dire que la présence de la France a donné une forme jusque-là insoupçonnée à l'insécurité dans ce pays. Cantonnée dans le Nord jusqu'en 2014, elle s'est aujourd'hui étendue sur l'ensemble du territoire - et a gagné les pays voisins - en prenant des formes diverses.

Au Nord comme au Sud, plus personne, Blanc ou Noir, civil ou militaire, n'est épargné par la violence. Un ancien soldat français de la Légion étrangère a été enlevé au Burkina par une milice touareg. A Bamako, les boîtes de nuit fréquentées par les Européens sont le théâtre d'attentats meurtriers. Celui perpétré contre la boîte fréquentée par les Américains a fait grand bruit dans le pays.

Cette recrudescence de l'insécurité s'explique non seulement par la présence continue des groupes armés touaregs mais encore par la multiplication des milices villageoises qui prônent l'autodéfense devant la carence de l'Etat et l'incompétence des forces militaires françaises dans cette zone sahélienne. Elle s'explique surtout par les enjeux économiques qui aiguisent les appétits de tous, y compris des milices chargées d'assurer la pitance des villages, et des voyous de grand chemin. En effet, au-delà des discours politiques, chaque groupe cherche à contrôler les filières de trafic de la drogue et des métaux précieux. On constate par exemple que les multinationales n'ont jamais sorti autant d’or des mines de Kayes, dans le Sud, que durant ces périodes de trouble.

Être armé pour être pris en considération par les Français

Dans ce climat délétère généralisé, chaque groupe se dit qu'il faut désormais être armé pour être pris en considération dans d'éventuelles négociations. C'est dans cet esprit que se sont constituées des milices dans la région de Mopti. En effet, le MNLA – groupe armé essentiellement composé de Touaregs de Kidal – jouit auprès de la France d'une considération particulière. Son leader, Iyad Ag Ghali, circule librement dans cette région sans être inquiété par la France, alors qu'il y a un mandat de recherche lancé contre lui par les Américains.

La france au mali, Manéka au Mali, L'Algérie et le conflit au Mali


Comment comprendre l'indulgence dont jouissent le MNLA et la ville de Kidal auprès des autorités civiles et militaires françaises ? Un constat est clair : la faillite politique au Mali est telle que la France ne fait plus confiance aux dirigeants du pays. Par contre, la capacité des cercles religieux à mobiliser les populations la séduit. En outre, les moyens financiers dont disposent ceux-ci pour mener des actions sociales auprès des Maliens sont tout à fait évidents. Et le fait que la France sache très bien que ce sont le Qatar et l'Arabie Saoudite qui financent ces religieux maliens ne l'indispose nullement.

Devant ce constat, la France semble avoir adopté une nouvelle stratégie : faire en sorte que les religieux aient plus de pouvoir politique. Ce n'est donc pas un hasard si un ministère du Culte est apparu dans le gouvernement de transition alors que ce pays, très islamisé, n'en a jamais connu. Depuis leur entrée dans l'arène politique, les chefs religieux originaires du Sud se montrent de plus en plus pressants dans presque tous les domaines. Ils demandent même à avoir des armes pour se protéger. Mais qui les menace au point de les pousser à se constituer une milice religieuse ?

On peut se demander où cette indulgence de la France à l'égard des religieux musulmans conduira le Mali à long terme. Pour l'heure, le pays a tout simplement le sentiment que la France entretient l'insécurité qui s'est étendue au Burkina et au Niger pour justifier sa présence dans les pays du Sahel. Les populations soupçonnent sincèrement la France de vouloir affaiblir le président élu en 2013 – qui a semblé montrer une certaine résistance aux diktats étrangers – afin de l'obliger à signer tous les accords qu'elle initie. Elles pensent que la France a pris soin de faire beaucoup de bruit autour du nouveau président, concernant le prix exorbitant de son nouvel avion, sa complicité avec un parrain corse, et les accusations de surfacturation lors de l'achat d'équipements militaires, pour cacher ses projets douteux.

En tenant compte de ce sentiment, et en regardant attentivement le balbutiement de sa politique et des actions de son armée, on peut croire que la France commence peu à peu à prendre conscience qu’elle s’est avancée dans un bourbier.

Souvenons-nous de l’entreprise de reconquête de la totalité du territoire au profit du gouvernement central, en janvier 2013, qui s’est arrêtée sans aucune raison apparente à Kidal. Malgré les exhortations des Maliens, la France n’avait pas alors voulu poursuivre plus loin son avancée permettant ainsi aux chefs du MNLA de demeurer maîtres d’une partie du territoire ; une partition du pays en quelque sorte. Depuis, l'inclination de la France pour une amnistie à l’égard des chefs du MNLA, tel Iyad Ag Ghali, trahit sa volonté de s’appuyer sur la force fédératrice des religieux touaregs de Kidal. Une amnistie qui, malheureusement, ne semble pas rencontrer l’assentiment de l’Algérie. Ce qui, évidemment, indispose au plus haut point les autorités françaises.

En effet, l’Algérie ne veut pas entendre parler d'une amnistie qui scellerait l’autonomie des Touaregs du Mali parce que ce serait un précédent dangereux pour la sous-région. Elle ne perd pas de vue le fait que les Touaregs constituent des communautés au Niger, en Mauritanie et en Algérie et que ces communautés pourraient à leur tour revendiquer ce qui serait accordé aux Touaregs du Mali. Accorder au MNLA ce qu’il demande équivaut donc à semer la discorde et l’insécurité dans le Sahel. La France n’ignore pas ce point de vue de l’Algérie, de même qu’elle n’ignore pas le projet d'aménagement du Mali né de la dernière conférence d’Alger.

Ce projet prévoit la création de nouvelles régions avec des pouvoirs élargis - avec un exécutif et un parlement - et dont les décisions ne pourront pas être remises en cause par le pouvoir central malien. Ces nouvelles régions disposeront de leur propre armée dont 80% des effectifs seront composés de leurs ressortissants. En d’autres termes, la dernière conférence d'Alger prône la constitution d’armées ethniques. Pour quelle finalité ? On peut se poser la question.

Par ailleurs, lors de cette conférence, la gestion des gisements miniers était au cœur des débats. Le projet prévoit que 40% du budget national du Mali soient affectés au développement du Nord. Or, les grandes mines qui génèrent le plus de bénéfice pour le pays sont situées dans la région de Kayes dans le Sud. Et les ressortissants de cette région pensent qu’il serait juste qu’ils revendiquent à leur tour leur autonomie. Revendication qui laisse entrevoir l'éclatement du Mali en plusieurs entités autonomes. Qui a intérêt à envisager cela ? Le jeu de l'Algérie apparaît donc ambigu : de même qu'elle refuse l'autonomie des Touaregs maliens, elle prône la régionalisation du Mali, faisant le jeu des forces rebelles et des politiques étrangères favorables aux multinationales.

De toute évidence, les projets pour le Mali ne semblent pas tenir compte des souffrances et des besoins élémentaires des populations. Aveuglés par leurs stratégies prédatrices, Français et Américains ne voient absolument pas la sécurité, la gestion du patrimoine et le bien-être des populations. Ces projets pour le Mali tendent tous à diviser, à déposséder l’Etat central de ses pouvoirs pour permettre aux grandes puissances de signer de juteux contrats avec les régions.

Raphaël ADJOBI
Avec l’aimable collaboration de
Issa N'DIAYE
Professeur à l'université de Bamako.
Président du Forum Civique, Mali

°Images illustratives : marche et meeting de la plateforme des organisations de la société civile le 2 mai 2015 à Bamako pour soutenir la ville de Manéka au Nord du pays.

27/04/2015

Prélude aux présidentielles 2015 : Laurent Gbagbo vainqueur à l'applaudimètre

Investiture du candidat Ouattara en avril 2015, Ouattara candidat du RHDP 2015, Ouattara ne remplit pas le sade Félix Houphouët-Boigny, Gbagbo plus fort que Ouattara


« Tout ça pour ça ? » s'interrogent, dépités, les organisateurs de la grande fête du samedi 25 avril 2015 devant sacrer Ouattara candidat unique de la coalition au pouvoir. « Oui, tout ça pour ça ! » semblent répondre en jubilant l'opposition républicaine et la résistance ivoirienne aux imposteurs.

Hilare devant les images des gradins clairsemés du stade Félix Houphouët-Boigny qui accueillait les fidèles de la coalition Ouattara-Bédié au pouvoir, un internaute affirme que de simples photos de Laurent Gbagbo dans cette arène auraient drainé une plus grande foule. Oui, là où les deux ténors du pouvoir ont laissé du vide, le seul portrait de Laurent Gbagbo aurait fait stade comble !

Quelle claque ! On en rit encore dans les chaumières d'Eburnie et devant les écrans d'ordinateur. La popularité d'un homme d'Etat ivoirien ne se mesure pas à la blancheur de son épouse, à celle de ses amitiés extérieures, ou aux gesticulations et au serment d'un vieux baoulé.

Gbagbo remplit le cœur des Ivoiriens ; Ouattara le laisse vide

Investiture du candidat Ouattara en avril 2015, Ouattara candidat du RHDP 2015, Ouattara ne remplit pas le sade Félix Houphouët-Boigny, Gbagbo plus fort que Ouattara La désillusion d’Alassane Dramane Ouattara est si grande que ses partisans en ont honte. La preuve, ils tentent par tous les moyens de cacher les traces visibles du désamour des Ivoiriens pour celui qui leur a promis monts et merveilles et qui a fait intervenir les forces étrangères pour le leur imposer. Le journal Le jour remporte la palme du ridicule en proposant, à la place de l'image du stade presque vide du samedi 25 avril 2015, celle de la consécration de Laurent Gbagbo en 2010. A la Une de ce quotidien, la flatteuse bâche principale blanche de Ouattara a disparu et laissé la place à la bâche sombre de la réalité de l'Afrique de Laurent Gbagbo.

investiture du candidat ouattara en avril 2015,ouattara candidat du rhdp 2015,ouattara ne remplit pas le sade félix houphouët-boigny,gbagbo plus fort que ouattara


investiture du candidat ouattara en avril 2015,ouattara candidat du rhdp 2015,ouattara ne remplit pas le sade félix houphouët-boigny,gbagbo plus fort que ouattara


Assurément, on peut affirmer que Laurent Gbagbo remplit le cœur des Ivoiriens alors qu’Alassane Ouattara le laisse vide. Dans les cœurs, dans les stades ou dans les urnes, Ouattara sait – et les Ivoiriens aussi – qu’il n'a jamais triomphé et ne peut jamais triompher sans le recours à la falsification ou aux canons des Blancs.

Raphaël ADJOBI

26/04/2015

La marche panafricaine du 11 avril 2015 et les constitutions africaines (Une réflexion d'Eliahou Abel)

J'avais lu cet article d'Eliahou avec beaucoup d'attention. Le retard de sa reprise ici est seulement dû à l'analyse personnelle que je voulais y joindre. Je ne suis nullement juriste pour chercher dans les droits africains les vices qui les rendent pliables à merci comme leurs modèles européens. Toutefois, la légalisation du pouvoir d'Alassane Ouattara par le Conseil constitutionnel ivoirien qui avait préalablement déclaré Laurent Gbagbo élu rend l'analyse d'Eliahou Abel et la solution qu'il propose dignes d'intérêt. Bonne lecture.

Eliahou Abel, la marche panafricaine du 11 avril 2015


A l'occasion de cette journée du 11 avril, officiellement consacrée au thème du respect des constitutions africaines, permettez-moi de vous adresser cette ébauche de réflexion sur ce qui m'apparaît comme le fond du problème.

La difficulté inhérente au concept même de "Constitutions africaines", c'est qu'il s'adosse à la prise en compte de modèles occidentaux tenus pour fiables, non seulement quant à la définition du contenu de ces constitutions, mais quant à la définition du cadre général de leur fonctionnement : cadre théorique de leur normativité, cadre pratique de leur mise en application.

Or il y a longtemps qu'en Occident, le droit en tant que science a dégénéré en une machine conceptuelle et argumentaire exclusivement destinée à contrer l'adversaire, c'est-à-dire à faire dans bien des cas barrage à l'exercice de la vraie justice.

Cela se vérifie dans la sphère privée, comme en témoigne la dérive américaine de la chasse aux vices de procédure, permettant à de puissants cabinets d'avocats d'assurer à coup sûr la victoire au plus riche – le délinquant de haut vol – sur un ministère public en situation d'infériorité financière chronique.

Cela se vérifie également et plus encore dans la sphère publique, où les rôles sont inversés : le Parquet disposant, comme on le constate à la Cour pénale internationale de la Haye, de moyens illimités pour faire traîner les procédures et déployer à l'infini le zèle de son acharnement juridique à l'encontre de prévenus innocents, tels SEM le Président Laurent Gbagbo.

En un mot, les conditions d'exercice de la justice et d'application du droit dont l'Occident travaille à imposer à tous les peuples la soi-disant exemplarité ne profitent en réalité qu'aux grands prédateurs de la finance et à leurs exécutants gouvernementaux, commanditaires objectifs de décisions ne reflétant que l'impuissance des lois à déjouer les manœuvres de ceux qui, avec le pouvoir d'intimider ou de corrompre les juges, se sont arrogé celui d'en décliner les implications au gré de leur bon vouloir.

Ce sont aujourd'hui les maîtres de l'arbitraire qui, à défaut de faire La Loi, la disent.
C'est la raison pour laquelle, en l'état actuel de dépendance intellectuelle – totalement infondée – des élites africaines à l'égard de leurs mentors occidentaux, le combat pour le "respect" des Constitutions me paraît être un combat d'arrière-garde.

Certes, le coup d'Etat du 11 avril 2011 n'a pu réussir qu'au prix d'une violation flagrante de la Constitution ivoirienne, mais le pire n'est pas là : le pire réside dans la manière dont une armée franco-ivoirienne de juristes au service du pouvoir ont réussi à légitimer constitutionnellement a posteriori l'innommable de ce viol collectif de la nation ivoirienne.
D'ailleurs, si les Français sont si fiers du mot le plus long de leur dictionnaire, "anticonstitutionnellement" – d'autant plus fiers qu'ils ne réfléchissent jamais à sa signification – n'est-ce pas justement parce qu'ils savent intuitivement, pour l'avoir expérimenté, que la Constitution, parce qu'elle cautionne l'insertion progressive des rouages législatifs permettant aux puissants de l'adapter aux exigences du moment – c'est-à-dire bien souvent de la contourner au détriment des intérêts du peuple –, porte en elle-même les germes de sa propre négation ?

En important le fruit hexagonal de leurs Constitutions respectives, les nations africaines se condamnent inexorablement à en voir le ver les ronger de l'intérieur, comme c'est précisément le cas de la constitution ivoirienne, violée hier et devenue aujourd'hui l'alibi hautement revendiqué de ses violeurs.

Tant que les Africains ne se seront pas décidés à réinventer, sinon le droit, mais tout au moins le cadre politique et social de sa mise en pratique; tant qu'ils n'auront pas érigé autour de leurs législations une muraille infranchissable : celle de leur refus catégorique de recevoir le moindre conseil émanant de l'une des officines de leurs "anciens" colonisateurs, le mot même de "respect" continuera à fonctionner comme le plus subtil des pièges tendu à leur crédulité par le diable en personne.

De cette décision dépend en partie l'avenir du monde où nous vivons. Frères ivoiriens, frères africains, nous avons besoin de vous, pour tourner, nous aussi, la page du droit du plus fort, et nous extraire du bourbier où nous ont enlisés ces vertueux manipulateurs de grands principes, qui, la main sur le cœur, nous mènent avec vous – en toute légalité, et au nom du "respect" des droits de l'homme ! – à l'abattoir.

Eliahou Abel