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12/04/2015

LA DIASPORA AFRICAINE EST FORMIDABLE !

manifestation africaine du 11 avril 2015, défense des institutions africaines à Paris,


La marche organisée à Paris le samedi 11 avril par la diaspora africaine pour défendre le respect des institutions africaines a été un grand succès ; et cela grâce à une mobilisation sans précédent des mouvements progressistes associés aux différentes composantes de la Résistance ivoirienne.

Bien sûr, Laurent Gbagbo était l’épicentre de cette grande fête. D’ailleurs, le choix du 11 avril pour défendre le respect des institutions africaines n’est pas un hasard : c’est en effet le 11 avril 2011 que le coup d’état français a brisé la décision du conseil constitutionnel ivoirien qui avait déclaré Laurent Gbagbo élu. C’est donc aux cris de « Libérez Gbagbo, libérez Simone » accompagnés de « Touche pas à ma constitution » que le cortège a quitté la Place Victor Hugo pour atteindre le siège du Conseil constitutionnel français trois heures plus tard.

C’est, à ma connaissance, la première fois que la diaspora africaine réussit à se mobiliser en si grand nombre. La Résistance ivoirienne a su convaincre le reste de la diaspora africaine que son combat est aussi le sien, c’est-à-dire celui de toute l’Afrique. Les manifestations sénégalaises et burkinabé qui ont empêché Abdoulaye Wade et Blaise Compaoré de modifier les constitutions de leur pays pour les adapter à leur seul désir ont permis à tous de comprendre que Gbagbo avait raison. Les Africains savent désormais que, sans des institutions fortes, aucune démocratie ne peut prendre racine dans leurs pays.

manifestation africaine du 11 avril 2015,défense des institutions africaines à paris


Patrice Lumumba et Sankara sont morts sans drainer des foules dans leur combat ; jusqu’à sa mort, Sékou Touré a vécu comme un paria, dans l’indifférence totale du reste des Africains ; Mandela a passé 27 ans en prison sans que la diaspora africaine descende dans les rues pour le défendre, alors qu’elle était très politisée dans les années 60 et 70. Il est tout à fait enthousiasmant de constater que la diaspora africaine est enfin capable de transcender sa diversité pour suivre un seul homme – Laurent Gbagbo – parce qu’il est porteur d’un idéal dans lequel elle se reconnaît. Une nouvelle génération est donc née. Une génération qui ne veut pas voir ses leaders – qui défendent des idéaux qu’elle partage – injustement persécutés, emprisonnés ou assassinés.

Raphaël ADJOBI
Délégué général AIRD-France

09/04/2015

Les chantiers abandonnés d'Alassane Ouattara ou l'échec du gouvernement des rebelles nordistes


Comment Ouattara a échoué, pourquoi Ouattara doit partir, la faillite du pouvoir Ouattara


Nous savons tous que le visage actuel de notre pays est très déplaisant parce qu'il est fait d'injustices et de brutalités ouvertement assumées. Les emprisonnements sans suite et les jugements incompréhensibles entretiennent la méfiance, la peur de l'autre, les calomnies, les traîtrises. Tous les ingrédients qui rappellent à chacun de nous – Ivoiriens de l'intérieur comme de l'extérieur – que nous sommes sortis du chemin de la démocratie par la faute d’un clan nordiste qui s’est accaparé le pouvoir et règne en maître absolu grâce à la protection de la France et au mutisme complice de ses médias.

Tous ceux qui croient que cette réalité sociale et politique pourrait évoluer avec le temps vers une unité nationale, vers un mieux-vivre et un mieux-être, se trompent. Ils se trompent pour la raison suivante : depuis 2011, aucun chantier de reconstruction du tissu social et politique – déchiré par la zone de séparation née de la rébellion armée puis meurtri par la crise postélectorale – ne connaît de travaux.

Accaparé par son programme de rattrapage ethnique, le pouvoir actuel a abandonné ces chantiers pourtant nécessaires à des élections crédibles ou à la paix sociale.

1° Le chantier de la réconciliation nationale : il a fait l'objet d'une annonce en grande pompe avec un semblant de structure. Mais personne n'a vu la convocation générale des belligérants de 2010. Si on ne convoque pas les gens qui se sont battus, et si on ne les entend pas, comment peut-on les réconcilier ? L'exemple de l'Afrique du sud ne nous a pas servi de leçon. A vrai dire, de même que le recomptage des bulletins des urnes en 2010 ne faisait pas les affaires d’Alassane Ouattara, de même la réconciliation nationale va à l’encontre de ses projets malsains. Si tous les prisonniers politiques étaient libérés et si les Ivoiriens se réconciliaient, c’est lui qui disparaît.

Assurons donc ici qu’aucun discours se voulant rassurant ne saurait panser les plaies et instaurer la confiance si des milliers de familles continuent à vivre dans l’attente de parents injustement emprisonnés ou injustement condamnés par un tribunal ethnique. Par ailleurs, tous les Ivoiriens savent que c’est au nom des seuls ressortissants du Nord – communément appelés dioula – que tous les crimes commandés par Alassane Ouattara ont été commis et continuent à endeuiller régulièrement des familles. Persévérer dans cette voie avec des programmes favorisant essentiellement les dioula, c’est nourrir des projets futurs contre eux ! Oui, ouvertement, Ouattara travaille contre la réconciliation nationale en espérant ainsi s’attacher la fidélité des Ivoiriens du Nord. C’est donc désormais à ces derniers de nous prouver que celui qui cherche à nous diviser est notre ennemi commun.

2° Le chantier du retour des exilés sur leurs terres et leur installation dans leurs biens : ce chantier n'a jamais été une préoccupation du pouvoir en place. Bien au contraire, celui-ci a intentionnellement procédé au remplacement des Ivoiriens exilés par des populations burkinabé et maliennes qu'il a installées dans l'Ouest du pays. Cette région de la Côte d'Ivoire était programmée pour devenir le butin de guerre des alliés d'hier du pouvoir actuel. Encourager le retour des exilés sur leurs terres équivaut donc pour Ouattara à tromper ses soutiens du Burkina Faso. En aucune façon, il ne veut fâcher ses amis à qui il a promis une partie du territoire ivoirien avec une ouverture sur le port de San-Pedro.

3° Le chantier de « la démocratie irréversible » : Dès son installation, le chef des maîtres actuels du pays avait promis, en janvier 2012 – et cela devant les gouvernants français à qui il doit tout (entretien accordé au journal Le Monde) – qu’il s'engageait à « rendre la démocratie irréversible » en Côte d'Ivoire. Or, la première pierre de ce chantier n'a jamais été posée. A la place de la démocratie irréversible, c'est la dictature irréversible qui est chaque jour sérieusement entretenue par les mains d’un pouvoir qu'il a absolument voulu nordiste ou dioula.

Posons-nous franchement cette question : les nouvelles autorités du pays pouvaient-elles vraiment installer une démocratie irréversible en Côte d'Ivoire ? Pour être capable d'une entreprise aussi délicate et herculéenne, il faut déjà savoir ce qu'est la démocratie, et avoir trempé son esprit dans ses principes pendant un certain nombre d'années. Or, non seulement les leaders du RDR et du PDCI de Konan Bédié n'ont jamais consacré une seule page de réflexion à ce sujet, mais encore ils ont consacré toute leur vie publique à combattre la démocratie ivoirienne au moment où Laurent Gbagbo, Simone Ehivet et leurs amis la construisaient. Comment peuvent-ils s'inventer bâtisseurs de « la démocratie irréversible » quand ils ont passé leur vie à chercher les moyens de l'éviter ? Comment peuvent-ils être des bâtisseurs de la démocratie quand ils ont passé leur temps à la combattre et continuent à passer leur temps à emprisonner tous ceux qui prononcent le mot « démocratie » ? Comment peuvent-ils se déclarer ouvriers de la démocratie quand ils n’en ont ni l'étoffe ni le talent ?

Parce que le pouvoir actuel ignore ce qu'est la démocratie, à quelques mois des élections présidentielles il est incapable de trouver les contours d'une vraie commission électorale indépendante. Il s'est alors contenté de reconduire le même président pour éviter une éventuelle surprise. Il s’est dit : « Youssouf Bakayoko au moins connaît sa leçon ». Malheureusement, il la connaît si bien qu'il pourrait, une nouvelle fois, se refugier à l'Hôtel du Golf, oubliant que son patron est à la présidence.

4° Le chantier des listes électorales : à quelques mois des élections – à notre connaissance – le pouvoir n'a pas encore mis à jour les listes électorales parce qu'il ignore que des élections sérieuses passent par cette tâche administrative. Est-ce que les exilés devront y figurer ? Qui décide s'ils doivent, oui ou non, y figurer ? Si oui, a-t-on pensé au moyen de les faire voter depuis le Ghana, le Togo et les autres contrées où ils se trouvent ? Les nouveaux naturalisés auront-ils le droit de voter ? Que dit la loi dans ce domaine ? Enfin, les nombreuses victimes assassinées par les dozos et les rebelles dioula estampillés FRCI seront-elles rayées des listes électorales ? Comment savoir si elles ne ressusciteront pas pour aller voter en faveur du candidat préféré de la France ? Une immense source de fraudes en perspective !

A défaut d'une vraie démocratie, le pouvoir actuel nous propose une démocratie pour les naïfs ; une démocratie de feux d'artifices dans les stades et les rues scintillantes de guirlandes illuminées lors des fêtes, pendant que les demeures s'éclairaient à la bougie et à la lampe-tempête comme avant les indépendances. C'est la démocratie de « poudre aux yeux », selon une expression bien française qu’Alassane Dramane Ouattara a cru, dans son ignorance, être un compliment pour celui qui l’applique.

La démocratie pour les Ivoiriens naïfs comme pour leurs maîtres habitués à emprisonner les démocrates consiste à vivre à crédit ; c'est chaque jour aller demander à telle banque ou à tel pays de leur prêter des milliards, condamnant ainsi les générations futures à vivre pour payer les dettes d'une indépendance hypothéquée.

Ouattara a échoué. Il doit partir

Au regard de ce tableau sombre de notre pays, beaucoup se demandent en qui, en quoi, placer notre espérance. Heureusement, les événements des derniers mois de l'année 2014 nous laissent croire que nous ne devons pas désespérer de l'avenir. En effet, voir la grande majorité des membres des partis d'opposition clamer leur fidélité à l'idéal d’une démocratie républicaine initiée par le président Laurent Gbagbo est réjouissant. Chose encore plus réjouissante est le refus par la jeunesse du PDCI de la mort annoncée de leur parti par l'appel de Daoukro. Oui, cette jeunesse du PDCI s'est ouvertement prononcée contre le retour au parti unique. La visite de Kouadio Konan Bertin au président Laurent Gbagbo témoigne de l'indignation partagée que vivent tous les fils de la nation ivoirienne face à l'emprisonnement d'un des leurs chez les anciens négriers. Enfin, voir sur les télévisions africaines tous les intellectuels noirs soutenir Laurent Gbagbo et s’indigner du comportement d’Alassane Dramane Ouattara ainsi que de chacun de ses propos sur le franc CFA et notre prétendue indépendance économique, ne peut que raviver notre ardeur à le combattre.

L'espoir est donc permis, car plus que jamais le pouvoir est isolé. Même les traitres qui nous quittent pour le rejoindre ne redorent pas son blason. Ce pouvoir ne tient debout que parce qu'il se réfugie à l'ombre des canons des armées française et onusienne. Mais la situation de notre pays n'évoluera pas, ne changera pas, si nous ne manifestons pas notre ferme volonté de retrouver la voie de la démocratie abandonnée en 2011 après le changement brutal de régime. Ce n'est donc pas le moment de faiblir, mais bien au contraire le moment de montrer que l'idéal démocratique que nous avons partiellement goûté grâce au président Laurent Gbagbo reste cher à notre cœur et que nous ne pouvons tolérer plus longtemps une autre voie. Puisque nous n’espérons pas de miracle, nous devons nous engager résolument dans l'action militante afin de veiller à ce que la flamme de la démocratie ne s'éteigne pas.

Refusons donc le renoncement, soyons fiers de notre engagement pour le réveil d'une conscience dynamique et fraternelle en Côte d'Ivoire. La victoire de la fidélité à notre idéal de démocratie – victoire que nous devons croire certaine – doit nous tenir éveillés, mais ensemble, soudés les uns aux autres et non pas dans la solitude de nos demeures.

Ouattara a échoué. Il doit partir ! Unissons nos voix pour le lui crier. Unissons nos actions pour lui faire gagner la porte de sortie.

Raphaël ADJOBI


07/04/2015

Toute la diaspora africaine dans les rues de Paris le samedi 11 avril 2015 !

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A écouter les radio et télévisions africaines, le pouvoir d'Alassane Ouattara en Côte d'Ivoire est devenu la honte de l'Afrique. Tout le monde est scandalisé par ses propos sur le franc cfa, l'indépendance économique et les institutions en Afrique. Jamais un gouvernant africain n'est apparu de manière aussi évidente comme l'ennemi de l'Afrique entière.

Par la même occasion, sur les mêmes radios et les mêmes télévisions africaines, on n'hésite pas à présenter l'incarcération de Laurent Gbagbo dans une prison européenne comme une humiliation inacceptable.

Le samedi 11 avril 2015, l'occasion est offerte à tous les Africains de France de descendre dans la rue pour témoigner leur attachement au respect des institutions africaines débarrassées de la main manipulatrice de la France. En défendant Laurent Gbagbo, c'est toute l'Afrique désireuse d'institutions fortes et de démocratie non manipulée de l'extérieure que nous défendons. La diaspora de chaque pays africain doit se sentir concernée pour aller manifester sous la bannière qu'elle veut et porter haut et fort les idéaux communs à toute l'Afrique.

C'est le 11 avril 2011 que Laurent Gbagbo a été délogé du palais présidentielle par l'armée française puis remis à son adversaire politique pour être envoyé dans une prison européenne. Et cela pour avoir respecté les institutions de son pays qui l'ont déclaré élu. Patrice Lumumba et Thomas Sankara sont morts dans le silence des voix africaines. Sékou Touré et Kouamé N'Krumah ont mené des combats solitaires parce qu'ils n'ont rencontré que l'indifférence des voix africaines de leur époque. Mandela a passé 27 ans en prison sans que des Africains aient daigné organiser des manifestations populaires pour le soutenir. Malheur donc à nous si nous ne saisissons pas cette occasion fédératrice pour montrer à la France et aux dirigeants africains au pouvoir la cohésion des générations nouvelles autour des valeurs qui doivent conduire l'Afrique à s'assumer pleinement.

Soyez convaincus d'une chose : chacun de vous est Laurent Gbagbo si vous avez le même rêve que lui pour votre pays, si vous avez le même rêve que lui pour l'Afrique. Si vous avez dans votre cœur l'espoir d'une Afrique solidaire aspirant à une pleine et entière indépendance par le respect de ses institutions, alors allez manifester le 11 avril à Paris.

Raphaël ADJOBI
Délégué général AIRD-France

30/03/2015

Le silence complice des hommes politiques du Nord dans le drame ivoirien

Laurent Dona Fologo, Mamadou Koulibaly. Les Nordistes ivoiriens et Alassane Ouattara


Hier comme aujourd’hui, la permanence du comportement des Ivoiriens originaires du Nord vis-à-vis d’Alassane Ouattara étonne. Avant les élections présidentielles de 2010, pendant plus d’une décennie, si l’idée que les ressortissants du Nord du pays étaient rejetés par le reste des Ivoiriens avait prospéré en Afrique et dans le reste du monde – particulièrement en France – c’est absolument parce que la très grande majorité des hommes politiques issus de cette zone ont gardé un silence complice sur le discours démagogique et ethnicisé d’Alassane Ouattara. Et aujourd’hui encore, ils sont très nombreux, sans doute trop nombreux, à se garder de dénoncer l’inhumanité des mesures politiques qui déchirent le tissu social ivoirien.

Des voix trop rares contre l’imposture

Quand on consulte les images d’archives, on constate qu’il n’y a guère que des individus n’occupant aucune fonction importante sur l’échiquier politique qui osèrent affirmer haut et fort que la prétendue exclusion des dioula de la vie politique et sociale – fonds de commerce de Ouattara – était en réalité un tissu de mensonges et donc une déformation de la réalité.

Et pourtant, les occasions étaient belles pour mettre en garde les ressortissants du Nord contre l’instrumentalisation de la division ethnique qui a conduit le pays dans une guerre fratricide. Mamadou Ben Soumahoro, ancien journaliste et député au moment où Alassane Ouattara était le premier ministre d’Houphouët-Boigny, fut le premier à flairer le danger et à le dénoncer vivement. C’est devant l’assemblée nationale qu’il appela alors à une levée de boucliers contre l’imposture qui se préparait. S’il est encore vivant, c’est parce qu’il a publiquement affirmé que s’il venait à mourir, l’on ne devra accuser que Ouattara dont il fut l’ancien partisan au sein du RDR.

Au nombre des voix rares qui s’élevèrent contre l’imposture, il faut compter celles des responsables d’une association musulmane chargée des voyages annuels à la Mecque qui dénoncèrent les propos démagogiques du patron du RDR en soulignant le soutien financier et technique que le pouvoir de Laurent Gbagbo apportait au monde musulman ivoirien, comme le faisait en son temps Félix Houphouët-Boigny. Dans le même document d’archives, l’un des intervenants reprit à son compte la célèbre phrase de Sékou Touré clamant « Nous préférons la pauvreté dans la liberté plutôt que l’esclavage dans l’opulence ». C’est dire combien certains étaient conscients de la recolonisation de la Côte d’Ivoire par le biais d’un nègre de maison choisi par la France.

Au-delà des mises en garde et des dénonciations, il faut surtout retenir les propos d’une dame originaire du Nord qui a peint avec une extrême justesse la réalité sociale et économique du pays, afin de mieux souligner le caractère mensonger du discours démagogique de Ouattara se situant très loin de la réalité du pays. D’une part, elle a relevé que le commerce et les transports sont presqu’exclusivement entre les mains des ressortissants du Nord ; c’est-à-dire qu’ils sont les détenteurs des seuls secteurs de l’économie où les Ivoiriens sont encore miraculeusement majoritaires. D’autre part, elle a mis le doigt sur une réalité comportementale qui explique en très grande partie le retard du Nord du pays en matière de développement urbain.

Quand les hommes du Nord font fortune dans le commerce et les transports, où construisent-ils leurs belles demeures ? C’est dans le Sud, convient-elle. Où les hommes politiques construisent-ils et établissent-ils leurs résidences ? Toujours dans le Sud ! Cela veut dire, conclut-elle, que les Nordistes s’acharnent à concurrencer leurs compatriotes dans leurs régions et négligent le Nord d’où ils viennent. Ils ne peuvent par conséquent accuser le reste de la Côte d’Ivoire d’être contre le développement de leur région, et pire d’opérer à leur égard une ségrégation ethnique.

Chose étrange, sous la présidence de Laurent Gbagbo, ce discours réfutant les thèses ségrégationnistes d’Alassane Dramane Ouattara n’a jamais été soutenu ou repris par les hommes politiques jouissant d’une notoriété certaine afin de lui conférer une portée plus grande. Ni Mamadou Coulibaly, alors président de l’Assemblée nationale, ni Laurent Dona Fologo, président du Conseil économique et social et plusieurs fois ministre sous Félix Houphouët-Boigny, n’ont daigné mettre leur notoriété au service de la cohésion nationale en relayant ce discours. A aucun moment, ces deux hommes – qui sont aujourd’hui chefs de partis politiques – n’ont dénoncé ouvertement l’entreprise de diabolisation du reste des Ivoiriens orchestrée en Afrique et en Europe par Alassane Ouattara avec le concours des médias français.

Quand la Charte du Nord fut rendue publique et que plus tard, suivant son esprit, la carte de la Côte d’Ivoire déchirée étala une ligne de démarcation entre le Nord et le reste du pays, quels furent les ressortissants nordistes à s’être offusqués publiquement de cette atteinte à l’unité nationale ? Aucun ! Quand une personnalité politique nordiste osa, dans une langue régionale, exposer le plan machiavélique de conquête du pouvoir par les dioula tout en diabolisant le reste des Ivoiriens, quel homme politique issu du Nord du pays dénonça-t-il la grave atteinte à l’intégrité et à la cohésion nationale ? Aucun ! On pouvait aisément comprendre la grande réticence des partisans de Laurent Gbagbo originaires du Nord à se lancer dans la dénonciation de cette entreprise. Ils étaient sûrs que leurs paroles seraient jugées partiales. Mais ceux qui remplissaient une haute fonction au sommet de l’Etat sans appartenir au parti de Laurent Gbagbo pouvaient aisément mener le combat de la dénonciation de l’imposture. Malheureusement, tout le monde garda le silence.

Depuis 2011, devant la politique dite de rattrapage ethnique lancée par Ouattara qui a placé à toutes les hautes fonctions de l’Etat des personnes originaires du Nord, on ne voit pas des hommes politiques dioula se réunir pour dénoncer en bloc cet agissement qui prépare des lendemains faits de vengeances ethniques. On constate que depuis 2011, le parti politique de Laurent Dona Fologo et celui de Mamadou Coulibaly n’ont jamais dénoncé de manière claire et nette l’emprisonnement arbitraire des partisans de Laurent Gbagbo ; ils n’ont jamais dénoncé le maintien en exil de milliers d’Ivoiriens au Ghana, au Togo et ailleurs dans le monde. A aucun moment, Laurent Dona Fologo et Mamadou Coulibaly n’ont dénoncé ouvertement le repeuplement de l’Ouest ivoirien par des populations étrangères venues du Burkina Faso. Ni l’un ni l’autre n’a cherché à faire comprendre aux populations du Nord que c’est en leur nom que Ouattara inflige des injustices au reste des Ivoiriens et laisse impunis ses miliciens.

Des calculs politiciens sans idéal politique

Pendant trop longtemps, quand Mamadou Coulibaly se permettait un peu de liberté de parole, c’était pour critiquer la politique économique d’Alassane Ouattara ; comme si les souffrances humaines dues à la chasse aux exilés dans les pays limitrophes, aux emprisonnements sans preuve et sans jugement, aux comptes bancaires des pro-Gbagbo bloqués, comme si ces souffrances n’avaient aucune importance à ses yeux. Comme par miracle, à l’approche des élections présidentielles, le parti de Laurent Dona Fologo a retrouvé la voix pour dresser un bilan négatif de la gestion économique du pouvoir actuel et critiquer les atteintes aux structures devant préparer ces élections. Jamais des mots pour consoler la veuve et l’orphelin frappés par la justice des vainqueurs appliquée avec rigueur à l’encontre d’une partie de la population !

En agissant de la sorte, les leaders politiques du Nord ne font que s’associer au mutisme des hommes politiques et des médias français sur le drame que constitue le pouvoir d’Alassane Ouattara pour la Côte d’ivoire. Aujourd’hui, ces hommes politiques issus du Nord qui ont flirté avec le pouvoir d’Alassane Ouattara recherchent une union avec les partis de l’opposition parce que l’électorat de Laurent Gbagbo demeure pour eux la seule valeur sûre pour arracher le pouvoir à Alassane Dramane Ouattara. Des calculs politiciens mais point d’idéal politique pour l'ensemble des Ivoiriens au nombre desquels il faut compter les prisonniers politiques, les exilés, ceux de l'Ouest dépossédés de leur terre !

Raphaël ADJOBI

27/03/2015

Ta main blanche sur mon épaule ou la prière du nègre Banania

Soro Guillaume à Marcoussis, la prière du nègre Banania


Pose ta main blanche sur mon épaule
Et de ma mémoire efface Aimé Césaire
Pour qu’à jamais je ne songe
Au Discours sur le colonialisme.

Pose ta main blanche sur mon épaule
Et de ma face noire fais un masque blanc
Pour que, fier, je puisse braver Fanon !

A ton ombre tutélaire, je veux marcher.
Offre-moi ton bras séculier pour que brille
Dans mes yeux la flamme insolente
Capable d’écarter de mon chemin la foule nègre.

Pose ta main blanche sur mon épaule
Et fais de moi un nègre de maison
Contre les nègres marrons de ce nouveau siècle !

Demain, contre ta face je m’inclinerai
Les bras chargés des chaînes d’antan
Liant les cortèges des chants plaintifs
De ceux que j’aurai pour toi arrachés à la terre d’Afrique.

Pose ta main blanche sur mon épaule
Et scelle indéfiniment le pacte
Cher à mon cœur de nègre de maison.

Raphaël ADJOBI
(Le 28 février 2015)