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19/02/2015

Sale temps pour les enfants d'Eburnie

Disparition des enfants en Côte d'Ivoire, Crimes d'enfants, mutilation des enfants, poème sur les enfants ivoiriens, les crimes de Ouattara


Depuis que de la savane profonde
La terreur s'est répandue sur Eburnie,
S'exhale de nos terres un parfum de mort.
Dans les champs, les récoltes sont tachées de sang.

Des plaines sèches, chaque jour,
L'épouvante enfle, moutonne et vient
Au sein de l'Ebrié déverser sa macabre moisson
De corps d'enfants affreusement mutilés.

Comme un souffle de l'harmattan,
Les égorgeurs ont prospéré dans les bois du sud ;
Et l'art de verser le sang a fait d'eux d'excellents maîtres.
Les statues de leurs criminels enseignements font foi.

Ce matin encore, on frappa à la porte. On ouvrit.
Sur le seuil, un fossoyeur qui sourit.
- Je ne suis pas encore prêt, dit l'enfant.
- Il est déjà temps de partir, déclara l'ange moissonneur.

Le garçon fit son rot en souvenir de son dernier repas ;
L'intérêt de l'autre ne pouvait attendre.
Les autels ont besoin de sang, on le crie.
Il faut à la préférence ethnique cinq ans de garantie.

Combien d'enfants encore faudra-t-il sacrifier ?
Ici, un père veille son fils sans tête ni main.
Là, une mère pleure une tête sans corps.
Et nos sanglots interrogent le ciel et les palais muets.

Parfois, du fond de nos cœurs, un espoir s'éveille ;
Puis, de sa marche lente et pesante
S'en va mourir dans l'Ebrié comme
Accompagnant le voyage funèbre de nos tendres enfants.

Raphaël ADJOBI
(15 février 2015)

15/01/2015

Sound of silence (par Shlomit Abel)

Une belle analyse critique de la manifestation parisienne suite à l'attentat survenu dans les locaux de Charlie Hebdo. A lire et à relire avec une extrême attention. Cet excellent article de notre amie Shlomit invite tout le monde à regarder d'un œil un peu plus critique l'événement du 7 janvier 2015 à Paris et la marche ayant pour but de le sacraliser. De la réflexion, rien que de la réflexion. C'est tout ce que l'on attend en pareille circonstance.

Shlomit Abel, Charlie Hebdo et après, La vérité sur charlie hebdo

L'attentat n'est pas survenu un 11 du mois, mais la manif est à cette date...11 septembre 11 avril, 11 janvier : simple coïncidence ? « Paris, capitale du monde ! » claironne le premier des François, notre Coq national.

Et pourtant, on est dans l'éphémère, comme dans le conte des frères Grimm avant les 12 coups de minuit, lorsque Cendrillon était encore en chaussons de vair avec carrosse et laquais... Et ensuite ? On va retrouver la grisaille, la morosité ambiante, le chômage, la difficulté des Français à boucler leurs fins de mois... Mais heureusement les gallinacés François, Emmanuel, et surtout Nicolas qui rêve de revenir au plus vite pour veiller sur ses poulettes dociles, vont engranger quelques points de satisfecit, arrivant artificiellement à unifier le peuple derrière leur bannière faussement pacifique. Car ne l'oublions pas, tous ces Occidentaux qui en appellent à l’union sacrée face à la barbarie en sont les artisans, certes à l'Etranger, jamais chez eux : Afghanistan, Iraq, Lybie, Côte d'Ivoire, Mali, et j'en passe. Faut-il s'offusquer maintenant de ce que le balai des apprentis sorciers se retourne contre eux ? Comment parler de paix, alors que l'Occident ne cesse depuis des années, de financer et d’équiper des hordes sauvages de groupuscules armés, chargés de déstabiliser des pays réputés "pauvres", mais au sol et sous-sol regorgeant de promesses pour eux, les prédateurs ?

La France pays des droits de l'homme, oui, c'est ce que l'on voit, la partie émergée de l'iceberg, celle que l’on exhibe au journal de 20 heures où nous voyons cette foule de Français unis, toutes classes sociales et politiques confondues, pleurer sur ces libertés qui ne sont plus, sur cette barbarie à nos portes et dans nos murs. Pendant que nos hommes politiques solidaires - puisque pas moins de 50 chefs d'état et de gouvernement défilent à cette marche pour la démocratie - afin de faire bloc devant la menace du terrorisme. Et pourtant personne n’a protesté lorsqu’une loi visant la réglementation et la réduction des libertés individuelles sur le net a été votée en cette fin d’année 2014. Personne ne s’offusque de ce que tout citoyen peut être espionné dans ses mails, ses SMS, ses communications téléphoniques. Que l’on prenne provisoirement ce genre de dispositions après un méga attentat de type 11 septembre pourrait éventuellement se comprendre, mais là c’était avant l’épisode Charlie hebdo.

Déjà le premier juillet 2011 a paru au journal officiel un décret permettant de réprimer des manifestations populaires à balles réelles si les forces de l’ordre étaient menacées. Là encore personne n’avait protesté, c’était l’été, il faisait chaud, les spécialistes de l’information spectacle préféraient montrer les Français à la plage, plutôt que d’analyser ce décret.

Charlie Hebdo devient le symbole de la France humiliée, assassinée, et pourtant peu de gens connaissaient vraiment cette revue satyrique, aux dessins très souvent d'un gout douteux, ridiculisant au nom de la libre pensée ceux qui n’avaient pas la même conception de l’athéisme, par des dessins, des caricatures, mais sans pousser bien loin la réflexion de fond. La critique du religieux, grossière, vulgaire très souvent, était rendue dans la catégorie très française de la "blague cochonne" où l’on fornique allègrement, même avec Dieu et ses envoyés.

Je comprends tout à fait que l'on se rassemble pour exprimer sa révolte face à des hommes pour qui la vie n'a plus de valeur et qui s’arrogent le droit de l'enlever à d'autres, de semer le chaos et les larmes. Mais là on en fait trop. Même les américains après le 11 septembre n’ont rien imaginé d’autre que le recueillement silencieux sur les lieux de l’horreur.

Aujourd'hui les Français descendent dans la rue, un rassemblement d'une ampleur «sans précédent». Les manifestants se promettant de ne pas stigmatiser l'autre, le gentil musulman à ne pas confondre avec le méchant, le radical. Et pourtant, quand on regarde bien, les musulmans dits extrémistes ne sont bien souvent que des exécutants manipulés et instrumentalisés par l'Occident, préposés aux basses œuvres dans les pays à déstabiliser : des Musulmans de façade, dont la foi se résume à la violence aux cris d’Allah Hou Akbar ; ce sont les tenants de cet islam d'importation, défouloir des pulsions les plus bestiales, que l'on agite comme un épouvantail, à seule fin de pousser à bout les Musulmans de nos pays, pour que de soupçon en dénonciation, de méfiance en incitation à la haine, les générations actuelles ghettoïsées à dessein, sans travail et privées d'avenir en viennent à se solidariser de ce pseudo-islam radical, nourri par l'Occident des sucs de son propre fumier : tout cela pour parvenir à la réalisation du scénario apocalyptique dont ils nous rebattent les oreilles, celui d’une France phagocytée par l’islam, d’un occident « civilisé » confronté à la plus grande menace de son histoire, à ce « choc des civilisations » dont le bilan se soldera par des pertes infiniment plus lourdes que celles de cette fin de semaine.

Ce soir encore, le journal de 20h s’est transformé en une séance entièrement consacrée à la « marche du siècle ». Le monde s’est arrêté de tourner. Pourtant, au cours de la même semaine, au Nigéria, une fillette s’est fait exploser en plein marché, causant la mort d’au moins vingt personnes, avant qu’un nouveau déchaînement de Boko Haram  autre marionnette franco-occidentale  ne se traduise, toujours au Nigéria, par le massacre de 2000 hommes, femmes, et enfants. 16 villages anéantis ! Mais une telle information ne mérite pas d’être qualifiées de majeure ; ces morts-là n’intéressent personne, en tout cas pas le gouvernement français et ses médias aux ordres ! Pensez donc 17 morts sur le sol français, face à deux mille Africains égorgés et violés... La balance penchera toujours du même côté. Sur le net circulait hier cette phrase "si Charlie mérite le silence, alors le Congo mérite qu'on se taise à jamais : plus de 6 millions de morts…" Je m’arrête ici, tout ce tapage médiatique n’ayant qu’un objectif : imposer silence au vrai silence, empêcher tous ces Français au cœur généreux d’entendre enfin la voix des dizaines de milliers d’hommes, femmes et enfants assassinés sur commande par leurs dirigeants  Afghanistan, Irak, Côte d’Ivoire, Lybie, Syrie, Mali, Ukraine  ; empêcher la foule authentique des citoyens de bonne volonté d’entendre ce « sound of silence » de la mort, rumeur assourdissante en quête d’une réponse adéquate fondée sur le retour à la vérité dite et entendue. Dire, entendre, écouter : rien à voir avec l’unanimisme d’une mascarade où se shlomit abel,charlie hebdo et après,la vérité sur charlie hebdocongratulent grands et petits maîtres du monde soi-disant « libre » ; libre de continuer à vivre au prix de l’asservissement de tout peuple cumulant les malchances d’être riche en ressources, et de ne pas adhérer aux critères de survie de l’axe du bien.

Shlomit Abel, 12 janvier 2015

11/01/2015

Je ne suis pas Charlie ou pourquoi la totale liberté d'expression est une illusion

10897085_904752559558198_4056318142262559750_n.jpgAvant d'affirmer bêtement « je suis Charlie » à l'unisson avec le troupeau français, il serait bon que vous preniez le temps de découvrir par vous-même le vrai visage de Charlie Hebdo dont le siège a subi l'attentat meurtrier du 7 janvier 2015. Manifester de la compassion à l'égard des morts, condamner ouvertement et fermement cette mise à mort calculée ne doit pas vous empêcher de savoir qui est Charlie à qui on vous demande de vous identifier... Se contenter de dire qu' à travers le journal satirique Charlie Hebdo c'est la liberté d'expression qui est attaquée et qu'il faut la défendre, c'est nier que ce sont les multiples frustrations engendrés par nos comportements et nos politiques ici et ailleurs qui poussent certains à ces actes extrêmes que nous réprouvons...

Lire l'article sur mon blog littéraire ou ici

08/01/2015

France : Michel Houellebecq met le feu à Chalie Hebdo !

Charlie Hebdo et les islamiste, Michel Houellebecq, la France et le monde musulman, les Français et l'islam Depuis quelques jours, sur les ondes des radios, il n'y en a que pour Michel Houellebecq et son dernier livre prévoyant – selon ces radios – l’apocalypse d'une France dirigée par des partisans islamistes issus de toute la société française. Depuis quelques jours donc, la France est inondée du flot du péril islamique dans lequel batifolent gaiement les journalistes et les politiques. Et puis, en cette fin de matinée du 7 janvier 2015, la réalité rattrape la fiction tant aimée, tant admirée : un attentat attribué aux islamistes, survenu au siège du journal satirique Charlie Hebdo, fait 12 morts et quelques blessés.

Rappelons à la France qui a tourné la page du respect de la diversité des cultures et des humanités que celui qui joue avec le feu périt par le feu. Il est bon que ce bon sens universel se vérifie de temps en temps sous nos yeux pour rappeler à l'ordre les autorités françaises et leurs outils de communication. Miche Houellebecq doit en toute logique réfléchir davantage à l'apparente coïncidence de la propagande de la diabolisation de l'islam qu'il a suscitée et sa soudaine et diabolique manifestation sur le sol français. Lui qui, aux dires de nombreux réunionnais aurait laissé mourir sa mère dans cette île de l’océan indien au seul motif qu’elle était trop gentille avec les musulmans. Est-ce pour cela qu’il affirme sur les ondes que le choix de l’islam comme support d’action de son livre n’est pas un hasard ? Nous remarquons pour notre part que quand on appelle la mort, elle vient sans tarder, comme dit la fable.

Il est inadmissible que des dessins offensants attirent la mort sur tout un groupe de personnes. Il est inadmissible que des humains choisissent de donner la mort de manière patiemment organisée pour punir les auteurs de quelques caricatures. Plutôt que de chercher une vengeance dans le choix du siège de Charlie Hebdo comme lieu d'opération, il serait plus juste d'y voir une cible symbolique. Nous pensons qu'il convient de chercher ce qui a permis cette grande détermination des auteurs du massacre du 7 janvier 2015 à Paris du côté de la stigmatisation devenue en France une pratique ordinaire. Rappelons que nous nous sommes déchirés avec une violence inouïe autour du mariage pour tous. Des agressions physiques ont même eu lieu à la faveur du rejet bruyant et médiatisé d'une catégorie de citoyens. Comment peut-on après cela s'étonner que d'autres profitent de la stigmatisation de l'islam pour passer à l'acte ?

Charlie Hebdo et les islamiste, Michel Houellebecq, la France et le monde musulman, les Français et l'islam


Devant la douleur, il n'est pas interdit de réfléchir à nos comportements. Quand une partie des Français fait de l'islamophobie son fonds de commerce – personne ne peut le nier, à moins d'être malhonnête – il faut s'attendre à ce que les frustrations que cela engendre finissent par déborder. La mauvaise foi de beaucoup de personnes – politiques et prétendus intellectuels – consiste à dire que les attaques verbales et les stigmatisations relèvent de la réflexion et de la liberté de penser ; ils assurent que les violences physiques contre ceux qui sont différents de nous sont de simples erreurs et non point des fautes condamnables. Quand toutes les radios et tous les journaux de France se mettent à stigmatiser une communauté, on est plutôt dans la bêtise que dans la liberté de penser. Il est inadmissible que tous ces organes pensent la même chose ; à moins d'être un pays de moutons. Quand on applaudit par milliers tout ce qui jette en pâture une communauté, on est sûrement dans le moutonnement plutôt que dans la liberté de penser.

Dans toute communauté – au travail, à la maison, entre amis – l’imbécile est celui qui, sachant ses plaisanteries blessantes pour l'un des membres, se plaît à toujours remuer le couteau dans la plaie. Et encore plus imbéciles sont ceux qui applaudissent. La mise en garde s'impose en pareille circonstance plutôt que la bruyante approbation ou le mutisme complice. Renouveler une plaisanterie que l'on sait blessante, c'est se moquer. Et dans toute société humaine, on trouve juste la réaction violente à la moquerie. Seule l'excessive sanction entraîne la réprobation générale. Retenons donc que condamner celui qui s'est fait justice n'autorise pas le moqueur à continuer ses bêtises.

Mais allons plus loin et tentons de faire lever la tête à cette catégorie de Français qui croient que nous fabriquons, vendons des armes et entretenons des armées dans les pays étrangers parce que nous sommes les meilleurs en démocratie et par conséquent avons le devoir de civiliser certains pays par la force. Que ces personnes sachent que nos dirigeants vont bombarder des pays étrangers tuant des civils sans que cela blesse notre conscience. N'oublions pas que ce que nous allons remuer ailleurs peut bien rejaillir sur nous. Quand on se plaît à remuer la merde, il ne faut pas se plaindre qu'elle souille un de nos membres. Prenons donc garde à ne pas applaudir les actions militaires de nos soldats à l'étranger. Fou est le Français qui croit que les frontières de notre pays se trouvent au Moyen-Orient ou dans le Sahara ! N'oublions jamais ceci : les grandes puissances comme la France disposant d'avions et de navires de guerre bombardent quotidiennement à distance des villes et des camps militaires étrangers où vivent femmes et enfants. Et cela avec bonne conscience parce qu'ils ne voient pas et parce que nous ne voyons pas couler le sang de l'autre. Pensons aux moyens que peuvent employer ceux qui n'ont ni avion ni navire de guerre et qui ne peuvent pas s'offrir la bonne conscience de nous tuer sans voir couler notre sang. Ne pouvant atteindre nos camps militaires, ils attaquent n’importe où tous ceux qu’ils peuvent tuer par simple vengeance.

Soyons donc prudents. Ne créons pas des monstres contre notre société. Moins nous serons méprisants et excessifs dans nos passions collectives du dénigrement de l'autre – chose qui n'a rien à voir avec la liberté – plus nous pourrons nous montrer exigeants avec ces personnes qui aiment régler les discordes à coup de canons. D’autre part, sachons que notre démocratie s’arrête là où commence celle des autres.

Une question pour terminer : quel est le département français dont 98% de la population est musulmane ?

Raphaël ADJOBI

20/12/2014

Côte d'Ivoire : la guerre des faux ou la révolution bougeoise (une réflexion d'Eliahou ABEL)

Si vous n'avez pas encore lu ce texte d'Eliahou ABEL, je vous conseille de prendre le temps de le découvrir. Au moment où les esprits sont troublés par les multiples agitations au sein du FPI, qui entraîne dans son sillage le reste de l'opposition devant le sombre horizon 2015 de la Côte d'Ivoire, Eliahou Abel nous rappelle que c'est en revenant à l'essentiel que nous pouvons nous mettre d'accord. Mais avant, il pense que tous ceux, parmi nous, qui se veulent les étendards de ralliement vers l'idéal qu'ils promettent au peuple doivent commencer par balayer devant leur porte ou faire leur examen de conscience.

Eliahou Abel, Réflexion sur la crise au sein du FPI"…le honteux, ignoble et violent coup d’État perpétré par l’armée française en Côte d’Ivoire pour arracher le pouvoir que le peuple a confié le 28 Novembre 2010 au Président Laurent Gbagbo" (extrait de la déclaration de la convention du FPI des 26-29/04/2012)

Eliahou Abel, Réflexion sur la crise au sein du FPI


Nul n'ignore que l'une des caractéristiques de la Révolution française, c'est d'avoir été récupérée par la grande bourgeoisie et les puissances d'argent ; lesquelles, sous couvert de défense de la démocratie et des Droits de l'homme, n'en finissent pas depuis lors, en France et partout où les soi-disant idéaux de cette soi-disant révolution se sont exportées ‒ Amérique en tête ‒ d'activer leurs réseaux d'influence pour que leur volonté s'accomplisse, et que l'exaucement de leurs vœux tordus jaillisse comme par magie des urnes populaires. C'est à ces démons, drapés dans les oripeaux de la vertu, que les peuples de la terre doivent toutes les guerres qui, depuis plus de deux siècles, ensanglantent la planète.

Les caractéristiques d'une authentique révolution

Or une question se pose, aujourd'hui plus que jamais : quelles sont les caractéristiques d'une authentique révolution, celle que nous attendons toujours, pas seulement en Afrique, mais partout où l'impitoyable loi du profit règne en maître absolu ? Quelles sont les conditions sine qua non de la réussite d'une telle révolution ? D'un simple regard en arrière sur le passé récent de la Révolution indienne et de son chef, le Mahatma Gandhi, ou des combats révolutionnaires qui, en Amérique latine ‒ après des siècles de persévérance il est vrai ‒, ont fini par porter des fruits visibles et durables, quoique toujours menacés, nous pouvons déjà tirer quelques éléments de réponse.

La première condition que doivent remplir celles et ceux qui ambitionnent de transformer la vie de leur peuple et de transfigurer son avenir, c'est le désintéressement : un désintéressement sans failles, tant à l'égard de l'argent, des plaisirs et du sexe, qu'à l'égard du pouvoir : jamais un chef, aussi charismatique soit-il, ne sera en mesure d'apporter au peuple qu'il entend mener à la victoire sur les loups qui le déchirent, le cadeau d'une vraie liberté, s'il n'incarne lui-même cette liberté absolue. Tant qu'il restera au cœur d'un dirigeant révolutionnaire la moindre racine de l'une de ces ficelles grâce auxquelles les mafieux des franc-maçonneries de tout poil parviennent toujours à transformer nos idéaux réels en ballons captifs, rien de durable ne pourra se faire.

La deuxième condition, dérivée de la première, c'est la mise en place, au fil du combat, d'une pédagogie du désintéressement, bâtie autour des innombrables valeurs qui en découlent, avec l'ambition d'élargir à terme le champ de cette pédagogie de la maternelle au doctorat; Il s'agit en somme d'exalter, aux yeux des militants formés à l'école de leurs chefs, puis de leurs enfants et petits-enfants, la seule réussite qui vaille que l'on en rêve au point de lui dédier tous les ressorts ‒ oh combien légitimes ‒ du désir d'excellence : le bonheur de l'autre, de tous ces autres dont le corps collectif forme ce que, depuis l'origine des temps, nous appelons peuple.

Mais venons-en à l'actualité ivoirienne. Nous assistons impuissants, depuis quelques semaines, au spectacle surréaliste d'une sorte de guerre de fictions concurrentes. Cela commence avec la question lancinante : Gbagbo est-il candidat à la présidence du FPI, ou ne l'est-il pas ? Le document publié est-il authentique ? Est-ce un faux ? Depuis hier, une nouvelle question est venue se superposer à la première : le congrès promis, dont l'ajournement, voulu par Pascal Affi N'guessan, s'est transformé en interdiction de fait grâce à l'active collaboration des forces de Ouattara; ce fameux congrès a-t-il ou n'a-t-il pas eu lieu ? Sous quelque angle que l'on aborde le problème, le piège est là, sous nos pas; le piège omniprésent d'un doute obsédant : de quel côté sont les faussaires ? Sommes-nous vraiment environnés de menteurs ? Le combat pour la libération de la Côte d'Ivoire se réduit-il aujourd'hui à un concours pour le prix du meilleur manipulateur ?

Comment sortir du bourbier actuel ?

Pour sortir de ce piège, il faut revenir à l'essentiel, et se poser les bonnes questions. Au cours des semaines qui ont précédé le 11 avril 2011, le Président Gbagbo disposait de plusieurs moyens de s'en sortir, depuis la radicalisation militaire jusqu'à la fuite pure et simple, en passant par l'acceptation de l'un des marchés que lui proposaient conjointement la France et les Etats-Unis. Or l'idéal au nom duquel, au lieu de chercher à se sauver lui-même, il a choisi le chemin du risque absolu, risque de la mort ou de la prison; cet idéal, quel est-il ? Celui précisément dont l'authenticité s'est vérifiée lorsque, au lieu de chercher son propre intérêt, il a opté pour la poursuite de la lutte sur le terrain du droit et de la revendication de justice. Or cet idéal de lutte inspirée ne peut être partagé que par celles et ceux qui, animés du désir de ressembler à celui qui leur a tout appris, et continue à les instruire par l'exemplarité de son combat dans les geôles de Scheveningen, en ont compris l'une des composantes essentielles : ce que nous avons caractérisé plus haut comme la condition première de toute révolution : le désintéressement.

Dès lors, l'unique question à se poser est fort simple : qui, parmi la foule de ceux qui s'autoproclament héritiers de Gbagbo ‒ Affi en tête ‒, incarne visiblement la ressemblance au chef ? Lequel de ces futurs grands hommes a laissé derrière lui la trace d'une véritable incorruptibilité ? Lequel d'entre eux s'est abstenu, sous la pression de circonstances parfois douloureuses, de céder au chant des sirènes, en acceptant tel ou tel compromis en échange d'une amélioration de ses conditions ? A propos duquel de ces ambitieux avons-nous la preuve qu'ils n'ont jamais pactisé avec l'ennemi ? Lequel d'entre eux a su résister à la tentation de bénéficier ‒ en échange de son âme ‒ des réseaux d'influence de telle ou telle confrérie maçonnique, ces loges dont l'omniprésence dans les sphères du pouvoir en Afrique symbolisent objectivement la griffe du fauve Occident planté dans la chair de chacune des nations du Continent ? Lequel de ces prétendant au titre a su faire la preuve de sa non-addiction à l'argent, et au pouvoir pour le pouvoir ?

Au regard du combat dont l'inspirateur est et demeure Laurent Gbagbo, seule une personnalité capable de répondre positivement à chacune de ces questions peut légitimement briguer l'honneur de diriger les militants de son parti dans la lutte qu'ils veulent continuent à mener au nom du chef, et en vue de son retour. Toute pseudo-victoire remportée sur le fondement d'autres principes ne peut qu'aboutir à terme à un échec, échec d'autant plus cuisant qu'il se doublera des plaies difficilement guérissables de désillusions en cascades, autant de nouvelles portes ouvertes aux surinfections de la gangrène françafricaine.

Qui suis-je, pour lancer cet appel ? Mais je le lance pourtant, comme une bouteille à la mer : frères ivoiriens, ne vous laissez pas leurrer par le miroir aux alouettes du dialogue à tout prix. L'appel emblématique du Prési : "asseyons-nous et discutons" concerne l'ennemi, un ennemi à convaincre, peut-être, mais un ennemi pour l'instant étranger aux valeurs de la révolution. Au sein des forces révolutionnaires, il est impératif de redonner la préséance au mérite, évalué sur la base de critères exigeants.

Frères Ivoiriens, votre révolution n'est pas menacée aujourd'hui de récupération, mais de dégénérescence bourgeoise; certains de ceux qui prétendent la mener en votre nom ont déjà fait allégeance aux forces qu'ils font mine de combattre. Il est urgent pour vous de resserrer les rangs autour de chefs dignes de porter l'étendard de votre espérance, et de disqualifier ouvertement et définitivement ceux qui, parce qu'ils s'en sont montrés indignes, ont déjà rejoint les rangs de vos ennemis : avec eux, vous pourrez toujours "dialoguer", à la condition de les tenir soigneusement à l'écart des débats concernant votre lutte pour une Côte d'Ivoire libérée. Ce combat n'est d'ores et déjà plus le leur.

Eliahou Abel, le 11 décembre 2014.