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21/01/2014

Maureen Grisot et RFI présentent leurs voeux à Ouattara puis tentent de se racheter au Mont-Péko


A l’orée de 2014, la radio française internationale en terre africaine, RFI, a présenté ses vœux à Alassane Ouattara par l’intermédiaire de Maureen Grisot. Depuis l’assassinat de deux journalistes français au Nord-Mali, l'homme fort d'Abidjan avait en effet étalé publiquement ses affinités avec les journalistes français. C’est dire que désormais, tout le monde doit voir dans les vœux officiels des représentants de la voix de la France sur les ondes africaines et ivoiriennes à Dramane Ouattara comme une chose ordinaire. Mais ce sont des choses ordinaires qu’un citoyen démocrate ne peut accepter.

Maureen Grisot, Maureen Grisot et Alassane Ouattara, Maureen Grisot et la Côte d'Ivoire, RFI et la Côte d'Ivoire, RFI en Afrique.


Quand on exerce le métier de journaliste, il n’est certes pas interdit d’avoir des liens d’amitié avec telle ou telle personnalité exerçant une fonction politique ou non. Mais quand on voit une jeune journaliste de RFI – que l’on ne peut en aucune façon imaginer avoir été une camarade d’études ou être une relation familiale du chef de l’état – venir à une cérémonie officielle à la présidence de la république en qualité d’invitée, on se dit que Ouattara et la France nous prennent pour des C… Qu’elle y vienne pour travailler, cela se comprend ; mais pour faire la courbette, NON !

De toute évidence, les journalistes français passent trop de temps dans les salons et les hôtels luxueux d’Abidjan. De ce fait, de la Côte d’Ivoire, ils ne connaissent que notre capitale économique. Depuis 2002 que ce pays a été coupé en deux selon la volonté de la France pour permettre aux rebelles de mieux s’organiser, c’est en janvier 2014 que, pour la deuxième fois, un journaliste français ose rendre compte et confirmer la réalité du terrain que la population accusée de soutenir Laurent Gbagbo n’a cessé et ne cesse de dénoncer.

Le premier article, datant de février 2012, montrait clairement que les rebelles étaient les responsables du blocage du rétablissement des conditions administratives et de vie politique démocratique nécessaires aux élections. Publié dans Le Monde et signé de Christophe Châtelot, l’article intitulé « A Bouaké, les Com-zones règnent en seigneurs » faisait un constat indéniable : « enrichis, les ex-rebelles bloquent la réunification d’un pays coupé en deux depuis 2002 ». Malgré ce témoignage accablant, l’ONU, la France et les autres journalistes ne cesseront d’accuser Laurent Gbagbo de ne pas vouloir aller aux élections pour confisquer le pouvoir.

Depuis combien de temps la population ivoirienne se plaint-elle de l’occupation illégale des terres et du saccage des domiciles de ceux qui ont fui le nord et l'ouest ? Depuis combien de temps les Ivoiriens voyaient les tôles et les équipements sanitaires des résidences inoccupées transportés au Burkina ? Réponse : depuis 2002 ! Depuis que la Côte d’Ivoire a été coupée en deux ! Et après la prise du pouvoir par Ouattara en 2011, n’a-t-on pas, çà et là, dénoncé avec force l’invasion de l’ouest du pays par les Burkinabés ? N’a-t-on pas, avec force, dénoncé l’occupation et l’exploitation illégale du Mont-Péko et des autres forêts classées ?

Maureen Grisot, Maureen Grisot et Alassane Ouattara, Maureen Grisot et la Côte d'Ivoire, RFI et la Côte d'Ivoire, RFI en Afrique.


Maureen Grisot avoue qu’un Burkinabé a confirmé que depuis dix ans qu’il est installé dans l’ouest ivoirien, c’était la première fois qu’il voyait une peau blanche. C’est dire qu’il a fallu attendre 2014 pour qu’enfin, pour la deuxième fois, un journaliste français rapporte dans son pays ce que la population accusée par la France et l’ONU d’être pro-Gbagbo – donc forcément pas digne de foi – dénonçait depuis 2002. Voilà qu’enfin, une Française – une seule, comme en 2010 Christophe Châtelot était seul – rejoint l’opinion commune ivoirienne sur « le scandale humain et écologique » que constituent les forêts de l’ouest envahis par des milliers de Burkinabés. Venus du sahel et ignorant tout des pratiques agricoles en zone forestière, ils se croient obligés de tout brûler, tout réduire en poussière pour trouver leur subsistance.

Pendant ce temps, les hommes politiques d’aujourd’hui qui avaient promis monts et merveilles aux Burkinabés pour obtenir leur contribution dans la conquête du pouvoir ferment les yeux. Comment peuvent-ils entreprendre de chasser ceux qui les ont aidés et à qui ils avaient précisément promis des terres agricoles ? Jamais aucune volonté politique ne viendra de Ouattara pour résoudre le problème de l’occupation de l’ouest du pays. Et cela parce qu'il sait que l’ouest est le butin de guerre promis aux Bukinabés !

Que les journalistes français qui couvrent de leur silence complice les crimes commis en Côte d’Ivoire par les rebelles de Ouattara – baptisés "forces républicaines" – sachent qu’aucun Ivoirien n’ignore que « le scandale humain et écologique » causé par les Burkinabés est une vérité irréfutable. Tous savent aussi qu’elle est le résultat de l’œuvre de Ouattara. Les deux articles cités plus haut résument à eux seuls la réalité de la Côte d’Ivoire entre 2002 et 2013 et situent clairement la responsabilité de celui à qui a profité les crimes. Que les journalistes français soient donc persuadés que la récupération des forêts classées de l’ouest comme celles des terres des exilés ne se fera que par la violence. C’est par la violence que le chef de guerre burkinabé Ouréni a été expulsé du Mont-Péko. Et ce sera forcément par la violence que tous les autres Burkinabés seront chassés de l’ouest de la Côte d’Ivoire. Cette volonté politique ne viendra pas de Ouattara ; mais elle viendra !

Raphaël ADJOBI

28/02/2013

A La Haye, la CPI fait le procès du silence criminel des médias français sur la Côte d'Ivoire

Les journalistes français et la Côte d'Ivoire, Les médias français et la Côte d'Ivoire, Le procès de Laurent Gbagbo, Le crime des médias français, La propagande française contre la Côte d'Ivoire Les Ivoiriens qui ont accueilli comme une humiliation l’envoi du président Laurent Gbagbo à la prison internationale de La Haye se sentent quelque peu réconfortés depuis que s'étalent devant la face du monde - à la Cour Pénale Internationale - tous les aspects et tous les visages des artisans des malheurs de la Côte d'Ivoire qui durèrent dix ans. Mais les plus fiers aujourd'hui, ce sont certainement tous ceux qui ont pris, d'une manière ou d'une autre, une part active dans la dénonciation publique de l'injustice faite à Laurent Gbagbo et à ses partisans après sa chute.

Quel réconfort et quelle fierté en effet, pour ces simples citoyens Ivoiriens, Africains et amis du respect des institutions africaines qui, secondant quelques journalistes soucieux de la vérité, n'ont cessé de dénoncer par leurs écrits et par le partage d'images sur Internet la dure et implacable loi des vainqueurs que le régime d'Alassane Ouattara inflige, depuis bientôt deux ans, à une partie de la population de la Côte d’Ivoire ! Faisant corps avec les rares journalistes qui avaient vu dès le départ la main impérialiste de la France, ils ont permis de rendre public tous les éléments qui sont aujourd'hui copieusement exploités par la défense de Laurent Gbagbo. Tous ces écrits, toutes ces images - qui, hier encore, semblaient pour l'opinion publique favorable au pouvoir actuel des outils visant à discréditer Alassane Ouattara et rien d'autres, - reçoivent aujourd'hui, à la face du monde, à la Cour Pénale Internationale à la Haye, le sceau sacré de La Vérité d'une page sombre de l'Histoire de la Côte d'Ivoire. Patriotes ivoiriens, militants panafricains, amis de la Vérité, dénonciateurs de la Françafrique et de la recolonisation de l’Afrique, bravo !

De la Propagande au silence complice et criminel

Les journalistes français et la Côte d'Ivoire, Les médias français et la Côte d'Ivoire, Le procès de Laurent Gbagbo, Le crime des médias français, La propagande française contre la Côte d'Ivoire


« La propagande est aux démocraties ce que la violence est aux dictatures », disait Noam Chomsky. Durant les dix années qu'a duré le conflit ivoirien et les presque deux années du pouvoir d'Alassane Ouattara, cette réflexion du linguiste américain a trouvé tout son sens dans l'esprit de tous ceux qui se sont montrés quelque peu attentifs aux événements qui ont bousculé puis troublé la Côte d'ivoire avant de la jeter dans l'incroyable théâtre de la justice des vainqueurs et du rattrapage ethnique.

Si de nombreuses personnes sont d’avis que le procès de Laurent Gbagbo qui a pris une dimension plus passionnante depuis février 2013 ne fait que nous découvrir le visage hideux de la France, des organisations internationales et de leurs armées (l’ONUCI et la Force Licorne), il n’est pas inutile de s’arrêter sur leur outil de communication ; à savoir les médias, et surtout les médias français. Oui, les médias français ont été à la fois les outils de propagande des mensonges préparés dans les cellules de l’Elysée et l’éteignoir devant empêcher la réalité des faits et donc la Vérité de filtrer dans les milieux européens et francophones après l’installation officielle d’Alassane Ouattara et la mise en marche de son inique et cynique programme de rattrapage ethnique.

Les journalistes français ont été d’une promptitude suspecte dans la rapide diffusion des images de l’attaque de la Côte d’Ivoire par les rebelles en septembre 2002 et dans la forte négation de l’implication du Burkina Faso dans cette rébellion. L’hebdomadaire Paris Match avait à l'époque semblé avoir fait le voyage avec les assaillants dont il avait publié des photos magnifiques montrant parfois de jolies filles en armes ; une rébellion charmante et séduisante en quelque sorte. Les journalistes français n’ont pas cessé de montrer Laurent Gbagbo du doigt après la mort de 9 soldats français suite au bombardement de Bouaké et n’ont pas trouvé surprenante la rapide destruction des avions au sol de l’armée ivoirienne sans aucune enquête préalable et malgré les négations du président ivoirien. Même lorsque les pilotes biolorusses impliqués dans ce bombardement ont été arrêtés deux fois et deux fois relâchés sur ordre du gouvernement de Chirac, les médias français n’ont pas jugé utile d’engager des investigations ni même avancer des interrogations. Par ailleurs, ce sont eux qui ont propagé, sans aucune vérification préalable, les accusations selon lesquelles l’armée loyaliste était à l'origine du miraculeux charnier de Yopougon. Ce sont encore eux, qui ont repris allègrement le joli nom des « escadrons de la mort » inventé par l’Elysée et placé dans la bouche d’Alassane Ouattara. Et quand ce dernier a affirmé qu’on ne voulait pas qu’il fût candidat parce qu’il était musulman et du Nord, ils n’ont pas trouvé dans ses propos l'étincelle qui mettait le feu aux poudres ; mais bien au contraire, ils ont applaudi sans jamais s’assurer du fait que l’homme était Burkinabé et qu’il ne sera ivoirien qu’en 2010 avec la dérogation spéciale que lui accordera son adversaire Laurent Gbagbo. Enfin, ce sont les médias français qui avaient complaisamment servi de tribune à Madame Sogona Bamba - conseillère en communication d'Alassane Ouattara - pour brandir à la face du monde la photo d'un sud-africain en flammes comme le symbole des exactions du pouvoir de Laurent Gbagbo pour émouvoir la communauté internationale et justifier son soutien à la rébellion qui ensanglantait déjà le pays. Quand la preuve du mensonge a été faite, aucun journaliste français n'a été choqué par la grotesque manipulation !

Tous ces faits sont aujourd’hui présentés à La Haye comme dignes d’être de la plus haute considération pour laver Laurent Gbagbo des multiples crimes dont on l’accuse. Aussi sa défense ne manque pas de souligner que du Nord au sud, la rébellion n’a cessé d’endeuiller le pays : les civils dans les conteneurs à Korhogo, les gendarmes et leurs familles assassinés à Bouaké, les crimes des Dozos à Douékoué, les assassinats à Abobo et à Yopougon, les attaques de camps de refugiés, sont l'œuvre des rebelles et non pas celle de l’armée nationale restée fidèle à Laurent Gbagbo. Au moment de mettre ce dernier sur le plateau de la balance de la justice et prononcer son arrêt, on ne peut que se réjouir de voir la Cour Pénale Internationale accepter que sur l’autre plateau de la balance soient déposés les crimes réels constatés par tous et qui sont loin d’être imputables à l’illustre prisonnier.

Bien sûr, les médias français n’ont jamais fait grand bruit de tous ces crimes. Et pour cause ? Ils sont tous le fait de l'armée de Soro Guillaume financée par Alassane Ouattara. Bien sûr le film de la reconnaissance officielle du financement des rebelles par Ouattara n’a jamais été exploité par les médias français pour montrer qu’il est le père de cette rébellion depuis 2002. Et pour cause ? La France soutenait cette rébellion. Bien sûr, les médias français n’ont jamais dénoncé le fait que l’ONUCI transportait les rebelles dans la ville d’Abidjan et à l’intérieur du pays leur permettant ainsi de rejoindre leur base où ils pouvaient impunément attaquer les civils et les commissariats. Bien sûr que les médias français n'ont pas trouvé étrange le refus de la France et de l'ONU opposé à l'appel au recomptage des voix lancé par Laurent Gbagbo. Et pour cause ? La France et l'ONU avaient depuis toujours choisi leur camp et lui apportaient soutien et conseils militaires. Bien sûr, les médias français ont fermé les yeux sur les images qui montrent les civils servant de boucliers humains aux rebelles lors de leur attaque d’Abidjan. Bien sûr, les médias français n’ont jamais fait cas des images montrant les rebelles humiliant les partisans de Laurent Gbagbo en leur faisant chanter en chœur une chanson d’adieu à leur président. Et pour cause ? Il ne fallait pas salir le choix de la France : Ouattara !

On comprend donc que depuis l’installation du préfet de la France à la tête de la Côte d’Ivoire, les médias français aient totalement déserté ce pays ; que les rares articles consacrés à la Côte d'Ivoire ne parlent que du bancal outil de réconciliation mis en place par Ouattara et jamais des milliers d’exilés au Ghana et au Libéria souvent traqués, des dizaines de dirigeants de l’opposition emprisonnés, des centaines de soldats également emprisonnés parce que leur fidélité au nouveau régime ne serait pas certaine. Bientôt deux ans de pouvoir ne sont pas suffisants pour nécessiter un bilan partiel aux yeux de ces journalistes qui ont applaudi l’installation du successeur de Laurent Gbagbo ! C’est un silence qui est de toute évidence criminel. Oui, après avoir servi d’outil de propagande de la France pour installer Alassane Ouattara, les médias français couvrent de leur silence les crimes de ce dernier. Et le fait que ces crimes soient aujourd’hui exposés à la face du monde via la CPI est déjà la victoire de la vérité sur ces journalistes qui croyaient dicter le sens de l’histoire aux Ivoiriens et aux Africains.

La publication du dernier rapport d'Amnesty International qualifiant le régime de Ouattara de « loi des vainqueurs » - en d'autres termes un pouvoir dictatorial - ne fait que souligner davantage le caractère assassin du mutisme des médias français pour ne pas dire leur cécité ou leur refus d'ouvrir les yeux. Quand ils se réveilleront, ce sera dans la honte ! Les articles qu'ils produiront contre le pouvoir actuel seront la preuve de la reconnaissance de leur silence criminel dont ils ont couvert les forfaits d'Alassane Ouattara.

Raphaël ADJOBI

10/09/2012

La grande déprime des médias français


Les médias français et François Hollande, Pourqoui les édias français critiquent Hollande ? Les journalistes français n'en peuvent plus avec ce temps politique maussade ou trop "normal". Comment peut-on vendre par un temps pareil ? Plus précisément, que peut-on vendre par un temps pareil ? Qui achèterait de l'ordinaire en matière d'information ? Avec l'arrivée de François Hollande au pouvoir, force est de constater que les médias s'ennuient à mourir, au point qu'ils commencent à trépigner sérieusement. La grande déprime quoi !

Avec le précédent locataire du palais de l'Elysée, au moins il y avait du mouvement, de l'action, des tempêtes ! Les journalistes avaient-ils à peine le temps de boucler un article qu'ils étaient appelés à d'autres affaires. Et les grands titres faisaient entrer l'argent dans les caisses. C'était la belle époque !

Avec François Hollande, ils avaient vainement espéré tirer profit de l'action de la diplomatie française dans le conflit syrien pour garder le rythme pris avec Nicolas Sarkozy et ses déclarations tapageuses. Quotidiennement, ils nous avaient servi du "Bachar le dictateur" et du "martyr du peuple syrien" sans entraîner François Hollande dans un conflit ouvert avec ce pays. Une bonne guerre comme en Côte d'Ivoire et en Libye : voilà ce qu'ils espéraient. Quand les bombes éclatent et que ça saigne, c'est bon pour le moral des journalistes et leur portefeuille. Mais avec ce calme plat, le métier n'est plus ce qu'il était. Il devient franchement déprimant avec un président trop normal !

Sur le plan intérieur, malgré les règlements de compte à Marseille et les tueries çà et là, aucune déclaration fracassante - avec des lois inédites - ne vient dynamiser l'horizon politique et médiatique. C'est à croire que François Hollande fait exprès de pourrir la vie des journalistes. Il n'a absolument pas l'air de se rendre compte de la crise économique que sa présidence trop "normale" pourrait générer en France. Bientôt, les buralistes vont fermer boutique pour manque à gagner ; les imprimeries vont cesser de tourner. Tout un pan de l'économie française est donc sérieusement menacé. Pour éviter les grèves que cette menace fait peser sur le pays, les journalistes demandent au président de se réveiller. "Hollande secoue-toi, il y a le feu" clame l'un, "Et si Sarkozy avait raison ?" clame l'autre. Et un troisième de se demander "s'ils sont tous nuls" dans ce gouvernement. Et tout cela parce que le climat politique est calme et aussi parce que sur le plan social on ne voit aucune grève de grande ampleur poindre à l'horizon.

Si les journalistes veulent nous faire croire que François Hollande et son gouvernement ne font pas l'affaire, le commun des Français se rend compte que ce jugement ne correspond pas à un climat social en ébullition. Ils espèrent de l'action pour ne pas voir leur métier courir à la catastrophe. C'est tout ! Avant, ils étaient dirigés, commandés ; il y avait quelqu'un pour leur dire ce qu'il fallait écrire et ce qu'il ne fallait pas dire. Nicolas Sarkozy reprenait fermement ceux qui ne lui obéissaient pas. Quelques rares insolents profitaient même de sa grande agitation pour se moquer de ses pitreries. Une chose était sûre : dans l'ensemble, tout le monde trouvait son compte.

Mais maintenant, que faire d'un président normal ? Habitués à attendre les consignes de l'Elysée avant de se mettre en branle, les journalistes s'ennuient avec le nouveau président. Il ne savent plus quel sujet traiter pour égayer la population française. Ils ne savent plus s'il faut aller voir ce qu'est devenue la démocratie que Nicolas Sarkozy a installée à grands coups de canons suivis de fanfares et trompettes en Côte d'Ivoire et en Libye. Ils ne savent plus s'il faut parler ou non des disparitions quotidiennes des civils, des tortures des jeunes, des arrestations des opposants, des camps de refugiés brûlés en Côte d'Ivoire. On ne trouve plus trace de Simone Gbagbo, dit-on. Les médias français semblent de toute évidence attendre que François Hollande parle publiquement de ces questions-là pour le suivre. En effet, les paroles d'un président confèrent aux événements plus de gravité. Sans elles, l'enfer quotidien des Ivoiriens ou des Libyens n'est qu'un fait divers sans aucune importance. Qui cela peut-il intéresser en France. Que le président en parle et cela devient important pour le peuple français.

Vivement une guerre donc ! Mais sous d'autres cieux, bien sûr. Et si Hollande décidait de renverser Ouattara ? De toutes les façons, ce dernier est plus souvent en France que dans le pays qu'il est supposé gouverner. Pire, en Côte d'Ivoire, c'est l'armée française qui joue tous les rôles jusqu'à celui de la police, tout simplement parce le peuple a peur de l'armée de Ouattara dite "Force Républicaine". Un coup d'état rendrait la situation plus claire et pourrait être l'occasion pour François Hollande de se faire remarquer sur le plan international et permettrait aux médias français de sortir enfin le grand jeu de l'informateur du peuple avec des débats et des interventions de grands spécialistes. Les plaisirs du métier quoi !

Raphaël ADJOBI

22/10/2011

La liberté perdue des médias français

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Ont-ils été libres, ne serait-ce qu’un temps ? Leur succès passé et la variété des tons d’antan le laissent croire. France soir était par exemple à lui seul vendu à plus de 1 millions 50O mille exemplaires quotidiennement ! Les journalistes comme Joseph Kessel qui y travaillaient étaient de vrais aventuriers courant au cœur des événements pour saisir la réalité de la vie des peuples. Convenons donc que cette liberté a existé.

Aujourd’hui, France soir et presque tous les journaux français ont perdu la grande majorité de leurs lecteurs. A qui la faute ? Unanimement, les journalistes pointent du doigt Internet. Mais voyons ! C’est bien facile de toujours rejeter la faute sur l’autre ! Pourquoi n’interrogent-t-ils pas le lecteur qui ne les lit plus ?

Il suffit de se pencher sur l’expérience de ceux qui ont cessé d’être lecteurs de tel ou tel journal pour se rendre compte que cette désaffection vient de deux sentiments bien clairs. D’abord, nous ne nous reconnaissons pas dans les articles des journalistes. C’est toujours la vie et le sentiment de l’autre qui nous sont donnés ; jamais les nôtres. Ensuite, il y a ce doute profond jeté sur leur crédibilité. N’avons-nous pas raison de prendre de la distance par rapport à ce regroupement des journaux entre les mains de grands groupes financiers faiseurs d’hommes politiques pour servir leurs idéaux ? Le dernier à s’être aligné est le journal Le Monde qui passait jusque là pour être le plus intègre à cause de la diversité des opinions qu’il propose.

Les journalistes français doivent savoir que le public a franchement le sentiment qu’ils sont embarqués dans le navire du pouvoir depuis quelques années. Il nous semble plus encore flagrant aujourd’hui qu’hier qu’ils sont incapables de prendre leur distance sans encourir les représailles du pouvoir qui leur offre gracieusement moyens de transport, salle de travail pour accéder à la parole du maître de cérémonie. Tout laisse croire que Nicolas Sarkozy propose et dispose et la presse obéit et diffuse son évangile.

Quand les journalistes découvrent leur propre image sur les papiers de leurs confrères, un profond malaise les envahit tant ce qu’ils voient leur paraît humiliant. Des journalistes qui partagent champagne et petits fours avec les politiques peuvent-ils encore demeurer des investigateurs consciencieux désireux de servir l’intérêt du public ? Des journalistes qui sont pris en charge dans des voyages organisés comme de quelconques touristes sont-ils encore dignes de leur profession ? Et ceux qui sont invités à assister à des mises en scène à la gloire d’un tel ou d’un tel qui veut se tailler un habit royal peuvent-ils encore être appelés journalistes ? Il ne faut donc pas s’étonner que la récente affaire DSK les ait révélés cachotiers et frileux quand il s’agit de montrer les travers et les incohérences comportementales de ceux qui nous gouvernent.
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Dans un excellent article de Télérama du 5 octobre 2011, Emmanuelle Anizon estime que cette proximité – pour ne pas dire ce copinage – entre politiques et journalistes politiques est rendue possible par le fait qu’en France ce sont deux populations qui se renouvellent très peu. Aussi, ajoute-t-elle, certains de ses confrères se demandent s’il ne serait pas mieux de renoncer à demeurer journaliste politique toute sa vie. La question mériterait d’être sérieusement étudiée si les médias veulent préserver un semblant de crédibilité.

Outre l’image d’une presse embarquée dans le copinage avec les politiques, il y a une autre tradition française qui vient confirmer la justesse de notre doute quant à la crédibilité des journalistes. Il est ici admis que les journalistes femmes aient des aventures avec les politiques. Si l’affaire Dominique Strauss-Kahn et Tristane Banon a eu quelque retentissement en France, c'est parce que l’ancien président du FMI venait d’être sérieusement secoué par les tribunaux et les médias américains suite à son aventure à l’Hôtel Sofitel à New York. Sinon cette tradition est bien ancrée dans le paysage de notre pays au point qu’elle n’a jamais choqué personne. Les nombreuses unions entre femmes journalistes et hommes politiques ne font que confirmer cette réalité. Isabelle Legrand-Bodin a épousé Alain Juppé, Christine Ockrent est la compagne de Bernard Kouchner, Béatrice Schönberg celle de Jean-Louis Borloo et Audrey Pulvar celle de Arnaud Montebourg. Et récemment, une autre affaire nous a révélé la liaison de la journaliste de Direct 8, Valérie Trierweiler, avec François Hollande.

La vie privée de chacun ne regarde personne, se dit chaque journaliste. Cependant, le fait de découvrir que celui ou celle qui va arracher la vérité pour la révéler au public est complice du donneur de l’information suscite un certain malaise. Et la multiplication de ces expériences discrédite toute une profession. Les journalistes peuvent-ils se permettre de prostituer à ce point ce métier qui jadis était celui des hommes de lettres, des penseurs, des militants pour la vérité ? Un métier qui, dans l’esprit de tous, semblait toujours tendre vers un idéal cher à nos cœurs : la vérité. Et dans la quête de celle-ci, la liberté est bien nécessaire. Hier, le journaliste courait après le fait de société qui frapperait les esprits et ébranlerait les consciences pour mener à l’action. Aujourd’hui, à cause de sa troublante proximité avec le monde politique et les grands financiers dont ces derniers sont les messagers, les journalistes se contentent de courir après la petite phrase assassine et à l’exclusivité de la parole que tout le monde devine avant même qu’elle ne soit prononcée. Quelle maigre pitance ! Quel triste sort !

Raphaël ADJOBI