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06/03/2015

L'AIRD-France dénonce l'existence d'une association des victimes "outtaristes" de la crise postélectorale


Association des victimes de la crise ostélectorale ivoirienne, les Nordistes ivoiriens et la Côte d'Ivoire, Ouattara joue avec le feu L’existence en Côte d’Ivoire d’une « association des victimes de la crise postélectorale » de 2010-2011 désireuse d’obtenir réparation est tout à fait louable. Toutefois, son caractère évidemment ethnique et « ouattariste » est choquant, écœurant et même dangereux. Aussi, l’AIRD-France condamne et appelle tous les partis politiques à dénoncer son objectif affiché de faire payer Laurent Gbagbo et les autorités politiques qui lui sont restées fidèles.

L’AIRD-France ne peut accepter qu’une association des victimes d’un conflit national choisisse de demander justice et réparation à l’une des parties ; démarche absolument dangereuse quant à la recherche des moyens de parvenir à une meilleure cohésion nationale. L’AIRD-France voit dans cette attitude une façon de jeter de l’huile sur le feu, d’entretenir un antagonisme que l’on voudrait permanent entre les populations ; un moyen d’assurer des vengeances futures.

Cette association des victimes des ressortissants originaires du Nord de la Côte d’Ivoire est régulièrement entendue à La Haye au procès du père de la démocratie ivoirienne. On constate aussi que lors des différentes audiences du procès des anciens dirigeants du pays, à Abidjan, elle a été régulièrement présente pour les conspuer. Le but de ces présences, de ces prises de paroles et de ces manifestations est donc clairement de montrer que les populations du Nord ont été les victimes du pouvoir déchu et que par conséquent ceux que cette association montre du doigt doivent être condamnés aussi bien par le tribunal national que par le tribunal international de La Haye. En d’autres termes, cette association veut obtenir de manière officielle la culpabilité des autorités de l’ancien pouvoir. Elle tient à établir, de manière paradoxale, que c’est l’armée ayant fait de nombreux morts qui a perdu la guerre et celle n’ayant pas fait de victime qui l’a gagnée. Une conclusion aberrante mais tout à fait logique dans l’esprit des nouveaux maîtres et de tous ceux qui les soutiennent.

En raisonnant et en agissant de la sorte, il est clair que l'on encourage la naissance d’une association des victimes non-nordistes d’Abidjan, de Bouaké, de l’ouest – particulièrement de Nahibly, de Douékoué et de Guitrozon. Ce n’est pas le fait qu’aujourd’hui personne ne leur prête la moindre attention que les victimes de ces différentes régions n’auront pas un jour le droit de demander à leur tour justice et réparation et entretenir aussi l’antagonisme social, le clivage entre elles et les Nordistes qui vont bénéficier des milliards promis par le pouvoir actuel. Oui, les oubliés d’aujourd’hui voudront aussi étudier, analyser les moyens utilisés par M. Ouattara, ses rebelles et ses milices dozos pour parvenir au pouvoir, et évaluer les dégâts humains qu’ils ont occasionnés. Qui pourrait alors leur en vouloir quand ils se mettront à scander des slogans réclamant la condamnation des gouvernants d’aujourd’hui ?

Appel à la dénonciation des réparations partisanes

Il serait bon que les jeunes de chaque parti politique – y compris ceux du PDCI-RDA – dénoncent l’utilisation de la douleur des Ivoiriens à des fins partisanes. Les réparations des maux et préjudices subis par les populations ivoiriennes doivent êtres étudiées dans un cadre national afin qu’elles soient bien appropriées et satisfaisantes pour tous. S’il est établi que les forces en présence au moment du conflit, plutôt que de combattre l’ennemi armé, s’en sont prises aux civils pour la simple raison qu’ils étaient jugés partisans du camp adverse, alors il convient de dénoncer leurs crimes et les punir. Mais il est malsain que les partisans du pouvoir actuel s’érigent en victimes officielles d’une crise nationale pour, d’une part, bénéficier des milliards promis en guise de réparation et, d’autre part, servir de caisse de résonnance à l’animosité du pouvoir actuel contre le précédent. Tous les partis doivent avoir le courage de dénoncer cette mascarade de réparation sachant qu’aucun exilé de l’ouest ayant sa maison brûlée et ses parents tués par les dozos ne sera pris en compte dans cette réparation financière promise par le pouvoir en décembre 2014.

L’AIRD-France dénonce donc cette promesse de distribution de milliards qui vise à acheter les voix des nordistes lors des prochaines élections présidentielles. Une chose est certaine : les preuves filmées de simulacres de mort dans le camp de M. Ouattara existent ; les preuves de scènes de sacrifices humains pratiqués par les partisans de M. Ouattara existent ; les preuves d’humiliation publique opérée par les partisans de M. Ouattara existent ; les preuves filmées de massacres de population de villages ayant largement voté pour Laurent Gbagbo existent. Par contre, jamais le camp de M. Ouattara n’a pu apporter une preuve en image d’un crime perpétré par l’armée loyaliste ou par des prétendus miliciens pro-Gbagbo. Alors que le pouvoir actuel a clamé haut et fort, durant des années, posséder des preuves en béton pour faire condamner Laurent Gbagbo, nous venons d’apprendre que ces preuves destinées au procureur Bensouda ont purement et simplement disparu d’Abidjan. En d’autres termes, de même que la France n’a jamais trouvé les preuves tangibles rendant Laurent Gbagbo responsable du bombardement de son cantonnement militaire à Bouaké en 2004, de même Ouattara ne dispose pas d’éléments prouvant que les milliers de victimes de la guerre postélectorale sont tous ses partisans, et tous issus du nord du pays. Bien au contraire, dans un cas comme dans l’autre, les preuves condamnant les accusateurs abondent et pourraient les discréditer définitivement.

L’autre élément prouvant que cette association de « victimes » a une coloration absolument partisane est à noter dans ce qui s’est passé au tribunal d’Abidjan dans le cadre du procès dénommé « procès des pro-Gbagbo ». Tous les témoins appelés à la barre pour faire pencher la balance judiciaire du côté condamnant les dirigeants et les partisans de l’ancien pouvoir sont originaires du nord du pays ! C’est à croire qu’en Côte d’Ivoire, il n’y a que les Nordistes qui sont mortels et qui possèdent des biens. Ce défilé des ressortissants nordistes était d’ailleurs risible quant au contenu de leurs dépositions. Certainement recrutés sur les trottoirs d’Abidjan et payés quelques CFA pour avoir l’honneur d’admirer les robes des magistrats en une occasion aussi solennelle, ils avaient complètement oublié les leçons apprises et s’étaient donc couverts de ridicule en tenant des propos indignes d’un enfant de cinq ans. Pire, le juge chargé de les entendre a été contraint de faire remarquer qu’ils sont trop nombreux à ne pas figurer sur la liste des témoins devant déposer devant la cour. Tout le monde avait bien ri ; y compris les juges dans leur robe noire. Mais l’essentiel était ailleurs. Il s’agissait de condamner coûte que coûte les perdants d’avril 2011.

Si en plus de cette mascarade de justice, des individus se disant représentants de la population ivoirienne et victimes de la guerre postélectorale se mettent à scander des slogans hostiles à l’une des parties du conflit qui a déchiré la cohésion nationale, alors on est tout simplement dans la manipulation de la douleur nationale. L’AIRD-France appelle donc tous les Ivoiriens à dénoncer l’existence de cette association partisane destinée à salir une catégorie de la population et à percevoir des indemnisations de complaisance.

Raphaël ADJOBI
Délégué général AIRD-France