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22/10/2015

Konan Banny, Affi N'Guessan : à qui François Hollande va-t-il donner le pouvoir ?

Konan Banny et Affi N'Guessan


Depuis que M. Affi N'Guessan a cessé subitement d'être le porte-parole du FPI pour se préparer aux élections présidentielles, tout le monde a compris qu'il est plus attentif aux promesses venues d'ailleurs qu'aux convictions de son parti. Au regard de la grande déception créée dans les milieux politiques français par Ouattara, on lui avait demandé de se positionner sagement. Mais voilà que Konan Banny a été poussé au-devant de la scène nationale au point d'apparaître une carte jouable aux yeux de la France ; et cela grâce au discours de Daoukro* qui a fait naître la fronde au sein du PDCI permettant ensuite la création de la CNC dont il est devenu le premier président.

Depuis qu'ils ont le sentiment d'avoir des ailes d'ange taillées par l'Elysée, ces deux candidats - qui savent très bien que la compétition n'a aucun élément permettant une issue démocratique - refusent de se retirer comme leurs anciens camarades avec lesquels ils avaient en chœur fustigé les mesures dictatoriales de M. Ouattara. Ils savent très bien qu'ils ne peuvent pas espérer un soulèvement de la population dans le cas où le président sortant leur volerait la victoire. Ils savent aussi qu'ils n'auront aucun moyen de vérifier la véracité des résultats s'ils se croyaient victimes d'une injustice.

Toutefois, leur espoir est si admirable à voir ! Quel es cet espoir qui les anime ? Que la France annonce un résultat - comme elle sait si bien le faire - et qu'elle intervienne pour déloger Alassane Ouattara ! C'est aussi simple que cela. Il appartient maintenant à François Hollande de montrer qu'il est garçon*, que ce que Sarkozy a fait, il peut le faire aussi ! La seule inconnue dans ce scénario, c'est que nous ignorons qui est le vrai filleul ou le préféré de François Hollande entre nos deux candidats. Mais il n'est pas non plus interdit de se demander si François Hollande va oser. Ou bien nous aurons la France molle, ou bien nous aurons la France qui tentera de réparer une injustice qu'elle a contribué a créer.

* Discours de Daoukro : discours dans lequel Konan Bédié a annoncé que le PDCI-RDA ne présentera pas de candidat contre le candidat du RDR, c'est-à- dire M. Ouattara.
* Être garçon : en France, être un homme, "avoir des couilles".

Raphaël ADJOBI

21/10/2015

Elections 2015 : les Ivoiriens sont-ils abonnés aux rêves insensés ?

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A l'approche de la date officielle des élections présidentielles en Côte d'Ivoire – 25 octobre 2015 – tous les regards sont fixés sur les irréductibles candidats qui pensent remporter la victoire dans une compétition aux contours anti-démocratiques spécialement préparée pour reconduire Alassane Ouattara à la tête du pays. Heureusement, les discours enjôleurs de ces candidats encore en lice, qui tentent de donner l'impression de pouvoir gagner des élections dont ils n'ont pas les moyens de contrôler les différentes étapes de leur déroulement, sont loin de tromper les Ivoiriens. Fou est celui qui, les yeux ouverts, fait deux fois le même rêve dont il sait l'issue lui être défavorable ! 2010 ne leur a pas suffi.

A la lecture du livre de Bernard Houdin – Les Ouattara, une imposture ivoirienne – il apparaît une chose claire dans le parcours de M. Alassane Dramane Ouattara depuis qu'il est entré dans la vie politique ivoirienne : tout ce qu'il cède, il le vend ! En d'autres termes, si quelqu'un l'approche pour obtenir quelque chose, cette personne doit lui donner quelque chose en échange. Avec lui, tout s'achète et tout se vend. Rien n'est gratuit. Il met l'argent de l'Etat à votre service à la seule condition que les actions que vous mènerez lui soient profitables. C'est son premier principe qui a fait de la corruption la gangrène qui mine la Côte d'Ivoire depuis son arrivée au pouvoir.

Par ailleurs, mentir sans scrupule ne lui fait pas peur parce que cela ne lui coûte rien. Il soutient qu'Essy Amara l'avait prévenu longtemps à l'avance qu'il ne serait pas candidat contre lui. Chose que l'intéressé réfute. En 2010, lors du débat face à Laurent Gbagbo, il a affirmé qu'ils avaient été élèves ensemble. A Sindou ou à Mama ? Faussaire, il détient deux actes de naissance - l'un à Sindou et l'autre à Dimbokro – et deux cartes d'identités ivoiriennes établies dans deux lieux différents d'Abidjan (pages 240-242 du livre de Bernard Houdin). On se souvient des 19,3 tonnes de meubles et marchandises diverses qui devaient meubler la villa qu'Houphouët a offerte au couple et que Ouattara a tenté d'exonérer des droits de douane en faisant valoir sa position au sein du gouvernement. Sans la campagne de dénonciation, la tricherie avec la douane aurait été parfaite. Et c'est toujours Alassane Ouattara qui, en 1992, alors Premier ministre, avait obtenu par des circuits non officiels l'octroi à sa compagne Dominique d'un million de dollars de la Fondation Endaya International dont Madame Marie-Thérèse Houphouët-Boigny était la présidente. Une escroquerie dont lui seul connaît les secrets (p. 288).

Il convient donc de rappeler - après ce détour par la personnalité et les pratiques de l'homme au pouvoir en Côte d'Ivoire - que tous les candidats qui participeront à cette élection sont indubitablement des personnes achetées par M. Ouattara pour lui servir de faire-valoir, pour lui donner l'occasion d'affirmer à la face du monde qu'il y a en Côte d'Ivoire des personnes et des partis qui reconnaissent le caractère démocratique des élections de 2015. Souvenez-vous de l'argent offert aux différents candidats en échange de la signature d'une charte de bonne conduite hors de toute légalité constitutionnelle. « Je vous offre de l'argent contre votre silence quand je serai déclaré vainqueur », semble-t-il leur dire.

Devant cette mascarade officielle, il importe que chaque Ivoirien prenne ses dispositions pour avoir de quoi manger et boire chez lui pour ne pas sortir dans les rues le 25 octobre. Car aller voter signifierait :
- qu'il est normal qu'il y ait des prisonniers politiques en Côte d'Ivoire ;
- qu'il est normal que tous ceux qui ne sont pas d'accord avec Ouattara et qui le font savoir soient emprisonnés puis condamnés par les tribunaux du pays ;
- qu'il est normal que les exilés ivoiriens demeurent définitivement dans les pays voisins et leurs terres définitivement occupés par les nouveaux venus ;
- qu'il est normal que la France décide à notre place qui doit diriger notre pays et que par conséquent il est tout à fait inutile de vérifier la véracité des votes exprimés dans les urnes.

Si un candidat doit affronter Ouattara, il doit être désigné par un consensus de l'ensemble de l'opposition afin de mettre toute la population ivoirienne de son côté. Une population qui serait alors prête à risquer sa vie pour le défendre en cas de fraude avérée. Tout candidat qui n'aura pas la bénédiction du peuple et des autres partis et qui s'aventurerait dans ce guêpier se retrouvera sans secours populaire en cas de contestation des résultats ! Que les irréductibles candidats le sachent : sans consensus préalable, ils ne seront défendus par personne en cas de contestation !

Que tout le monde retienne ceci : sans candidat contre Ouattara, toute élection devient irréalisable. Le pouvoir sera alors contraint de chercher les moyens de reconsidérer les structures des élections. Le peuple aura alors réalisé une révolution passive. Si cela ne suffisait pas, elle pourra s'autoriser une révolution violente. Mais derrière qui ? Et pour instaurer quoi ?

Raphaël ADJOBI