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16/03/2019

La France et Ouattara jouent au chat et à la souris


A quoi joue Ouattara, l'avenir de Ouattara en Côte d'Ivoire

Dans un précédent article, je signalais l'inquiétude des Ivoiriens devant l'arrivée massive de soldats français à l'aéroport d'Abidjan dans la nuit du 2 mars 2019 et des nombreuses patrouilles de ceux de l'ONU dans les rues d'Abidjan. Face à l'intensité de ces bruits de bottes étrangères, aucune annonce officielle n'est venue des pouvoirs publics pour apaiser la crainte des populations qui se perdaient dans des hypothèses pour se rassurer.

Finalement, c'est depuis la France qu'est venue la réponse aux questions que se posaient les Ivoiriens. Selon le journal La lettre du continent du 27 février, Alassane Ouattara aurait finalisé ce que ses partisans avaient martelé dans les meetings dans le Nord de la Côte d'Ivoire, à savoir le verrouillage de son appareil présidentiel pour gagner les élections de 2020. Mais qu'est-ce qui inquiète la France dans le comportement de son poulain au point d'étoffer son arsenal militaire en Côte d'Ivoire ? Le fait que Ouattara gagne les prochaines élections inquièterait-il la France ?

La lettre du continent, nous apprend qu'Alassane Dramane Ouattara a créé -parallèlement aux forces armées officielles de Côte d'Ivoire et au Groupement de sécurité de la présidence de la République - une unité militaire d'élites officiellement dénommée "Unité de lutte contre le grand banditisme". Et c'est de toute évidence la création de cette milice déguisée qui ne serait pas du goût de la France. Surtout que depuis plusieurs mois, les militaires français basés à l'entrée de l'aéroport d'Abidjan ont assisté à des opérations de livraisons d'armes à la Côte d'Ivoire. Quand on sait que l'ordre du jour de toute réunion du gouvernement ivoirien doit être soumis à l'Elysée, ne pas informer la France de l'origine et de la destination des armes arrivant dans le pays ne peut qu'éveiller la méfiance de Paris.

Pour se défendre, Ouattara ne peut dire que c'est pour se maintenir au pouvoir en cas de contestation violente de son élection certaine en 2020. Il ne peut avancer un tel argument puisque c'est la France qui l'a installé au pouvoir par la force des armes. N'aurait-il plus confiance en la force des soldats français ? Tient-il à s'affranchir militairement de ses maîtres tout en continuant à les flatter - en leur assurant la pérennité de la domination de la France sur l'économie du pays par le biais du Franc CFA ?

Il semble que c'est ce double jeu qui inquiète la France. D'un côté, Alassane Dramane Ouattara est le grand défenseur de la monnaie française imposée à quinze pays africains, les empêchant de commercer entre eux et les obligeant à verser la moitié de leurs gains sur leurs produits au Trésor français ; de l'autre, il veut se constituer une milice personnelle pour échapper aux forces militaires françaises qui l'ont installé au pouvoir et qui veille sur sa sécurité depuis bientôt dix ans ! Pourquoi veut-il jouer au chat et à la souris avec la France ? Aurait-il flairé une préférence de l'Elysée pour un autre poulain ?

En tout cas, Alassane Ouattara n'a pas l'âme d'un héros. Quoiqu'il en soit, vouloir à la fois gouverner le pays contre les Ivoiriens et contre la France est une entreprise suicidaire et non point héroïque. Depuis quelques semaines, en Europe, on l'accuse de détournements de fonds et d'enrichissement illicite grâce au cacao ivoirien. Si, effectivement l'homme associe cette mauvaise nouvelle à la libération de Laurent Gbagbo qui constitue indiscutablement sa condamnation pour les crimes dont il l'accusait, on peut comprendre qu'il soit inquiet pour son avenir. Celui qui n'a jamais eu un autre idéal que l'enrichissement personnel mais qui tient à la vie meurt souvent comme un voleur ou un bandit de grands chemins.

Raphaël ADJOBI