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24/08/2012

Ouattara a perdu le volant* de la Côte d'Ivoire, ou quand le peuple découvre les porteurs du trône du préfet


Ouattara et l'armée française, ouattara a perdu le contrôle de la Côte d'Ivoire, la Côte d'Ivoire sous Ouattara Depuis que les attaques se multiplient contre son armée, le commun du peuple ivoirien commence à distinguer plus clairement les contours du pouvoir qui rend Alassane Ouattara si serein, si imperturbable. A force de lever la tête pour suivre son président paisiblement installé sur son trône que l'on promène çà et là, il n'avait pas eu l'idée de regarder les porteurs de l'illustre préfet. Toutes les critiques des internautes et de quelques journaux locaux - comme Notre voie et Le Nouveau Courrier - lui semblaient relever du ressentiment et de la jalousie. Et puis, tout à coup, sous le trône qui avance d'un pas serein, est apparu sous ses yeux l'armée française ! Non il ne peut pas se tromper ! Il la voit de ses propres yeux !

Grand Dieu, comment cela est-il possible ? Comment le trône de Côte d'Ivoire peut-il être porté à bout de bras par des forces étrangères ? Les FRCI ne seraient donc que de simples vigiles chargés de dégager le peuple de la voie pour faciliter le passage du convoi préfectoral ? Ainsi donc la dictature de Ouattara ne serait même pas totalement ivoirienne ? Même sur le plan local son assise serait étrangère ? Mon Dieu, quelle humiliation ! Même le parti unique d’Houphouët-Boigny n’avait pas montré un soutien étranger aussi visible à son pouvoir.

Après avoir vu cela, le commun des Ivoiriens commence à comprendre qu'Alassane Ouattara n'a jamais été un homme politique mais un simple argentier, un gérant d’une affaire commerciale. Il comprend que pour cet homme, gouverner veut dire acheter et vendre parce qu’il n’est en réalité qu’un commerçant, un boutiquier. Or il ne suffit pas d’être un marchand de nattes (tapis tressé de roseaux) ou de cacao, d’arachide ou de cola pour diriger un pays. Pour cette dernière fonction, il faut d’autres qualités que notre homme n’a pas. Il n'a jamais appris - parce que comme son mentor Sarkozy il n'a rien d'un intellectuel - qu'un vrai politicien doit faire porter le trône sur lequel il est assis par son peuple.

L’Ivoirien comprend pourquoi Ouattara a toujours le regard fuyant, l’élocution incertaine et se contredit souvent devant les médias. Cet homme ignore tout de la politique, c’est-à-dire tout de la gestion d’un peuple, de l’aménagement du territoire, de l’organisation des structures sociales et sanitaires, de la sécurité des citoyens et du souci du bon fonctionnement des institutions. Être un homme politique est moins simple qu’être un argentier, un boutiquier. Être un homme politique ne veut pas dire se transformer en machine à sous, mais se montrer un humain pour son peuple ; «c’est plus difficile, ça demande plus de force et de bravoure. C’est un processus où n’intervient pas seulement la capacité à se défendre, à faire la guerre, à tuer s’il le faut, donc l’exercice de la violence, mais au contraire et plus fondamentalement la capacité à prendre soin d’autrui. La compassion. Le souci de l’autre » (Toni Morrison, écrivain noir Sud-Américain). La fibre politique est fondamentalement humaine et tient compte du souci de la sécurité et du bien-être de son peuple, de chacun de ses concitoyens. En oubliant cela, Ouattara a perdu le contrôle de la Côte d’Ivoire, « il a perdu le volant ! » se dit désormais chaque Ivoirien.

C'est vrai, - et chacun le sait - ce n'est pas le peuple qui l'a installé, mais le puissant chef blanc arrivé dans son grand oiseau de fer qui l’a intronisé puis lui a donné l'accolade. Cela a suffi à notre chef pour se passer de notre bénédiction. Cela lui a suffi pour ne pas nous découvrir la vérité des urnes et ne pas passer par l’acceptation de la couronne de gardien de nos traditions que nous tendions au vainqueur. Tout ce qui émanait du peuple lui apparaissait tout à coup trop barbare. Ouattara était devenu un Blanc. Il n'écoutait que les Blancs et ne parlait qu'à des Blancs. Abrité dans son nouvel avion au luxe digne de son rang, son seul souci était de courir le monde pour serrer des mains blanches. Les histoires de nègres ne le regardaient pas !

C'est vrai, - et chacun le sait aussi - le peuple n'est pas toujours fidèle. Il est d'humeur changeante. Sa marche n'est jamais bien ordonnée. Le laisser porter le trône, c'est soumettre le chef au roulis ou au tangage de sa démarche incertaine. Le chef risque d'avoir le vertige ; et cela n'est pas très agréable. Par contre, avec une armée, vous avez une marche sûre, bien cadencée. C'est plus solide. Et si elle est étrangère et blanche, c'est encore mieux ; c'est la preuve que vous avez toutes les puissances du monde avec vous. Et de toute évidence, Ouattara a compris cela ; et c’est le choix qu’il a fait !

Cependant, grand Dieu ! toutes ces luttes pour l'indépendance, puis pour le multipartisme et des élections libres pour aboutir à ça ! Quel gâchis ! Monsieur Ouattara devrait toutefois se dire une chose : quand ils portent ainsi votre trône pour le protéger du roulis du peuple, les Blancs n'aiment pas beaucoup que celui-ci se mette à crier trop fort. Cela fait désordre. Ils redoutent aussi les petits malins qui peuvent tirer sur les jolis galons de leurs soldats et leur faire mordre la poussière. Parce que si le peuple français commence à voir ses enfants bousculés et des trous dans leur joli costume comme en Afghanistan, il pourrait leur demander de rentrer au bercail. Et alors, attention au trône !

*« Perdre le volant » = perdre le contrôle d’une situation ; « Il n’y a personne à la barre », dirait-on en France.

Raphaël ADJOBI