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14/09/2014

La CEI est devenue un enjeu primordial pour avoir déclaré Ouattara vainqueur en 2010

La CEI, A quoi sert la CEI ?


Le RDR ne peut se permettre de clamer haut et fort que « ce n'est pas à la CEI que se gagnent les élections », sans étaler un gros mensonge. Tout le monde sait bien que c'est cet outil électoral - la CEI - qui a déclaré Alassane Ouattara vainqueur lors des dernières élections présidentielles, contrairement à ses attributions.

A partir du moment où, en 2010, le RDR a estimé que le verdict prononcé par la CEI primait sur celui prononcé par le Conseil constitutionnel, la commission électorale ne pouvait qu'apparaître l'enjeu primordial aux yeux de tous les partis. Normalement, la CEI ne devrait jouer que le rôle de contrôleur du bon déroulement des élections et surtout du bon enregistrement des voix et de leur acheminement. Après avoir pris connaissance de ce que nous appellerons les copies des élections, elle devrait les faire parvenir au Conseil constitutionnel, seul habilité à les corriger et à publier les résultats finaux. Or, cette institution n'a pu jouer son rôle d'arbitre en 2010 ; le sifflet lui ayant été arraché de la bouche par la France, l'ONU et les Etats-Unis d'Amérique, à la demande d'Alassane Ouattara et du RDR.

Ne nous étonnons donc pas de voir les partis de l'opposition exiger un équilibre consensuel au sein de la commission électorale. Par la faute du chef du RDR, trop d'importance a été accordée à la CEI. On ne peut donc pas se permettre de laisser ce parti se tailler la part du lion tout en déclarant que cela n'a aucune importance parce que ce n'est pas la CEI qui décide qui a gagné les élections. Si la CEI n'est pas aussi importante que veut le faire croire le RDR, qu'il fasse ce que Laurent Gbagbo a fait : laisser l'opposition prendre sa direction !

A vrai dire, tous les partis devraient revenir à la case « départ » ; c'est-à-dire que chacun doit donner sa définition de la CEI. Chaque parti doit, dans un texte à rendre public, dire clairement le rôle qui revient à cette commission. C’est à partir de ces conceptions, qui sont sans doute divergentes, que l’on peut converger vers un consensus. On peut même d'un commun accord, décider – tant qu'existera une CEI dans le pays – que sa présidence sera toujours tenue par l'opposition. D'autre part, il doit être enseigné au peuple ivoirien et aux partis « qui est véritablement le maître, l'arbitre, le juge suprême des élections ? » : la CEI ou le Conseil constitutionnel ? Lequel des deux organismes doit avoir le dernier mot ? Le mot irrévocable !

Bien sûr, nous n'ignorons pas qu'en 2010 le RDR n'avait pas respecté les lois de la république qu'il connaissait, et qu'il est peut-être prêt à recommencer en 2015. Mais il est tout de même bon de redéfinir les règles et de les faire connaître aux populations. Il y a encore tant d'ignorance autour des règles du jeu politique qu'il n'est pas inutile de les rappeler en les diffusant largement.

Outre la redéfinition consensuelle de la CEI et la clarté des règles, posons-nous cette question : à quoi nous sert-il de nous quereller autour d'une structure électorale si l'issue des élections ne sera jamais connue des Ivoiriens ? Oui, la question mérite d'être posée parce que les électeurs ivoiriens demeurent aujourd'hui encore dans l'ignorance des vrais résultats de leurs votes de 2010. On aurait rendu justice aux Ivoiriens si, devant la contestation des résultats, on avait recompté les voix pour qu'ils aient une connaissance et une conscience exactes de leur choix ! Si on refuse au peuple le droit de savoir pour qui il a voté, si on lui refuse le droit de vérifier l'exactitude de son choix, à quoi lui sert-il d'aller voter ? Le fait de ne pas avoir les moyens ou le droit de savoir si mon vote a été ou non comptabilisé est la preuve qu'il ne compte absolument pas ; et dans ce cas, il est inutile que j'aille voter. C'est ce que chaque Ivoirien doit se dire devant le tapage inutile que l'on fait autour de la CEI, alors que les conditions sociales pour des élections démocratiques ne sont toujours pas réunies.

Raphaël ADJOBI
Délégué général AIRD-France