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09/02/2012

Sénégal : Wade ou les illusions perdues


numérisation0003.jpg Il semble déjà loin le temps où Abdoulaye Wade, le président sénégalais, jouant le parrain d'une pseudo réconciliation ivoirienne, se promenait fièrement sur la scène politique africaine en qualité de confident du président français Nicolas Sarkozy. Voici désormais venu le temps de la réalité politique où il lui faut prouver qu'il est plus démocrate que Laurent Gbagbo.

Sûr d'être devenu l'ami des grands de ce monde parce que désigné (ou autoproclamé) émissaire des fossoyeurs français de la Côte d'Ivoire, Abdoulaye Wade s'est mis à rêver d’une grandeur immémoriale. Celui que certains bloggeurs surnomment méchamment "la Momie" s'est cru devenu un sphinx promis à prendre la place de l'immense statue qu'il a fait édifier en souvenir des captifs convoyés de l'autre côté de l'Atlantique pour servir d'esclaves aux Européens. Wade le Zorro pour qui Léopold Sédar Senghor et Abdou Diouf n'étaient pas loin d'être des dictateurs ou des antidémocrates a su, en moins de deux mandats présidentiels, nourrir contre lui l'animosité d'une partie du peuple sénégalais. Il n'est plus un honorable adversaire à combattre ; c'est un ennemi, un antidémocrate à chasser.

Cela faisait déjà quelques années que de nombreux Sénégalais écrivaient ça et là qu'il préparait son fils Karim à sa succession. Tout le monde attendait de voir comment il s'y prendrait pour faire aboutir ce projet. Surtout après la révision de la Constitution qui prévoyait désormais que le président ne peut accomplir plus de deux mandats consécutifs, les plus démocrates gardaient l'oeil sur le fils pensant voir le danger venir de ce côté-là. C'est donc contre toute attente que l'on vit Abdoulaye Wade annoncer qu'il est candidat à sa propre succession pour un troisième mandat. Sans doute que l’échec de Karim, en 2009, dans la course pour la conquête de la mairie de Dakar est pour quelque chose dans cette volte-face. Et la Constitution alors, qu'en faites-vous ? lui rappelle-t-on. Impassible, il répond que sa première élection était antérieure à la nouvelle règle constitutionnelle et que par conséquent sa candidature est légalement la deuxième et non la troisième. Le filou !

Grand Dieu ! ... Pardon ! Grand Allah ! Comment à 85 ans peut-on être fourbe à ce point ! Le Sénégal est-il vraiment devenu la chose de Wade au point de toucher à la Constitution dans le seul but de se maintenir au pouvoir ? Maintenant, tous les observateurs peuvent affirmer que la révision de la Constitution avait été demandée et réalisée dans le seul but de fournir à Wade l'argument qu'il avance. Il est certain que dès l'annonce de sa candidature, chacun des membres de cette institution s'est dit : « Je m'y attendais » ; ou encore « Zut alors, il nous a bien eus ! ». Dès lors, les uns et les autres se sont trouvés dans l'obligation de ne pas déplaire au président de la République. On peut donc croire qu’ils n’ont guère balancé avant de valider sa candidature. Tous sont désormais convaincus d’une chose : celui qui est capable d'un tel forfait est prêt à bourrer les urnes pour assurer sa réélection. Le crime électoral parfait !

Le halo d'impopularité dans lequel il évolue depuis l'acceptation de sa candidature par le Conseil Constitutionnel le prive aujourd'hui de tout regard attendrissant et de toute compassion. Bien au contraire, c'est un sentiment de honte qu'éprouvent les Africains en voyant ce vieil homme. Diable ! Qu'a fait l'Afrique noire pour mériter des dirigeants qui ignorent les sens de l'orgueil et de l'honneur ? Qu’a-t-elle fait, ou que ne fait-elle pas pour ne mériter que des dictateurs qui s’habillent en démocrates ? Wade a-t-il vraiment le sentiment d'être devenu un sage incontournable pour son pays et pour l'Afrique ? Tout donne à croire qu'il est victime de sa suffisance et de sa sénilité. Souvent, les deux vont de pair d'ailleurs. Par sa faute, il est devenu la honte des Africains et le politique infréquentable pour ses amis européens d'hier. Ces derniers prennent d'ailleurs soin de ne pas avoir de contact avec lui. Ils n'osent même pas prononcer son nom de peur qu'on leur parle longuement de ce vieil homme qu'ils ne désirent plus compter au nombre de leurs relations politiques. Wade est un pestiféré qu'on évite de peur d'être contaminé par son impopularité et l'animosité de son peuple qui le rongent et le minent. Quand on tombe aussi bas dans l'estime publique, on ne doit souhaiter qu'une chose : disparaître ! Mais sans doute la sénilité lui évite-t-elle le sentiment de honte.

Pauvre Wade ! Le 2 février 2010, quand le président du Niger, Mamadou Tandja faisait l’objet de vives critiques pour avoir modifié la Constitution afin de prolonger son mandat, c’était lui qui s’était proposé pour aider à trouver une issue au problème politique nigérien. Tandja sera renversé deux semaines plus tard. Le 9 juin 2011, il s'est rendu à Benghazi, en Libye, où il a demandé à « son frère » Mouammar Kadhafi de quitter le pouvoir. Résultat : avec l'appui de l'armée française, Kadhafi est mort assassiné par les rebelles libyens. De toute évidence, en voulant apparaître le sage de l'Afrique, Abdoulaye Wade n'a été qu'un empoisonneur public. Le voilà désormais réduit à jouer l’apprenti dictateur. Et dire que c'est l'un des juges qui ont prononcé la perte de Laurent Gbagbo au nom de la démocratie qu'ils prétendent connaître mieux que quiconque. Pauvre Afrique ! Il y a cependant, dans mon coeur une jubilation sécrète que j'avoue ici : Laurent Gbagbo est admiré par de nombreux Africains et Européens qui ne cessent d'écrire pour saluer son combat et souligner l'injustice dont il a été victime ; Wade par contre n'aura jamais cet honneur-là. Jamais ! Jamais il n'arrivera à la cheville de Laurent Gbagbo. Alors que celui-ci est entré dans l'histoire avant sa mort, Wade est devenu, tel le fou du village, la risée de l'Afrique.

Raphaël ADJOBI