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04/08/2014

Nous serons contraints de brûler la Côte d'Ivoire pour sauver l'honneur de l'Afrique et de Laurent Gbagbo

Laurent Gbagbo, la résistance ivoirienne, la fin de la résistance ivoirienne, comment combattre la France

>« Ceux qui rendent une révolution pacifique impossible rendront une révolution violente inévitable » (John F. Kennedy, discours du 13 mars 1962).

Comme Toussaint Louverture enlevé de sa terre natale et emprisonné en France, au fort de Joux, pour laisser la place à un pouvoir colonial illégitime, Laurent Gbagbo est emprisonné depuis trois ans dans les geôles de l’Europe pour que la colonisation française poursuive sereinement son œuvre sous la direction du préfet qu’elle a oint avec l’assentiment de l’ONU. Deux siècles n’ont donc rien changé à l’histoire des relations entre le Noir, contraint à courber l’échine sous sa livrée d’homme inférieur, et le Blanc, triomphant sous sa couronne d’homme supérieur et tout-puissant.

C’est au regard de notre indignation par rapport à cet événement du passé que je fais appel à votre indignation par rapport à la réalité d’aujourd’hui. Si les crimes du passé vous indignent, double doit être votre indignation à l’égard des crimes d’aujourd’hui. Si la déportation de Toussaint Louverture en Europe vous indigne, votre indignation doit être encore plus grande contre celle de Laurent Gbagbo survenant deux siècles plus tard au sein d’un monde dit en progrès d’humanité et d'une Afrique plus libre de son destin.

Laurent Gbagbo place l’Africain à la croisée des chemins

Personne ne demande la libération de Laurent Gbagbo pour qu’il devienne le président de la Côte d'Ivoire. S’il revenait et qu’il exprimait le désir de diriger ses compatriotes, il serait contraint de passer par les voies démocratiques qui s’imposent à tous. Cependant, sa libération pure et simple apparaît à tous les Africains et à tous les Ivoiriens comme un principe incontournable, parce qu’il y va de l’honneur de l’Afrique et de la Côte d’Ivoire.

En effet, pour l’honneur de l’Afrique et de la Côte d’Ivoire, aucun Noir, aucun démocrate, ne doit se permettre d’accepter qu’après Toussaint Louverture, après Béhanzin, tous deux morts en terre étrangère par la volonté des Européens dans les siècles passés, un fils de l’Afrique subisse le même sort au XXIe siècle ! Les peuples noirs d'Afrique ne peuvent accepter que ceux-là mêmes qui sont responsables des nombreux crimes qui causent la misère sur le continent africain et ailleurs exigent de Laurent Gbagbo l'infaillibilité ! Sa seule présence dans une prison européenne est l’humiliation de trop pour l’Afrique. C’est le message clair que nous adressons à la France, à l’Europe et à l’ONU qui seront rendus responsables de la révolution violente qui pourrait embraser la Côte d’Ivoire. Que les fiers héritiers de la mise en esclavage des Noirs et de l’humiliation permanente des colonisés entendent ici le lourd grondement de la liberté qui enfle le cœur des opprimés.

Quant aux personnalités de l’opposition ivoirienne, elles ont le devoir de peser le poids de l’Histoire et bien analyser l’occasion que leur offre le combat de Laurent Gbagbo pour rappeler au président français qu’un de ses prédécesseurs, socialiste de surcroît – François Mitterrand – s’est incliné sur la tombe de Toussaint Louverture, honorant ainsi son combat digne et juste. Elles ont le devoir de rappeler à l’actuel chef d’Etat français, socialiste lui aussi, que s’il n’est pas capable du même geste, il doit tout au moins s’honorer de ne pas applaudir le crime semblable à celui de Napoléon. Si l’opposition ivoirienne ne soutient pas la libération de Laurent Gbagbo comme le principe purificateur de l'humiliation de l’Afrique par la France, alors cela voudra tout simplement dire qu’elle et l’Afrique tout entière n’ont pas tiré les leçons du colonialisme qui n’a eu de cesse de mépriser les enfants du continent noir.

La révolution, stade suprême de la résistance

« Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément ». Telle est la proclamation de l’article III de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 que Laurent Gbagbo n’a eu de cesse de rappeler à son adversaire, à la France, à l’ONU et à la terre entière en proposant le recomptage des voix au deuxième tour des élections de 2010. Comme Rosa Parks refusant de céder son siège devant l’intransigeance des Blancs racistes, Laurent Gbagbo s’est accroché au siège que le droit ivoirien lui avait accordé.

Balayant du revers de la main ce principe cardinal devenu une référence pour l’humanité tout entière, c’est par les armes que la France, s’instituant illégitimement la mère de la Côte d’Ivoire, a installé illégitimement l'adversaire de Laurent Gbagbo dans le fauteuil présidentiel. Comment la raison humaine peut-elle accepter qu'une force étrangère puisse en ce XXIe siècle installer le pouvoir de son choix dans un Etat qui est librement et indépendamment capable de réaliser son propre destin ? Au nom de quelle justice universelle l'accepterait-elle ? Peut-elle tolérer que l'Europe juge l'Afrique indigne de la démocratie qui proclame le gouvernement du peuple par le peuple ?

L’indignation des Ivoiriens et des Africains fut grande. A la promesse de la démocratie irréversible à laquelle ils avaient tendu l’oreille, succéda un pouvoir de terreur ayant officiellement choisi la préférence ethnique comme forme de gouvernement. Comment peut-on espérer bâtir une nation en pratiquant la terreur contre ses adversaires politiques ? Un tel agissement est un crime contre l’humanité parce qu’il fait de l’homme un loup pour l’homme.

Depuis trois ans, la raison humaine marche contre le régime en place en Côte d’Ivoire. Depuis trois ans, le génie humain menace ce pouvoir qui n’est plus guère soutenu que par la lassitude des populations, par la terreur de ses adorateurs, et surtout par la ligue des riches bailleurs de fonds de l’ancien colonisateur déclaré « mère patrie ». En leur nom et au nom de leur propre logique, les occidentaux qui ont installé ce pouvoir condamnent Laurent Gbagbo alors qu’ils assassinent des millions d'hommes par la guerre et réduisent des populations à la misère en les obligeant à céder leurs terres pour nourrir l'Europe. Les images des camps de concentration de prisonniers politiques en Côte d’Ivoire ne les émeuvent pas. Les bombes lâchées sur les populations dans ce pays en 2004 puis en 2010, ensuite en Lybie, au Mali et ailleurs en Afrique ne comptent pas.

En maintenant Laurent Gbagbo dans ses geôles, l’Europe se déclare donc la reine des Africains et fait sienne cet article du code de la monarchie : « Tu ne voleras pas, à moins que tu ne sois le roi, ou que tu n’aies obtenu un privilège du roi : tu n’assassineras pas, à moins que tu ne fasses périr, d’un seul coup, plusieurs milliers d’hommes » (1).

Devant cette logique européenne qui jette un voile de silence sur les crimes du régime en place en Côte d’Ivoire, devant cette logique européenne pour laquelle les vertus universelles embrassées par les Africains – notamment par Laurent Gbagbo – sont des crimes contre leurs intérêts et donc dignes d’être jugés à la CPI, la résistance ivoirienne a épuisé toutes ses forces dans la lutte pour la justice et le rétablissement de la démocratie. Ayant épuisé les armes démocratiques, elle ne dispose plus désormais que de la violence révolutionnaire. Et celle-ci n’a pour seul programme que le désordre purificateur permettant le passage du règne du crime à celui de la justice.

Ce n’est plus dans les structures démocratiques que doit se poursuivre le combat. Celui-ci ne peut être l’œuvre des partis politiques mais d’individus regroupés dans de petits comités structurés et convaincus de mener des actions efficaces contre les infrastructures participant à l’exploitation du pays au profit de l’Europe et des rapaces qui sévissent sur les terres ivoiriennes. En coupant pour ainsi dire les vannes de l’approvisionnement de l’Europe, on débranche également celles qui mènent aux caisses enregistreuses du pouvoir et de ses milices FRCI et dozos.

Puisque les Ivoiriens sont chassés de leurs terres et de leurs plantations de cacao et de café, puisqu’ils sont chassés de leurs villages devenus des camps d’occupation étrangère, puisqu’ils ont perdu leurs maisons au profit des miliciens et de leurs familles, puisqu’ils sont écartés de toutes les structures productives du pays, il ne leur reste plus qu’à faire ce que d’autres peuples ont fait en pareilles circonstances.

L'Histoire nous enseigne que devant l’occupant nazi et le pouvoir complaisant de Vichy, les Français ont refusé le fait accompli. Ils s’armèrent individuellement et en groupuscules de moyens dérisoires et d'une ferme volonté pour s’attaquer à l’usurpateur. Par des actions de sabotage des outils de production et des voies d’acheminement des produits devant profiter à l’affameur du peuple, ils troublèrent sérieusement sa quiétude.

C'est encore l'Histoire qui nous conduit à la première République noire du monde : Haïti. Comment opérèrent les pauvres esclaves, sans arme, pour venir à bout du puissant colonisateur français ? Comment de pauvres esclaves de Saint-Domingue ont pu vaincre les canons de la puissante armée française ? Ils avaient tout simplement compris que le feu pouvait venir à bout de tout. C'est par le feu qu'ils firent disparaître les immenses champs qui enrichissaient le colonisateur. Oui, le feu est l'arme des opprimés qui n'ont pas les moyens de s'acheter des canons. Et le feu est toujours vainqueur. En cela, ils furent les dignes imitateurs des révolutionnaires français qui incendièrent la Bastille un an plus tôt.

Enfin, l'histoire de la Guinée nous enseigne que devant le refus de Sékou Touré d'admettre la tutelle proposée par Charles de Gaulle, les trois mille Français résidant dans ce pays n'ont pas laissé intactes les infrastructures coloniales au moment de le quitter. Ils emportèrent tout ce qui pouvait être emporté, et brûlèrent ou saccagèrent purement et simplement tout ce qui ne le pouvait pas : écoles, bâtiments publics, outils d'exploitation...

Ce sont là des expériences qui doivent inspirer la résistance ivoirienne. L'heure n'est plus à l'organisation de débats sur la prochaine élection présidentielle. Il n'est plus question de discuter du caractère équitable ou non de la constitution de la Commission électorale indépendante (CEI). Il n'est plus question de participer à des projets de réconciliation nationale. Ce temps est révolu ! L'insolence du pouvoir et le silence méprisant de ses protecteurs français et onusiens nous en ont convaincus. La moitié nord du pays est encore gérée par les milices dozos et FRCI. Les populations qui ont envahi le Sud quand les rebelles ont occupé le Nord n'ont pas rejoint leur cadre de vie habituel à cause du règne sans partage de ces miliciens. Cette zone à l'origine des conflits postélectoraux des dernières élections présidentielles n'est toujours pas sécurisée. Les opposants politiques sont toujours en prison. Les camps de concentration et de torture ne sont toujours pas vidés. Les milliers d'exilés de l'Ouest du pays ne sont toujours pas rentrés chez eux. Des milliers d'Ivoiriens ayant quitté leur zone traditionnelle occupent illégalement les villages et les champs des exilés dans l'Ouest. Des étrangers venus des pays voisins ont érigé de vrais villages dans les immenses forêts de l'Ouest, souvent classées, qu'ils occupent illégalement.

Peut-on passer outre tant de maux qui sont autant d'embûches à la reconstruction nationale pour aller à des élections présidentielles ? Peut-on poursuivre un tel projet sans éprouver le sentiment de se moquer de son pays et des Ivoiriens ? Devant tant de maux qui montrent que la Côte d'Ivoire échappe totalement aux Ivoiriens, ceux-ci ne doivent avoir aucun scrupule à détruire par le feu tout ce dont ils ont été dépossédés. Quiconque fuit son champ et laisse son ennemi l'exploiter sans rêver d'aller le brûler est un fou ! Quiconque abandonne sa maison et son village sans les brûler et les laisse occuper par l'ennemi est un fou ! Quiconque voit son ennemi s'enrichir en exploitant le champ qu'il a fui sans rêver d'y mettre le feu est indigne de toute considération !

Si la Côte d'Ivoire ne te profite pas, Ivoirien, tu dois empêcher l'ennemi d'en tirer sa fortune. Nous devons savoir prendre des risques. La liberté est à ce prix. La liberté n'est pas gratuite. Elle ne peut être gagnée qu'avec la vie en jeu. Refusons de mourir de notre propre mort ou par quelque futile accident. Quelle tristesse que de mourir sous une dictature sans jamais l'avoir combattue ! Quelle mort glorieuse est celle qui arrive dans la lutte pour la liberté ! Chaque jour, chaque Ivoirien doit se poser cette question : qu'est-ce qui dans mon comportement, dans mes résolutions contribue à la libération de mon pays du joug de la dictature et de la domination coloniale ? La Résistance est terminée. Vive la Révolution !

Raphaël ADJOBI

(1) Robespierre : Discours sur la religion, la République, l’esclavage (éditions de L’Aube, 2013).
° Illustration : incendie au Cap (Saint-Domingue/Haïti)

30/06/2013

Laurent Gbagbo, la nouvelle étoile de la Résistance africaine face à l'injustice des Occidentaux

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Enlevé de son pays dans l'indifférence de ses pairs africains - quand ils n'ont pas contribué à sa chute aux côtés de la France - Laurent Gbagbo est devenu, après deux ans de détention dans le goulag de l'Europe occidentale, l'étoile de la résistance africaine, l'étendard de ralliement des défenseurs des institutions africaines et de l'indépendance des choix économiques des nations. Au moment où Nelson Mandela, la dernière idole de la résistance à l'injustice et au racisme s'apprête à nous quitter, l'Afrique entière se réjouit de voir la relève bien assurée.

Entre son arrestation sous les bombes françaises le 11 avril 2011 et son transfert à la Cour pénale internationale à La Haye, durant ses huit mois de détention à Khorogo, il n'y avait guère que de simples citoyens ivoiriens, camerounais et autres Africains à le défendre sans relâche. Dès le 16 avril 2011, ils manifestaient à Paris, place de la Bastille, pour lui crier leur solidarité. Quant aux rares personnalités politiques ayant pris sa défense avant sa chute, elles s'étaient alors murées dans le silence pour ne pas déplaire à la France, qui fêtait en une grande pompe l'avènement de son préfet nègre réintégrant la Côte d'Ivoire dans le giron françafricain d'où Laurent Gbagbo avait péniblement tenté de l'en extraire. La Côte d'Ivoire était revenue à son point de départ.

Les visages de la résistance à l'injustice

Il a donc fallu la ténacité de ces groupuscules d'Ivoiriens et d'Africains, mus par une même volonté, unis dans un même combat, arpentant les rues des villes européennes et faisant des émules aux Etats-Unis et au Canada, pour que le séjour de Laurent Gbagbo à La Haye ne se déroule pas dans le silence et l'indifférence des nations du monde entier. Il a fallu aussi le talent et l'habileté des journaliste d'investigation (1) comme Théophile Kouamouo, Charles Onana ou Grégory Protche, pour peindre la profonde injustice dont était victime le prisonnier de la CPI ; il a fallu le talent et l'habileté d'une petite mais ardente armée de blogueurs pour que les crimes passés et actuels du nouveau pouvoir ivoirien circulent à travers le monde entier et deviennent même des éléments de référence dans la défense de l'illustre prisonnier.

Dans leur dur et long combat, ces défenseurs de Laurent Gbagbo et du respect de la constitution ivoirienne seront réconfortés par deux excellents films-documentaires. Le premier, Laurent Gbagbo dans le tourbillon du Golfe de Guinée, diffusé en mars 2011, un mois avant sa chute, démontrait de manière éclatante la rapacité de la France sur les immenses richesses encore inexploitées du pays, et sa volonté de contrecarrer le plan d'indépendance économique prôné par le président ivoirien. Le deuxième est venu d'Italie, curieuse de savoir ce qui s'était passé dans l'ouest ivoirien. A travers les témoignages locaux, ce film nous permet de découvrir comment s'est opérée la complicité de la France dans les massacres de Douékoué et de ses environs, et l'on comprend pourquoi les journalistes français refusent de voir la vérité sur cet épisode de la guerre postélectorale. Galvanisés par la flagrante injustice, convaincus de la nécessité de porter la vérité jusqu'à ce que la lumière la rende visible à tous, les Ivoiriens, les panafricanistes et leurs rares amis européens n'ont pas baissé les bras et n'ont eu de cesse de multiplier les manifestations en France, en Italie et devant la Cour pénale internationale à La Haye.

On peut affirmer que jamais, dans l'histoire, un leader noir n'a bénéficié d'autant de soutiens de la diaspora africaine et d'autant de sympathie de la part des populations d'Afrique noire. Patrice Lumumba, Kwamé Nkrumah, Sékou Touré, sont morts dans le silence, même si de nombreux Africains les portaient dans leur coeur. Durant ses 27 années de prison, jamais Nelson Mandela n'a bénéficié d'une telle sympathie populaire. Il faut dire que les temps ont changé : grâce à Internet, l'information circule plus rapidement, les mensonges sont plus vite signalés et démontrés. Ce que l'on tente de cacher se retrouve rapidement porté sur la place publique parce que tous les citoyens, partout dans le monde, sont devenus des informateurs. Plus personne n'a le monopole de l'information. Voilà pourquoi le grossier coup d'état contre Laurent Gbagbo, présenté par la France et l'ONU comme une entreprise de salut public, a fait de lui, en moins de deux ans, le héros africain de la résistance à l'impérialisme européen.

L'accélération de la dénonciation de l'injustice faite à L. Gbagbo

On peut même dire que la forte offensive de la résistance au nouveau pouvoir et au mur du mensonge qui cachait la vérité sur le drame ivoirien a surpris les commanditaires et acteurs européens du coup d’état du 11 avril 2011. La popularité de Laurent Gbagbo, fortement ancrée dans le paysage politique de ce début du XXIe siècle, a forcé de nombreuses personnalités politiques à considérer de plus près la manière dont le pouvoir lui a été arraché et les conséquences de ce forfait. Dans l'introduction du livre de Charles Onana (Côte d'Ivoire, le coup d'Etat), publié en novembre 2011, M. Tabo Mbeki, l'ancien président sud-africain - l'un des premiers médiateurs entre les deux parties du conflit ivoirien - a clairement démontré la ferme intention de la France de se débarrasser de Laurent Gbagbo et le soutien précieux dont elle a bénéficié de l'ONU. En septembre 2012, lors du congrès de l'Internationale Socialiste, en Afrique du Sud, le Ghanéen Kofi Awoonor avait à son tour fustigé la passivité des socialistes français devant le sort réservé à Laurent Gbagbo. En décembre 2012, enfin, un socialiste - François Loncle - révèle l'activisme corrupteur de madame Alassane Ouattara auprès des hommes politiques français ; dans la même période, Georges Peillon, ancien porte-parole de la force Licorne (l'armée française impliquée dans le conflit ivoirien) reconnaissait le parti pris du pouvoir et des médias français dans la vie politique de la Côte d'Ivoire depuis 2002.

Si les aveux et les critiques étaient devenus de plus en plus nombreux et fragilisaient le pouvoir ivoirien tout en mettant à mal le soutien que lui apportait la France, ce pouvoir demeurait solide aux yeux de l'Europe grâce au mutisme des médias et du gouvernement socialiste qui avait revêtu les habits impérialistes laissés par Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy. C'est finalement à partir de février 2013 que le procès devant confirmer ou infirmer les charges du procureur de la CPI contre Laurent Gbagbo va donner un nouveau souffle à la Résistance ivoirienne et africaine et commencer à ébranler le pouvoir en place et les certitudes des commanditaires onusiens et français. Ce procès se révéla, en effet, une belle occasion de démontrer que les accusateurs de Laurent Gbagbo manquaient d'arguments pour le faire condamner. Quand on mène pendant dix ans une rébellion contre un pouvoir légal en tuant femmes et enfants, quand avec l'aide de forces étrangères on mène une charge finale sanglante pour s'emparer du pouvoir, cela apparaît en effet ignoble d'accuser celui qui a été défait d'avoir résisté. Oui, c'est ignoble d'accuser le vaincu de vous avoir obligé, par sa résistance, à tuer femmes et enfants dans votre conquête du pouvoir. Toutes les images de l'attaque d'Abidjan ne révélant que des crimes commis par les assaillants et leurs soutiens, le procureur a dû se tourner vers des documents étrangers pour illustrer son argumentation, la fragilisant par la même occasion. Comment peut-on, dans ces conditions, condamner un homme ou même le garder en prison ?

Dès lors, avant même que les juges de la Cour pénale internationale ne déclarent insuffisantes les preuves présentées par le procureur demandant la condamnation de Laurent Gbagbo, il était difficile aux instruments de la propagande étrangère de cacher la vérité. Les ONG entrèrent donc dans la danse, au début du mois d'avril 2013, et dénoncèrent « la justice des vainqueurs » tout en soulignant les crimes ethniques, les exécutions sommaires, les chasses à l'homme et les emprisonnements arbitraires des partisans de Laurent Gbagbo - œuvres du pouvoir actuel, de son armée et de ses milices. Indiscutablement, l'impunité des hommes du nouveau régime blesse la conscience humaine ! Condamner Laurent Gbagbo pour avoir résisté à l'assaut de l'ennemi et voir les vrais bourreaux du peuple ivoirien se pavaner effrontément, alors que les médias africains et les blogueurs étalent quotidiennement les images de leurs crimes, apparaît comme une blessante injustice !

A la suite des ONG, comme si la parole était enfin libérée, ce sont les hommes politiques africains, jusque-là muets, qui vont donner de la voix. Au sommet de l'UA, à la fin de mai 2013, le Premier ministre éthiopien, Hailemariam Desalegn, président de cette organisation, a qualifié la CPI d'instrument raciste au service des occidentaux : « Lors de la création de la CPI, l'objectif était d'éviter toutes sortes d'impunités ; mais, désormais, le processus a dégénéré en une sorte de chasse raciale ». Effectivement, la trentaine d'hommes politiques africains poursuivis par cette institution ne laisse pas penser autre chose. Le 15 juin, au Gabon, lors d'un débat consacré à « l'indépendance » en Afrique, la ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, a vivement contesté les dires du procureure Bensouda en accusant les Européens d'utiliser la CPI pour manipuler la politique des nations africaines : "C'est malheureux, qu'un grand nombre de conclusions ait été réduit à la manipulation politique [...] Il n'est pas honnête de dire que la CPI ne s'acharne pas contre l'Afrique. Je ne suis pas d'accord avec ma soeur Bensouda". Puis la ministre a demandé à celle-ci de ne pas dire "que les Africains viennent la voir [la CPI] pour être jugés. C'est faux, car l'Afrique ne veut pas de colonialisme judiciaire".

La position des hommes politiques africains sur la Cour pénale internationale est donc plus que claire : elle n'est pas impartiale ; elle n'est pas crédible ; elle est raciste. Et, à partir du 3 juin 2013, après l'ajournement du procès et le renvoi de la procureure à la recherche de preuves plus convaincantes, les Européens aussi se laissent gagner par le doute quant à l'impartialité de cette institution. Les journaux français qui, jusque-là, n'ont fait aucun cas ni des nombreuses marches de soutien à Laurent Gbagbo à Paris ou à La Haye, ni des pluies de critiques contre l'injustice du pouvoir actuel concernant l'analyse des crimes commis avant et après les élections, se sont tout à coup mis à faire le procès de la CPI. Pour la première fois depuis 2002, le journal La Croix ne fait ni l'apologie de l'élu de la France ni la critique de l'ennemi juré des journalistes français. Marianne de son côté juge le procès de la CPI fait par les africanistes tout à fait justifié. C'est à croire que pour tout le monde le mensonge qui fait de Laurent Gbagbo le seul responsable des morts avant et après les élections présidentielles de 2010 ne peut plus être défendu.

La preuve que le vent a tourné et dévoile peu à peu la vérité, c'est que même les muets parlent en France ! Qui a déjà entendu Koffi Yamgnane réagir aux injonctions méprisantes et injustes adressées à Laurent Gbagbo avant et après les dernières élections présidentielles en Côte d'Ivoire ? Qui l'a entendu parler de Laurent Gbagbo ou lui témoigner la moindre sympathie depuis qu'il a été arrêté dans le palais présidentiel par l'armée française ? Incapable de la moindre indépendance de parole, voilà qu'il profite de l'indignation de Bernard Houdin (conseiller de Laurent Gbagbo) pour dire tout simplement que lui aussi pense que « trop, c'est trop », que l'injustice contre Laurent Gbagbo ne peut plus continuer. Mais attendons de voir s'il ira plus loin que la simple indignation partagée. De son côté, la présidente du Mouvement des Africains-Français, qui s'est toujours opposée aux marches de soutien à Laurent Gbagbo et n'y a jamais participé, entreprend enfin une action précise dans la lutte contre l'impartialité de la CPI : elle lance une pétition pour le retrait des nations africaines de cette institution. L'intention est bonne, mais elle ignore que le combat politique se mène dans la persévérance et non pas périodiquement.

Dans tous les cas, Laurent Gbagbo ne laisse plus personne indifférent puisque ce qui était censé être son procès s'est transformé en procès de l'institution chargée de le juger. Quel retournement de situation ! N'est-ce pas déjà la victoire de la vérité sur le mensonge ? En clair, la CPI se discréditerait complètement aux yeux du monde en maintenant sa volonté de juger Laurent Gbagbo. Elle se trouve dans l'obligation de le libérer et prendre le temps de revoir son fonctionnement par rapport à l'analyse des crimes et des supposés criminels qu'elle doit juger. Les nouvelles preuves du procureur contre Laurent Gbagbo sont d'avance jugées par l'opinion publique internationale comme irrecevables ; et un éventuel procès serait considéré comme une injustice. Arrêter des partisans de l'actuel président de la Côte d'Ivoire et les traduire devant la CPI afin de justifier la poursuite du procès serait désormais inacceptable. Cette dernière entreprise serait perçue par tous comme l'aveu de l'injustice dont est victime Laurent Gbagbo depuis deux ans, voire depuis dix ans.

Quel long combat ! Mais quel combat magnifique et enthousiasmant quand, comme par miracle, tout le monde le trouve juste ! Après Nelson Mandela, toutes les nations reconnaîtraient-elles l'injustice faite à Laurent Gbagbo ? Quelle belle victoire en perspective ! Ses partisans, les panafricanistes, les journalistes activistes soucieux de la vérité, les infatigables blogueurs, les amis Français - en particulier Guy Labertit, Michel Galy, Bernard Houdin et Albert Burgi - et ses admirateurs anonymes qui vivaient dans la peur, sont aujourd'hui fiers de leur combat et heureux de voir ça et là des appels à sa libération pure et simple. Un homme qui, par son seul amour de la vérité, un homme qui a juré d'aller jusqu'au bout et parvient par sa ténacité à renverser l'opinion publique et la machine judiciaire internationale qui s'acharnait à le perdre, ne mérite que l'admiration et les éloges. L'ancien Premier ministre du Togo (1991-1994), Joseph Kokou Koffigoh, et l'artiste béninois Yokula (reggaeman) l'ont bien compris. Ils ne sont pas restés insensibles à cet amour de la vérité attaché au coeur du prisonnier de La Haye. L'un vient de lui consacrer un très beau poème demandant sa libération « des mains de l'infamie » et l'autre une chanson qui clame son amour pour la légalité constitutionnelle.

Laurent Gbagbo est entré dans l'Histoire parce qu'il a donné sa vie pour la vérité, pour le respect de la constitution de son pays ; il est entré dans l'Histoire parce que l'Afrique a reconnu dans son combat le sien. En s'accrochant à la vérité et au droit, Laurent Gbagbo a accepté de subir l'infamie de l'emprisonnement dans le goulag des puissances occidentales. Comme tous ceux qui ont consacré leur vie aux grands idéaux humains pour que leurs semblables grandissent sous un jour nouveau, l'heure de sa rédemption viendra. Quant à toi, lecteur, n'oublie pas qu'un jour tu devras répondre à cette question : qu'as-tu fait pour soutenir le combat de l’homme que l'on admire aujourd'hui ?

Raphaël ADJOBI

1. J'accuse Ouattara, édit. Le Gri-gri (Théophile Kouamouo) ; Côte d'Ivoire, le coup d'état, édit. Duboiris (Charles Onana) ; On a gagné les élections mais on a perdu la guerre, édit. Le Gri-gri (Grégory Protche).

05/12/2011

Laurent Gbagbo, la CPI* et les organisations nègres

Il y a des Noirs qui acceptent de se placer sous la coupe des ONG européennes pour servir de sentinelles et d’espions à des officines occultes mais qui ne sont pas assez intelligents pour se regrouper en ONG et crier leur indignation face aux injustices que les puissances étrangères infligent aux peuples africains.

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Quand les Noirs mettront-ils leurs biens, leurs forces et leur notoriété au service de cette cause ? Aujourd’hui, dans toute l’Afrique noire, qui serait capable de lancer quelque mouvement de protestation susceptible de se propager de nation à nation contre l’injustice infligée à Laurent Gbagbo ; injustice que la très grande majorité des Africains désapprouvent dans leur for intérieur ?

Depuis les années soixante, dans toute l’Afrique noire, seuls deux pays ont été capables de braver - par l’organisation de manifestations de grande envergure - l’injustice blanche : l’Afrique du Sud et la Côte d’Ivoire. Seuls l’ANC et les Patriotes Ivoiriens ont été capables de manifestations grandioses. Pour les deux mouvements, le prix payé pour cette audace fut la mort. Mais si la victoire a été longue pour L’ANC et incertaine pour les Patriotes Ivoiriens, c’est parce qu’en entendant leurs cris et leurs gémissements, les autres Africains se sont bouché les oreilles et ont fermé les yeux. Hier, aucun mouvement populaire n’a été organisé dans les différents pays africains pour témoigner notre solidarité à Patrice Lumumba ou à Nelson Mandela. Cette expérience ne nous a pas servi de leçon ! Plusieurs décennies après, nous sommes toujours incapables d’infléchir une décision blanche par la protestation parce que nous n’avons jamais pensé à créer des associations pour cela. Quelle tristesse !

Noirs d’Afrique et d’Europe, il est temps que nous sachions aussi provoquer des manifestations spontanées pour exprimer publiquement notre indignation ! Si aucun mouvement n’est initié en Afrique ou en Europe pour dire aux gouvernements européens le caractère inique de leur décision à l’égard de Laurent Gbagbo, si nous n’avons pas le courage de crier NON aujourd’hui, alors nous nous condamnons à vivre demain ce que nous vivons aujourd’hui. Dans dix ans, dans trente ans, serez-vous capables de faire ce que vous n’avez pas osé faire aujourd’hui ? Dans dix ans, dans trente ans, quel crime abominable subira l’un d’entre nous pour qu’enfin notre colère s’épanche au-delà de nos demeures ? Dans dix ans, dans trente ans, ceux qui nous suivront n’auront que notre silence complice ou notre peur comme modèle à suivre.

*CPI : Cour Pénale Internationale

Raphaël ADJOBI

15/06/2011

Soutien des Antilles françaises à la Côte d'Ivoire

APPEL AU MEETING DE SOUTIEN AU PEUPLE MARTYR DE COTE D’IVOIRE

Depuis les lendemains du second tour des élections présidentielles du 28 nov. dernier, l’État français, relayé par la quasi totalité de la presse, écrite (agences, quotidiens, hebdomadaires) et audio-visuelle (journaux-radio, JT, magazines…), privée et publique ont travaillé à persuader l’opinion qu’il se déroulait en Côte d’Ivoire, une “crise post-électorale” due à l’ “entêtement” du “dictateur” Laurent Gbagbo soutenu par sa mystique épouse “adepte d’une secte américaine” de reconnaître sa “défaite électorale” et de céder le pouvoir au “président élu et reconnu par la communauté internationale”, le “démocrate” et expert du FMI que serait M. Alassane Ouattara…
Depuis les bombardements de sa résidence et le kidnapping de M. Laurent Gbagbo par les soldats français de la Force Licorne et sa livraison aux armées et milices de MM. Ouattara et Soro le 11 avril, la campagne de désinformation se poursuit sur l’œuvre de “pacification” entreprise par M. Alassane Ouattara, son gouverne-ment et son “armée”.
Que l’État impérialiste français dirigé par M. Sarkozy -dont la réputation d’imposteur dans son propre pays n’est plus à faire comme en témoigne les sondages-, ait travaillé à diaboliser le nationaliste L. Gbagbo et les patriotes ivoiriens qui le soutiennent, pour dérouler sa stratégie de reconquête de l’État post-colonial ivoirien ! nous dirons qu’il est dans son rôle, celui initié par son prédécesseur, M. J. Chirac et son ministre des Affaires étrangères en 2003, M. D. de Villepin.
Mais que la presse française, comme durant le génocide rwandais de 1994 et les mois qui l’ont précédé, ad-hère dans sa quasi unanimité à cette campagne et se fasse, par son silence sur des faits connus, la complice active du projet néocolonial français ne manque pas de soulever des interrogations, dont celle-ci : qu’est-ce que l’État français et singulièrement la presse affidée ont délibérément choisi de dissimuler à propos de la crise de l’État post-colonial ivoirien dans le but de faire croire à l’opinion, la thèse de la « crise post-électorale » ?
À cette question nous proposons, sans exclusive, les réponses suivantes :
• Que tout a commencé au lendemain de la disparition de M. Félix Houphouët-Boigny, le meilleur servi-teur et garant, durant trois décennies, des intérêts stratégiques de la France dans la sous-région de l’Ouest-africain et au-delà dans la Françafrique ;
• Que la sédition des militaires et le coup d’État de 1999 conduit par le général R. Gueï qui écarta du pouvoir néocolonial ivoirien H. Konan Bédié, l’initiateur de la loi sur l’ivoirité, devait installer A. Ouatta-ra, premier ministre (1990-1993) de Félix Houphouët-Boigny, à la tête de l’État ivoirien ;
• Qu’au cours des trois années de gouvernement, A. Ouattara a été le chef d’orchestre de la mise en œuvre du plan d’ajustement structurel (PAS) concocté par le Fonds monétaire international (FMI) avec les coupes sombres dans les budgets de l’éducation nationale, de la santé publique, et surtout la privatisation de la distribution de l’eau, de l’énergie électrique… ; partisan du néo-libéralisme dominant, le créateur de la carte de séjour pour les étrangers en Côte d’Ivoire ne dédaigna pas de réprimer en 1992 les manifestations d’étudiants et d’envoyer en prison, L. Gbagbo, l’opposant reconnu de F. Houphouët-Boigny, et son épouse ;
• Que lorsque le Gal R. Gueï reconduisit la loi sur l’ivoirité dans la nouvelle constitution de 2000, la France n’y trouva rien à redire ; cette constitution, toujours en vigueur écartait A. Ouattara de la can-didature à la présidence de la république ; et c’est le “dictateur” L. Gbagbo qui, à la demande de Thabo Mbéki, alors médiateur dans le conflit ivoirien, accepta en 2006 l’exception que A. Ouattara puisse présenter sa candidature ;
• Que le coup d’État de 2002 visant à renverser L. Gbagbo était conduit par une rébellion approvisionnée par un État voisin, le Burkina Faso, et selon les propos de Ibrahim Coulibaly, chef militaire de la rébel-lion, financé par A. Ouattara ; la diplomatie française se gardera en la circonstance d’appliquer les “accords de défense”… ; au contraire elle impose un cessez le feu qui entérine la partition du pays ;
• Que les « accords Kléber » dits de Marcoussis de janv. 2003 légitimèrent la rébellion dont les auteurs seront désignés par D. de Villepin sous l’appellation de “Forces nouvelles” dont les différentes com-posantes seront invitées à entrer au gouvernement “d’union nationale” (cette recette très spécieuse qu’on propose systématiquement aux Africains en attendant qu’ils entrent dans l’histoire…) et à fournir des représentants à la Commission Électorale Indépendante (CEI)… toute chose qui explique que celle-ci restera constituée jusqu’aux élections de 2010 à plus des ¾ de ses effectifs, des parti-sans de M. A. Ouattara ;
• Que les accords (Accra II et III, Pretoria, Ouagadougou) qui suivront ceux de Marcoussis retien-dront, tous, le désarmement et le démantèlement des milices, l’unification du territoire national (dont 60% sont occupés par les insurgés) comme deux moments préalables à la tenue des élec-tions…
• Que dès janv. 2007, Michel de Bonnecorse, conseiller-Afrique de J. Chirac, sortant d’un entretien avec B. Compaoré, signifiait, l’éventualité d’une tenue des élections sans le désarmement des insurgés (ne sommes-nous pas en Afrique ?…) ; le rapport n° 158 (mai 2010) de « International Crisis Group » qui inspirera la substitution du “casernement” des rebelles armées au principe de leur désarmement tiendra l’exigence de désarmement (et de restauration de la souveraineté de l’État sur le territoire de la Côte d’Ivoire) pour “maximaliste, difficilement acceptable par l’opposition” et devant “être revue à la baisse”…
• Que devant l’offensive renouvelée de la France, « puissance intéressée », bénéficiant, en la circons-tance du soutien de l’UE, des USA et des laquais de la Françafrique réunis à la CEDEAO et l’UA, le secrétaire de l’ONU a avalé son devoir de faire respecter les termes des accords, notamment de dé-sarmement des insurgés et milices et de rétablissement de la souveraineté de l’État ivoirien sur son territoire avant la tenue de l’élection…
Comme le relève M. Thabo Mbéki, premier émissaire de l’UA pour le règlement pacifique de la crise ivoi-rienne, dans une contribution publiée par Foreign Policy, on sait que dans pareilles conditions, en Côte d’Ivoire comme partout ailleurs, le scrutin ne pouvait offrir aucune garantie de transparence. Mais telle était la volonté de la France, « puissance ô combien intéressée » par le rétablissement de son hégémonie sur la Côte d’Ivoire. Après les hésitations de J. Chirac (2002-2007), N. Sarkozy a retenu que c’est son ami, le sieur A. Ouattara qui doit gouverner la Côte d’Ivoire. Dans la continuité de son prédécesseur, il a su instrumenter la “communauté internationale” pour parvenir à ses fins, avec l bénédiction de ce qu’on continue d’appeler en France la “gauche”. Et la presse l’a suivi. Ne s’agissait-il pas de rétablir et sauvegarder les intérêts de la France…
Peu importe que cette stratégie de reconquête néocoloniale de la Côte d’Ivoire et la méthode choisie annon-cent un génocide inéluctable des populations livrées à la soldatesque et aux milices de G. Soro et A. Ouattara (FRCI). La Force Licorne et les troupes de l’ONUCI quand elles ne semblent pas ouvrir la voie à l’éradication des mauvais Ivoiriens, « partisans de Gbagbo », jouent les « médecins après la mort ».
Ainsi, actuellement, et ce depuis la livraison le 11 avril du nationaliste Gbagbo aux troupes de A. Ouattara et G. Soro, cette campagne de terreur (rackets, vols, viols, arrestations et emprisonnements arbitraires, assassi-nats collectifs sur des bases ethniques…) se poursuit dans l’Ouest et le Sud-ouest (Duékoué, Guiglo, Ga-gnoa…), dans le Sud-Est (Bassam, Bonoua,..) à Abidjan (Yopougon…) dans l’indifférence quasi-totale des mé-dias français. Heureusement, il demeure quelques ONG et sites Web pour nous alerter…
Et dire STOP ! au génocide programmé par l’impérialiste français et ses laquais en Côte d’Ivoire
VENDREDI 17 juin à 18h30 à POINTE A PITRE : Place des Martyrs devant la Mairie

Association SURVIE, Association Alliance Afrique-Antilles
avec le soutien du LKP et ses Composantes syndicales, politiques et culturelles.

22/04/2011

Les Africains de la diaspora solidaires de Laurent Gbagbo

Les Africains de la diaspora solidaires de Laurent Gbagbo

Le samedi 16 avril, les Africains de Paris se sont rassemblés place de la Bastille pour dénoncer l'implication de la France dans le conflit postélectoral ivoirien et manifester leur solidarité avec le président Laurent Gbagbo. Le même jour, les ouattaristes manifestaient sur une autre place parisienne pour dire merci à la France de les avoir aidés et surtout de leur avoir livré leur ennemi.

Ce qui surprend dans le comportement des partisans d'Alassane Ouattara, c'est leur incapacité à voir la globalité de l'histoire que vit la Côte d'Ivoire et à travers elle l'Afrique tout entière. Quoi, peut-on être sourd et aveugle au point de ne marquer aucune pudeur, aucune retenue quand des films écoeurants sur les tueries et les exactions vous sont montrés ? Peut-on être aussi impliqué dans une spirale de moutonnement d'opinion au point de ne jamais entrer dans le moindre doute malgré tous les films mettant en lumière l'enjeu mondial du conflit ivoirien qui dure depuis dix ans ? Il faut, à vrai dire, être inattentif aux autres, fermer les yeux sur l'histoire de la marche du monde pour crier sa joie en voyant des chars français dans les rues d'Abidjan bombardant allègrement des soldats et des civils au seul motif qu'ils ne sont pas partisans de Ouattara. Oui, il faut être criminel pour s'en réjouir.

D'autre part, dans toute forme de combat, on ne tire pas sur un ennemi désarmé, on ne frappe pas un adversaire à terre ou qui a cessé de combattre. Aussi, voit-on souvent dans les westerns le héros refuser d'achever son ennemi désarmé. On ne rassemble pas les ennemis désarmés dans une pièce pour les humilier, pour s'amuser à montrer qu'on est un bon boxeur ou catcheur comme l'ont fait les partisans d'Alassane Ouattara dans l'hôtel de leur patron. Dans les westerns, ce rôle est dévolu aux bandits. Il faut en effet être d'un esprit grégaire pour manquer totalement de magnanimité, cette élégance du vainqueur qui élève l'âme et inspire l'admiration. Il faut n'être qu’une brute pour agir de la sorte. Quel type de société peuvent nous promettre de tels individus qui s'appliquent à inspirer la peur ?

La démocratie ou la dictature

Conscients que le combat de Laurent Gbagbo ne doit pas s'arrêter avec sa mise à l'écart, les Africains de Paris ont décidé de ne point baisser les bras mais au contraire de mieux se structurer pour poursuivre le combat. Aussi bien dans les propos tenus à Paris ce jour-là que dans les écrits de bon nombre d'Africains sur le net, on lit le même sentiment : « Laurent Gbagbo a fait ce qu'il avait à faire ; c'est aux Africains - et aux Ivoiriens en particulier - de montrer ce qu'ils attendent de l'avenir en ne demeurant pas passifs devant l'iniquité des forces étrangères qui veulent leur imposer leur destin ». Et c'est sur le plan du droit, de la légalité constitutionnelle qu'ils ont décidé de mener ce combat comme semble le leur indiquer Laurent Gbagbo lui-même. En effet, en refusant de signer sa capitulation pour permettre à Alassane Ouattara d'endosser purement et simplement les habits constitutionnels faisant de lui le nouveau président de la République, Laurent Gbagbo fait passer le combat du terrain militaire sur le terrain juridique.

Dès lors, chacun peut se poser cette question : devant quelle institution Alassane Ouattara va-t-il prêter serment pour être officiellement reconnu comme président de la Côte d'Ivoire ? Il faut savoir qu'il ne suffit pas d'être reconnu par l'ONU, les Etats-Unis et la France pour diriger un pays. Faute d'assise institutionnelle nationale, tout le monde sera contraint de reconnaître que le pouvoir d'Alassane Ouattara installé par la force n'est rien d'autre qu'une dictature.

Le pouvoir est déclaré vacant par le conseil Constitutionnel. Ce qui semble avoir donné des idées à certains - à ce qu'on dit - qui prétendent avoir autant que le patron du RDR le droit de revendiquer le fauteuil présidentiel. Le président officiel (celui reconnu par la Constitution) n'ayant pas démissionné malgré les pressions de la France, la direction du pays revient au président de l'Assemblée nationale qui devra organiser de nouvelles élections. Voilà le chemin du droit et de la démocratie. Mais, de même qu'il fut un temps où l'on parlait à se tordre de rire de démocratie à l'africaine, aujourd'hui il y a des démocraties style ONU, des démocraties à la Obama et des démocraties à la Sarkozy. C'est sans doute l'une d'entre elles ou un condensé des trois à la fois qui sera servi aux Ivoiriens. Alassane Ouattara se trouve donc dans l'obligation d'assumer le coup d'Etat qui lui donne le pouvoir en s'autoproclamant président ou de battre à nouveau la campagne à la recherche des voix des Ivoiriens pour une assise démocratique.

Sans aucun doute, la vraie question est de savoir si Obama et Sarkozy voudront reculer. Difficile de les imaginer rentrant au bercail « honteux comme un renard qu'une poule aurait pris, serrant la queue, et portant bas l'oreille ». Tout cet effort pour rien à cause de ce satané Laurent Gbagbo qui s'accroche au droit au lieu de se laisser corrompre pour l'exil doré promis ! Cracher sur un traitement de deux millions d'euros par an durant le restant de ses jours ; il faut s'appeler Laurent Gbagbo pour oser le faire ! Décidément, il tient par ses refus à faire d'Obama et de Sarkozy les parrains d'un dictateur! A ses yeux, ce plaisir-là n'a pas de prix. Ce plaisir-là est celui des âmes nobles.

Terminons en disant qu'à bien regarder les choses de près, il semble que ceux qui livrent aujourd'hui la Côte d'Ivoire aux financiers occidentaux sont les dignes fils de ces nègres qui, aux siècles de la traite atlantique, allaient à travers les villages enlever les populations et les livrer aux navires négriers. On reconnaît aisément ces petits-fils et arrière-petit-fils de chasseurs d'esclaves à leur absence de culture et d'élégance morale, à leur soif de sang. Quelques pacotilles, un peu d'argent, et les voilà transformés en chiens obéissants. C'est cette image de l'homme africain qu'il nous faut changer en travaillant à discréditer leurs maîtres occidentaux qui sous le masque humanitaire financent les brutalités des rabatteurs africains.

C'est pourquoi, les Africains de Paris ont décidé d'axer leur combat sur l'information de l'opinion publique française d'une part, afin qu'elle ne demeure pas trop longtemps dupe des crimes qui sont commis en Côte d'Ivoire au nom de la France sous le couvert de l'Action Humanitaire. D'autre part, ils ont le souci de faire en sorte que la jeunesse africaine s'imprègne de plus en plus de cette volonté de s'accrocher au droit et ne pas abdiquer devant la violence. Car si un jour ce sentiment gagne les hautes sphères des Etats, nous serons épargnés de l'humiliante débandade que les gouvernants africains d'aujourd'hui nous ont montré à la vue du corps de la Côte d'Ivoire donné en pâture. Les déclarations des Congolais, des Malgaches, des Gabonais et des Camerounais ont montré la volonté de l'Afrique d'aller vers la vraie indépendance dont le président Laurent Gbagbo est reconnu être le fer de lance en ce début du XXI è siècle.

Raphaël ADJOBI