topblog Ivoire blogs

20/12/2013

Un nouveau gouvernement de cohabitation en Côte d'Ivoire ? Non, merci !

La cohabitation en Côte d'Ivoire, gouvenement d'union nationale, Que propose Ouattara, ce que veut Ouattara, Le FPI et les propositions de Ouattara


Depuis un an, depuis l'arrestation de Blé Goudé que beaucoup avaient d'abord interprétée comme un retour « volontaire » pour une éventuelle collaboration avec le régime de Ouattara, l'idée d'un gouvernement d'union nationale ou de cohabitation s'était répandue dans la population. Cette idée était apparue encore plus précise lorsque le FPI a apporté son soutien à Ouattara au moment où celui-ci engageait la Côte d'Ivoire dans le combat pour la reconquête du Nord-Mali. Et quand Modeste Lago, membre du comité central du parti du célèbre prisonnier de La Haye, a affirmé que les « militants [...] sont au FPI, non pas pour un homme, fut-il Laurent Gbagbo, mais bien plus pour son idéologie et sa vision d'avenir » (Le Nouveau Courrier du mardi 22 janvier 2013) - et cela au moment même où son parti engageait un dialogue direct avec le pouvoir - tout le monde à commencé à se demander sérieusement si les socialistes ivoiriens ne finiraient pas par entrer dans le gouvernement pour une nouvelle cohabitation.

Cela fait donc un an que cette idée agite les consciences sans soulever des débats. En effet, moins de douze mois après le 11 avril 2011, parler d’une réunion du FPI et de la coalition RDR-PDCI au sein d'un gouvernement paraissait totalement incongru, irréel, voire insultant. Imaginer les socialistes ivoiriens oubliant leurs camarades prisonniers et leur familles exilées dans les pays voisins se mettre à travailler avec leurs bourreaux était tout simplement inconcevable ! La leçon du peuple ivoirien à Mamadou Coulibaly qui a voulu trop vite pactiser avec le pouvoir était encore trop fraîche dans les mémoires. Aujourd'hui, avec la libération de quelques prisonniers – parmi lesquels les grandes figures du FPI – certains Ivoiriens se demandent ouvertement si le partage du pouvoir avec les coalisés - RDR et PDCI- ne serait pas une voie qui conduirait à la fois à la normalisation de la vie politique et à la paix.

Flairant la belle occasion, Ouattara a vite fait d’abandonner le mouvement de normalisation qu’il avait entamé : la libération de tous les prisonniers politiques et la facilitation du retour des exilés sur leurs terres comme l’exigeait l’opposition et le recommandaient certaines ONG. De toute évidence, il a décidé de changer de méthode et préfère désormais faire du chantage à ses adversaires : « entrez dans mon gouvernement, et tout le reste suivra », semble-t-il leur dire. Aussi, s'adressant récemment à eux, il disait : « Nous ne [vous] considérons pas comme des opposants. Nous [vous] considérons comme des frères qui vont nous rejoindre bientôt. » (Discours du mercredi 11 décembre à Didiévi).

Puis, voyant que le FPI ne l’entend pas de cette oreille, le chef du RDR se montre moins péremptoire. Toutefois, s’il change de ton, l’intention reste ferme. Un gouvernement d’union nationale demeure désormais la seule solution qu'il propose à ses adversaires politiques et présente comme la voie de sortie de crise à ses parrains français et onusiens des mains desquels il tient son pouvoir. Il se dit que tout ce qui lui reste à faire c’est convaincre Affi N'Guessan et ses camarades. Si les socialistes s’obstinent à refuser la cohabitation, il pourra clamer sous tous les cieux que les amis de Laurent Gbagbo bloquent la réconciliation et l’organisation des élections présidentielles de 2015.

Partager le pouvoir pour quoi faire ?

Sûr de son stratagème, il se permet même des insolences à l’adresse de l’ONU en clamant ouvertement pour la première fois qu’il n’est pas content de son représentant en Côte d’Ivoire et des manières de ses experts dont le dernier rapport ne lui est pas favorable. L’élève se rebellerait-il subitement contre les leçons du maître ? L’élève aurait-il oublié au nom de quel idéal l’ONU a autorisé la France à bombarder le palais présidentiel ivoirien pour en extraire Laurent Gbagbo et à faucher des centaines de jeunes gens qui couraient le protéger de leur corps comme ils l’avaient fait en 2004 ?

Nous voudrions ici rappeler à Alassane Ouattara la belle promesse faite devant les gouvernants et les médias français en février 2012 quand il affirmait être « déterminé à faire en sorte que la démocratie devienne irréversible en Côte d’Ivoire » (Le Monde du samedi 4 février 2012). Les Ivoiriens attendent que cette promesse qui rejoint les intentions clairement affichées par la France et l’ONU soit enfin mise en application devant la terre entière. Nous pensons d’ailleurs que la France et l’ONU devraient faire de la poursuite de cet objectif et de sa réalisation le critère de crédibilité à accorder à Alassane Ouattara. Car c’est exactement le rétablissement des conditions de la réalisation d’une vie démocratique claire et irréversible que tous les Ivoiriens attendent. Pour l’heure la détermination clamée ressemble plutôt à de la mollesse et à de la duperie.

Nous disons donc clairement à Alassane Ouattara qu’il n’est pas question d’accepter une nouvelle cohabitation comme moyen de régler les problèmes du pays. Nous refusons une nouvelle cohabitation qui serait de toute évidence une façon de cacher ou de partager l’incompétence de son régime. Nous avons tiré les leçons de cette manière de diriger qui n’est rien d’autre qu’une foire aux voleurs conduisant au gel du programme de gouvernement puisque par principe c’est l’antagonisme qui y prévaut.

La première cohabitation ne devait-elle pas mettre fin à la ligne de séparation entre le nord et le sud ? Ne devait-elle pas aboutir au désarmement des rebelles et de leurs supplétifs dozos ? Ne devait-elle pas œuvrer au rétablissement du pouvoir de l’Etat et de son administration sur l’ensemble du territoire ? Cette première cohabitation, malgré ce beau programme de sortie de crise, avait échoué. Et pourquoi donc ? Parce que vous, M. Ouattara et vos amis, l’aviez voulu ainsi. Et les années de cohabitation avaient fini par ruiner le pays. Celui-ci n’était plus qu’un navire en perdition qu’un courageux capitaine avait sauvé du naufrage avant les élections de 2010.

Vous nous proposez la cohabitation pour que tout le monde se mette à faire du trafic illicite et empêche l’argent des matières premières vendues d’arriver dans les caisses de l’Etat ? Non, merci ! Serait-ce pour aider à la chasse aux opposants et au maintien des exilés dans les pays voisins ? Non, merci ! Serait-ce pour travailler avec les dozos et les FRCI à l’organisation des élections dans un environnement chaotique où ils seront les maîtres des bureaux de vote ? Non, merci ! Prenez vos responsabilités, dirigez le pays et étalez votre incompétence aux yeux de tous afin d’être jugé par tous à votre juste valeur !

Ce que nous exigeons de vous, c’est ce que vous avez promis à la suite de la France et de l’ONU : les conditions idéales pour une démocratie irréversible ! Vous avez le pouvoir politique, le pouvoir économique, le pouvoir militaire, le pouvoir des miliciens dozos, vous avez le silence des Ivoiriens. Dans le pays, personne ne manifeste contre vous. Aucune assemblée ne contient d’opposants pour vous gêner dans votre tâche. Vous avez bloqué les comptes bancaires de tous vos adversaires et les avez réduits à la misère et au silence. Tout est entre vos mains. Si avec tout cela vous êtes incapable de réaliser la paix et la démocratie, alors vous pouvez vous poser de sérieuses questions sur vos réels talents d’homme politique. Les Ivoiriens exigent donc des conditions d'élections justes pour vous juger valablement.

La tâche qui revient au FPI

Cet objectif devenant pressant, nous demandons à tous les démocrates ivoiriens de se joindre au FPI et à son président Affi N'Guessan pour une véritable campagne de sensibilisation des gouvernants européens et des institutions internationales autour du rétablissement des conditions équitables nécessaires à des élections transparentes et satisfaisantes pour tous les partis et pour tous les Ivoiriens. Ceux-ci ne veulent pas être condamnés au partage du pouvoir. Nous sommes des démocrates. Nous estimons donc que la seule façon d'être valablement jugés par notre peuple est l'exercice du pouvoir avec un programme qui lui aura été auparavant proposé. Nous n'entendons nullement le pouvoir comme un droit ou un gâteau à partager entre coalisés. La démocratie exige de nous que nous placions les problèmes du pays au centre de nos préoccupations et non point nos intérêts personnels.

Libre au RDR de refuser les états généraux que proposent Affi N'Guessan et ses camarades. Libre à Ouattara de refuser que les Ivoiriens s'expriment pour dire clairement ce qui les a réellement opposés les uns aux autres au point de les avoir conduits dans l'impasse où ils sont. Libre à lui de refuser que les Ivoiriens se réconcilient avant les débats politiques et les joutes électorales. Mais en aucune façon, Alassane Dramane Ouattara ne peut se permettre de proposer des élections présidentielles dans l'état actuel de la Côte d'Ivoire qui ressemble à tout sauf à un état de droit, à un pays respectable. Faire cohabiter tous les partis politiques pour aller aux élections dans des conditions aussi catastrophiques, c'est comme faire la fête en se tenant le nez autour d'un gâteau pourri.

Raphaël ADJOBI