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24/10/2013

Qui a peur de Laurent Gbagbo ?


Laurent Gbagbo fait-il peur à Ouattara ? Laurent Gbagbo, le vieux lion, Ouattara et la libération de Gbagbo Quand les dirigeants et les partisans du RDR entendent parler de liberté provisoire pour le président Laurent Gbagbo, leur sang se fige dans les veines. Et aussitôt ils pensent à leurs vieilles méthodes pour le discréditer : semer le désordre, brandir des cadavres, montrer des images de femmes en pleurs parce que victimes des agressions de ses défenseurs. C'est le moyen qu'ils ont toujours utilisé pour être sûrs de voir leurs parrains français et onusiens brandir la menace contre Laurent Gbagbo et protéger Alassane Ouattara.

Depuis que des bruits courent annonçant l'imminente libération du célèbre prisonnier du goulag européen, les amis du pouvoir ivoirien ne dorment plus. Ils s'activent pour trouver le meilleur moyen de faire apparaître Laurent Gbagbo comme un lion dangereux aux yeux de l'opinion publique internationale ! Un lion qui, selon eux, doit absolument être tenu en cage pour la sécurité du citoyen ivoirien. Incapables de diriger un pays qui leur a été offert sur un plateau d'argent, ils veulent faire croire au monde entier que sa liberté est une entrave au bonheur qu'ils ont promis aux Ivoiriens.

Soyez tous certains que pour inventer des crimes dans le seul but de salir Laurent Gbagbo, le RDR et ses amis ne manqueront pas d'imagination. Si toutefois leurs inventions s'avèrent insuffisantes pour maintenir le prisonnier à la CPI, elles auront au moins le mérite de pousser l'Europe et l'Onu à protéger le régime en place. C'est du moins ce qu'ils espèrent. Aussi, dans les prochains jours, vous verrez des villages attaqués et brûlés, des violences faites aux personnes se multiplier à Abidjan et dans les villes de l'intérieur, des morts - tous partisans de Ouattara, bien entendu - joncher les rues. Et les seuls responsables de ces crimes, vous devinez bien, ce seront les Ivoiriens sanguinaires, xénophobes, antimusulmans, anti-nordistes, anti-Ouattara qui votent tous Laurent Gbagbo.

Soyons sûrs qu'on ne cessera pas de nous répéter que depuis La Haye Laurent Gbagbo empêchait le rétablissement de la paix entre les Ivoiriens. Une extraordinaire capacité à agir à distance qui en fait un dictateur dont il faut éviter le retour dans le pays. On nous dira aussi que, depuis sa prison, Laurent Gbagbo a manœuvré pour faire échouer les politiques économiques et sociales de Ouattara ; et laisser revenir un tel homme ne pourra que pousser les Ivoiriens, déjà exaspérés par la pauvreté, à s'entretuer.

Alors, bientôt peut-être, nous reverrons les chars et les hélicoptères français et onusiens dans les rues et le ciel d'Abidjan, prêts à protéger l'ami de l'Occident contre « le dictateur » Laurent Gbagbo. Sans doute reverrons-nous les journalistes français sur les bords de la lagune Ebrié pêchant des cadavres pour les exhiber au monde entier afin de condamner le célèbre prisonnier de La Haye. Les grands titres sont sans doute déjà prêts à Paris.

En Côte d'Ivoire, l'alerte maximale sera donc déclarée. A tous les coins de rue d'Abidjan, nous verrons les dozos et les FRCI plus solidaires que jamais pour traquer le moindre sourire, la moindre manifestation de joie. Non, il ne faut pas que la sortie de prison et le retour de Laurent Gbagbo troublent le paisible enfer qu'ils ont installé dans le pays. Pour cela, il ne faudra pas que les Ivoiriens se promènent pour faire la fête. Il faudra qu'ils se tiennent tranquilles chez eux, qu'ils fassent comme l'argent du pays qui ne circule pas mais dort parce qu'il travaille. Une théorie économique de Dramane Ouattara dont l'efficacité n'est prouvée nulle part ! Les seules personnes qui devront circuler, ce sont les dozos et les FRCI dans leurs 4x4 neufs, armes au point pour nous protéger de Laurent Gbagbo, le lion sauvage et sanguinaire.

Dans les prochains jours, chers Ivoiriens, il faudra donc vous montrer très attentifs aux mots d'ordre du gouvernement qui, pour votre bien, a tout fait - mais en vain - pour vous éviter la sortie de prison du « dangereux » Laurent Gbagbo. Une conduite spéciale à tenir vous sera communiquée le moment venu. Déjà, sachez qu'il ne faut ni chanter, ni danser à l'annonce de sa libération. Au contraire, mettez-vous à pleurer, à vous rouler par terre et à crier au secours. Des cameras du monde entier seront là pour filmer votre détresse. Dominique Ouattara a fait le nécessaire.

Si vous trouvez les alarmes, les recommandations et les mesures policières surprenantes et étouffantes parce que vous ne vous sentez pas concernés par cette peur panique que l'on redoute, alors dites-vous que c'est celui qui ne pense qu'à vous protéger qui a peur. Dites-vous que quand un vigile crie trop fort et invente des alarmes, c'est qu'il est un froussard, un trouillard indigne de s'occuper de votre sécurité.

Raphaël ADJOBI