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08/10/2011

France : Les Africains-Français à la recherche d'une plateforme de combat pour l'avenir

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Le 10 septembre 2011 s’est tenue à Paris, rue Gobaut, l’avant-dernière réunion du « Mouvement des Africains-Français ». Prévue à 15 h, elle n’a débuté qu’à 16 h. La ponctualité serait donc à surveiller afin d’encourager la participation de ceux venant des provinces. Une cinquantaine de personnes avaient fait le déplacement ; ce qui est réjouissant.

La réunion a débuté par une introduction de la maîtresse des lieux : Calixthe Beyala, qui a mis sa notoriété au service du mouvement comme fer de lance. Elle reviendra quelque temps plus tard pour un brillant et provoquant exposé sur l’attitude des Africains en général face à l’évolution du monde.

Mais pourquoi donc les Africains sont-ils des ardents partisans de l’inertie ? Pourquoi rien ne les réveille en masse et ne les met en mouvement ? Rien que la peur ne peut expliquer cette attitude, clame Calixthe Beyala. L’Africain vit avec la peur au ventre ! Il n’y a plus d’hommes en Afrique, lance-t-elle. Un homme doit veiller sur sa femme et ses enfants et leur procurer de quoi manger, de quoi se vêtir. C’est pourquoi le "petit Blanc" prend les armes pour aller en Afrique chercher ce qui manque aux siens. Et c'est la même raison qui fait dire à Barak Obama que « le rôle d’un président, c’est de veiller à ce que son pays ne soit pas en manque des ressources qui lui sont nécessaires ».*

Pendant ce temps, que fait l’homme africain ? Vautré dans sa suffisance, il ne cesse de discourir sur les autres, le ton toujours sentencieux. Prompt à invoquer des prétextes fallacieux, à en inventer si nécessaire, pour ne pas se battre. A vrai dire, c’est la peur de prendre ses responsabilités qui le mine et l’empêche de jouer son rôle de protecteur et de pourvoyeur des besoins de sa famille. N’est-ce pas ainsi que nous sommes également, nous, Africains-Français ? Trop de prétextes nous empêchent de nous engager dans la défense de la cause noire.

Et comme le fera remarquer un intervenant avec beaucoup de justesse, les Africains-Français sont dans une situation délicate : nous profitons des fruits de la chasse du "petit Blanc" qui va bombarder les pays africains et nous pleurons en même temps nos parents qui en meurent. Plutôt que de nous plonger dans une bêtifiante inertie, cet état de fait devrait nous révolter et nous mener à l’action. Malheureusement, des millions d’Africains-Français n’ont jamais été capables de paralyser momentanément un secteur quelconque de notre pays afin de montrer leur désaccord ou leur opposition aux crimes commis en Afrique au nom d’idéaux trompeurs qui cachent des actes de prédation. On oublie que c’est à ce prix qu’aux Etats-Unis d’Amérique et en Afrique du Sud les lignes du respect et de la considération ont été repoussées par les Noirs.

Certes, dans l’immédiat, - avant décembre 2011 - le MAF a le souci de faire en sorte que presque tous les Afro-Français en âge de voter s’inscrivent sur les listes électorales pour participer aux élections de 2012. Et il compte bien faire du chiffre des adhésions une arme de négociation avec les partis politiques pour défendre ses valeurs vis-à-vis de l’Afrique. Mais, à plus long terme, le mouvement envisage la mise en place d’une plateforme de propositions en vue de la valorisation de l’Afro-Français. Au regard de ce qui est dit plus haut, cet objectif s’impose comme une absolue nécessité.

En effet, comme le disait si bien Calixthe Beyala, qu’attendons-nous pour favoriser par des actes concrets la naissance d’une élite Afro-Française capable de défendre nos intérêts et jouer un rôle prépondérant dans le paysage politique de notre pays ? Comment les Noirs peuvent-ils accéder au pouvoir en France s’ils ne constituent pas une force visible qui mérite respect et considération ? Il convient de travailler de concert pour que cet objectif soit un jour atteint. Déjà, le mouvement songe à la création d’une cellule enseignante pour se pencher sur la question de la formation des Afro-descendants dans notre système éducatif. On constate par ailleurs qu’il n’y a que les Africains qui n’ont pas une « Maison de la culture » en France ! Comment les valeurs que nous véhiculons et que nous défendons peuvent-elles être prises en compte ou respectées si personne ne les voit, si personne ne les connaît ? Là aussi, tout doit être mis en œuvre pour qu’une maison de la culture africaine voie rapidement le jour.

Enfin, dans le domaine de l’éducation publique – même si cela ne peut être un élément à inscrire au nombre des objectifs à atteindre – on peut retenir la pertinente intervention de notre ami nantais qui nous conseille de mener un combat contre l’exclusion liée à l’insidieuse question souvent posée aux Noirs par les Blancs : « De quel pays es-tu ? » Puisque la question n’est jamais posée aux Français blancs d’origine hongroise, polonaise, italienne, espagnole, … il serait juste que les Afro-Français refusent leur exclusion de la France en disant qu’ils sont originaires de la Côte d’Ivoire, du Congo, du Cameroun, du Mali… Être Africain-Français c’est déjà beaucoup et cela doit être la seule réponse à délivrer désormais. Sur ce chapitre, ceux qui ont l'habitude de lire mes commentaires ça et là savent que c’est un combat que je mène depuis de nombreuses années.

En moins de trois mois d’existence, le MAF apparaît comme le seul mouvement à totaliser en un temps record le plus grand nombre d’adhérents. Mais pour que sa présence sur l’échiquier politique de notre pays soit remarquée de façon durable, il lui faut asseoir une plateforme de projets suffisamment étoffés et réalisables (donc réalistes) qui offre à ses adhérents des raisons d’être fiers pour poursuivre le combat et se défendre contre les questions de leurs détracteurs. Cette plateforme pourra aussi s’avérer un outil précieux pour convaincre ceux qui hésitent encore à rejoindre notre mouvement.

*Propos attribué à Barak Obama lu dans le courrier d’un ami Internaute.

Raphaël ADJOBI