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20/12/2012

A quoi servent les O.N.G. ?


les o.n.g. et le tiers monde,les o.n.g. sont-elles des espions ? qui profite des o.n.g ?« Les O.N.G. sont en train de s’en aller. Je m’en félicite. A cause d’elles, les loyers ont explosé et deviennent inaccessibles aux Haïtiens. Il n’y a plus de bons profs dans nos lycées parce qu’ils sont débauchés par les O.N.G. Pour beaucoup, les Haïtiens ne sont qu’un troupeau. Les organisations véhiculent une politique de compassion qui s’oppose à la logique structurante dont nous aurions besoin. Même si les individus sont parfois de bonne foi, elles luttent souvent d’abord pour leur visibilité, et trop de paumés viennent ici justifier leur existence. »*

Ce sont là quelques lignes des propos du journaliste, écrivain et professeur de lettres haïtien Lyonnel Trouillot faisant le bilan de l’action des O.N.G. dans son pays. Dans ces paroles, nous pouvons aisément relever deux constantes des reproches faites aux Organisations Non Gouvernementales qui agissent dans les pays du tiers monde pour des causes toutes qualifiées d’humanitaires : la lutte acharnée pour leur visibilité et le recrutement d’une armée de paumés pour qui le tiers monde est un salvateur exutoire.

Une armée de paumés au service d’un sigle

En novembre 2012, l’association française SNEHASADAN - qui œuvre pour sortir les enfants des rues indiennes - a collaboré avec un groupe de trois artistes dijonnais dénommé Hypothèse 222 pour réaliser et présenter un petit documentaire fort intéressant au public de la bibliothèque de Saint-Apollinaire. Dans ce film, le responsable indien de SNEHASADAN soulignait sans détour la grande manie, sinon le souci principal des O.N.G, qui est la lutte pour la suprématie ; état de chose qui incite les enfants à une sorte de chantage pour attiser la concurrence entre les différentes organisations.

De toute évidence la notion de chiffre et la recherche de la notoriété sont les grandes préoccupations des O.N.G. et non point l’efficacité de l’action auprès des victimes et des démunis auxquels elles sont censés apporter réconfort et soulagement. Certes, personne ne nie la bonne foi de nombreux engagés au service de ces organisations. Et personne n’ira chercher chez ces employés une âme plus humaine que le commun des mortels. Leur engagement est motivé avant tout par le travail rémunéré et l’aventure. Deux préoccupations tout à fait humaines et louables. Le sentiment d’être utile aux autres peut être aussi considéré comme une motivation pour certains d’entre eux. En d’autres termes, une certaine bonne foi en la fraternité humaine peut éclairer l’action de certains de ces employés de l’humanitaire. Mais d’une façon générale, ce sont des rêveurs ou des paumés à la recherche d’un sens à leur existence qui deviennent, sans le savoir, la main séculière de tout un système souvent prédateur comme l’a si bien montré l’affaire de l’Arche de Zoé.

D’ailleurs, personne n’est dupe. Dès que l’on remonte un peu au sommet de la structure de chacune des grandes O.N.G., on perd de vue les principes humanitaires pour ne toucher que les soucis de notoriété et d’influence locale ou internationale. On peut affirmer que dans le domaine de l’humanitaire, quand on est un petit groupe insignifiant, on privilégie l’aide à l’autre ; et quand on devient influent, on privilégie l’information et la communication avec les grandes structures politiques des grandes puissances mondiales. C’est donc clairement aux grandes puissances que profite l’action des O.N.G.

Les O.N.G. espions des grandes puissances mondiales

On les appelle communément des Organisations Non Gouvernementales. Cependant, elles ne sont pas exemptes des aides des nations européennes et nord-américaines. A la fin de novembre 2012, le gouvernement français a dit qu’il réviserait à la hausse son aide aux O.N.G. Il est difficile de savoir exactement ce qu’obtient chacune des organisations qui vivent des bonnes grâces des états ou des grandes fortunes de ce monde, ou encore du lobbying des stars du rock qui entretiennent toujours des rapports ambigus avec les politiques. Mais il faut convenir que tout cela ne se fait pas sans contrepartie.

Comment croyez-vous que L’ONU et la CPI – pour ne citer que celles-là – obtiennent des informations et des statistiques sur les situations humaines les plus inimaginables ? Comment se fait-il que certaines informations sont très vite publiées par les O.N.G. alors que celles-ci ne font jamais cas de situations affreuses qui nous tiennent en haleine ? Aujourd’hui où certains groupes de presse hésitent - pour des raisons financières, disent-ils - à envoyer des reporters dans les différents coins du monde pour recueillir des informations, les journaux européens se contentent très souvent des témoignages des organisations dites humanitaires. Moyennant finance, celles-ci passent de plus en plus de temps au traitement de l’information sur les lieux où elles opèrent plutôt que de se consacrer purement à l’aide aux populations. N’entend-on pas souvent louer ça et là l’activisme des O.N.G. qui aident à dénoncer les maux des "dictatures" ? En perdant ainsi leur caractère humanitaire, les O.N.G. se comportent en véritables espions travaillant au profit des nations puissantes. Et, comme les casques bleus qui quittent rarement un pays qu’ils ont envahi sous le prétexte d’action humanitaire, les O.N.G. profitent des crises au sein des nations pauvres pour installer durablement leur emprise et y faire la loi dans bien des domaines grâce à leur pouvoir financier.

« On a récemment rasé le Palais national, dit encore Lyonnel Trouillot. Cette mesure a été très mal vécue par le peuple, pour qui le palais, même endommagé, restait une source de grande fierté. Pourquoi avoir finalement attendu deux ans, pour qu’à la fin Sean Penn le démolisse ? [ C’est l’ONG de la star qui est en charge du chantier] Je voudrais que ne restent ici que les organisations qui répondent à une demande haïtienne. »* Malheureusement pour Lyonnel Trouillot et pour les peuples du tiers monde, il ne leur appartient pas de dire quelle O.N.G. doit s’implanter dans tel ou tel pays. Ces organisations non gouvernementales font penser aux rôles que jouaient certaines missions religieuses dans les colonies. Derrière la bonne conscience que procure l’aide officielle accordée aux pauvres par la multitude des O.N.G., s’active la main rampante des puissances étrangères qui pillent les matières premières africaines, marchandent leur entrée dans diverses structures des états et confisquent des pans entiers de l’économie des pays du tiers monde.

* Propos recueillis par Hubert Prolongeau et publiés dans Télérama n° 3279 du 17 au 23 novembre 2012.

Raphaël ADJOBI